Nolan Roux, décrié mais si précieux

Souvent critiqué pour son manque d’efficacité devant le but, Nolan Roux n’en reste pas moins le troisième meilleur buteur de Ligue 1 en activité. Cette saison, le Messin a définitivement fait taire ses détracteurs en brisant son plafond de verre : la barre des dix buts en championnat.

Durant son enfance, Nolan Roux n’a pas connu le même parcours que la plupart des jeunes footballeurs de son âge. Fils de Bruno Roux, ancien attaquant du PSG, du Havre ou encore du Stade Rennais, il suit son père dans ses clubs. De six à onze ans, il connaît ainsi trois équipes : Châteauroux, Bessancourt et Beauvais où son père termine sa carrière.

Un sens du but « inné »

En 1999, à onze ans, Nolan Roux atterrit au SM Caen, dans lequel son père est nommé entraîneur adjoint de l’équipe réserve puis coach des -17 ans. « Ce qui nous frappait, c’était son sens du but. C’était inné chez lui. Il était capable de marquer dans n’importe quelle position, relate Thomas Bosmel, arrivé la même année à Caen. Il était passionné par le foot. On s’était lié d’amitié du coup j’allais souvent chez lui ou il venait chez moi et il me montrait des vidéos de son père, quand il était pro ».

Le jeune attaquant va rester trois ans, en Basse-Normandie, et se créer quelques beaux souvenirs. Comme la finale du championnat de France, en catégorie Benjamins, et un match, au Stade de France, en lever de rideau de l’Équipe de France. Mais, en 2002, son père décide de revenir à Beauvais pour diriger le centre de formation de l’ASBO, qui évolue en Ligue 2, à l’époque. « Lorsqu’il a su qu’il partait, il a eu du mal parce qu’il n’avait plus trop envie de bouger. Il s’était bien habitué à la vie sur Caen et il en avait un peu marre de déménager. Pour son dernier match, avec nous, on lui avait fait une petite haie d’honneur » se souvient Thomas Bosmel, actuel gardien de Mondeville, en National 3.

La prise de conscience à Beauvais

A quatorze ans, Nolan Roux retrouve donc l’AS Beauvais Oise, en catégorie U15. « Il avait ce que certains attaquants n’ont pas : le sens du but. Il sentait les coups et il était assez adroit devant le but. J’avais des bons jeunes dans cette génération, qui ont ensuite joué en CFA2 ou CFA, mais lui il sortait du lot, se rappelle son entraineur, Luis Martins. Cette génération 1988 m’a permis de rafler tous les titres en 15 ans DH. On a fini champions en étant invaincus toute la saison. Et évidemment, il a fini meilleur buteur du club, sachant qu’il n’a pas fait toute la saison avec moi, puisqu’il a été surclassé en 16 ans Nationaux ».

Les photos Panini de Bruno et Nolan Roux © Old School Panini

Après deux saisons à Beauvais, il décide de prendre son indépendance vis-à-vis de son père, en rejoignant le centre de formation du RC Lens. « Ce n’est pas évident pour un jeune de faire un ou deux ans dans un club, de se faire des potes et puis d’un seul coup de devoir partir parce que son papa n’est pas gardé ou parce qu’il s’en va. Mais je pense que c’était enrichissant pour lui parce que ça lui a permis d’avoir différentes cultures » estime l’éducateur beauvaisien. En quittant Beauvais pour Lens, il comprend également qu’il peut suivre les traces de son père et devenir footballeur professionnel. « C’était un gamin de caractère qui savait ce qu’il voulait. Dans sa tête, il avait cette option de devenir pro, qui n’était pas un but final mais il a mis tous les ingrédients pour y arriver. Et puis il avait ce talent inné devant le but, que son père avait aussi. Les chiens ne font pas des chats » remarque Luis Martins.

La formation lensoise

En 2004, Nolan Roux fait ses premiers pas au centre de formation du RC Lens. Mais dès ses premiers entrainements, il se blesse au ménisque et est éloigné des terrains pendant plusieurs mois. « Il a dû avoir un temps d’adaptation quand il est arrivé mais ensuite, il s’est imposé comme l’avant-centre titulaire de sa génération. Il était très fort devant le but et dans son placement. Il avait aussi une frappe de balle dont ont besoin les grands attaquants » détaille Jérémy Blanc, formé également chez les Sang et Or. Le natif de Compiègne va gravir les échelons dans les équipes de jeunes lensoises jusqu’à la signature de son premier contrat professionnel, en juin 2008.

L’effectif lensois pour la saison 2008-2009

Il fait ensuite la préparation avec le groupe professionnel, entrainé par Jean-Guy Wallemme. Lors du mois du septembre, il entre en jeu, à deux reprises. En Ligue 2 et en Coupe de la Ligue, où il inscrit son premier but en professionnel, contre Sedan. « Il a toujours été humble et n’a jamais pris les choses comme acquises. Il a logiquement signé pro après une très bonne année en réserve. Quand il a débuté en pro, il avait déjà passé du temps avec eux, ses débuts se sont donc faits naturellement » souligne son ancien coéquipier. Mais le Nordiste va passer le reste de la saison en équipe réserve, où il termine meilleur buteur (neuf buts). « A notre époque, Lens possédait le plus gros effectif de Ligue 2 avec des joueurs très expérimentés comme Toifilou Maoulida. Le RCL faisait moins confiance aux jeunes et malgré ses deux matchs avec les pros, il sentait que le club aurait du mal à lui faire confiance. Il est donc parti et a fait le bon choix » affirme Jérémy Blanc, qui partageait la même chambre lors des mises au vert.

La révélation au Stade Brestois

Dans le viseur de plusieurs clubs de Ligue 2 (Caen, Clermont, Châteauroux), à l’intersaison 2009, Nolan Roux décide de rejoindre le Stade Brestois, qui lui propose trois années de contrat. Pour la première saison où il dispose d’un temps de jeu conséquent, l’attaquant de 21 ans va affoler les compteurs. En 34 rencontres de Ligue 2, il inscrit 15 buts et délivre 5 passes décisives. « Il était arrivé comme un joueur de complément. On voyait qu’il avait quelque chose de particulier dans sa frappe et dans ses déplacements face au but. Il nous a apporté beaucoup par son insouciance et son talent. On avait une approche protectrice avec lui parce qu’on savait qu’il pouvait faire la décision à n’importe quel moment » explique Steeve Elana, portier du club finistérien de 2005 à 2012. Sous son impulsion, l’équipe entrainée par Alex Dupont, décroche la montée en Ligue 1.

Promus dans l’élite, les Brestois vont alors créer la surprise lors des premiers mois de la saison. Au soir de la 11ème journée, le SB29 est seul leader du championnat. « On savait très bien qu’en début de championnat, on était en surrégime. On avait tellement peur d’être ridicules, qu’on avait attaqué tous nos matchs à 150%. Donc, à un moment donné, c’était logique qu’on pioche physiquement parce qu’on n’avait pas un effectif élargi » rappelle l’actuel gardien du Gazélec Ajaccio. Les Bretons vont donc rétrograder au classement au fil de la saison et l’absence de leur attaquant vedette de janvier à avril ne va pas les aider (fracture d’un métatarse puis blessure musculaire). Il finit, malgré tout, sa première saison en Ligue 1 avec des statistiques correctes (6 buts en 28 matchs) et Brest obtient son maintien lors de la dernière journée.

Malgré l’intérêt de plusieurs clubs européens, comme Schalke, l’ancien international espoirs (2 sélections) décide de rester au Stade Brestois, à l’été 2011. « On savait que c’était un jeune joueur de talent et qu’il tenterait sa chance dans un club plus huppé. Dans un coin de notre tête, on avait conscience qu’on pouvait le perdre à n’importe quel moment » ajoute Steeve Elana. Et c’est au mercato hivernal que le SB29 va perdre son meilleur buteur.

Trop altruiste pour s’imposer au LOSC ?

Le 20 janvier 2012, Nolan Roux rejoint le champion de France en titre : Lille OSC, pour la somme de huit millions d’euros. « C’était tout le mal qu’on pouvait lui souhaiter, de se retrouver dans un tel club, d’évoluer au quotidien avec de tels joueurs et de vivre autre chose. Il avait fait le bout de chemin qu’il avait à faire avec Brest à 100% et on était vraiment content d’avoir contribué à sa progression » assure Steeve Elana, qui rejoint également le LOSC, six mois plus tard. Le néo-lillois va connaître des débuts idéals, en inscrivant cinq buts lors de ses cinq premiers matchs. Mais sa fin de saison est plus difficile et il n’inscrit qu’un but, face au PSG.

Nolan Roux sous le maillot lillois

Il va, ensuite, enchainer trois bonnes saisons où il marque, en tout, 26 buts en championnat. Mais il ne parvient pas à passer la barre des dix buts. « C’est un joueur qui a besoin de se sentir bien dans le collectif pour être au top. Il fait énormément d’efforts pour son équipe. C’est un joueur altruiste qui n’hésite jamais à faire une passe décisive lorsqu’il estimait qu’il n’était pas bien placé, complète son ancien coéquipier chez les Dogues. Je pense qu’à un moment donné, il aurait pu être plus individualiste, même si ce n’est pas sa personnalité. Par exemple, il ne s’est jamais imposé pour tirer les penaltys alors qu’il est attaquant et que ça aurait amélioré ses stats. Mais ce n’est pas sa nature. C’est quelqu’un qui a cette humilité de ne pas vouloir prendre toute la lumière sur lui. Par contre, il est toujours à 100% dans le projet collectif. Il ne se cache jamais ».

Son manque d’efficacité par période et son incapacité chronique à dépasser la barre des dix buts en championnat vont alors faire de lui une cible des moqueries et des critiques. Sur les réseaux sociaux (Pierre Ménès), dans les stades, dans les médias et même avec des footballeurs (Mathieu Duhamel), il devient une cible privilégiée.

Des critiques injustifiées

Pourtant, Nolan Roux n’est pas un joueur arrogant ou avare d’efforts. Bien au contraire, il se bat toujours sur le front de l’attaque et ne rechigne pas aux tâches défensives. « Heureusement, il a beaucoup d’autodérision. A titre personnel, j’ai été un peu choqué de certaines déclarations de joueurs à son égard. Parce que ça ne colle pas au joueur et à l’homme que je connais. On ne lui a jamais fait de cadeau. Toute la réussite qu’il a eue, il est allé la chercher. Il a souvent été une tête de turc, et pourtant, il ne s’est jamais caché » défend Steeve Elana.

Nolan Roux a connu une période délicate à l’ASSE, ce qui a exacerbé les critiques

Passé du LOSC à l’ASSE, à l’été 2015, il affiche, de nouveau, neuf buts sur sa ligne de statistiques lors de sa première saison avec les Verts. Si ce n’est pas l’attaquant le plus efficace de Ligue 1, il est, sans aucun doute, un des plus réguliers. Depuis la saison 2011-2012, il a toujours inscrit au minimum huit buts, excepté sa dernière saison à l’AS Saint-Etienne, où il est mis à l’écart par Christophe Galtier, en fin de saison. « Il a été une cible de tout le monde. Ça doit lui faire mal de temps en temps mais, comme il a du caractère, il répond sur le terrain. Il n’y a pas beaucoup d’attaquants, en France, qui marquent entre dix et quinze buts par saison. C’est un bon joueur de Ligue 1. Il a aussi une grande passion pour la pêche qui lui permet de déconnecter et de s’évader » pense son entraineur à Beauvais, Luis Martins. 

La meilleure saison de sa carrière avec Metz

Plus vraiment en odeur de sainteté du côté de Saint-Etienne après deux saisons en demi-teinte et une relation compliquée avec Christophe Galtier (13 buts en 50 matchs), Nolan Roux s’engage avec le FC Metz, l’été dernier. Dans un environnement moins exposé qu’à Lille ou Saint-Etienne, il a réussi à faire taire ses détracteurs. Alors que Metz, lanterne rouge de Ligue 1, connaît une saison catastrophique, il maintient son équipe en vie, avec Matthieu Dossevi. Auteur de 14 réalisations, il est désormais le troisième meilleur buteur de Ligue 1 en activité. Mais il a surtout brisé son plafond de verre en dépassant enfin la barre des dix buts.

Pourtant, il est très souvent utilisé sur le côté gauche de l’attaque par Frédéric Hantz. Comme toujours, il n’hésite pas à se sacrifier pour mettre en avant le collectif. Finalement, le numéro 9 des Grenats n’est sans doute pas jugé à sa juste valeur, ni à son réel profil. Car le Messin n’est pas un renard des surfaces mais un joueur complet, indispensable dans un collectif, par sa régularité et son altruisme.  N’en déplaise à certains, il n’est pas là grâce à son paternel, mais bien grâce à son travail et son talent qui font de lui un des meilleurs buteurs du championnat de France.

Stadito remercie Thomas Bosmel, Luis Martins, Jérémy Blanc et Steeve Elana pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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