Édito : Jeunes et insouciants

L’AS Monaco a réalisé une véritable razzia chez les jeunes depuis le début du mercato : Sofiane Diop (18 ans) et Wilson Isidor (17 ans) de Rennes, Willem Geubbels (16 ans) de Lyon, Jonathan Panzo (17 ans) de Chelsea. La liste est encore longue… et interroge sur cette pratique.

Si l’OL a bien vendu son bifteck en tirant 20 millions d’euros du transfert de Geubbels à seulement 16 ans, Rennes ne peut pas en dire autant. Les premiers touchés sont bien les clubs. Quand leurs meilleurs espoirs partent aux portes des professionnels, qui ont pris la place d’autres tout au long de l’année pour un retour sur investissement très (trop) faible, quelle doit être la réaction de ces clubs ? Arrêter de former ?

L’AS Monaco s’adapte

Certains diront que cela fait partie du jeu. Qui est à blâmer ? Monaco ? Ils font leur business et les dernières saisons parlent pour eux. Un titre de champion de France, une demie de Ligue des Champions et 500 millions d’euros de bénéfice sur les transferts en ayant dépensé en retour seulement ⅕ de ce budget. Un joli braquage réussi digne d’une série originale Canal+. Mais les Mendy, Bakayoko et autres Lemar étaient des joueurs déjà lancés dans le grand bain contrairement aux nouveaux arrivants.

L’AS Monaco a réalisé un formidable parcours en Ligue des Champions en 2017 grâce à une génération extraordinaire. (Photo : L’Équipe)

Le marché actuel explose et les dirigeants monégasques sont obligés de changer leur fusil d’épaule. Prendre des joueurs encore plus jeunes, qui, pour la plupart n’ont pas signé de contrat professionnel pour ne pas avoir à dépenser une indemnité de transfert, seulement de formation. En offrant un salaire et une prime auxquelles ne peuvent répondre leurs homologues français, c’est ainsi qu’ils attirent ces jeunes joueurs. Si la méthode peut paraître braconnière et transgresse l’accord moral entre les clubs français de ne pas se piller entre eux, elle reste légale. Monaco a trouvé pour l’instant la seule méthode pour rivaliser financièrement avec le PSG. Et sportivement avec le reste du championnat. Trois saisons blanches pour une de succès, c’est le prix qu’a décidé de payer Monaco.

Quel intérêt pour les jeunes ?

Si Monaco trouve son intérêt dans les profits, on a du mal à situer celui des joueurs qui rejoignent le Rocher. Tous rêvent d’un destin à la Mbappé. Sauf que Mbappé, il n’y en a qu’un. On parle sûrement du meilleur joueur du monde d’ici quelques années.

Isidor, Diop ou encore Geubbels côtoient les sélections françaises de jeunes mais n’ont pas le même talent que le môme de Bondy. À Monaco, ils vont devoir gagner leur place à la régulière dans une masse de jeunes. Puisqu’il ne faut pas oublier que la formation monégasque reste de qualité : Diallo, Touré, Cardona, Kurzawa, Germain pour ne citer qu’eux. Et tous n’ont pas eu la chance de s’imposer dans leur club de formation comme Diallo, pourtant capitaine des Espoirs, qui s’en est allé du côté de Mayence avant de rejoindre Dortmund cet été.

Wilson Isidor, buteur lors du premier match amical de Monaco face au Wisla Cracovie, félicité par Sofiane Diop. (Photo : AS Monaco)

Ils répondront sûrement qu’ils aiment les défis et que la concurrence ne leur fait pas peur, comme tous. Mais en restant dans leur club, dans un environnement sain et propice à leur développement et, où ils seraient à coup sûr les chouchous du public une fois pro avant de partir dans un plus gros club, n’est-il pas un chemin de sûreté ? Les exemples sont nombreux. Dembélé serait-il à la Coupe du Monde aujourd’hui s’il avait rejoint le Red Bull Salzburg en 2015 ?

Hazard, Harit, Aouar : choix gagnants

On ne le saura jamais mais son parcours lui donne raison. Eden Hazard, Amine Harit, Houssem Aouar ou encore Alban Lafont qui ont choisi de lancer leur carrière dans leur club formateur alors qu’ils avaient des offres de l’étranger sont d’autres exemples de réussite. Bryan Mbeumo qui a éclaboussé la Gambardella de son talent a choisi le même chemin en refusant de céder aux sirènes anglaises pour lancer sa carrière au second échelon français à Troyes.

Le Stade Rennais ou l’Olympique Lyonnais ne peuvent t-il pas offrir des garanties sportives égales voire supérieures à Monaco ? L’OL a déjà offert 4 matchs à Geubbels à seulement 16 ans pour lui montrer qu’il entrait dans les plans du club sans pour autant avoir démontré une supériorité à d’autres jeunes entrés en jeu. Leur cas est fondamentalement différent d’un joueur comme Yacine Adli qui a failli rejoindre Arsenal cet été, qui lui est barré par une rude concurrence dans l’entrejeu du PSG. D’autant que Monaco a déjà versé 25 millions d’euros cet hiver pour Pietro Pellegri, 17 ans, au Genoa. Il sera ravi d’accueillir ses nouveaux coéquipiers.

Willem Geubbels a joué 45 minutes en Europa League face à l’Atalanta Bergame. (Photo : IconSport)

Le malaise semble plus profond encore. Geubbels a grandi dans la banlieue lyonnaise, Isidor est Rennais, Panzo est Londonien et joue à Chelsea depuis ses 8 ans. La vie monégasque fait rêver, plus que dans une autre ville. Le Casino, les yachts, les boîtes de nuits, se déplacer en hélico… L’argent peut être un choix justifiable dans un choix de projet à valeurs égales. Mais est-il moral d’aller au bras de fer avec le club qui a ouvert les portes du professionnalisme et dont on a une attache forte ?

Demandez à Paul Nardi, grand espoir de Nancy qui a rejoint Monaco en 2014 et qui n’a joué que 6 matchs sous la diagonale et 50 sur les 4 dernières saisons dont 43 sur la dernière à Bruges, club partenaire de Monaco. On leur souhaite à tous de réussir mais certains resteront sur le bas côté. Et à l’heure de tirer un bilan de leur carrière, peut-être qu’ils regretteront leur choix.

 

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