Mondialito – Groupe A : Donner le ton

Les équipes du groupe A seront les premières à se lancer dans le grand bain du Mondial. L’équipe hôte, la Russie, devra faire face à des adversaires qui paraissent à sa portée, comme l’Arabie Saoudite et l’Égypte. Mais l’Uruguay semble au-dessus du lot.

La Russie, réussir son accueil

Chanceux au tirage, les Russes. Les équipes qui composent ce groupe semblent toutes à leur portée, à l’exception de l’Uruguay. Mais attention, ils sont loin d’être qualifiés pour les huitièmes de finale. Après avoir hérité de la poule la plus abordable de cette compétition, personne, là-bas, ne leur pardonnera un échec. La pression est donc sur leurs épaules, et sera à son apogée ce jeudi, lorsque les hommes de Stanislav Cherchesov (54 ans) entreront sur la pelouse du stade Loujniki, à Moscou, pour défier les Saoudiens. L’attente sera évidemment importante, mais les supporters russes le savent : le bilan de leur équipe depuis la fin de l’Euro 2016 est très mauvais. Les Russes ont disputé 17 matchs amicaux et n’en ont gagné que 4. Lors de la tournée de mars, ils avaient subi deux défaites : 3-0 contre le Brésil et 3-1 face à la France. Les hommes de Cherchesov ont ensuite perdu contre l’Autriche (1-0) le 30 mai dernier, avant de concéder un match nul face à la Turquie, 1-1, le 5 juin, lors de leur dernier match de préparation. Ils restent sur une série de sept matchs sans victoire (4-2 contre la Corée du Sud, le 7 octobre 2017). Mais il n’y a pas que sur le plan sportif que les locaux ont de quoi s’inquiéter.

Samedov a permis aux siens d’ouvrir le score contre la Turquie. (Photo : Reuters)

Les supporters sont un point sensible en Russie. Chacun se souvient des événements survenus à Marseille lors de l’Euro en France, où supporters russes et anglais s’étaient violemment affrontés. Vladimir Poutine, le président de la Russie, a bien sûr tenu à rassurer les sceptiques : les forces de l’ordre sauront encadrer ceux qui souhaitent en découdre. Au prix, peut-être, de faire entrer certains spectateurs après le début du match, comme cela s’était déroulé lors de Russie-France ? Lors de cette rencontre, Ousmane Dembélé avait d’ailleurs été victime de cris racistes… Preuve que les supporters russes ne sont pas les plus éduqués.

Autre interrogation, l’ambiance. Non pas entre supporters cette fois, car nul ne doute que les fans de foot sauront chanter, danser et boire des bières durant ce Mondial. Mais entre les nations elles-même. L’attribution de la Coupe du Monde à la Russie, aux dépens de l’Angleterre, a tendu les relations entre les deux pays. La tension est réapparue lors de la récente affaire qui concerne l’ancien espion russe Sergueï Skripal (66 ans). Ce dernier avait été retrouvé inconscient en compagnie de sa fille, empoisonnés par un agent innervant à Salisbury (Angleterre), son lieu de résidence, en mars. Cet ancien officier du renseignement pour la Russie avait été accusé de “haute trahison” pour avoir collaboré avec les autorités britanniques et avait été condamné à 13 ans de prison en 2006. Londres, soutenu par ses alliés occidentaux, a alors accusé Moscou d’être à l’origine de cet empoisonnement. La Russie, elle, a nié et a renvoyé la balle à l’Angleterre, entraînant une grave crise diplomatique. Les Anglais ont pris la décision d’organiser un boycott politique et royal et aucune délégation diplomatique ne se rendra au Mondial. Même décision pour l’Islande, qui n’enverra pas d’hommes politiques en Russie.

La Russie a obtenu l’organisation du Mondial en 2010. (Photo : Philippe Desmazes/AFP)

Cette Coupe du Monde, à plus de 20 milliards d’euros, ne sera donc pas facile pour l’équipe de Russie. Mais cette dernière compte tout de même quelques atouts. Elle pourra s’appuyer sur l’attaquant de Krasnodar Fyodor Smolov. Le meilleur buteur du championnat russe en 2016-2017, et second meilleur buteur cette saison, aura la lourde tâche d’aider son équipe à faire bonne figure à domicile. Il devra aussi faire oublier l’attaquant du Zenith Saint-Petersbourg Aleksandr Kokorin, victime d’une rupture des ligaments croisés du genou droit en mars. Il faudra aussi suivre le milieu de terrain du CSKA Moscou Aleksandr Golovin, observé de près par Monaco et la Juventus.  À 22 ans, il réalise sa meilleure saison (27 matchs, 5 buts en championnat) et tentera d’être le maestro de la sélection russe.

Les Russes comptent également dans leur rang un jeune espoir, qui pourrait bien se révéler au grand public pendant le Mondial : Alekseï Miranchuk. Le milieu offensif du Lokomotiv Moscou sort d’une saison réussie, où il a inscrit 7 buts et délivré 3 passes décisives en championnat. Dans les buts, Igor Akinfeev fera face aux assauts de ses adversaires, lui qui est souvent décrié mais adoré dans son pays.

Smolov sera un atout majeur pour la Russie. (Photo : Skysports.com)

Malgré tout, la Russie, si elle affiche depuis quelques temps un niveau décevant et faible techniquement, a de bonnes chances de passer le premier tour. Et pourra compter sur son public, qui accueille son premier grand événement footballistique.

L’Arabie saoudite pour créer la surprise

L’Arabie Saoudite retrouve la Coupe du Monde pour la première fois depuis 12 ans. Pour s’y qualifier, elle a dû batailler dans les éliminatoires de la zone Asie. Et retrouvera le Mondial avec joie. Son meilleur parcours reste celui de 1994 où, aux Etats-Unis, les Saoudiens avaient chuté en huitième de finale face à la Suède (3-1). C’est la cinquième participation des Faucons qui, même au sein de ce groupe A, sont les petits poucets. Après la qualification pour la Coupe du Monde grâce à une victoire face au Japon, les choses se sont compliquées à la tête de l’équipe saoudienne. Trois entraîneurs se sont succédés en trois mois et c’est finalement l’Argentin Juan Antonio Pizzi qui s’est installé à la tête de la sélection. Ce dernier ne pensait sûrement pas voir la Russie cet été, car il a échoué à qualifier le Chili à la Coupe du Monde, après avoir, tout de même, remporté la Copa America avec cette équipe en 2016.

Juan Antonio Pizzi tentera de créer la surprise dans ce groupe A. (Photo : Sofoot.com)

S’ils n’affirment pas la volonté d’aller très loin dans la compétition, les Saoudiens pourront tout de même compter sur leur buteur : Mohammad Al-Sahlawi, joueur de Al Nasr Riyad (Arabie Saoudite). Il a inscrit 16 buts lors des qualifications pour la Coupe du Monde, soit mieux que n’importe quel autre joueur, excepté Robert Lewandowski, lui aussi auteur de 16 réalisations. Al-Sahlawi sera donc attendu par les défenses adverses, tout comme Fahad Al-Muwallad, attaquant de Levante (Espagne). Le joueur de 23 ans a déjà inscrit 53 buts dans le championnat saoudien.

Et c’est l’un des rares joueurs de la sélection qui évolue actuellement hors des frontières de son pays. Il fait partie de ceux qui ont été envoyés par la Fédération Nationale en Espagne, comme c’est le cas de Salem Al-Dawsari, ailier à Villareal et du milieu offensif Yahya Al-Shehri à Leganes. Si en attaque les Faucons ont des ressources pour inquiéter leurs adversaires, la défense semble, elle, peu solide. Les Saoudiens ont encaissé dix buts en dix matchs lors du troisième tour des éliminatoires, contre des équipes au niveau plus faible que celles que les hommes de Pizzi vont rencontrer. Certaines erreurs sont flagrantes, comme la remise dans l’axe d’un défenseur entraînant le but de Mario Balotelli lors du match amical contre l’Italie, le 28 mai dernier (défaite 2-1). Hormis ce revers, les Saoudiens ont remporté des matchs amicaux contre l’Algérie (2-0, 9 mai) et la Grèce (2-0, 15 mai). Mais ont été sèchement battus par l’Irak (4-1, 28 février) et la Belgique (4-0, 27 mars).

Lors des toutes dernières rencontres, les Saoudiens ne se sont pas rassurés : une défaite 3-0 face au Pérou et un autre revers, 2-1, contre les champions du monde en titre allemands. En match d’ouverture contre la Russie, l’Arabie Saoudite jouera avec moins de pression que son adversaire et tentera de gâcher la fête des locaux.

L’Égypte, l’outsider favori ?

Il semble que l’Égypte n’a jamais fait aussi peur. Mohamed Salah et ses hommes ont maîtrisé les éliminatoires pour se qualifier sans soucis à la Coupe du monde. Retrouvez le résumé de leur parcours ici. Les Égyptiens ne participent qu’à leur troisième Mondial – après ceux de 1934 et 1990, avec à la clé deux éliminations au premiers tour – mais cela ressemblerait à un échec pour eux de ne pas atteindre les huitièmes de finale de cette édition. En effet, les Pharaons sont aujourd’hui un très sérieux outsider dans ce groupe A très ouvert. L’Égypte a des qualités à faire valoir et sera attendue, ou du moins attentivement observée. Elle a d’abord un sélectionneur expérimenté : Hector Cuper. L’Argentin, 62 ans, a déjà entraîné l’Inter de Milan ou Valence, avec qui il a atteint deux finales de Ligue des Champions, toutes deux perdues face au Real Madrid puis au Bayern Munich.

Hector Cuper espère bien commencer son Mondial face à l’Uruguay. (Photo : Football24.cm)

Arrivé à la tête des Pharaons en mars 2015, il a réussi à redorer le blason du football égyptien, marqué par les protestations lors des Printemps Arabes en 2011. Cuper a conduit Mohamed Salah et les siens à la finale de la Coupe d’Afrique des Nations en 2017, perdue 2-1 contre la Côte d’Ivoire. Pas veinard en finale, Hector Cuper.

Mohamed Salah, parlons-en. Après son excellente saison, plus la peine de présenter le meilleur buteur et joueur de Premier League qui évolue à Liverpool. Il a été un grand artisan de la qualification de son pays en Russie, puisque qu’il a inscrit cinq buts et, à chaque fois qu’il a marqué au troisième tour, l’Égypte a gagné. On espère donc pour les Égyptiens qu’il trouvera le chemin des filets. Mais pour cela, il faudra qu’il soit opérationnel à 100 %. Et tout le monde a en tête l’image de sa chute avec Sergio Ramos en finale de la Ligue des Champions et sa sortie en pleurs au bout de 30 minutes de jeu suite à une douleur à l’épaule. Une action qui a gâché la soirée de tous les Égyptiens. Mais qu’ils se rassurent, l’attaquant des Reds devrait participer, si ce n’est au premier match, au moins aux dernières rencontres de la phase de poule.

Mohamed Salah sera remis pour la Coupe du Monde. (Photo : Eurosport.fr)

Dans l’ombre de Salah se cache un jeune attaquant : Mahmoud Hassan Trezeguet. Ce dernier, qui évolue sur un côté, vient de réaliser une très bonne saison en Turquie, dans le club de Kasimpasa (13 buts et 6 passes décisives). Il épaulera à coup sûr la star de la sélection égyptienne face aux défenses adverses. Autre atout offensif : le jeune ailier Ramadan Sobhi. Le futur joueur d’Huddersfield est un réel espoir pour sa sélection. À 21 ans, il a inscrit deux buts en Premier League, avec Stoke City, et aura sa carte à jouer à la Coupe du Monde. Il pourra compter sur le milieu d’Arsenal Mohamed Elneny pour lui distribuer des caviars, lui qui joue entre dix et quinze matchs par saison depuis qu’il est chez les Gunners.

Enfin, la mauvaise nouvelle de l’effectif égyptien vient du gardien habituel. Ahmed El Shenawy, le gardien titulaire de la sélection, a été contraint de déclarer forfait suite à une rupture d’un ligament croisé du genou. Il sera remplacé par Essam El Hadary qui, à 45 ans, va devenir le plus vieux joueur de l’Histoire à disputer une Coupe du Monde. Et qui pourrait aussi marquer la compétition en cas de beau parcours de son équipe.

Essam El-Hadary va devenir le plus vieux joueur de l’Histoire de la Coupe du Monde. (Photo : Fifa.com)

S’ils ont leurs chances de se qualifier pour le tour suivant, les Égyptiens ne restent pas sur de bons résultats. Les Pharaons n’ont remporté aucun match en 2018 (trois défaites, deux nuls) et ont fini leur préparation sur un lourd revers 3-0 contre la Belgique.

L’Uruguay, qualification obligée

Pour sa 13ème participation à la Coupe du Monde, l’Uruguay est une sélection, comme à chaque édition, attendue. Le tout premier vainqueur de cette prestigieuse compétition s’est offert son billet pour la Russie en sortant du groupe de qualification d’Amérique du Sud relevé, comme toujours, ou le Chili est passé à la trappe.

Les Uruguayens devront encore une fois faire preuve d’une grande solidarité pour aller loin dans la compétition. (Photo : Beinsports.com)

Bien heureux de se retrouver au sein de ce groupe A, surement le plus abordable, les Uruguayens font office de favori. Nul ne doute que le sélectionneur Oscar Tabarez, devenu une institution dans son pays (il participera à sa quatrième Coupe du Monde à la tête de l’Uruguay), poussera ses joueurs à finir en tête pour espérer jouer l’adversaire le plus clément possible, malgré un groupe B très relevé (Espagne, Portugal, Maroc, Iran), en huitième de finale. Et ce malgré un style de jeu qui ne plaît pas toujours, rugueux, parfois ennuyeux. La “garra charrua”, c’est l’expression utilisée pour qualifier le football pratiqué par cette équipe, qui correspond à un jeu courageux, où la solidarité et la combativité sont des notions essentielles. Se battre et être efficace pour aller le plus loin possible, voilà l’objectif des Sud-Américains. Pour cela, ils pourront évidemment s’appuyer sur un duo d’attaque que beaucoup de nations aimeraient posséder : Edinson Cavani et Luis Suarez. Ce dernier, meilleur buteur de tous les temps de sa sélection, essaiera de marquer cette Coupe du Monde autrement que par ses mains sur la ligne de but (2010 face au Ghana) ou par ses morsures (sur Chiellini face l’Italie en 2014). Grâce à ces deux hommes notamment, l’Uruguay a terminé deuxième meilleure attaque des qualifications pour la Coupe du Monde, derrière le Brésil.

En défense, l’Uruguay possède aussi des joueurs évoluant dans des grands clubs. La défense centrale Godin-Gimenez a remporté la Ligue Europa cette saison avec l’Atletico Madrid et est donc on ne peut plus complémentaire. Dans le but, Fernando Muslera, 31 ans, fera parler son expérience auprès des plus jeunes comme Nahitan Nandez, le milieu de terrain des Boca Juniors (Argentine), joueur très prometteur.

L’Uruguay est sur de bons rails pour la Coupe du Monde. Les coéquipiers de Cavani ont remporté la China Cup en mars et ont battu l’Ouzbékistan 3-0 en match amical. Pour sa première rencontre, la Céleste sera opposée à l’Egypte, et une victoire lui permettrait déjà de prendre une grosse option sur la première place du groupe.

Les équipes de ce groupe A, qui semble le plus faible de tous, auront pour mission de donner le ton de ce Mondial. Et si l’Uruguay fait office de favori, derrière, les trois autres formations devront se livrer une belle bataille pour espérer atteindre les huitièmes de finale. Ça promet.

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