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Stadito Tour : La Beaujoire rend hommage à Emiliano Sala

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Nous sommes le mercredi 30 janvier, et la température est fraîche lorsque j’arrive aux abords du Stade de la Beaujoire. Comme d’habitude, je traverse la foule de supporters amassée autours des bars, respirant l’odeur de grillades, de frites et de fumée, avant de pénétrer dans l’enceinte. Ce soir, je ne prends pas le temps de boire un verre, je veux rentrer au plus vite dans le stade, en Tribune Loire, pour avoir une bonne place.

Il est à peine 20h mais la Loire est déjà pleine à craquer. Sur le tableau d’affichage, une première vidéo montrant tous les buts d’Emiliano Sala inscrits sous le maillot nantais est diffusée. Au milieu du terrain, une photo de Sala a été placée dans le rond central. Certains supporters de Cardiff, le club dans lequel avait signé Sala, sont présents dans la tribune, et ont déployé une banderole en l’honneur d’un joueur qu’ils n’ont malheureusement jamais vu joué.

« On ne t’a jamais vu jouer et on ne t’a jamais vu marquer mais Emiliano, notre beau BlueBird, nous t’aimerons pour toujours » – Photo Arnaud Duret

Durant l’avant-match, les premiers chants à la gloire de notre ancien joueur résonnent. La tristesse s’empare de moi, mais je ne suis pas au bout de mes émotions. Les joueurs s’échauffent, avec un tee-shirt floqué « On t’aime Emi » dans le dos. Pendant la rencontre, ils joueront tous avec un brassard vert et un maillot floqué du nom de leur ancien coéquipier. Une deuxième vidéo est diffusée sur les écrans géants juste avant le début du match, retraçant le parcours de Sala sous les couleurs nantaises. Les 29 000 supporters présents applaudissent. Je sens la tristesse m’envahir et les frissons parcourir mon corps. Je ne peux retenir mes larmes qui commencent à couler.

Lors de l’entrée des joueurs, tout un stade est à l’unisson pour le chant à la gloire d’Emiliano Sala. La Tribune Loire déploie un tifo gigantesque d’un drapeau argentin, suivie par les autres tribunes. Tous ensemble, nous chantons pour lui. Tous ensemble, nous nous cassons la voix. Tous ensemble, nous lui rendons hommage. Le match débute, sans que j’y fasse attention. En Loire, un énorme portrait de Sala se révèle. Le tifo laisse ensuite place aux écharpes, des fumigènes sont allumés et nous continuons de chanter : « Emiliano Sala, Emiliano Sala, Emiliano, Emiliano, Emiliano Sala ! »

9ème minute de jeu. Le ballon est sorti en touche, et l’arbitre arrête le match. Symboliquement, le stade se lève et rend une nouvelle fois hommage à « Emi », qui portait le n°9. Les joueurs applaudissent également durant cette minute, avant que le jeu reprenne. Coach Vahid, qui apparaît à l’écran, fond en larmes. Un moment bouleversant.

Les chants ne baissent pas en intensité, et les chants à la gloire de Sala se succèdent. En première mi-temps, Coulibaly se procure une grosse occasion de la tête sur un centre parfait de Traoré (26′) mais l’attaquant malien voit le ballon passer juste à côté du montant droit de Ruffier. Dans le temps additionnel du premier acte, Monsieur Schneider exclut Fabio et M’Vila (45+3′) pour une petite altercation entre les deux joueurs. Vu du stade, je ne comprends pas la décision de l’arbitre et cela se confirme quand je revois le ralenti… la décision est sévère.

En seconde période, les Nantais sont les premiers à créer le danger dans la surface adverse : Coulibaly, encore lui, est parfaitement lancé dans la profondeur par Touré mais il bute sur Ruffier (47′). En manque de réalisme, notamment sur une tête de Carlos détournée en corner par le portier stéphanois (51′), les Canaris se font surprendre par les Verts puisque Cabella ouvre le score en deux temps après avoir lobé Dupé (58′). Le joueur de Saint-Étienne ne célèbre pas son but dans ce contexte émotionnel. Classe.

Les hommes de Jean-Louis Gasset poussent, et Monnet-Paquet voit sa demi-volée percuter la barre transversale (66′). Et puis trois minutes plus tard, c’est le bonheur total. Coulibaly, encore lui, lancé sur le côté droit par Boschilia, prend de vitesse Subotic et adresse un centre parfait à ras de terre pour Waris (70′) qui égalise. Le stade explose ! Les joueurs célèbrent le but en brandissant le tee-shirt en hommage à Sala. Durant les vingt dernières minutes, l’ambiance est fabuleuse. Le « Qui ne saute pas n’est pas Nantais » résonne dans tout le stade, toutes les tribunes sont debout. J’en ai des frissons rien que d’en reparler. C’est la première fois que je vivais une ambiance aussi belle à la Beaujoire. Même l’Erdre, souvent si calme, répond à la Loire.

Le portrait de Sala refait son apparition en Tribune Loire, et les chants en hommage à « Emi » reprennent. La rencontre se termine. Les joueurs ont été à l’image de notre ancien buteur, ils se sont battus jusqu’au bout pour arracher le nul (1-1), même si le score est anecdotique. Les joueurs et le staff font le tour du terrain pour saluer le public, soutenus par les supporters qui chantent encore et encore : « C’est un Argentin, qui ne lâche rien, Emiliano Sala, Emilano Sala, Emiliano Sala ! »

Avant de quitter le stade, le capo de la Brigade Loire, Romain, remercie les supporters, et notamment ceux de Cardiff qu’il invite à venir lancer un dernier chant : les « Blue Bird, Blue Bird, Blue Bird… » résonnent dans l’antre nantaise. En sortant de la Beaujoire, les supporters des Jaune et Vert continuent de chanter en l’honneur de l’attaquant de 28 ans. L’émotion retombe petit à petit, mais je ne veux pas m’en aller sans être allé voir le portrait de Sala affiché à l’entrée, où des fleurs, des bougies, des drapeaux, des mots, des écharpes jonchent le sol pour lui rendre hommage.

Je reprends la voiture pour rentrer chez moi, après une soirée riche en émotions, que je n’oublierai jamais. C’était bien plus que du football ce soir-là. La Beaujoire a vibré pour Emiliano Sala, qui restera pour toujours un membre de la famille du FC Nantes. Il sera pour toujours dans nos cœurs.

Pierre Hamon
Supporter inconditionnel du FC Nantes. Rédacteur sur Stadito depuis avril 2015.
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