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Ligue 1 : Henry/Vieira, destins liés

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En 1995, Thierry Henry et Patrick Vieira sont de jeunes espoirs. Ils ne savent pas encore qu’ils seront champions du Monde ensemble.

27 octobre 1995, premier rendez-vous. Thierry Henry est titulaire en attaque à 18 ans du côté de Monaco. Un an après ses débuts professionnels, six mois après ses deux premiers buts. Patrick Vieira, d’un an son cadet, est lui aussi titulaire avec l’AS Cannes, pas au milieu de terrain mais bien en défense central. Directement opposé sur le terrain, Thierry Henry se souviendra de cette première rencontre auprès des journalistes L’Equipe le 6 décembre dernier. « Quand je suis arrivé au centre de formation de Monaco (en 1993), tout le monde me parlait d’un jeune joueur de Cannes : « Si tu voyais jouer Vieira, il est extraordinaire », me disaient les gens. Ça allait cinq minutes d’entendre tout le temps parler de Vieira, Vieira, Vieira…. Et puis, quand j’ai joué contre lui, je leur ai dit : « O.K., les gars, vous aviez raison. »» Leur premier affrontement ? Un match de D1 entre l’AS Cannes et l’AS Monaco, en octobre 1995. « » Pat » avait dix-neuf ans, j’en avais dix-huit, il avait joué en défense centrale. En le voyant, je m’étais dit : « Mais c’est quoi ce mec ? » Il replaçait ses partenaires. Quand il voulait sortir avec le ballon, il sortait. Il jouait à une touche de balle. Ce jour-là, je me suis rendu compte que Vieira, ce n’était pas seulement une légende urbaine. Jeune, Pat a toujours été le prodige, le premier de la classe, celui qui tirait les autres vers le haut. » C’est peut-être ce jour-là qu’un respect mutuel est né entre les deux. Ils s’étaient quitté dos à dos sur un score d’un partout. À la fin de la saison, Patrick Vieira rejoindra le Milan AC quand Thierry Henry en profitera pour exploser aux yeux du grand public la saison d’après.

Match compliqué pour Thierry Henry à Bollaert face à l’Afrique Sud. Ça se passera un peu mieux un an plus tard lors de la Coupe du Monde.

1997, premier pas chez les Bleus. À neuf mois d’intervalle, les deux espoirs du football français connaissent leur première sélection. Bien leur en a pris à un an de devenir champions du Monde à domicile devant le Brésil (3-0). Vieira est titulaire pour sa première sélection. Tout comme « Titi » Henry d’ailleurs. C’était le 26 février 1997 au Parc des Princes et une victoire 2-1 face aux Pays-Bas de Bergkamp. Vieira est absent lors de la première sélection d’Henry face à l’Afrique du Sud, une nation fil rouge de son histoire avec l’Équipe de France. Premier but avec les Bleus, et en Coupe du Monde s’il vous plaît. Une main face à l’Irlande pour envoyer la France à la Coupe du Monde 2010… en Afrique du Sud… Lieu de sa dernière sélection face aux… Bafana Bafana. La boucle est bouclée.

Henry et Vieira ne sont jamais très loin quand il s’agit de soulever un trophée.

1998, le monde à leurs pieds. À eux deux, ils cumulent 230 sélections en Équipe de France. Thierry Henry détient toujours le record de buts en Bleu avec 51 buts inscrits en 123 matchs (deuxième joueur le plus capé derrière Lilian Thuram). Loin devant Giroud, joueur en activité le plus proche de lui avec 33 unités. Mais le principal fait d’armes de ces deux-là chez les Bleus est d’avoir emmené l’Équipe de France au titre de champion du Monde en 1998 puis de champion d’Europe en 2000. Si en 1998 Patrick Vieira ne joue que deux matchs mais délivre une passe décisive en 16 minutes pour le but d’Emmanuel Petit en finale, Henry est déjà un élément important d’Aimé Jacquet prenant part à tous les matchs sauf la finale et inscrivant trois buts au cours de la compétition. Une finale à laquelle il aurait sûrement pris part sans l’expulsion de son coéquipier, Marcel Desailly. Cette compétition, il l’a surtout marqué par son tir au but inscrit lors de la séance de tir au but en quart de finale face à l’Italie. Le principal intéressé était revenu sur cette épisode dans Team Duga sur RMC. « À ce moment-là, le coach se retourne et me regarde. Là, je n’ai pas baissé les yeux. Il m’a dit : « Thierry ». J’ai répondu : « Ouais ». Il m’a dit : « Ouais ou oui ? ». J’ai dit : « Oui ». Franchement, j’avais trop souffert pour en arriver là. Personne ne me voyait là. Même moi, si j’avais fait une liste, je ne me serais peut-être pas mis dedans. Je suis rentré à la dernière minute dans le groupe. À un moment donné, mon rôle, c’est d’apporter quelque chose à l’équipe. Quand le coach fait appel à toi, tu dois être prêt. Donc j’y vais. A ce moment-là, mon père est parti du stade, je l’ai su après. Quand j’y vais, je sais où je vais tirer. Je me dis : « Je suis là pour aider l’équipe ». La force de notre groupe m’a mis en confiance. D’un seul coup, tu fais deux mètres de haut, t’es costaud, tu vois le but plus grand. Et voilà, je ne l’ai pas raté. »

Avec l’Euro 2000, Vieira et Henry remportent leur second trophée sous le même maillot.

L’Euro 2000 marque comme la prise de pouvoir dans cette équipe des deux jeunots et ce pour la décennie à venir. Thierry Henry en est toujours le meilleur buteur avec trois buts et ne manque pas la finale cette fois-ci. Quant à Patrick Vieira, il s’impose comme titulaire au cours de la compétition grâce à sa partition récitée contre la République Tchèque lors du second match de poule et en profitant de la blessure d’Emmanuel Petit, l’un des titulaires au milieu de terrain. Didier Deschamps prenant sa retraite à l’issue de la compétition, Patrick Vieira, dit « la pieuvre » à cause de ses jambes interminables, devient alors le métronome du milieu de terrain des Bleus jusqu’à la Coupe du Monde 2006, où à la manière de Zinédine Zidane, ses prestations seront de toute beauté. C’est connu, le bon vin se bonifie avec le temps.

Thierry Henry et Patrick Vieira doivent beaucoup à Arsène Wenger. Ici lors de la célébration du titre de champion d’Angleterre 2002.

1999-2005, le temps des artilleurs londoniens. Arsène Wenger réunit les deux joueurs en 1999 sous le maillot d’Arsenal. Patrick Vieira y joue depuis 1996, après un court passage par l’Italie. Thierry Henry rejoint les Gunners à l’été 1999 depuis l’Italie, lui aussi, après une saison délicate. Seulement trois buts en vingt matchs avec la Juventus. Le duo marquera l’une des plus belles pages de l’histoire d’Arsenal. Deux titres de champion d’Angleterre en 2002 et 2004 en réalisant l’exploit de clore la saison sans perdre un match. Un exploit qui vient s’inscrire dans les livres d’histoire aux côtés de celui de Preston North End en 1889. Des Coupes de la Ligue, des FA Cup… Et surtout deux joueurs qui sont couronnés individuellement. Thierry Henry truste les premières places au classement des buteurs et les podiums aux récompenses individuelles. Une période qui va rapprocher les deux joueurs. Caractériel, il faut l’être pour devenir un grand joueur. Thierry, le mec taiseux, déterminé, casanier. Patrick, tout aussi discret mais un poil plus chambreur et surtout rassembleur. Mais c’est le franc-parler qui rapproche les deux joueurs. Pour l’anecdote, avec Emmanuel Petit, Vieira est le seul joueur à être invité au mariage du numéro 14 d’Arsenal. Ils joueront 281 matchs ensemble, toutes équipes confondues. Ils partageaient la même chambre lors des déplacements avec Arsenal. Depuis cette époque, Henry appelle Vieira « mon capitaine ». Henry deviendra le capitaine de son Arsenal après le départ de son pote pour la Juventus. Mais durant six ans, ils auront marqué l’Angleterre d’une pierre bleue.

Patrick Vieira est auteur d’une Coupe du Monde 2006 de très haut niveau. Pourtant critiqué avant la compétition.

2006, l’étoile noire. Si le parcours des deux joueurs a connu, la plupart du temps, succès et consécration, l’année 2006 restera sûrement comme la plus grosse déception commune. Une Équipe de France outsider mais le teint pâle au début de la compétition. Zidane, Thuram et Makélélé reviennent donner un dernier coup de rein. Et la mayonnaise reprend comme en 98. Les anciens retrouvent leurs jambes de 20 ans une fois la phase de poule passée. Grâce au sacrifice défensif de Claude Makélélé, Patrick Vieira peut distribuer, orienter, apporter le surnombre offensif et de nouveaux réaliser ses grandes enjambées qui ont fait sa légende. L’Espagne entendait envoyer Zidane à la retraite. Pas de problèmes pour Zidane, Vieira se charge de réserver 23 billets retours pour Madrid. Une passe décisive pour Ribéry et un but de la tête. Comme face au Togo quatre jours plus tôt. En quart, face au Brésil, dans l’ombre de Zidane qui réalise le match de sa vie, Vieira continue d’abattre un travail conséquent pour magnifier le maître. Il laisse le flash des photographes à Henry qui d’un plat du pied plein de sécurité troue la muraille Dida. En demie, c’est de nouveau Henry qui met au supplice la défense portugaise. Un penalty obtenu pour Zizou. Des courses en profondeur qui mettent à mal Meira et Carvalho.  Ils sont à 90 minutes de décrocher une nouvelle étoile. Face à l’Italie cette fois. Zidane, encore lui, met la France sur les bons rails avec une panenka osée dirons-nous. Puis patatras ! Non non, on ne parle pas du coup de boule de Zidane mais bien de la sortie de Vieira à la 56e minute sur blessure. Lui qui se sentait de mieux en mieux au fil de la compétition doit laisser sa place à Alou Diarra. Peut-être le tournant que l’histoire ne retient pas. Le leader du milieu de terrain, le relais entre les joueurs sur le terrain. Une blessure qui intervient au moment où la France prend le dessus sur l’Italie et n’est pas loin de reprendre l’avantage. On ne refera pas l’histoire mais Vieira et Henry devront attendre pour voir une seconde étoile sur le maillot bleu.

Ils ont passé leur diplôme d’entraîneur ensemble au Pays de Galles à partir de 2015 avant de prendre chacun leur envol.

2015, changement de costume. Si le rôle de leader qu’endossait Patrick Vieira dans toutes les équipes où il est passé laissait présager d’une potentielle carrière d’entraîneur, Thierry Henry n’avait pas laissé transpirer ça. Pourtant, il est vrai que le garçon, mange, dort et vit foot. Il délaisse son poste de consultant pour la télé britannique pour passer ses diplômes d’entraîneur aux côtés de Patrick Vieira à Cardiff, Dragon Park, haut lieu du football gallois. Comme on se retrouve. Y figure aussi Marcel Desailly et Mikel Arteta. Sacrée promo. Les deux hommes passent leur premier, deuxième et troisième degré. Dans le même temps, ils mettent en application ce qu’ils apprennent à Arsenal pour Henry avec les U16. Avec les U21 de Manchester City pour Vieira, là où il a terminé sa carrière. Des obstacles différents jalonneront le parcours des deux champions du Monde. Vieira souhaitant plus de responsabilité, part en MLS s’aguerrir dans le club filial de New York City où deux saisons de suite, l’aventure s’arrêtera en demi-finale de conférence. Thierry Henry a lui choisi de grandir dans l’ombre de Roberto Martinez avec la sélection belge en tant que troisième adjoint et entraîneur des attaquants. Une trajectoire similaire à celle de Zidane qui a appris dans l’ombre d’Ancelotti au Real Madrid avant d’en prendre les reines. C’est à l’issue de la Coupe du Monde 2018 qu’Henry a pris la décision de devenir le numéro 1. « Au cours de ces quatre dernières années, j’ai vécu des expériences très enrichissantes en tant qu’entraîneur de football. Ces expériences ont renforcé ma détermination à concrétiser mon ambition à long terme de devenir manager. C’est donc avec tristesse que j’ai pris la décision de quitter Sky Sports pour me permettre de passer plus de temps sur le terrain et concentrer mes journées à atteindre mon objectif », postait-il sur Instagram.

Adversaires, Henry et Vieira l’ont déjà été en quart de finale de Ligue des Champions en 2006 lors de la confrontation Arsenal-Juventus. Ils le seront de nouveau ce mercredi soir.

2018, des bancs de l’école aux bancs de Ligue 1. C’est d’abord Vieira qui a endossé le rôle d’entraîneur de Ligue 1. À Nice, Jean-Pierre Rivère a décidé de lui faire confiance. « Un entraîneur avec la capacité à continuer de produire du beau jeu, à faire progresser des jeunes joueurs en prenant le risque de les faire évoluer, et qui insuffle un état d’esprit de gagne », déclarait Rivère. Le président du Gym a eu l’audace de lui donner sa chance. Et Damien Perrinelle qui a affronté ses équipes en MLS avec le New-York Red Bulls, allait dans le sens du président niçois en août au micro de RMC. « Vous allez découvrir un jeune coach ambitieux, du moins au niveau du jeu. Il a un schéma tactique préférentiel en 4-3-3, ou plus un 4-1-4-1, avec une animation offensive super intéressante à regarder. C’est l’école Guardiola, on voit beaucoup de similitudes dans les schémas de jeu qu’ils recherchent. Les joueurs ont interdiction de balancer quasiment. Ça joue même presque à outrance parfois. Il ne va pas falloir que les défenseurs niçois aient les pieds gelés, sinon ça va être compliqué. » En six mois, Vieira a confirmé les propos du Français de MLS en montrant d’autres cordes à son arc : adaptation et gestion de groupe. Après un mois d’Août difficile (deux défaites et un nul), Vieira a su trouver les solutions pour relever le club et se retrouve désormais à la neuvième position à quatre points du podium avant d’affronter Monaco ce mercredi. Il retrouvera son ami Henry qui a pris la place de Leonardo Jardim, remercié, après la 9e journée. Difficile de juger les débuts de l’ancien buteur sur le banc monégasque. Son effectif étant décimé par les blessures et la perte de confiance totale d’une partie de son groupe. Il a dû notamment aligner à de nombreuses reprises des jeunes de 17 ans (Massengo, Thuram, Gouano, Badiashile etc.). Sa prise de fonction à Monaco s’apparente à un cadeau empoisonné mais il a plus à gagner qu’à y perdre en relevant ce défi. Et les nombreuses arrivées au mercato hivernal mettrons un peu plus la pression sur les épaules de l’ex-Gunners pour sortir Monaco de cette 19e place au classement. À moins qu’il soit sûr de son coup comme le laissait entendre son ancien coéquipier Robert Pirès. « Il avait déjà ce que j’ai fini par comprendre en jouant régulièrement à ses côtés à Arsenal : une extrême connaissance de ses capacités et de son potentiel. Au fond, Titi n’est jamais stressé ou tendu, je pense qu’il a toujours été sûr de ce qu’il pouvait faire et que ça l’a aidé dans ses performances. »

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