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Jérémi Kimmakon, reprendre de l’élan et avancer

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Les premiers pas de footballeur

L’histoire entre le ballon rond et Jérémi Kimmakon commence dans la région parisienne à l’AC Boulogne-Billancourt, où il passe deux ans. Il rejoint ensuite l’US Créteil-Lusitanos, pour deux saisons. « Après, j’ai arrêté pendant un an le football, explique le joueur. Il fallait payer la licence, les équipements… Ce n’était pas facile tous les jours ». Mais, très vite, le jeune joueur retrouve le chemin qui mène au rectangle vert avec le club de Créteil. Il se souvient de nombreux tournois joués avec Créteil. « Nous sommes même aller en Guadeloupe. Cela m’a permis de découvrir la France car nous avions la chance de pouvoir nous rendre dans différentes régions. Certainement les meilleures années jusqu’à présent ». Si tout n’a pas été simple pour le jeune homme qui a grandi en région parisienne, il s’est accroché afin d’atteindre son rêve de jeune footballeur. Ainsi, il va se voir offrir la possibilité de rejoindre le centre de formation d’un club professionnel à 15 ans, un an après avoir repris le football en club.

Crédit image : berrichonne.net

« J’avais le choix d’aller soit à Châteauroux, soit à Guingamp ». Un critère a fait pencher la balance du côté du club berrichon pour le joueur et son entourage. « Scolairement, j’étais un peu en décrochage et en rentrant au centre de formation de Châteauroux, on m’a donné l’opportunité de pouvoir me réinsérer dans une filière générale. Bien sûr, il y a eu une année de remise à niveau. C’est clairement ce qui a favorisé le choix de mes proches, et le mien de rejoindre ce club ». En effet, pour Jérémi, il était important de pouvoir allier sport et études à ce moment-là. « En arrivant, on nous a mis dans une classe, censée passer le CAP. Et, les meilleurs élèves pouvaient avoir l’opportunité d’intégrer une filière générale. J’ai réussi à hausser mes notes, mais, malheureusement, pas suffisamment. Je suis tout de même parvenu à intégrer une filière professionnel : le BAC STG. Et, ça, pour moi, c’était une grande joie de pouvoir me prouver à moi-même que scolairement, rien n’était fini, que j’étais capable de faire quelque chose d’intéressant ». Si l’on voit que le jeune homme accordait de l’importance aux études, il ne manquait pas d’ambition sportive. En intégrant le centre de formation de la Berrichonne de Châteauroux, Jérémi Kimmakon est déjà conscient de l’opportunité qui lui est offerte. « Entrer dans un centre de formation est le but ultime d’un jeune joueur », comme nous le rappelle le natif de Lagny-sur-Marne.

Jérémi Kimmakon, avec le numéro 9, sous le maillot berrichon.

Il gravit donc les échelons avec l’équipe castelroussine jusqu’à jouer avec l’équipe réserve, alors en CFA2. Durant cette période, il va même découvrir les joies d’une compétition internationale puisqu’il participe à la Coupe du Monde U17 en 2011, avec la Côte-d’Ivoire. « Avant d’aller au Mondial U17 avec la Côte-d’Ivoire, j’avais eu quelques sélections avec les équipes jeunes de la France. J’étais un peu juste, et pas vraiment prêt. Donc, de pouvoir jouer la Coupe du Monde avec la Côte-d’Ivoire m’a rempli de joie parce que le travail effectué entre temps a payé. Je n’ai pas intégré directement l’effectif pour aller à la Coupe du Monde. Il y a eu des essais. Pendant un mois, on a été supervisé durant un stage. On était trente, et ils en gardaient 23 ». C’est donc une bonne expérience qui s’est présentée au joueur, qu’il n’a pas laissé passer. « Représenter mes origines, mon pays c’était une immense joie. C’était une superbe aventure de pouvoir aller au Mexique, de pouvoir, à 17 ans, être traiter comme des professionnels. J’ai pris ce qu’on m’a donné. Personnellement, cette aventure m’a fait énormément progresser, en deux mois de temps ». L’aventure pour les ivoiriens a pris fin en huitième de finale face à la France, qui s’est imposée 3-2, avec un doublé de Yassine Benzia et un but de Lenny Nangis.

Le Paris SG, une année riche

Après cinq saisons, l’aventure entre Jérémi Kimmakon et Châteauroux prend fin, et le joueur rebondit avec la réserve du Paris SG, en CFA. « Malgré ma signature au PSG, j’avais quand même un sentiment de déception. J’ai joué cinq ans dans ce club. J’aurais aimé pouvoir signer un contrat professionnel avec le club qui m’a formé et m’a tant apporté sur différents points. Franchement, j’ai pas été exempt de tout reproche, mais je pense que j’aurais pu avoir davantage ma chance, ou simplement ma chance même », souligne-t-il. Il poursuit en expliquant qu’en l’espace de cinq ans, il s’est entraîné «  deux semaines au maximum avec le groupe professionnel ». Le jeune joueur estime donc qu’il n’a pas été « assez encouragé, assez motivé ». Mais ce départ signe le début d’une nouvelle expérience du côté du Paris Saint-Germain, qu’il rejoint en 2014. « C’était un moyen de me relancer. À Châteauroux, je jouais en CFA2, et le PSG en CFA. Il y avait une autre visibilité », réagit le joueur.

Crédit image : africatopsports.com

« J’arrive au PSG, tout est beau. Un super cadre, des joueurs talentueux … Tous les moyens sont là pour que je puisse m’épanouir. Je me rappelle que lorsque je suis arrivé, nous étions cinq nouveaux dans l’équipe réserve où les joueurs se connaissent et jouent ensemble depuis déjà plusieurs saisons. Donc, voir des joueurs arrivés aux portes de leur rêve, sûrement que cela ne fait pas plaisir à tout le monde, mais c’est le football qui est comme ça. Mais, sincèrement, ils nous ont très bien intégré ». Ainsi, toutes les conditions sont réunies afin de pouvoir grandir. À ce moment-là, un maigre espoir d’avoir sa chance avec l’équipe professionnelle apparaît chez Jérémi Kimmakon. « Je me suis dit qu’il était possible d’avoir ma chance mais qu’il allait vraiment faire mes preuves, et énormément travailler. Je savais que si je voulais atteindre ce niveau ça n’allait pas être facile ! ».

Numéro 34, Jérémi Kimmakon remplace le numéro 7 brésilien, Lucas Moura.

« Avec de la motivation, de l’envie et du travail, on arrive souvent à nos fins », nous explique le joueur de 24 ans. Le joueur sait de quoi il parle puisqu’il a eu le bonheur d’intégrer le groupe professionnel, le temps de quelques entraînements. Il a même eu l’occasion de faire quelques bancs, ainsi qu’une apparition en Coupe de la Ligue au Stade François Coty d’Ajaccio, le 17 décembre 2014, en entrant en jeu en fin de match en remplacement de Lucas Moura. « Avec mes années de jeunesse, c’est un des meilleurs moments de ma vie ». Lorsque l’on se souvient du jeune garçon qui a connu quelques difficultés sur le plan personnel quelques années auparavant, cela peut ressembler à une « revanche » pour le joueur. « J’ai considéré ça pendant un moment comme une revanche. Mais, quand on regarde bien, peut-être qu’il aurait été plus facile pour moi d’aller dans un autre club où la concurrence aurait peut-être été moins forte. Au final, je ne prends pas ça comme une revanche. C’est une direction que j’ai choisi, avec du travail », expose-t-il.

De nombreux mois de désillusions

Cependant, après ces moments magiques vécus, des instants plus difficiles arrivent pour Jérémi Kimmakon. « Ma redescente avec l’équipe CFA ne s’est pas bien passée. Ce n’était pas un manque de motivation », assure-t-il. « Je n’arrive pas à l’expliquer en fait … encore aujourd’hui ». Ce n’est alors que le début d’une longue période délicate à vivre pour le jeune joueur de football qu’il est. En 2015, après une saison passée au Paris Saint-Germain, Jérémi Kimmakon rejoint Bournemouth, en Angleterre. « À l’époque, j’avais des conseillers qui s’occupaient de moi. Ils m’ont alors conseillés d’aller à Bournemouth parce que c’était la meilleure solution pour moi ». Le joueur avait également des offres de clubs de National qui lui étaient parvenues. « Mes agents considéraient que je ne m’en sortirais pas en National. C’est un Championnat assez difficile, avec beaucoup de combats », argumente-t-il.

Crédit image : lestitisdupsg.fr

L’expérience anglaise ne s’est pas déroulé comme prévu. En effet, le joueur n’obtient pas sa chance avec l’équipe première des Cherries. Une situation pas simple à vivre pour Jérémi Kimmakon, qui a des objectifs, et qui se retrouve seul, en difficulté. « Honnêtement, c’est pas facile ! Avec ma famille, on s’appelait régulièrement. C’était compliqué », explique-t-il. « En Angleterre, je suis devenu quelqu’un d’un peu solitaire. La langue anglaise c’est pas trop mon fort, donc inconsciemment on se renferme un peu. J’ai beaucoup travaillé mon mental ». Cette tournure des évènements a de quoi faire regretter le choix pris quelques mois auparavant. « Bon ou mauvais, je m’efforce de prendre l’habitude de ne pas regretter mes choix. J’ai longtemps réfléchi, et pour moi c’était la bonne solution … », assume-t-il.

Crédit image : introsport24.it

« Après mon expérience à Bournemouth, j’ai de nouveau arrêté le foot pendant un an et demi », nous indique Jérémi Kimmakon. « Pour atteindre ses objectifs, il faut que la motivation et le mental soit présent. Et, à ce moment-là, je n’y étais plus du tout. L’envie d’abandonner m’est passé par la tête ». Cela démontre que la vie de footballeur n’est pas toujours de tout repos. Il faut savoir rebondir. Pour cela, il est important d’être bien entouré comme nous l’explique le joueur. « La famille était là, elle m’a remotivée. Malgré tout ça, j’ai mis du temps à me remettre sur pied. Il est clair que la famille et les amis ont joué un grand rôle pour moi dans ce moment ». Il rebondit alors en quatrième division italienne, avec le club de Pomigliano. « En arrivant en Italie, j’avais pris de l’âge, j’étais plus mature, plus posé. J’ai mis le pied à l’étrier. C’était beaucoup plus facile pour moi ». La joie du terrain était bien revenu, et l’envie de se relancer bien présente. « Arrivé au club, tout se passait bien au début, le club voulait monter en Serie C », nous explique-t-il. Seulement cette satisfaction sera de courte durée puisqu’une nouvelle désillusion arrive. « Lorsque les résultats n’y étaient plus, il y a eu des problèmes de salaire qui n’ont pas été versés. J’ai cru retomber dans un mauvais travers, une nouvelle déception …Je venais d’avoir un enfant, ma copine était en France. Je me suis dit que j’allais en Italie pour me relancer, pour que tout se passe bien, et de voir que financièrement ça se passait mal, qu’ils ne faisaient pas les choses correctement, ça m’a donné envie d’arrêter, encore une fois, le foot », se souvient Jérémi Kimmakon.

Le retour en France et l’envie de rebondir

Après deux expériences à l’étranger, il était temps pour l’attaquant de retrouver la France. S’il affirme que ces années passées de l’autre côté des frontière l’ont « forgé » et « endurci », le joueur souhaitait pouvoir retrouver le bonheur de jouer au football. Pour cela, il rejoint Bourges 18, club de National 3, en 2017. Il retrouvait alors Dominique Bougras, qu’il avait déjà eu comme entraîneur lors de sa formation à Châteauroux. « Je me suis dit que je repartais à zéro, il faut que je mette mes états d’âme de côté, et que j’essaie de retrouver au plus vite mon niveau ». Tout est à refaire pour le joueur alors âgé de 23 ans. Après quelques temps loin des terrains français, le joueur doit de nouveau faire ses preuves et démontrer que ses qualités sont toujours présentes. « En arrêtant le foot, en étant instable, on perd de la condition physique, de la technique. Tout ça, il faut le regagner, et ce n’est pas facile », précise-t-il. Pour retrouver le meilleur niveau possible, il est important de savoir tourner la page, selon Jérémi Kimmakon. « Tout ce qui s’est passé avant, ça reste derrière moi. Je n’y pense quasiment plus, ou je m’efforce de ne plus y penser, pour pouvoir avancer à nouveau ».

Crédit image : leberry.fr

Pour le moment la marche en avant est bien réenclenchée puisque l’homme de 24 ans a rejoint Blois Foot 41, équipe de National 2, après une saison passée à l’étage inférieur. Au-delà du choix sportif, il y a une recherche de stabilité chez Jérémi Kimmakon. « Auparavant, j’aurais pu me lancer dans une aventure sans trop connaître les choses. Mais, au jour d’aujourd’hui, je cherche de la stabilité pour pouvoir travailler. En ce moment, je suis à Blois, ma famille est à Châteauroux et Paris, c’est pas très loin. Toutes les conditions sont bonnes pour que je puisse continuer à avancer », avance-t-il. Après un bon début de Championnat, les Blésois ont connu plus de difficultés sur la fin de la première partie de saison, avec une élimination au septième tour de Coupe de France à Longueau (R2), et trois défaites pour conclure la phase aller du Championnat. « L’objectif premier avec l’équipe est d’obtenir le maintien. L’ambiance de travail est bonne ».

Crédit image : La Nouvelle République

Auteur de trois buts en Championnat et un en Coupe de France, Jérémi Kimmakon ne se donne pas d’objectif personnel, mais pense devoir travailler la finition notamment. « Un joueur offensif qui ne met pas de but ou qui ne fait pas de passes décisives, c’est qu’il n’est pas bon, c’est qu’on ne peut pas lui faire confiance. Donc, c’est sur ce point là que je dois travailler, à titre personnel ». Lorsqu’on lui demande de nous donner ses qualités, le joueur nous répond « être quelqu’un de bon vivant, qui ne se prend pas la tête, j’aime me dépenser pour mes coéquipiers. Après, niveau football pur, mes points forts sont la technique et la vitesse ». Au moment d’évoquer ses envies, son futur, le joueur nous indique ne pas y penser spécialement. « Souvent, ça peut faire déjouer, tu deviens personnel, tu ne penses qu’à toi ». Pour autant, l’ambition et l’envie d’aller le plus haut possible sont toujours présents dans son esprit, tout en restant mesuré et lucide. «  Je pense qu’en ayant un bon état d’esprit, et surtout en prenant du plaisir, tout peut bien se passer pour moi. Comme tout le monde, j’espère jouer le plus haut possible. Si mon niveau reste le National 2 parce que j’ai perdu trop de temps, parce que je commence à être âgé, ou simplement que j’ai perdu mon niveau, je resterais à ce niveau ».

Stadito remercie Jérémi Kimmakon d’avoir répondu à nos questions. Nous lui souhaitons le meilleur pour la suite.

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