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Julien Négri (OL Viêt Nam) : “C’est un pays qui aime profondément le football”

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Qu’est-ce qui peut motiver un coach chez les jeunes de l’OL à partir au bout du monde pour l’ouverture d’une Académie à Hô-Chi-Minh ?

C’est une perspective d’évolution très enrichissante sur le plan professionnel, mais également sur le plan personnel, grâce à la découverte d’une autre culture. Le projet de développer une académie sur un modèle de formation de l’Olympique Lyonnais tout en s’adaptant à un nouvel environnement est un challenge extrêmement motivant.

L'académie de vietnamienne devant le Lyon au Groupama Stadium

Dupoint de vue « asiatique », comment voit-on le football européen ? Comment se passe la retransmission des matchs de Ligue 1 ?Et de Coupe d’Europe ?

Les Vietnamiens sont très attachés au football Européen, qui est pour eux le meilleur au monde. La Premier League et sa pléiade de stars est le championnat le plus populaire ici. Les matchs de Premier League sont diffusés dans tous les bars de la ville, la Ligue 1 commence à être populaire ici, avec notamment le Paris Saint Germain mais aussi avec notre présence sur le sol Vietnamien depuis désormais plus de deux ans. Les matchs qui ont lieu à 17h en France sont diffusés sur la télé Vietnamienne, pour les autres en nocturne, avec le décalage horaire ils sont difficilement diffusables étant en plein milieu de la nuit ici. Le Vietnam est un pays qui aime profondément ce sport, les gens sont des passionnés de football. Il suffit de se promener dans les rues de cette immense ville pour découvrir des city-stades dispersés à chaque coin de rue. Et après deux années de présence ici nous commençons a voir dans la rue des maillots de l’Olympique Lyonnais.

C’est quoi une journée type pour Julien Negri et l’académie OL ?

Les mâtinées sont consacrées au travail administratif, à la préparation des séances, aux réunions de coordination et de formations des entraîneurs de l’académie pendant que nos joueurs sont à l’école dans un établissement spécialisé pour sportifs de haut niveau.
La création des programmes et des cycles de travail prend du temps. Chaque exercice que l’on réalise doit être mis au propre, avec tous les détails nécessaires à son animation, à la fois technique mais aussi pédagogique, pour la progression des joueurs et afin d’être traduit en Vietnamien. C’est un travail assez long mais nécessaire pour le développement de l’académie sur la durée. Nous travaillons depuis maintenant deux ans sur le développement d’un projet de jeu et des cycles de travail communs adaptés aux différentes catégories d’âge. Ce qui implique beaucoup d’échange avec les coaches pour qu’ils soient réellement acteurs de leur projet. Les mâtinées sont donc une aubaine pour construire et développer ce projet avec eux.

Nous prenons ensuite le repas du midi tous ensemble joueurs et staff dès le retour de l’école, un moment de partage. Les plats ici ne sont pas individualisés, tout est au centre de la table et chacun partage la nourriture.

Les après-midi sont consacrés aux entraînements de toutes nos catégories et également au travail en salle où l’on organise des séquences vidéos individuelles et collectives. On utilise également ce temps précieux pour développer un aspect social avec les joueurs. L’important est de former des hommes avant des sportifs de hauts niveau. Les valeurs de l’académie doivent guider nos joueurs au quotidien. Ici le joueur est le propre acteur de son projet et doit s’inscrire dans une logique sportive mais aussi scolaire.

Julien Négri au Groupama Stadium

Pourquoi l’OL a-t-il porté son choix sur le Vietnam et précisément sur cette ville ? Comment s’est déroulée l’installation ?

La ville d’Ho Chi Minh est jumelée avec la ville de Lyon et de nombreux échanges culturels ont lieu entre les deux pays. Il y a maintenant 3 ans, lors d’une de ces rencontres entre officiels, la Ville de Lyon a demandé à l’OL d’effectuer une présentation du travail de formation. Un des représentant vietnamien, président de la fédération de football d’Ho Chi Minh, a tout de suite été séduit par l’idée d’un rapprochement entre les deux clubs.

La Fédération de Football d’Ho Chi Minh a eu cette réelle volonté de s’appuyer sur le travail de formation Lyonnais pour se développer et se structurer. Ce fut donc un partenariat naturel avec la volonté de l’OL de développer son image sur le continent asiatique. Le Vietnam et notamment la ville d’Ho Chi Minh est en plein essor économique et le football est un des sports le plus populaire ici. Tout le monde y joue ou regarde les matchs à la télé.

La culture française est omniprésente au Vietnam, que ce soit en terme d’architecture ou de culture et ce partenariat ne fait que confirmer la confiance et les relations extraordinaires qu’il existe entre les deux pays.

L’installation a été très simple et facilitée par la volonté de l’ensemble du staff de l’académie de découvrir les « secrets de la formation Lyonnaise ». L’idée n’était pas de tout révolutionner et de copier-coller ce modèle. Il a fallu un temps d’adaptation et d’observation pour comprendre les méthodes de travail et de fonctionnement ici avant de développer un projet de structuration spécifique.

Comment se passe le partenariat avec l’OL ? Le club vous envoie de l’équipement ? Vous finance ? Envoie des éducateurs pour vous aider dans votre mission ?

L’OL est extrêmement présent dans ce partenariat. Deux fois par an nous organisons des sessions « spéciales de formation et/ou de recrutement pour les nouvelles générations » avec la venue de collègues de l’OL pour m’accompagner dans ces missions.

Fer de lance de la stratégie impulsée par Jean-Michel Aulas, la formation lyonnaise ne cesse de démontrer son efficacité. Vous avez des consignes provenant du Rhône ? Des objectifs ?

Ce partenariat a un objectif à long terme, à savoir alimenter les deux équipes professionnelles de la ville d’Ho Chi Minh avec des joueurs issus de notre académie et également d’être représenté dans les équipes nationales du Vietnam. Nous observerons les fruits de ce travail dans les années qui vont venir, d’ici 5 ans et l’arrivé à l’âge adulte de notre première génération. L’idée est aussi d’assurer la pérennité de l’académie et de ne pas tous miser sur une seule génération. Nous sommes attentifs à certains points de passage, notamment au développement de l’intelligence de jeu de nos joueurs. Les caractéristiques du footballeur vietnamien sont spécifiques, des petits gabarits, très vifs et rapides sur des petites distances, très agiles. Nous avons pu évaluer le travail effectué depuis deux ans en participant avec notre génération 2005 au Mondial Pupille de Plomelin. Les résultats et surtout la manière pour obtenir ses résultats face aux équipes Françaises et Européennes sont très encourageants.

L'académie Vietnamienne lors d'une de ses venues dans le Rhone.

Pensez-vous, à terme, pouvoir intégrer un joueur vietnamien au sein des effectifs del’OL ?

Pour changer de confédération il faut être majeur, c’est-à-dire avoir 18 ans. Il était jusqu’à présent donc très difficile pour un joueur Vietnamien de venir s’imposer en Europe sans une formation depuis son plus jeune âge. Le retard de développement notamment tactique et perceptif est un frein à l’expatriation des joueurs de football Vietnamien. Désormais avec une formation spécifique depuis l’enfance, les joueurs Vietnamiens auront dans le futur toute les chances de s’imposer dans les pays européens.

Aujourd’hui prenez-vous un entraineur ou ex-entraineur comme modèle ?

Je n’ai pas vraiment de modèle en particulier mais je suis plutôt admiratif des entraîneurs capables de transmettre une vision spécifique aux joueurs. J’apprécie énormément les équipes qui imposent leur jeu, avec un état d’esprit offensif et intense. C’est-à-dire une capacité à presser ensemble pour récupérer rapidement le ballon et ainsi priver l’adversaire de sa possession. Ensuite être capable de s’adapter au espaces pour attaquer collectivement et efficacement. Si je devais citer certains noms qui correspondent à mon idée du jeu, je dirais Pep Guardiola et Christian Gourcuff.

Julien Négri auprès des jeunes vietnamiens

L’Asie est-elle en bonne voie pour se montrer sur la scène internationale ? On a pu voir un très beau Japon à la Coupe du Monde, très enclin au jeu, ainsi qu’une Corée du Sud qui se montre de plus en plus intéressante récemment.

L’Asie et l’ensemble des pays asiatiques ont de belles perspectives pour le futur. Mais attention, il ne faut pas oublier que développer une nouvelle manière de jouer et modifier un système de formation et d’éducation va prendre du temps. Développer une nouvelle philosophie, former des entraineurs à des méthodes spécifiques et particulières, puisqu’aujourd’hui le football dépasse le simple cadre du terrain, est un projet sur le long terme. Le danger est l’attente de résultats à court terme. Les clubs doivent s’axer sur la formation de leurs jeunes joueurs. Au Vietnam de nombreuses académies commencent à se développer sur l’ensemble du territoire, ce qui est bénéfique pour la progression générale du niveau de pratique dans le pays.

L’équipe de Stadito tient à remercier chaleureusement M. Négri ainsi que l’Olympique Lyonnais pour avoir collaboré sur notre interview.

Vous pouvez retrouver son travail à l’académie d’Hô-Chi-Minh sur Twitter : @JulienNEGRI

Thomas Rodriguez
« Quand les mouettes suivent un chalutier, c’est qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines. »

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