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Le Block Parisii : le groupe qui voulait faire chanter Boulogne

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Depuis 2016, le Collectif Ultras Paris (CUP), association de plusieurs groupes contestataires, a réinvesti la Tribune Auteuil. L’un des deux virages emblématiques du Parc. L’occasion de voir revenir tifos, banderoles, bâches et fumigènes dans cette partie du stade. Pour le plus grand plaisir des nombreuses stars parisiennes, ravies de voir une ambiance à la hauteur. Enfin presque. Si le retour des ultras à Auteuil offre une atmosphère impressionnante, le constat opposé est flagrant au moment de regarder la Tribune Boulogne. 

Tribune populaire historique et berceau du premier groupe ultras du club de la capitale (Boulogne Boys, 1985), Boulogne sonne désormais creux. Dans ses travées, hors-de-prix, se mêlent touristes, fans d’un soir, curieux et familles. Un public que l’on trouve habituellement en latérales. Depuis quelques mois, un groupe tente de motiver les quelques supporters les plus fervents. Sans matériel ni bâche, c’est interdit par le club. 

Ils sont plusieurs jeunes supporters du Paris-Saint-Germain, et tentent de redonner un semblant d’ambiance à la Tribune Boulogne. Dans l’ombre du CUP, le Block Parisii espère se développer pour réanimer une tribune endormie. Rencontre avec un groupe aux ambitions raisonnée, désireux de créer et structurer une partie de la tribune. 

A l’origine, ce groupe est le fruit d’une réflexion entre plusieurs jeunes passionnés du club, guidés par quelques personnes plus expérimentées. Valentin, 19 ans, a connu son premier match en 2003 puis a commencé à s’investir il y’a trois ans. Pour essayer de faire bouger les choses en tribune Boulogne. «J’ai tourné autour du pot pendant deux ans pour créer un groupe. Qui a commencé à prendre forme en début de saison dernière. On s’est rencontré avec plusieurs gars et l’idée commune plaît à tout le monde, on a créé des affinités « hors stade », avant de finalement déposer les statuts de l’association en septembre 2017. Moi, j’ai connu la tribune Boulogne par ma famille. Mon père y allait voir les matchs et a par la suite créé une association»détaille le jeune homme.

La famille, c’est également le levier de motivation qui a poussé Gaëtan, 19 ans lui aussi, à s’investir. Aujourd’hui en charge de la communication de l’association, le jeune homme souhaite redonner à Boulogne, «la tribune historique du Parc», ses lettres de noblesse. «Ca devrait être normal que ça chante dans cette partie du stade»,abonde-t-il.

 Petit à petit, les forces se rassemblent. «Soso», 28 ans, se rendait au parc de temps en temps, dès qu’il le pouvait avant le Plan Leproux, et regrette aujourd’hui le manque de ferveur. Il s’est finalement abonné en 2017 et est devenu vice-président du groupe afin d’apporter une réflexion moins impulsive. Encore fallait-il trouver un nom. Ce sera le Block Parisii, une appellation qui renvoie à plusieurs significations. 

“Ni politique ni religion. On est là que pour Paris”

«Le Block est venu assez naturellement, nous étions tous regroupés dans le bloc 328 et nous appelions notre bout de tribune comme ça, tout part de là. Et Parisii signifie parisien en gaulois»,détaille le groupe, toutefois bien décidé à se détacher de l’image difficile que la tribune Boulogne traîne, comme un boulet depuis plusieurs années. «Ça n’a rien à voir avec tout ce qu’il y avait avant : ni politique ni religion. On est là que pour Paris. Tout le monde est bienvenu, à partir du moment où tu respectes la charte, et le club, tu peux venir. Même passion, même couleur». Le ton est donné. 

Difficile pour le groupe de se rassembler en tribune Boulogne (Instagram)

Jeune, le bureau de l’association s’est structuré grâce à l’appui et le soutiens de personnes plus expérimentés. «Au début, il y avait quelques anciens et des jeunes motivés. On s’est tous regroupés.» Parmi ses «voix de la sagesse»,les pères de Gaëtan et Valentin. D’autres, «qui voulaient reprendre l’activité en tribunes».Le groupe reste prévoyant. «On a eu certains politisés qui ont essayé de rentrer dans le groupe. Mais ça a dégagé. Quand tu parles avec ceux qui nous ont rejoint, tu sens qu’ils ont évolué et fait le deuil de l’époque d’avant».

Bien structuré, avec un noyau de base assez solide, le groupe s’est toutefois heurté à la résistance du Paris-Saint-Germain, visiblement peu emballé par la perspective de voir un nouveau groupe à Boulogne. 

«Quand tu vas à Boulogne, tu es comme au cinéma. Si tu es debout sur ton siège, on te demande de descendre. Notre matos et confisqué devant le stade et ils ont retiré l’estrade du Capo… Ça leur fait un billet de plus à vendre…. » De quoi faire enrager ces jeunes amoureux du club, tristes de voir l’état actuel d’une tribune très importante dans l’histoire du club et dans le mouvement ultra. 

“Les clubs sont gérés comme des entreprises, au détriment de l’aspect sportif”

«Boulogne, ce n’était pas comme ça avant… Là tu as des spectateurs avec des maillots d’autres équipes, le prix des abonnements, plus de 600 euros, et les possibilités de revendre des places sur un abonnement vont clairement dans le sens du business et non de la passion. Mais c’est comme la majorité des clubs maintenant, ils sont gérés comme des entreprises à part entière au détriment de certains aspect sportif. Le prix des places ou abonnements sont abusifs… Le football devrait garder les pieds sur terre… Surtout quand on voit les sommes dépensées lors des périodes de transferts».

Club et préfecture se renvoient la balle

Au moment d’évoquer la direction du PSG, le ton est de plus en plus grinçant, amer. 

«De notre point de vue, ils ont pris le club pour faire du business, le foot part un peu comme ça malheureusement…. Quand ils ont constaté le manque d’ambiance, ils se sont posé des questions sur le retour des ultras, mais pas pour reconnaitre le mouvement ultra en tant que tel, ils ont fait ça pour avoir une valeur ajoutée en Ligue des Championsque tu sois un supporter fidèle ou pas, ils s’en foutent.

Pourtant, le groupe a tout de même tenté de discuter avec le club. Sans réel succès.

«Nous avons essayé. Pendant un an il y’a eu mail sur mail, des recommandés… On a fini par obtenir une réunion. Le club avait envoyé Philippe Boindrieux (alors directeur général adjoint aux finances et à l’administration, mais plus au club depuis octobre 2018 ndlr), un avocat et le nouveau responsable de la sécurité (Michel Besnard, proche de Nicolas Sarkozy ndlr)

Et si cette réunion était un réel signe d’espoir pour la jeune association, les débouchés furent nuls. 

“Nous n’avons pas eu l’impression d’être réellement écoutés”

«Nous avons pu parler, mais nous n’avons pas eu l’impression d’être réellement écoutés. On nous a expliqué que la préfecture n’était pas d’accord pour un deuxième virage actif, qu’il n’y avait pas assez de forces de l’ordre pour le gérer. Donc ensuite, nous avons contacté la préfecture, qui a affirmé que c’était le club qui ne voulait pas de nous. Donc pour le moment, c’est au point mort et toujours aucun matériel ne rentre à Boulogne.» Une situation difficile à démêler et qui engendre peu d’espoirs à court terme pour le Block. Pourquoi pas une réunion tripartite ? «Impossible».

Bloqué au Parc des Princes, le Block Parisii s’est donc tourné vers des actions contestataires plus accessibles, pour faire entendre sa voix. 

«On est allé au Camps des Loges voir les U17-U19. Le premier match, nous n’étions pas très nombreux et les U19 n’ont pas été forcément réceptifs. Mais en revanche, les U17 étaient ravis et se sont montré très reconnaissants. C‘était cool, on s’est sentis valorisés, dans ce genre de moment on sait pourquoi on se casse la voix… »

Prochaines étapes ? Renforcer le groupe en termes de nombres. Actuellement, l’association revendique entre 50 et 60 membres mais souhaite se focaliser sur les plus motivés. «On ne va pas mentir, il y a quelques personnes dans nos rangs qui n’ont pas le même esprit que nous, ni la même vision d’un groupe de supporter mais nous veillons à créer une réelle cohésion et carter les plus motivés. On a déjà une bonne base qui fonctionne presque comme une famille. Nos objectifs sont à long terme. On ne dis pas qu’on fera comme le Collectif Ultras Paris (CUP), à savoir prendre une tribune…»

Et pour se faire une place, l’association compte bien procéder par étapes, histoire ne pas se brûler les ailes, tout en restant crédible. 

«Ca dépend de comment ça va prendre. On vise vraiment des personnes motivées au début pour pouvoir grandir sérieusement. Après, tous les ans, on essayera de constituer un esprit d’équipe, de la solidarité… Quand tu connais bien les gars et qu’il y a certaines valeurs dans le groupe c’est plus facile d’avancer et de gérer les choses. On est jeunes, nous n’avons pas tous de l’expérience… On fait petit à petit. On cherche à renforcer le noyau, prendre de l’expérience, ne pas aller trop rapidement »

Hommage à Francis Borelli (Facebook)

Un groupe ultra ?

La question revient souvent dans le mouvement et la définition d’un ultra reste vague, subjective et souvent propre aux différents supporters. 

« Pour nous on est pas ultras. Nous avons fait des erreurs de communications la dessus (sur des t-shirts ou des sticks) mais cela est dû surtout à une erreur de jeunesse. Nous savons ce que le mot ultra représente et nous ne pouvons pas nous proclamer en tant que tels. »

Foncièrement, le Block Parisii reste conscient du chemin à parcourir et d’une certaine légitimité à acquérir. 

« Dans le groupe il y a surtout des supporters qui veulent être actif et s’investir en tribune, chanter et créer des animations, à notre échelle. Concrètement, le groupe est jeune et ne peut pas se prétendre ultra, pour nous c’est une façon de penser et de supporter à part, un mode de vie… Certains de par leurs motivations, on voit bien qu’ils sont simplement venus pour acheter un t-shirt. En tant qu’association, on veut surtout prendre de l’expérience, être crédible sur les chants et la gestuel, et plus tard sur les animations en tribunes. On est une association de supporters, mais une association peut avoir des groupes internes… Finalement le plus important c’est la mentalité.» Un discours réaliste, révélateur d’une réelle volonté de faire ses preuves à long terme. 

Peu de rapports avec le CUP

Si Boulogne sonne creux, ou du moins, est muette depuis 2010, la tribune d’en face, Auteuil, se fait entendre depuis 2016. Ce, grâce au Collectif Ultras Paris, groupe englobant plusieurs associations contestataires et aujourd’hui solidement installé au Parc. Aussi, il est assez logique de se demander si le Block Parisii est entré en contact avec le CUP, modèle de contestation. Entre les deux groupes, les relations sont pour le moment plutôt rares.

«Avec le CUP, la situation est assez floue. Ce qui est clair, c’est qu’ils ne cherchent pas à nous aider, et ils ont de toutes façon autre chose à faire.»

En mars dernier, avant le match contre le Real Madrid (perdu 1-2 par les Parisiens au Parc), quelques contacts s’étaient établis entre les deux parties. «On a discuté avec eux avant le match, à Auteuil. On a vu Romain Mabille (président du CUP) et il y avait des leaders de chaque groupe. Sur cette rencontre-là, on s’est mis d’accord (sur accord du club). Des mecs du Cup sont venus à Boulogne pour nous aider à assurer l’ambiance… Mais au final, ce qu’on en retient, c’est que le club nous aura autorisés sur ce seul match, uniquement par ce qu’ils avaient besoin de nous. » 

De quoi s‘interroger sur la considération que porte le club au Block Parisii, qui n’entretient aucune rancœur ou colère vis-à-vis du Collectif Ultras Paris. 

«On voit le CUP comme quelque chose de très bien, mais on souhaite faire notre truc à nous… En ayant une bonne entente, l’un n’empêche pas l’autre.»

“L’identité, c’est Paris”. Le BP souhaite éviter toute tension avec Auteuil

L’entre entre les deux groupes reste une craintes parmi d’autres pour la jeune association. Un problème qui pourrait être la cause de la frilosité du club vis-à-vis du Block Parisii, qui balaye pourtant tout antagonisme. 

«On veut pas retrouver la haine qu’il y avait avant… Et quand tu parles à certains gars du Virage, le sentiment est que certains ne sont pas pour un groupe à Boulogne. Mais il y en a aussi qui nous encouragent à continuer ou du moins n’y voient aucun problème.

Nous l’identité c’est Paris, c’est tout». 

Et maintenant ?

Fatiguésde voir le club rester indifférent au groupe, mais motivés à ne pas lâcher, le Block Parisii souhaite désormais se stabiliser pour organiser au mieux ses actions. 

«Pour les rassemblements, on va en faire moins que l’année dernière, moins de craquage en dehors du match. Pour les grosses affiches, on va essayer de nous faire entendre au Parc des Princes. Et si derrière il n’y a pas de réponse du club, on va organiser des rassemblements contestataires. Et on va continuer de se rassembler pour travailler les chants et la gestuelle.».

“On cherche à se construire une légitimité. On mettra le temps qu’il faudra” 

Chose étonnante, alors que le CUP a énormément construit sa contestation sur les déplacements, le Block Parisii ne semble pas vouloir fonctionner sur ce modèle.  «On ne s’occupe pas des déplacements pour le moment, le groupe a besoin de travailler encore, on ne veut pas se déplacer pour faire tache dans le parcage, nous voulons faire quelque chose de sérieux et pas se déplacer pour se déplacer, on se focalise donc sur le Parc et on se rassemble pour tous les matchs à l’extérieur.  De temps en temps certains membres y vont en indépendants ». Et pas question de baisser les bras.

«Ça fait un an, on a envie d’avancer, même si finalement un an c’est peu. Pour l’instant personne ne nous prend en compte… surement à juste titre, à nous de faire nos preuves. On cherche à se construire une légitimité. On mettra le temps qu’il faudra. 90% du temps, les gens qu’on croise nous soutiennent. On commence à faire du matos de groupe, et on attache une très grande importance à tout faire à la main, que ce soit les mats ou les messages, pas d’imprimé!

D’ici la fin de saison on souhaite donc avoir un noyau soudé, avoir des cartés deter et pourquoi pas rentrer un peu de matos, juste un mégaphone et un tambour. Pour l’instant c’est un peu à l’arrache en tribunes… Les stewarts suivent les ordres et ne peuvent pas forcement nous aider», regrettent les jeunes passionnés…

Et au-delà du stade, l’association souhaiterai se montrer solidaire et envisage de faire des actions de charité, une image très présente dans le milieu ultra mais bien souvent occultée par les détracteurs du mouvement. 

«Mêmes si ce n’est pas notre priorité, car nous sommes peut nombreux et avons pas mal de choses à faire, nous aimerions pouvoir lancer des actions solidaires dans l’avenir… chaque choses en son temps mais nous y avons déjà pensé…»

Malgré les obstacles sur son chemin, le noyau du Block Parisii reste déterminée et globalement optimiste. Le plus important sans doute, au vu de la longue route qu’il leur reste à parcourir. 

«Un retour d’une tribune à Boulogne, avec de la ferveur, c’est possible. Mais il va falloir du temps, ne serait-ce que pour recréer une certaine atmosphère de ferveur et de passion… »

Waldemar de Laage
Etudiant en IUT de Journalisme, je consacre une grande partie de mon temps libre à suivre l'actualité sportive. Grand passionné de Football et de Cyclisme, je suis également amateur de cinéma à mes heures perdues. Twitter : @delaagewaldemar

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