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Valenciennes FC : Les supporters tirent la sonnette d’alarme

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A Valenciennes

Ils sont une centaine au rendez-vous ce vendredi 15 février, devant l’ancien stade Nungesser, pour un cortège silencieux en direction de la nouvelle enceinte du VAFC, 45 minutes avant un match face à Grenoble. Tous sont massés derrière une banderole épitaphe « Ambition du VAFC : 1913-2019 ».

Presque une marche funéraire, dont le faire-part avait été envoyé quelques jours plus tôt sur les réseaux sociaux. Le cortège s’arrête une première fois à l’entrée du stade pour lancer un chant contestataire puis passe les contrôles avant de stopper sa marche dans les coursives de la tribune Nungesser.

« Zdziech s’est mis tout le monde à dos »

« On s’est regroupés, sous un « collectif », avec peut-être une forme officielle dans les mois à venir si tout va bien. Ça rassemble tous les groupes de supporters mais aussi les forums, les groupes Facebook, les comptes Twitter dédiés au club… Pour faire des actions tous ensemble plutôt que d’être désorganisés. Tout le monde est dans le même bateau. On n’a pas tous les mêmes méthodes, mais on essaye d’avancer » détaille un supporter membre des Ultras Roisters. En cause ? Le manque d’ambition du club qui végète depuis cinq ans dans le ventre mou de la Ligue 2, semblant même chaque année plus proche de la zone rouge que de la première partie de tableau.

« La situation sportive est très compliquée depuis la relégation il y a 5 ans, au mieux on a fait 12e et chaque année on se bat pour notre maintien. Le club s’affaiblit d’année en année, il n’y a rien qui nous donne espoir de jouer les premiers rôles en Ligue 2 aujourd’hui. C’est un problème économique, qui rejaillit sur le sportif » appuie Aiglon, membre actif de Génération Rouge et Blanc.

Eddy Zdziech, président du VAFC

Et dans toutes les bouches, le coupable est tout désigné, le président et actionnaire majoritaire Eddy Zdziech, « un président aux moyens limités, qui certes a récupéré le club dans une situation plus que compliquée puisqu’on frôlait le dépôt de bilan après la relégation, mais aujourd’hui tout est limité ».

A commencer par l’intégration des jeunes pépites, qui préfèrent rapidement partir que de signer dans leur club formateur. Si Kévin Cabral, jeune attaquant prometteur, vient de signer son premier contrat pro avec le club, d’autres ont mis les voiles.

« Regardez tous les joueurs partis sous l’ère Zdziech. Parmi eux, Upamecano (Salzbourg puis Leipzig), Goelzer (Zurich)… On crève tellement la dalle qu’on doit toujours vendre, on peut pas profiter du vivier de jeunes joueurs formés au club comme Tousart (aujourd’hui à Lyon)…

Zdziech est un gestionnaire qui n’a pas de projets et qui est incapable de fédérer autour de lui. Il s’est mis tout le monde à dos », poursuit Aiglon, passionné du club et au stade pour soutenir VA depuis 1999.

Antoine, lui aussi membre des GRB, a rapidement adhéré à l’idée du collectif, « un plus pour avancer niveau tribunes, niveau coordination. Il faut des personnes qui en veulent pour faire avancer les choses et ce genre de projet nous rendra plus fort, pour que nos actions soient encore plus suivies » explique-t-il alors que le rassemblement va commencer. « Ce soir, le message est clairement adressé à la direction ».

Sans associations de supporters, le Hainaut prend des airs de cimetière

Comme prévu, ce soir les supporters font grève des chants pendant 45 minutes. Dans le stade, aux tribunes bien dégarnies comme à l’accoutumée au Hainaut, cette décision est pesante par le silence qu’elle engendre. Comme si la marche funéraire du collectif « Un projet pour VA » les avait bel et bien conduit dans un véritable cimetière. De la pelouse aux tribunes, les cris des joueurs sont audibles et seuls quelques enfants motivés ou des décisions arbitrales défavorables viennent perturber l’étrange mutisme des tribunes.

Le kop laissé vide en première période

Au tableau de marque, Valenciennes encaisse le premier but, avant de revenir au score et de prendre l’avantage. Sur l’égalisation nordiste, le jeune attaquant Nathaël Julan semble faire signe au kop que son équipe a besoin de soutien. Il n’en sera rien jusqu’à la pause.

Au retour des vestiaires, Valenciennois et Grenoblois débarquent dans une toute autre ambiance. Le kop se rassemble enfin dans sa tribune et les supporters débutent leurs chants. Au rythme des battements de mains, les refrains fusent. Adressés au président Eddy Zdziech, les termes sont assez crus. Une banderole fait son apparition, alors que les « Direction démission ! » ou « VA c’est nous » reprennent de plus belle. Depuis la tribune de presse, pas évident de déchiffrer le message dévoilé par les ultras. Ceux-ci semblent être gênés pas des stadiers. Finalement, on parvient à lire « Goelzer est un pro, E.Z un amateur ».

Banderoles refusées et dialogue impossible

Vous l’aurez compris, EZ renvoie à Eddy Zdziech. Coupable aux yeux des supporters de n’avoir pu faire signer de contrat professionnel à Anthony Goelzer, jeune prometteur parti ensuite à Zurich, sans indemnités de transfert. Une ligne de plus dans la longue liste des reproches de cette frange active du public.

Sur le terrain, Valenciennes mène 2-1, et semble en passe d’enchaîner une seconde victoire de rang après le succès acquis à Clermont la semaine précédente, mais dans les coursives la situation se tend. De la tribune de presse, située en face du kop, on distingue le bloc central se vider petit à petit. Les ultras quittent de nouveau leur place, dix minutes à peine après avoir cessé la grève des chants.

Crédit : Un projet pour VA

Étonnant, d’autant qu’un membre du noyau dur des Ultras Roisters nous avait affirmé qu’en seconde période, le kop chanterait « pendant 45 minutes à fond ». Alors pourquoi n’avoir tenu que 10 minutes ?

Rencontrés après le match, les supporters affirment avoir été victime de censure. Aiglon est apparu dépité.

« Qu’avons nous fait d’illégal ? »

« On a deux banderoles qui ont été refusées. L’une « Ambition du VAFC : 1913-2019″, déroulée pendant le cortège, et l’autre « Faites que ce cauchemar ne devienne pas réalité ». Ensuite, les identités des représentants des groupes ont été prises avec leur adresse. Mais qu’avons-nous fait d’illégal ? Nos banderoles ne contenaient pas d’insultes. La troisième, nous n’avons pas pu la dérouler. »

« C’est une entrave à nos libertés, et on a considéré qu’on n’avait plus rien à faire dans le stade ». Et s’il est déjà arrivé que les supporters désertent leurs sièges pour cause de mauvais résultats sportifs, jamais ils n’avaient été confrontés à une telle situation pour des raisons d’expression. « C’est la première fois qu’on décide de quitter la tribune après ce genre d’incident. Devoir quitter la tribune après une mi-temps de boycott, c’est une situation assez confuse et très forte pour nous ce soir », précise Antoine.

Un épisode difficile à digérer pour les supporters qui sont également privés de Stéphane Fugaldi, leur S.L.O (supporter liaison officer, le relais entre les tribunes et la direction) depuis le 20 janvier. Un poste désormais vacant, malgré l’obligation légale issue de la loi n°2016-564 du 10 mai 2016, renforçant le dialogue avec les supporters et la lutte contre le hooliganisme, plus connue sous le nom de loi Larrivé.

Contacté, Stéphane Fugaldi a accepté notre demande d’interview avant de finalement se rétracter. Le club n’a pas non plus communiqué sur ces événements.

« C’est ça VA aujourd’hui… »

Pour notre source aux Ultras Roisters, qui souhaite rester anonyme, « le SLO a été viré pour avoir pris parti pour le projet mené par Partouche. Zdziech a vu qu’il n’était pas de son côté ce qui fait que nous n’avons plus de S.L.O… et tant qu’il n’y en n’aura pas un nouveau, reconnu par les supporters, cela ne pourra pas fonctionner. Dernièrement, la direction a tenté de renouer le dialogue, mais on se voit mal parler avec eux dans ces conditions ». Avant de soupirer « qu’est-ce que vous voulez, c’est ça VA aujourd’hui ».

Car ce qui semble avant tout toucher les amoureux du club, c’est la perte de valeurs du VAFC. « C’est un cumul de choses qui font que petit à petit on s’en sort plus et on est en train de couler » soupire Antoine. « Les valeurs de respect, d’humilité, la proximité avec les joueurs… Tout cela n’existe plus » abonde Aiglon. Car si sur le terrain Valenciennes l’a emporté 3-2, enchaînant ainsi un second succès de rang, jamais les coursives du Hainaut n’avaient semblé aussi moribondes.

« On essaye de gérer nos membres, mais si cela n’évolue pas, je ne sais pas ce qu’il pourrait se passer… Dans certains autres clubs il y aurait déjà eu des actions beaucoup plus fortes ».

Mais bien qu’en perte de motivation, le collectif ne semble pas vouloir s’arrêter là et devrait refaire parler de lui lors des matches à venir. Vendredi 22 février, ils étaient encore entre 150 et 200, à faire le déplacement au Red Star, une semaine seulement après les événements de VA-Grenoble.

Pour aller plus loin

Les zones d’ombres autour de la (non) vente du club

Le dialogue avec le club est rompu depuis le mois de septembre et une réunion entre groupes de supporters et direction. A l’époque, les supporters souhaitaient voir Eddy Zdziech vendre.

Patrick Partouche, déjà actionnaire minoritaire, s’était alors manifesté sur les réseaux sociaux déclarant ne pouvoir acheter quelque chose qui n’est pas mise en vente.

La vente du club est actuellement le sujet de friction à Valenciennes, entre des supporters désireux de retrouver de l’ambition et « un président qui veut récupérer ses billes investies ». Ainsi, Eddy Zdziech serait ainsi pointilleux sur le repreneur, sans prendre en compte l’avis de son public.

« Patrick Partouche a formulé une offre de rachat pour le club à laquelle Zdziech n’a pas répondu. C’est un manque de respect. Et derrière il a voulu traiter exclusivement avec un autre acquéreur potentiel, IIISport Invest, qui promettait 6 millions. Forcément, Zdziech a eu l’appât du gain », précise Aiglon.

III Sport Invest est un fond d’investissement suisse dirigé par le Portugais Paul Tavares, conseiller sportif et notamment impliqué dans certains dossiers à Monaco, dans des clubs suisses et même jusqu’en Tchétchénie. A ses côtés pour racheter Valenciennes, l’ancien ministre Eric Besson, prévu pour être le nouveau président du club nordiste. Le rachat du club semblait être en bonne voie avant de finalement capoter, pour le moment. Début janvier, Eddy Zdziech se fendait d’un communiqué assez offensif pour justifier ces difficultés dans les négociations.

« Si un protocole a été négocié le 7 décembre dernier, en vue de permettre à III Sport Invest d’acquérir 68% de la société Diables Rouges Holding (qui détient 90% des parts du VAFC ndlr) c’était à la condition qu’elle puisse justifier des fonds nécessaires au paiement du prix et cela au plus tard le 20 décembre 2018. Cet élément était déterminant et, à ce jour, III Sport Invest n’a pas versé le moindre euro » expliquait ainsi l’avocat d’Eddy Zdziech dans son communiqué. De son côté, la société III Sport Invest, qui avait échoué dans sa tentative de rachat de Troyes la saison passée, assurait posséder « une attestation bancaire prouvant que III Sport Invest dispose des fonds nécessaires à l’acquisition ».

Pourtant, l’affaire a capoté et Aiglon tient son explication.

« Quand ce fond d’investissement a demandé des éléments financiers pour vérifier la bonne santé du club, la direction ne leur aurait pas fourni les documents attendus. Donc III Sports Invest a refusé de débloquer des fonds et la vente ne s’est pas conclue, la date limite était au 31 janvier… ».

Le club reste donc pour le moment aux mains d’Eddy Zdziech, une situation difficile pour les supporters. Outre III Sport Invest, Dominique Bailly, ancien député-maire d’Orchies, serait également sur les rangs.

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Waldemar de Laage
Etudiant journalisme, passionné par le monde des tribunes. Twitter : @delaagewaldemar

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