Football diversifié ES Gandrange : « Une superbe histoire »

Il y a quelques semaines, nous avons découvert une page Facebook sur l’équipe de football diversifié de l’ES Gandrange. Alors que cette facette du football nous était inconnue, nous avons décidé de nous y intéresser de plus près. Après, avoir envoyé un message sur la page, c’est Jérémy Walin, entraîneur de l’équipe, qui nous a répondu et a accepté de répondre à nos questions. Du début du projet il y a six ans à la Coupe du Monde à Chicago en juillet, en passant par 27 titres remportés, voici le récit d’une « superbe histoire ».

Le début de l’aventure football diversifié à l’ES Gandrange

Pour commencer, Jérémy Walin vous présente ce qu’est le football diversifié. « On entend aussi parler du foot adapté, mais nous avons préféré prendre le terme diversifié, car la connotation est moins négative à notre goût. Cela permet à des jeunes, qui ont un handicap mental, âgé de 16 et 25 ans de pratiquer le foot comme tout le monde. On est dans un club normal, on est affilié FFF. Le foot diversifié accueille les jeunes quelque soit leurs capacités ou leurs difficultés mentales ou sociales. Ainsi, c’est une catégorie à part comme le foot féminin, par exemple. Les règles ne diffèrent par rapport aux règles de base du football. Après, on est peut-être moins regardant au niveau du hors-jeu, par exemple. C’est du foot à sept, et on s’appuie sur le règlement FFF foot à sept ».

Présentation faite de cette facette du football, intéressons nous à la naissance du projet football diversifié dans le club de l’ES Gandrange. « Je suis enseignant depuis 10 ans, et à l’école je voyais des jeunes jouer pas mal au foot, mais aucun club chez nous ne pouvait les accueillir ». Ainsi, pour remédier à cela, il a proposé à son club de créer une section football diversifié. « Il peut y avoir des difficultés au niveau de la gestion des jeunes », souligne l’entraîneur gandrangeois. Mais, pour cet enseignant en IME il était important de pouvoir offrir à ces jeunes la possibilité d’exercer leur passion sur des terrains de football. Avec le temps que cela demande sur et en dehors de terrains, Jérémy Walin s’investit pour que ses jeunes protégés puissent évoluer dans les meilleures conditions. « Je fais un peu tout du poste d’entraîneur à l’administratif. Et, j’ai un collègue qui est également éducateur spécialisé. On est donc deux, et ça se passe bien. On a bloqué à 15 jeunes notre effectif. On a beaucoup de demandes, mais pour que l’encadrement soit quand même correct, on a fixé une limite. » Cependant, si des bénévoles souhaitent se joindre à eux dans l’avenir, il ne ferme pas la porte quant à la possibilité d’agrandir l’effectif.

Quand équipe rime avec famille

Depuis le début de l’aventure il y a six ans, de nombreux moments vécus ensemble ce sont déroulés pour le coach, et les jeunes joueurs. En effet, 27 titres ont été remportés. Tous ces trophées ont été soulevés par la capitaine de l’équipe, Aïcha. « J’ai qu’une seule fille dans l’équipe, et c’est la capitaine. Elle est présente depuis le début donc c’est elle qui a soulevé les 27 trophées, et je n’ai jamais vu de jalousie de la part de ses partenaires. On est vraiment comme une petite famille », souligne Jérémy Walin. Dernier titre en date, le Championnat de football diversifié de Moselle. Cet esprit de famille, démontré par l’entraîneur se retrouve d’ailleurs à l’entraînement, le lundi entre 17 et 19 heures. « On a donné des repères comme cela à nos joueurs parce que c’est vraiment quelque chose d’acté dans le temps. J’ai quelques joueurs qui sont avec moi à l’école donc je les récupère, on les véhicule, et on va souvent en chercher d’autres », nous explique Jérémy Walin.

Gauthier Hein, à droite, qui offre son maillot à l’équipe de Football diversifié de l’ES Gandrange.

Toujours dans cette idée de famille, l’entraîneur nous explique que ses jeunes joueurs sont « vraiment natures. C’est-à-dire qu’ils ne calculent pas. Ils vont vous dire vraiment ce qu’il pense au fond d’eux-mêmes. C’est une bonne leçon de vie parce qu’on peut avoir tendance à se prendre la tête pour des bêtises, pour des trucs hyper matériels. En les côtoyant, on se rend compte que l’on a de la chance parce que eux n’ont pas grand chose, si ce n’est une force supplémentaire à la nôtre ». Ressentir cet esprit est important pour les joueurs. « Parfois des jeunes arrivent et ne savent pas faire leurs lacets, par exemple. On est aussi là pour leur apprendre à être plus autonome », explique Jérémy Walin. Puis, les parents se montrent très satisfaits de ce que propose le club pour leur enfant. Les moyens sont mis en place par le club gandrangeois, et Jérémy Walin tient à souligner l’engagement du club et de son président, Frédéric Di Egidio dans cette section football diversifié. « Le club de l’ES Gandrange nous met vraiment dans de supers conditions en nous considérant comme une section normale du club, comme les féminines ou les autres catégories traditionnelles. De plus, le président a complètement financé les équipements (jeux de maillots, ballons, shorts, chaussettes, survêtements…) de A à Z ». Puis, pour motiver les joueurs, l’équipe peut également compter sur le soutien de Gauthier Hein, actuellement joueur du Tours FC en Dominos Ligue 2, prêté par le FC Metz. «  Par exemple, il nous a fait une vidéo lorsque l’on est parti en Suède, il nous a offert son maillot », nous dit le coach. Mais, la principale source de motivation doit certainement être celle des résultats, plus que positifs, obtenus par l’équipe depuis le début de l’aventure.

De Gandrange à Chicago, en passant par la Suède

Au mois de juillet l’équipe de football diversifié de l’ES Gandrange s’envolera pour les États-Unis, et plus précisément pour Chicago. « En fait, c’est une Coupe du Monde de football unifié. C’est-à-dire que dans une équipe de 11 joueurs, six jeunes sont issus du foot diversifié, et cinq autres jeunes issus du football normal. Et, on va partir avec l’équipe U17 FC Metz, qui sont donc destinés à évoluer au niveau professionnel dans les années futures », nous explique Jérémy Walin. Il s’agira donc d’une grande expérience à vivre pour les joueurs et les dirigeants, de représenter les couleurs françaises Outre-Atlantique. « Cela représente beaucoup de choses. Puis, pour les jeunes c’est quelque chose d’incroyable d’avoir l’occasion de voyager comme cela pour joueur au foot ». C’est une immense fierté qui se dégage pour l’enseignant en IME lorsque l’on aborde ce sujet, notamment lorsqu’il repense au début du projet et au chemin parcouru. « On s’est vraiment construit tout seul. C’est-à-dire que l’on a commencé à partir de rien. Au début, j’avais un ballon, pas de plots, trois ou quatre jeunes, et je les ramenais en voiture le soir. On ne savait pas trop où on allait. Maintenant, quand je les vois qui s’échauffent tout seul, par exemple, c’est énorme ! Une grande fierté de pouvoir apporter cela à mes jeunes ».

Une vingtaine d’entraînements communs sont programmés pour les joueurs du FC Metz et de l’ES Gandrange.

L’équipe grandrangeoise a déjà eu l’occasion de se mesurer à des équipes venant de différentes régions du monde en 2016, en Suède, par exemple. « Cette compétition était organisée par Kim Källström, ancien joueur de l’Olympique Lyonnais, qui a un proche qui est déficient mental, ce qui fait qu’il est sensibilisé par cette cause. » C’était dans le contexte de la Gothia Cup qui réuni plus de 1 600 équipes, des catégories U10 à U20, et également les équipes de foot diversifié. « On était dans un mélange de culture. En ville, on prenait le tramway, habillés en France et on rencontrait des brésiliens, des américains, etc … Au-delà du foot, c’est ce mélange de cultures qui nous a marqué. Les jeunes ont vu des choses qu’ils risquent de ne plus jamais revoir », raconte Jérémy Walin. Puis sur le terrain, cette expérience s’est plutôt bien passée puisque les joueurs ont terminé à la troisième place. « C’était une petite déception parce que l’on a fini meilleure défense de la compétition avec un seul but encaissé contre la Lettonie, en demie-finale que l’on ne doit jamais prendre, mais bon voilà … », note tout de même le coach. Ajoutons cette expérience aux nombreux tournois remportés en Belgique, au Luxembourg, en France, et au titre de Champions de Moselle glané il y a peu de temps, cela fait de l’ES Gandrange une équipe motivée et ambitieuse pour la Coupe du Monde de football unifié à Chicago, en juillet prochain. «  On se montre impatient. Maintenant, on va essayer d’aller la gagner ». Pas de complexe à avoir pour l’entraîneur ! Une préparation est mise en place pour préparer cette échéance. « On va avoir des matchs amicaux contre des équipes de foot diversifié et des équipes normales. Puis, à partir de mi-juin, je vais accélérer la préparation physique pour les joueurs qui partiront à Chicago ».

Le football diversifié, une facette encore méconnue

« En France, il y a un club professionnel qui soutient bien le foot diversifié, c’est Saint-Étienne », nous dit le gandrangeois. «  Un ancien joueur pro des années 80 a monté un tournoi qui se déroule au début du mois de juin, et auquel on participe ». Cela fait parti du côté associatif du club des Verts. Ce qui est d’autant plus apprécié par Jérémy Walin, c’est la présence du « président Roland Romeyer qui vient remettre les médailles, et on a même eu la chance de jouer sur le stade Geoffroy-Guichard. C’était vraiment top ! ». Il y a donc l’ambition pour l’ES Gandrange de prendre comme modèle l’AS Saint-Étienne en terme de football diversifié «  parce que ce qu’ils font est vraiment pas mal ». Comme autre rencontre, il y a celle avec les dirigeants de la section foot diversifié du Torino, club italien. « C’est très bien développé chez eux. De plus, ils ont une section tout handicap confondu, que ce soit mental ou moteur. Donc, on essaye de se rapprocher d’eux afin de voir leur fonctionnement, et pourquoi pas amener cela chez nous ». On voit donc bien qu’il y a quelque chose à développer avec le football diversifié en France. De plus, lorsque l’on voit le parcours de l’équipe de l’ES Gandrange les espoirs sont permis quant à la possibilité de voir cette facette du football grandir peu à peu afin qu’un maximum de monde en prenne connaissance et vienne partager ces moments autour des terrains.

Comme nous avons laissé, Jérémy Walin nous présenter le football diversifié au début de cet article, nous le laissons conclure. « Dans l’idéal, bien sûr qu’il faudrait rendre encore plus accessible le foot diversifié et le développer dans différents clubs ! Si nous faisons pas mal de choses, il faut aussi que le côté financier suive derrière, ce qui n’est pas toujours simple. Après, le handicap c’est quelque chose qui, malheureusement, fait encore peur. Il y a cinquante ans les personnes ayant un handicap vivaient cachées, par exemple. Aujourd’hui, c’est encore difficile, mais il y a tout de même de belles évolutions. À la vue de nos résultats, on peut effectivement se dire qu’il y a quelque chose à développer. En plus, il faut savoir que l’on joue parfois contre des équipes normales, que ce soit des U15 ou U17. C’est aussi une fierté de voir nos jeunes affronter ces équipes, et qui plus est de faire des résultats très honorables en remportant ces matchs ».

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Football Diversifié ES Gandrange – FD ESG

Stadito remercie Jérémy Walin d’avoir accepté de prendre de son temps pour répondre aux questions, et de nous avoir fait découvrir cette facette du football, encore méconnue par le grand public en France.

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