As-tu toujours voulu être footballeur professionnel ?

Depuis tout petit, mon père m’a transmis cette passion, et depuis tout petit je voulais être joueur professionnel. Pas forcément la carrière que j’ai faite, j’aurais peut-être voulu une carrière plus grande ou plus belle, mais oui être footballeur professionnel c’était mon but depuis tout petit.

Donc si tu en avais eu l’occasion, tu serais parti dans un centre de formation ? Est-ce que le fait de ne pas y parvenir t’as fait perdre confiance, est-ce qu’à un moment tu as perdu espoir de devenir pro ?

J’ai eu la possibilité d’aller dans un centre de formation quand j’avais 15 ans. J’avais le choix entre Nice et Martigues. Malheureusement ça ne s’est pas fait à Nice, parce que j’avais Martigues et c’était plus près de chez moi, et c’est l’année où le club a fait faillite, a perdu son centre de formation et son statut pro, donc je suis resté à Avignon. Je n’ai jamais perdu l’espoir d’être professionnel parce que je savais qu’il y avait un autre chemin, mais qui était peut-être plus long, plus difficile. Mais je n’ai pas perdu espoir, j’ai continué et c’est ce brin de chance qui a fait que j’ai pu y parvenir. Mais bon, je pense que c’est toujours plus simple d’être dans un centre de formation, l’autre chemin n’est pas facile, il dépend de plein de choses.

Tu jouais en DH avec Avignon et là, à 19 ans, le Gazélec, en National, vient te chercher. Comment est-ce que ça s’est fait ?

Je jouais en 18 ans Honneur et j’ai eu l’opportunité d’aller faire un essai au Gazélec, une semaine d’essai. Apparemment j’ai convaincu l’entraîneur, Baptiste Gentili, donc je suis parti là-bas en National. Là ç’a été un peu difficile. C’était la première fois que je partais de chez moi, en plus j’ai eu le décès de mon grand-père, donc ça n’a pas été un moment facile. En plus au niveau sportif l’équipe a eu du mal, on a eu des soucis et on est descendus, donc je n’ai pas trop joué et j’ai un peu perdu confiance en moi. Je suis parti ensuite au FC Mulhouse où j’ai refait mes bases, et j’ai retrouvé cette confiance. Après 2 saisons, j’ai signé à Gueugnon, en National. La saison a été compliquée, sur le plan individuel, car j’ai commencé la saison sur le banc. Je me suis de nouveau blessé au pied, fracture du 5ème métatarse. A mon retour, ils avaient viré le coach Hubert Fournier. Cela fut plus compliqué pour moi, j’étais sur le banc ou pas convoqué dans le groupe. Il me restait une deuxième année de contrat mais une clause me permettait de la casser en partant à l’étranger. J’ai donc choisi cette option, avec un départ pour l’Espagne.

À Gueugnon, tu as côtoyé quelques noms « connus » du football français, outre Hubert Fournier : Romain Alessandrini, Cédric Avinel, Romain Genevois, Teddy Chevalier et… Mathias Coureur. Tu t’es bien entendu avec lui ?

J’ai connu Romain Alessandrini où j’ai eu de très bonnes relations, tout comme Cedric Avinel ou encore Romain Genevois. C’était des coéquipiers mais je n’avais pas plus d’affinités que ça. Teddy Chevalier, je l’ai connu juste 6 mois, mais c’était vraiment un bon gars. Mathias Coureur est celui avec qui je suis resté très proche, que je considère comme un frère. Si on ne discute pas tous les deux jours, ce n’est pas normal.

Ce n’est donc pas une coïncidence que vous vous retrouviez tous les deux à Orihuela…

On était en contact et il mettait un terme avec Nantes. Il n’avait pas de club et je l’ai fait venir pour qu’il garde la forme car il avait des essais à droite, à gauche. Il a plu à mon ex-équipe Orihuela, il s’est senti bien, il avait un groupe de bonnes personnes. Il a voulu rester pour qu’on essaie de monter en deuxième division. Il s’est identifié à cette équipe. Ensuite, nos chemins se sont séparés puisque je partais à Sabadell en deuxième division et lui à l’Atletico Balleares en deuxième division B.

Tu vas seul en Espagne ? L’adaptation n’y est pas trop difficile ? Tu parlais déjà la langue ?

Quand je suis parti en Espagne, c’était compliqué car il y avait la barrière de la langue. Je l’avais étudié en France mais ça faisait 8 ans que je ne l’avais pas utilisé, donc j’avais tout perdu. Il a fallu se réadapter petit à petit en reprenant les bases. J’avais des opportunités pour rentrer en France, en National, mais j’ai voulu poursuivre ma carrière en Espagne car j’aimais leur façon de vivre et la culture du pays.

Au niveau sportif, comment tu évalues le niveau de la Segunda B ? Étant donné que c’est un championnat qui englobe une centaine d’équipe dans les différents groupes, il n’y a pas de trop grosses différences de niveau ?

La différence entre le National et la Segunda B est que le National est plus professionnel, c’est un seul groupe, les voyages sont plus longs. Le niveau est beaucoup plus difficile physiquement je pense. En Espagne, c’est beaucoup plus tactique et technique. Les autres différences sont qu’en Espagne, il y a des gros clubs comme des deuxième divisions en France avec des très belles infrastructures. Pour en citer quelques-uns : Racing Santander, Ferrol, Caratagena, Real Murcia. En Espagne, tu peux jouer sur des terrains synthétiques, assez vieux, contrairement à la France où il y’en a très peu et de dernière génération. Il faut savoir s’adapter plus en Espagne qu’en France.

Quand tu joues contre des petites équipes, ça joue fermé, dans de petits espaces, et elles jouent en contre, avec de longs ballons. C’est donc plus difficile pour attaquer. En France, je pense qu’en National, le jeu est plus ouvert. Après je n’ai pas vu un match de National depuis 10 ans, donc je ne sais pas trop.

Avec tes différents clubs, tu as couvert quelle zone géographique de l’Espagne ?

J’ai commencé à Terrassa, en Catalogne ensuite je suis parti à Moratalla, dans la région de Murcia. Après, Orihuela dans la région d’Alicante. Enfin, je suis reparti du côté de la Catalogne, à Sabadell.

Comment est-ce que tu expliques le fait que tu aies autant changé de club ? Tu as réussi à t’imposer dans la plupart de ces clubs ?

À chaque fois que j’ai changé de club, c’était pour aller dans un meilleur club ou un meilleur niveau. J’ai eu la chance et l’opportunité d’aller en Belgique, au KAS Eupen, après une bonne saison à Cartagène. C’est un club qui est géré par Aspire au Qatar, donc il y avait un gros projet sportif avec la montée en Première Division et un gros projet humanitaire avec des africains sélectionnés au Sénégal pour intégrer l’Aspire Académy. Les meilleurs rejoignaient le KAS Eupen pour qu’ils gagnent de l’expérience à des échelons supérieurs et pour les conseiller. Je suis resté 3 ans et demi là-bas avec l’objectif de montée en première division atteint. Le club est toujours à cet échelon, je suis content pour ça.

J’ai lié de grandes amitiés là-bas avec des joueurs, des dirigeants, des gens de la ville. A la fin, je n’avais plus la confiance du coach, je jouais moins donc j’ai demandé à être laissé libre pour partir car j’avais besoin de jouer, et je pense que j’étais encore au niveau. L’opportunité de venir à l’AEK Larnaca a été très bonne pour moi et très positive. Je suis arrivé, dans l’option de jouer et de se qualifier pour l’Europa League. Ce fut le cas lors de ma première saison où on s’est qualifié en terminant 2ème du championnat. La saison suivante fut ma meilleure en tant que professionnel avec 29 buts, toutes compétitions confondues, on y a d’ailleurs gagné la Coupe de Chypre. C’était le deuxième trophée du club depuis sa création, donc on était vraiment content, tout s’est très bien passé.

Au niveau du style de vie, où est-ce que tu t’es senti le mieux ? En France, en Espagne, en Belgique ou à Chypre ?

Honnêtement, je dirai en Espagne et à Chypre. La qualité de vie à Chypre est top, il fait beau quasiment tout le temps, le pays est sûr, il n’y a pas de mauvaises choses. Pour ma famille et moi-même, c’est super. L’Espagne, car j’ai joué 4 saisons là-bas et je me suis bien senti dans les clubs auquel j’ai joué là-bas.

Qu’est-ce que tu t’es dit quand tu as reçu l’offre de Larnaca ? Pour un joueur français, qui a joué en Espagne qui plus est, n’est-ce pas considéré comme un sacrifice de partir jouer dans un pays dont la culture du foot est moins réputée ?

Quand j’ai reçu l’offre de Larnaca, je pensais que Chypre était en-dessous de la Grèce. Quand j’ai vu que c’était en dessous de la Turquie, proche de la Syrie et Israël, je me suis dit que c’était vraiment loin. Ça faisait même un peu peur mais on m’a vite rassuré. J’ai pu entrer en contact avec des Espagnols qui jouaient au club pour connaître un peu le fonctionnement. J’ai pu voir des dirigeants du club à Sabadell, ce qui fut un repère pour moi. Quand j’ai reçu l’offre, j’ai foncé au bout de 2 jours. Partir jouer à l’étranger n’est pas facile, tout le monde n’arrive pas à s’adapter. Il y a le pont de la culture, de la langue, des mentalités. En Espagne, après qu’on a perdu, les joueurs espagnols mettaient la musique, rigolaient, jouaient aux cartes, alors que moi je ne rigolais pas, j’étais sérieux. Pour moi, c’était absurde, impossible. Après, tu te rends compte, que ce n’est pas la meilleure solution d’être fâché. Quand il y a une meilleure ambiance dans l’équipe et qu’on a tout donné, il faut savoir rester positif, c’est ce que j’ai appris en Espagne. Alors qu’en France, c’est impossible d’imaginer ça.
Ici, à Chypre, la culture du foot est présente, un peu comme en Grèce. C’est des fanatiques, ils te suivent partout, je ne m’attendais pas à ça mais c’est une très belle ambiance !

Est-ce qu’on t’a reproché d’être parti à Chypre pour l’argent ?

Non, pas du tout. Quand je suis parti d’Eupen, j’ai eu 3 options : Aller à Cadix, en deuxième division espagnole, soit à Cartagena en Segunda B pour monter en 2ème division ou partir à Larnaca en 1ère division. Au niveau de l’argent, c’était plus intéressant pour moi, pour ma famille, mais ce n’est pas ça qui à peser dans la balance. A Chypre, l’ambition était de jouer le titre, et se qualifier pour l’Europa League. Personnellement, ce qui m’a poussé à venir ici, c’est de jouer l’Europa League, c’était vraiment le choix déterminant. De plus, je connaissais le directeur sportif, donc c’était un deuxième point important.

Un an après avoir joué pour la première fois dans une première division, tu te retrouves à jouer les qualifications d’Europa League, pendant lesquelles tu marques notamment trois buts. Tu t’attendais à vivre ça aussi vite quand tu jouais en deuxième division belge ?

Je ne m’attendais pas du tout à ça. Marquer le 1er but officiel en Europa League depuis la création du stade, cela fait très plaisir. 2 ans après mon départ de Belgique, je me retrouve en EL, en phase de groupes. Comme quoi, il ne faut jamais rien lâcher, tout essayer. Le travail, tôt ou tard, ça paye !

J’ai été blessé deux mois et demi mais je termine deuxième meilleur buteur, à un but du leader. J’ai été élu meilleur joueur du championnat par les entraîneurs et par les joueurs professionnels de Chypre. Enfin, j’ai été sélectionné dans le XI de l’année et meilleur joueur étranger de l’année. Cela fut une année exceptionnelle pour moi.

Comment est le rythme de vie pour un joueur de football à Chypre ? Comment y est le style de jeu ?

Le rythme de vie à Chypre est quasiment le même qu’en Espagne. Les entraîneurs sont espagnols, avec un entraînement basé sur le jeu avec ballon et tactique. C’est beaucoup plus détendu qu’en France. Le style de jeu est aussi à l’espagnole avec comme objectif la possession de balle. Au niveau européen, tu as l’Apoel (Nicosie), Apollon (Limassol) et maintenant l’AEK (Larnaca). C’est des équipes qui sont toujours-là, qui prouvent que le niveau est bon.

On connaît certaines équipes pour leur présence sur la scène européenne, mais comment jouent les équipes hors de ce Top5 ?

Le Top 5 ici peut rivaliser facilement avec des équipes de première division française. On le voit avec Marseille-Apollon où il y a eu 2-2. Ensuite, les autres équipes jouent plutôt en contre avec des joueurs rapides sur les ailes. En France, on pense que le niveau de ce championnat est faible, mais ce n’est pas le cas. Actuellement, en Europa League, tous les clubs français sont à la ramasse et les clubs étrangers sont bien présents ! Il faudrait que les mentalités changent en France par rapport à cela.

Une autre image véhiculée par le football chypriote en France est celle de la corruption, pas aidée par les révélations des Football leaks l’an passé. Est-ce que tu as l’impression qu’il se passe des choses bizarres dans le championnat chypriote ?

Dans quel championnat, il n’y a pas des choses bizarres qui se passent ? Je pense qu’il y en a partout. Quand il y a des grosses sommes d’argent qui bougent au niveau du sport, il y a toujours des choses louches qui se passent. Après je n’en ai pas entendu, ni vu, mais c’est peut-être une possibilité.

Est-ce que, comme Mathias Coureur, tu te considères comme un globe-trotter du football ?

Non, je ne me vois pas comme un globe-trotter. Je suis quand-même resté 3 ans et demi en Belgique, 4 ans en Espagne, là c’est ma [troisième] année à Chypre. Je reste tout de même pas mal de temps dans un pays. Il faut essayer de trouver le club qui nous correspond, les ambitions qu’on a et les atteindre. Pour moi c’est une chance d’être ici, de jouer en Europa League sans être passé par un centre de formation. Je suis totalement épanoui ici.

Est-ce que tu t’imagines revenir jouer en France avant la fin de ta carrière ?

Pour moi, la France c’est fini j’en suis sûr. Si je ne finis pas ma carrière à Chypre, je la terminerai en Espagne.

Tu as été dégoûté du football français ? Ou tu préfères juste la Chypre et l’Espagne ?

La mentalité, la façon de voir les choses, les grosses séances physiques, les courses sans ballons, m’ont fait ouvrir l’esprit depuis que je suis en Espagne contrairement à la France. Je n’adhère plus trop à cette méthode de football. Après je ne sais pas si ça a changé en France depuis que je suis parti. Ensuite, en France, on te colle vite une étiquette qu’il est difficile d’enlever.

L’Europa League, justement, tu as eu la chance de vivre une phase de groupe cette saison, mais malgré deux bons résultats contre Ludogorets, vous avez été rapidement éliminés. Qu’est-ce que ça fait de pouvoir jouer contre des équipes comme Leverkusen et même Zurich ?

Comme j’ai loupé la pré-saison, je n’ai pas débuté ce match-là. C’est le seul gros hic de n’avoir pas débuté ce match. Je pense qu’on n’a rien à envier à toutes ces équipes. A Zurich, on perd 1-0 sur penalty. A Leverkusen, on prend un but sur hors-jeu et on aurait pu avoir un penalty. On a fait 2 nuls. Je pense qu’on aurait pu espérer un peu plus.

Ce sera peut-être pour cette année, puisque vous vivez une nouvelle aventure européenne grâce à votre deuxième place. Quels étaient les objectifs quand vous êtes entrés en lice au premier tour qualificatif ? La phase finale devait vous paraître extrêmement loin, non ?

Non, l’objectif du club était minimum le 3ème tour qualificatif d’Europa League. La tâche est difficile pour la suite mais tout est possible. C’est deux matchs, on est costauds à la maison, on a ce surplus à domicile. La Gantoise est un top 5 en Belgique, qui a l’habitude de jouer les coupes européennes. On n’a pas le même budget non plus. Leur budget est d’environ 80 millions d’euros, il me semble, soit quasiment 10 fois plus que nous. On a des qualités et on est prêt pour ce match.

Un premier objectif réussi avec brio, puisque vous avez passé les deux premiers tours facilement. Qu’est-ce que tu as pensé de Petrocub et du Levski ?

On arrive plus ou moins à l’objectif minimum du club. Petrocub a su nous rendre la tâche compliquée avec 5 défenseurs et 4 milieux. On a réussi tout de même à gagner les deux matchs sur le score de 1-0.
Contre le Levski, on a connu une première période très compliquée chez nous. On a réussi à prendre le dessus suite à l’expulsion (3-0). Au match retour, j’étais un peu déçu. Je pensais que ça allait être plus compliqué, mais on a largement dominé, avec une victoire facile à l’arrivée (0-4).

Si Larnaca arrive à aller plus loin dans la compétition, il y a une équipe que tu rêves d’affronter ?

Au regard des équipes qu’il y a, je dirais Manchester United, Arsenal, Sévilla, Saint-Etienne pour les équipes que j’aimerai affronter.

Tu as joué des matchs d’Europa League à Gibraltar, en Irlande, en Biélorussie, en République Tchèque, en Autriche, en Slovaquie, en Suisse, en Allemagne, en Bulgarie et en Moldavie. Où as-tu vécu la meilleure ambiance ?

République Tchèque et Allemagne, je n’ai pas pu y jouer, j’étais suspendu et pour l’autre match, blessé. La meilleure ambiance était en Allemagne, à Leverkusen, je pense.
Et des autres matchs que j’ai joués, la meilleure ambiance était en Suisse.

Les rumeurs des derniers mois parlent de la création d’une troisième ligue européenne, inférieure à la C3, où seraient reversés les 3e de chaque groupe. En France, certains pensent que ça fait trop, notamment pour jouer contre des équipes méconnues de pays éloignés. Qu’en penses-tu ?

Pourquoi pas, ça serait intéressant pour voir d’autres équipes européennes. Les équipes qui finissent 3èmes de leur championnat sont plus difficiles à affronter pour gagner une compétition. Ça serait peut-être l’occasion pour eux de gagner un titre.

Stadito tient à remercier Florian Taulemesse pour sa gentillesse et sa disponibilité.
Propos recueillis par Jonathan Tunik avec l’aide d’Alexandre Riotte

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