Selim Bengriba : « Je touche mon rêve du bout des doigts »

Selim Bengriba est un roc, un solide défenseur dont le parcours atypique viendra peut-être ajouter du relief à la Domino’s Ligue 2, édition 2018-2019. Sa carrière connaîtrait la ligne d’horizon du football professionnel si « Bengriba le Grenoblois » venait à signer son premier contrat professionnel à 37 ans, après plus de 17 saisons passées entre le National et la Division d’Honneur.

Retour sur la carrière du joueur emblématique du Grenoble Foot 38, qui n’a besoin que d’un point pour faire son retour en Ligue 2.

Une double vie entre l’usine et les terrains

« Je n’avais plus ce rêve dans ma tête, quand je jouais à Échirolles, à Chambéry, je n’y pensais même plus, pour moi c’était impossible », admet Selim Bengriba, qui a pourtant commencé le football à 5 ans en Savoie, avant d’entrer en centre de formation à Grenoble à 14 ans. « Là, je suis tout près de signer un premier contrat pro à presque 38 ans, je touche mon rêve du bout des doigts. »

Mis à la porte du centre de formation du GF38, le jeune Selim passe un an dans un club de Saint-Marcellin, avant de découvrir le FC Échirolles. Le natif de Dijon remporte dès sa première saison au club la poule Rhône-Alpes du championnat de DH, et découvre donc le Championnat de France Amateur 2 (CFA2). Nous sommes alors en 2001, et un chapitre long de 17 ans s’ouvre pour Bengriba : celui des divisions semi-professionnelles. Après une saison au 5e échelon, il gravit une marche en rejoignant le FC Bourges, en CFA. Il y joue 2 ans, avant de faire son retour à Échirolles, redescendu en DH, avec qui il connaît une nouvelle montée. De retour « dans son élément », il reste deux saisons de plus dans l’Isère avant de rejoindre la Savoie et Chambéry, toujours en CFA2.

Un retour à la maison en Coupe de France, puis « pour de vrai »

Dans le département où, très jeune, il avait suivi son père, militaire, s’écrit une partie de la légende de Selim Bengriba : ses épopées en Coupe De France. En 2011, il réalise avec Chambéry un incroyable parcours, éliminant trois pensionnaires de Ligue 1 : Monaco, Brest et Sochaux. Le quart de finale contre le SCO d’Angers met fin à l’aventure mais représente surtout un glorieux retour à la maison pour Selim : le match est joué dans le Stade des Alpes du GF38, affichant une coquette affluence de plus de 17000 personnes, du jamais vu pour le petit club savoyard et son défenseur central.

Pendant ces 4 années de CFA2 avec Chambéry, Selim est obligé de travailler pour gagner sa vie. « J’allais au boulot pendant la journée, j’étais braseur, je montais des pompes à chaleurOn s’entraînait le soir, cela me faisait rentrer tard mais c’était un choix, ma femme me soutenait et me comprenait donc tout se passait bien ».

Toujours en 2011, Chambéry est sacré champion du groupe D de la CFA2 mais Selim quitte quand même le club : « C’était Olivier Saragaglia qui devait entraîner Chambéry et on ne savait pas si on allait pouvoir monter en CFA car le club avait un gros problème de budget. Olivier est donc resté à Grenoble, il m’a demandé de venir avec lui et ça me faisait plaisir de revenir dans le club où j’ai été formé ».

Il rejoint donc Grenoble malgré le dépôt de bilan du club, « C’était un beau challenge à relever, j’aime la ville et le club donc le choix a été vite fait, c’était un souhait de jouer à Grenoble dans ma carrière, j’y ai joué quand j’étais jeune, au centre de formation. Ça me tenait à cœur de reporter le maillot du GF et d’être aux côtés d’Olivier Saragaglia ».

La montée en National : longtemps convoitée, tant fêtée

Selim Bengriba et toute l’équipe commencent alors la reconstruction du club. « C’est grâce aux joueurs et aux entraîneurs qui sont passés, mais je mettrais l’accent sur tous les bénévoles qui ont toujours été là, parce que quand on est reparti de CFA2, sans eux et sans tout ce qu’ils ont fait pour le club, on n’en serait pas là aujourd’hui. »

S’ils parviennent, dès la première saison de Bengriba au club, à accrocher la montée en CFA, le club stagne plus longtemps que prévu au quatrième échelon national. Quatre saisons, pour être précis, où ils ratent de peu le coche. En mai 2013, alors que le GF38 est aux prises avec Strasbourg pour la montée, Selim est expulsé dès la 3e minute du match au sommet et laisse le RCSA se diriger vers la montée. Les hommes de Saragaglia finissent cette saison à la troisième place, comme la suivante. Ils sont ensuite dauphins de Béziers en 2015, puis de Lyon-La-Duchère en 2016.

Entre temps, en 32es de finale de la Coupe de France 2015, « L’Homme de la Coupe De France », comme il est surnommé par certains journalistes, s’offre le scalp d’une quatrième équipe de Ligue 1 – une anomalie à ce niveau. D’autant que cette équipe n’est pas des moindres : elle est alors en tête de la Ligue 1. Face à l’Olympique de Marseille d’Ayew, Gignac, Payet, Thauvin ou encore Marcelo Bielsa, les Grenoblois reviennent trois fois au score avant de s’imposer aux tirs au but. Le but du 3-3, tombé dans le temps additionnel des prolongations, est une splendide tête croisée de Bengriba, brassard de capitaine au bras.

Des matchs comme ceux-ci marquent une carrière, mais pour le numéro 5, le plus beau souvenir reste tout de même la montée en National, finalement acquise par Grenoble l’année passée : « C’était top, à domicile contre le Puy, c’était une superbe expérience avec tous les supporters, j’espère vivre la même chose cette année pour la montée en Ligue 2. » L’entendre retenir, comme apogée de sa carrière, une fête avec ses supporters est tout sauf surprenant de la part de Bengriba. Le défenseur est rapidement entré dans le cœur du public grenoblois, devenant l’un des chouchous du Stade des Alpes, qui lui dédie même une chanson en son honneur. « Je me suis identifié assez tôt aux supporters, dès mon arrivée au club, j’en connais pas mal, c’est des bons mec ». « Avant y’avait le roi Pelé, après y’a eu Maradona et maintenant y’a Bengriba… », entend-on scandé dans le Stade des Alpes. Une dédicace à laquelle n’est pas insensible le principal intéressé, qui tente de le rendre aux supporters.

« Le public qui chante une chanson pour toi, ça fait toujours chaud au cœur. Même si parfois je me fais chambrer dans le vestiaire avec cette chanson, c’est magnifique. Franchement, quand je les vois à domicile, ils sont toujours là. On le sait et quand on les voit en déplacement, faire tous ces kilomètres pour nous voir, même un vendredi soir, je leur tire mon chapeau. Ce qu’ils font, c’est beau et ça me galvanise encore plus, j’essaie de donner le maximum sur le terrain. Ça leur coûte de l’argent et c’est ça qui est encore plus beau, ils font des sacrifices pour venir nous voir jouer ».

Bengriba, torse nu, applaudit les supporters. Crédit photo : Le Sport Dauphinois

Coach et capitaine irréprochables

Promu il y a un an, le club isérois a l’occasion de conclure ce vendredi soir une saison exceptionnelle qui les porte jusqu’en Ligue 2 grâce, notamment, à la meilleure défense de National. Une situation qui semblait encore impossible pour le club 3 ans auparavant, mais c’était sans compter sur l’arrivée du nouveau coach grenoblois, Olivier Guégan, débarqué tout droit du Stade de Reims. L’Essonnien a métamorphosé le club, dès son arrivée et, au terme d’une saison à rebondissements, lui et ses adjoints ont réussi à faire passer au club la marche sur laquelle il butait. Le coach s’est très vite attiré la sympathie et l’entière écoute de son groupe : « Il m’inspire de la confiance, sa communication est claire, nette, confie le doyen de l’effectif. J’adhère à son discours les yeux fermés. »

La possible double montée en seulement deux années aux rênes de l’équipe montre bien tout le talent du technicien grenoblois. Celui-ci est d’ailleurs bien épaulé par son capitaine qui, depuis son arrivée au club il y a sept ans, a su assumer un rôle de leader. Déjà trentenaire à son arrivée, Selim s’est progressivement imposé comme l’un des cadres du vestiaire grenoblois et arrive à faire part de son expérience aux plus jeunes. « J’essaie de répondre au mieux quand ils me posent des questions, j’essaye de les motiver, pour qu’ils ne baissent jamais la tête à l’entraînement et sur le terrain, c’est ce que j’arrive le mieux à faire ».

Qui pour en parler mieux que ceux qui se reposent sur lui au quotidien ? Florian Sotoca et Edwin Maanane, attaquants du GF38, nous parlent d’un « exemple », car « c’est quelqu’un qui se donne toujours à 200%, ne lâche jamais, ne triche jamais, détaille le dernier cité. Et puis c’est la force tranquille, serein et sûr de ses qualités ». Cette « grinta », cette « envie », cet esprit « combatif » et « guerrier », est « contagieux » d’après Eric Vandenabeele, défenseur. « Il arrive à le transmettre aux autres membres de l’équipe ». Une équipe pour laquelle il serait « prêt à aller à la guerre », comme nous confie Ibrahima Coulibaly. « Il a l’âme de cette équipe », rajoute-t-il, c’est « un homme, un père, un soldat, un grand frère, toujours là pour motiver, toujours l’esprit de la gagne, il a notre respect ». Steven Pinto-Borges nous assure qu’« au-delà d’être un guerrier et un super joueur, c’est un super mec avec qui on a envie de partager des choses sur et en-dehors du terrain ». Enfin, sa petite sœur Laetitia parle d’une personne « irremplaçable, loyale, remplie de gentillesse, qui fait preuve d’humilité depuis tout petit ».

Une fin de carrière à Grenoble, et après ?

Après tout ce que Selim a vécu avec Grenoble, son attachement à la ville et au club, il est évident pour lui de terminer sa carrière au sein de l’effectif grenoblois. « J’espère rester à Grenoble jusqu’à la fin de ma carrière, normalement je pense que ce sera mon dernier club ». Cependant, malgré l’arrivée à terme de son contrat à la fin de la saison, il n’évoque pas l’éventualité de le voir se retirer tout de suite. Car, si près du rêve qu’il avait perdu de vue, « Bengriba le Grenoblois » espère signer son premier contrat professionnel dans son club formateur, enfin ramené au haut niveau. « Je suis prêt à découvrir ce championnat, je ne peux pas dire que je jouerai mais je serai apte à repartir pour une saison, sans forcément être titulaire mais je voudrais bien être dans le groupe ».

Mais pour combien de temps ? Car Selim n’a, comme il dit, « plus ses jambes de 20 ans », même si au vu de ses innombrables courses à chaque match, on pourrait tout à fait croire qu’il ait fait un petit détour par la fontaine de Jouvence. Certains lui prédisent même une carrière à la Nassim Akrour. L’international algérien, joueur le plus capé et meilleur buteur de l’histoire du Grenoble Foot, évolue toujours, à 43 ans, dans le club du FC Annecy et continue à marquer buts sur buts. « Je ne peux pas me comparer à Nassim, on est deux joueurs très différents, modère Bengriba. Il a joué au haut niveau, moi non. Mais tant que j’ai encore les jambes et surtout l’envie de jouer, je continuerai encore le football, même si ce n’est pas en équipe une à Grenoble, ça sera avec l’équipe deux comme il y a deux ans ».

Une fois après avoir raccroché les crampons, il n’a pas encore d’idées précises sur sa vie d’après carrière. « Je passe des diplômes d’entraîneurs, j’aimerais bien rester dans le monde du foot. Intégrer le staff grenoblois ? Bien sûr que ça me tenterait. Après, s’il n’y a pas de possibilité, je ferai comme tout le monde, j’irai travailler, je ne sais pas où mais je trouverai bien un boulot pour continuer à gagner ma vie. J’ai travaillé en usine jusqu’à l’âge de 30 ans, c’est super la situation dans laquelle je suis, je vois la chance que j’ai de vivre de ma passion ».

Aux portes de la Ligue 2, Selim Bengriba revient humblement sur le chemin colossal parcouru depuis les années noires : « Je suis content d’essayer de ramener le club dans les 40 meilleures équipes de France. J’aurais fait ma part de boulot pour le club. »

Bengriba célèbre avec Elogo – Crédit photo : GF38

La Ligue 2, un nouvel échelon encore inconnu pour l’ancien joueur de Chambéry, mais qui ne le perturbe pas, même si pour lui le défenseur type de ce championnat est encore plus complet dans tous les domaines. « De ce que je vois, il faut être fort physiquement, c’est un championnat encore plus physique que le National, il faut avoir la vitesse, maintenant quand tu regardes les défenseurs ils sont tous complets, techniquement, physiquement, donc avec une certaine expérience, peut être que ça peut passer. (rires) »

Pour Selim, le GF38 a toutes ses chances de rivaliser avec les autres équipes de Ligue 2. « C’est sûr qu’il y aura un recrutement à faire, c’est obligatoire. Il faut quand même garder une ossature dans le groupe actuel, ne pas enlever tout le monde car je pense qu’il y a des joueurs de qualité, qui peuvent prétendre à jouer en Ligue 2.

Après, continuer à structurer le club comme cela se fait petit à petit, on sait que dans le monde professionnel, il ne faut pas faire n’importe quoi avec son argent pour ne pas retomber dans les travers du football français. »

Vendredi 11 Mai à 18h30, le sort du GF38 sera entre les mains de Selim et de tous ses coéquipiers, car en cas de victoire ou du simple point du match nul, Grenoble sera officiellement promu en Domino’s Ligue 2.

 

Lire plus :

Fouad Chafik : « Je n’aurais jamais imaginé postuler pour une place à la Coupe du Monde »

 

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *