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Gérard Rocquet (AS Béziers) : “Il serait temps qu’on s’assoie tranquillement en Ligue 2”

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Vous étiez président du club de Saint-Chinian, en CFA 2 (ex National 3). Aujourd’hui, vous avez fait monter l’AS Béziers en Ligue 2. Ressentez-vous un sentiment de fierté?

Fier… Je suis content on va dire. C’est vrai que je suis monté huit fois avec Saint-Chinian et quatre fois avec Béziers. On a toujours voulu se prouver qu’on pouvait aller le plus haut possible. C’est arrivé parce que je pense qu’on a bien bossé tout au long de ces années, on a fait les choses comme il fallait, avec nos moyens. Quand on a peu d’argent on cherche des solutions. Par exemple quand un joueur arrivait, on lui trouvait une place au sein de la ville à lui et à son épouse, car il ne touchait que les primes de match. Ça s’est fait dans la durée. J’ai embauché dans mon entreprise pas mal de gars qui jouaient il y a 10-15 ans. Je pense qu’on a été sérieux,on n’a pas voulu aller trop vite et vivre au dessus de nos moyens.

Quels ingrédients faut-il pour passer de la DH (sixième division) à la Ligue 2?

On a bien travaillé dans le recrutement. Au départ c’était beaucoup de gars de la région, puis on est allé chercher un peu plus loin. On a eu peu d’échecs à ce niveau-là. Les bénévoles aussi ont joué un rôle important. Il y a des passionnés et moi, en tant que chef d’entreprise, j’ai pu mettre en place quelques règles. Tout en s’amusant, on a essayé d’être professionnels. On était amateurs mais pro quand même. 
Lors de la montée en National (à l’issue de la saison 2014-2015), on a beaucoup appris pendant la première année, qui est dure. On a du changer d’entraîneur, mettre un gros staff en place avec un service médical, des préparateurs physiques. Et au final on n’a plus changé de staff et on est monté. On l’a juste renforcé avec des kinés. Tout ça fait qu’il n’y a pas vraiment eu de révolution au niveau sportif dans certains domaines. Ça faisait deux ou trois ans qu’on était bien en place à ce niveau-là.

Quel était l’objectif de la fusion, en 2007?

Béziers a été en Ligue 2 a une certaine époque (années 1970 et 1980) et le club s’est scratché. Puis le club de Béziers était en DH et n’arrivait pas à aller plus haut. Mais les autres clubs n’arrivaient pas à s’entendre pour la fusion à trois. Moi j’étais en CFA 2 avec Saint-Chinian, et je suis devenu président d’un second club. Comme ça, en étant au milieu des rivalités de “quartier”, j’ai pu discuter avec tout le monde et on a fait la fusion. Au début ça a été costaud, on avait beaucoup beaucoup d’équipes car on ne voulait mettre personne dehors. C’est pour ça qu’on s’est cassé la figure la première année, avec une descente en Division d’Honneur. Ensuite j’ai tout remis en ordre de façon à restructurer le club.

Gérard Rocquet a initié la fusion pour la création de l’AS Béziers. (Photo : Midi Libre)

Vous visiez le monde professionnel ?

Nous visions le National. Après, quand on a été en National… Quand on fait de la compétition on veut toujours aller plus haut. On s’est dit qu’il fallait qu’on se maintienne et puis qu’après on essaierait de monter.

Lors de la fusion, y a-t-il eu des critiques?

Oui, beaucoup de critiques, notamment sur la politique vis-à-vis des jeunes. On est le premier club d’Occitanie en nombre de licenciés. Béziers était un club formateur et tout le monde avait peur que ça disparaisse au profit des seniors. Mais au final, on continue de former les jeunes, pour qu’ensuite ils puissent partir ailleurs. On n’a pas encore de centre de formation, pas de contrat stagiaire. On a des clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 qui viennent chercher des jeunes.

L’année de la montée, avez-vous senti que c’était la bonne saison?

Je l’ai senti à partir du mois de février, on a commencé à remonter à partir delà. Au mois de mars, j’ai été voir le maire pour lui dire qu’il fallait faire attention pour les structures, qu’il y aurait peut-être des travaux à faire. Il n’y croyait pas trop car on devait être à dix points du podium. Mais nous on sentait qu’on pouvait remonter, comme on avait fait l’année d’avant, où on était remonté dans les trois-quatre derniers matchs. On avait programmé les entraînement et le physique des joueurs pour finir très fort. Puis Grenoble à lâché, on est monté. Passer du monde amateur au monde professionnel c’est rude, car les délais sont très courts et il y a beaucoup de choses à faire, que ce soit du point de vue de la communication, des installations, mise au norme du stade… On a fait ce qu’il fallait, maintenant on a pris le rythme. Mais entre le National et la Ligue 2, il y a un gros écart.

Quel fut votre sentiment lors de la montée?

Pendant deux jours on a été super contents, c’était de la joie, parce qu’on se rappelle d’où on venait. Il y a tous les anciens qui reviennent…C’est beaucoup d’émotions. Mais deux jours après, quand la Ligue vous envoie tout ce qu’il y a à faire, les convocations, la DNCG qui vient vous voir, qui contrôle… Tout ça fait que vous êtes pris dans un engrenage qui ne vous permet pas d’apprécier. Je commence à apprécier maintenant, avec la “peur” de regarder derrière, car on n’a pas fait tout ça pour redescendre. On investit beaucoup de temps, d’argent, donc ce serait bête après une aventure comme ça de redescendre. Il serait temps qu’on s’assoie tranquillement en Ligue 2.

Vous parliez des instances qui vous ont rapidement demandé beaucoup de choses. Sont-elles en dehors de votre réalité?

J’ai l’impression qu’il y a deux mondes. On est un petit club, on sent qu’on n’intéresse personne. On a le plus petit budget de la Ligue 2, je suppose que c’est mieux de s’occuper des gros clubs. Les instances de la Ligue devraient nous accompagner plus. Par exemple on a une licence club, il y a deux millions d’euros en jeu. On n’était pas prêt sur tout les points au 1er septembre, et les règlement sont bizarres pour les équipes qui montent par rapport à celles qui sont déjà là… Je n’en dirais pas plus car je suis en train de me pencher dessus, mais c’est facile de dire à un club qui n’a jamais été professionnel d’être prêt au 1er septembre. Ils auraient pu nous laisser jusqu’au 1er novembre. Un club qui a déjà été pro, il sait déjà à peu près ou il va.

Pour la licence club, tout n’était pas près au 1er septembre?

Oui, mais il y a surtout des choses qu’ils n’ont pas validé qu’on ne comprend pas.

Votre objectif était le National, aujourd’hui vous êtes en Ligue 2. Vous en satisfaisez-vous?

Ce que je me dis, c’est qu’on a créé des emplois, on s’est structurés. Le but c’est de rester ici, et bien sûr qu’après, la Ligue 1, on va y penser. Si on était 5ème peut-être que je vous dirais que j’y pense, mais pour le moment pas encore. On s’aperçoit que quand on joue “les gros”, on est mieux. Les équipes comme Lens, le Havre, Troyes, on a vu qu’au niveau jeu on était pas si mal que ça. On se dit que si on avait un ou deux gars qui marquaient un peu plus de buts… Au niveau style de jeu, on tient la route. Lors des premiers matchs, on avait peur. Peur d’être mangés. Et finalement on s’aperçoit que non. On veut remonter encore pour se rassurer.

En début de saison vous avez eu un petit trou, pas de victoire en championnat de fin août à début octobre. Ça vous a inquiété?

C’est surtout dû au parcours chez nous. Le premier match on l’a fait à Montpellier, puis après ça s’est enchaîné parce qu’on avait des matchs à l’extérieur avec des déplacements en plein mois d’août, la Coupe de la Ligue au milieu. En plus, nous faisons les déplacements en train généralement. Ça joue, car je me suis vite aperçu que quand on se déplace, ça nous prend presque trois jours. On part le jeudi et on revient le samedi. Et ça ne fait que deux jours de récupération. Si on faisait les déplacements en avion on aurait gagné beaucoup de jours de « récup ». Donc l’année prochaine, si on est toujours là on essaiera de tout faire pour réaliser plus de déplacements en avion.

Béziers défait par Châteauroux (2-0) en septembre dernier. (Photo : La Nouvelle République)

Béziers est une terre de rugby. Quelle place occupe le football dans cette ville?

Il y a la place pour les deux sports. Déjà, par le passé, les deux équipes jouaient sur le même terrain. C’est à nouveau le cas. Nous avons été bien accueillis par les dirigeants de rugby, car il n’y avait pas d’autre terrain. De suite il y a eu 4 000 ou 5 000 personnes au stade. On était à 2 000 en National. Bien sûr, on est une petite équipe, mais il suffit qu’on arrive à jouer les premiers rôles, qu’on remonte au classement ou qu’on fasse un parcours en coupe… Dans les matchs amicaux d’été, c’était l’équipe de foot qui faisait les plus grosses affiches. On demandait à faire des matchs contre Montpellier, Marseille, Nice et on a toujours eu de bonnes affluences. On est bien placé géographiquement parce qu’après il faut aller à Toulouse pour voir du foot professionnel. Et même autour de Béziers, chaque village a son petit club de foot. Il y a plus de licenciés en football que dans d’autres sports. Puis on pratique un sport qui attire médiatiquement.

Quel est l’objectif de fin de saison?

Comme je dis souvent, un maintien à la cinquième place m’irait bien (rires). L’objectif dans un premier temps c’est vraiment le maintien. Après s’il y a quelque chose à jouer on le jouera, comme à chaque fois. Et puis encore une fois, le premier match chez nous, on n’était pas chez nous. Tout le monde découvrait le terrain, avec tout ce qui s’ensuit. On était un peu déstabilisé, je pense que ça ira de mieux en mieux. L’objectif est aussi de faire mieux à domicile, pour le public. C’est appréciable, il y a une meilleure affluence. Il n’y avait plus rien en foot Béziers depuis 30 ans. C’est à nous ce créer un petit engouement et de continuer à écrire notre page pour que les gens viennent.

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