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Édito : L’éloge de la médiocrité

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Il est vingt-trois heures passées. Comme tous les dimanches, les amateurs de football français sont devant le petit écran. Comme tous les dimanches, le dernier match de la journée se termine. Une purge. L’une des équipes, pourtant dotée d’un effectif au-dessus de la moyenne, n’a pu produire que le néant : le porteur de balle n’avait jamais de solution, le pressing était désordonné et malgré les changements de système, l’animation restait insipide. Pourtant, comme tous les dimanches soir, ce sera l’abnégation, l’envie, le courage et autres synonymes qui seront remis en cause.

Loin de moi l’idée d’enlever toute responsabilité des joueurs, ce sont eux les acteurs sur les planches. Mais si l’un des hommes sous les projecteurs ne produit pas un assez bon jeu face caméra, n’est-ce pas également au réalisateur de corriger le faux pas ?

La constante absence de remise en question des coachs devient aujourd’hui de plus en plus associée à un manque de culture tactique à grande échelle. Fini les analyses poussées, place aux réactions à chaud à base de rumeurs, d’Instagram ou de VAR. On ne donne la parole qu’aux gens dont la facilité de parler ne vient que de leur impuissance de se taire. (*)

Le milieu du média sport est, en France, finalement bien similaire à celui du football professionnel. On y pratique le copinage, on y ressasse les mêmes noms qui voguent de projets en projets, on y préfère le compliment menteur à la critique sincère. Aucune place n’est laissée au talent émergeant, à l’escrimeur hors pair qui saura piquer ses adversaires pour mieux leur enseigner l’attaque au fer, la place est donnée aux lourdauds qui pratiquent un combat de rue bruyant et spectaculaire bien que peu réfléchi. Promouvoir le travail d’un entraîneur absent de cet environnement reviendrait à évincer, tôt ou tard, l’un des acteurs de cette politique du médiocre, en témoignent les traitements déplorables que subissent les entraîneurs étrangers chez nous, Unai Emery étant un parmi tant d’autres.

Les clubs, encouragés par cet environnement hostile au grain de folie, n’innovent pas. Dijon, pourtant plaisant à suivre grâce au travail de Dall’Oglio, l’aura renvoyé au premier soubresaut pour donner les clés à Antoine Kombouaré, bien connu parmi les clubs français pour son empreinte footballistique loin d’être transcendante. Malgré le travail de certaines structures (remercions Monsieur Rivère de son implication et de ses prises de risques concernant le choix de ses entraîneurs), que penser des cadors que sont Lyon et Marseille, s’obstinant dans une insuffisance tactique affligeante ? Quand, entre Rhône et Saône, on déplore l’absence de titres et de beau jeu avec un effectif de qualité depuis plusieurs années, ce sont les sentiments nostalgiques d’El Loco qui planent sur le vieux port, preuve s’il en est que les amateurs de football romantique ne sont pas morts.

L’éducation et l’apprentissage du Football passent forcément par ces grands médias qui nous aident tous à comprendre un jour ou l’autre l’art qu’est le football. Et, là où la critique se doit d’être « une sorte de pédagogie de l’enthousiasme » comme le voulait Aragon, la médiocrité s’érige comme le bouclier d’un système qu’il est enfin temps de changer.

Rendez-vous dans une dizaine de jours pour le prochain édito.

En attendant vous pouvez réagir à cette publication sur Twitter @StaditoFootball et avec l’auteur @EmperadorLicha

(*) « Il y a beaucoup de gens dont la facilité de parler ne vient que de l’impuissance de se taire » est une citation du génial Edmond Rostand.

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