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Lucas Benezet (US Orléans) : « Mon frère m’a dit : ‘tu sais ce que tu as à faire’ »

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Une non-conservation suivie d’une saison blanche est un destin qui aurait détourné du football beaucoup de joueurs adolescents. Pourtant, le jeune Lucas Benezet a réussi à se relever pleinement de son départ du Nîmes Olympique il y a deux ans. Cette saison, il contribue à l’exploit des U19 de l’US Orléans qui agrémentent leur maintien presque acquis d’une épopée héroïque en Coupe Gambardella. Buteur face à l’OM en quarts, il se confie à Stadito avant d’affronter Tours avec, peut-être, une finale au Stade de France à la clef.

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, j’ai 19 ans, je suis né le 7 avril 1999 à Nîmes. J’ai commencé le football à l’âge de 5 ans au Nîmes Olympique jusqu’à la catégorie des U17 Nationaux, soit 12 années dans ce même club. Après une saison blanche j’ai réussi à rejoindre l’US Orléans pour la saison 2017-2018.

Au cours de votre parcours, vous avez essuyé le refus du centre de formation du Nîmes Olympique. Cela a-t-il été dur à encaisser ou plutôt une motivation supplémentaire pour réussir ?

Le refus d’avancer d’une catégorie au Nîmes Olympique m’a fait beaucoup de mal, en sachant que je suis né dans ce club et d’autant plus que j’étais le plus ancien du groupe. Quand on vous annonce qu’on ne compte plus sur vous, cela vous blesse obligatoirement et naturellement. Malgré ce choc que j’ai eu, j’ai voulu rebondir, ne pas m’arrêter à cela et leur montrer qu’ils avaient fait une erreur. J’ai passé 12 merveilleuses années au Nîmes Olympique où j’ai appris beaucoup et le club m’aura fait beaucoup avancer. Malheureusement, suite à ça je n’ai pas pu trouver de club à temps, j’ai donc fait toute ma préparation d’été au Sporting Club Nîmois, club historique de Nîmes repris par une bande de copains. La préparation passée, j’ai demandé au Nîmes Olympique de pouvoir venir juste pour les entraînements, pour garder le rythme et le physique nécessaire au plus haut niveau. Ils ont tout de suite accepté. Tout au long de l’année, j’ai pu m’entraîner avec le groupe U19 en sachant que les week-ends je ne mettrais pas un pied sur un terrain de football. Ne pas pouvoir affronter une autre équipe m’attristait beaucoup, notamment de voir les collègues jouer sans moi. La motivation reste présente et j’ai pu trouver quelques essais, notamment à Orléans que j’ai rejoint pour l’année 2017-2018, signe de rebondissement pour moi.

Lucas Benezet sous le maillot orléanais. © US Orléans

L’US Orléans n’a pas de centre de formation homologué. Est-ce que cela se ressent dans l’effectif des U19 ?

L’US Orléans n’a pas de centre de formation homologué, certes, mais cela ne nous empêche pas de travailler chaque jour aux entraînements. Je suis habitué du centre de formation de Nîmes où les horaires, aménagés, permettaient aux joueurs de venir tôt au centre, aller chez le kiné pour faire quelques exercices et parler dans le vestiaire avant l’entraînement. À Orléans, ce n’est pas possible, mais cela n’empêche pas d’avoir un groupe aussi soudé que le notre ! Notre parcours en Coupe Gambardella et notre saison correcte en championnat en sont la preuve.

Votre équipe fait-elle une belle saison en championnat ?

Notre groupe fait un bon championnat jusqu’à présent. L’objectif premier du club est le maintien. Malgré un début compliqué où on a très vite atteint la dernière place du championnat, on a réussi à rebondir. Le passage à l’année 2018 nous a fait le plus grand bien, on a pu tous se ressourcer et ça s’est ressenti sur les premiers matchs de cette nouvelle année. Jusqu’à présent nous avons une seule défaite en 2018, l’objectif maintien se rapproche petit à petit.

Le maintien se rapproche pour les U19 de l’US Orléans à quelques journées de la fin du championnat. © Eric Cremois

Avant les quarts de finale, on peut dire que la logique a été plutôt respectée tout au long de votre parcours, non ? Vous avez été plutôt épargnés jusqu’à tomber contre le finaliste sortant, l’OM.

Certes, mais dans un match tout peut se passer ! On a rencontré plusieurs clubs que nous avons respecté et avons mis en place dans chaque match les consignes du coach. Chaque match est compliqué, les régionaux peuvent sortir des nationaux, on a vu dans certaines rencontres qu’il y a eu plusieurs surprises dans cette Coupe Gambardella. C’est ce qui fait la magie de la coupe ! Chaque tirage a été un suspense insoutenable. Après le tirage au sort des quarts de finale où l’on tire Marseille j’étais plus tôt content, je savais que j’allais pouvoir retourner dans mon Sud et pouvoir voir le soleil (rire).

Comment abordiez-vous ce match contre l’OM ? Croyiez-vous en vos chances de vous qualifier ?
La semaine du match contre Marseille était une semaine à la fois ordinaire et particulière puisque au fur et à mesure que le jour-J approchait, la pression arrivait. On n’est pas tous les jours en quarts de finale de Gambardella ! On s’est entraîné sérieusement tout le long de la semaine, on a travaillé comme il fallait pour bien préparer ce long déplacement à Marseille. Aucune équipe n’est injouable ou imbattable, alors oui on a cru en nous pour pouvoir passer ce tour de coupe malgré la grosse difficulté qui nous attendait.

 

Votre grand frère vous a-t-il soufflé un petit mot pour vous conseiller sur la meilleure manière d’aborder un match très important ?

J’ai tout d’abord envoyé un petit message à ma famille et notamment à mon frère pour leur annoncer que je débutais le match. Mon frère m’a dit : « Tu sais ce que tu as a faire, fais un bon match ». Il m’a simplement envoyé quelques mots de soutien et d’encouragement, lui qui d’habitude me donne des tas de conseils. C’est lui qui m’a donné de la force pour débuter de la plus grande des manières ce match.

Lucas est le petit frère de Nicolas Benezet, joueur de l’EA Guingamp. © Le Télégramme

Pour un match de cette importance, ressentiez-vous de la pression ?

Pour un match de cette ampleur, un quart de finale de Coupe Gambardella, honnêtement je n’avais aucune pression. Ce match avait beaucoup d’importance pour moi, car je retournais pratiquement chez moi. J’avais comme objectif de faire un très gros match. J’avais plus de pression pour les huitièmes de finale contre Chambly alors que j’étais remplaçant (rire). J’avais un peu de stress puisqu’on a peur de mal faire, mais c’est ce qui te donne de la force pour continuer à tout donner sur le terrain. Je les avait déjà rencontrés avec Nîmes sur ce même terrain, j’avais fait un bon match. Il fallait que je fasse encore mieux avec l’US Orléans.

Quelle émotion ressentez-vous lorsque vous inscrivez le but égalisateur ?

Au début de l’action, mon ailier droit Régis Djoman percute sur son coté et me glisse le ballon, où j’étais totalement seul. Suite à un contrôle un peu long, je place proprement mon ballon dans le petit filet des buts du gardien olympien. Je me suis alors retourné et j’ai couru en dédiant mon but à ma famille, qui était venue m’encourager pour ce match. Ils ne m’avaient pas vu jouer depuis plus d’un an et demi, alors l’émotion était très forte pour moi. Puis j’ai vu mon ami Randy Sindoussoulou, suspendu pour ce match, courir vers moi dans la tribune et me féliciter. Cela m’a donné encore un peu plus de force pour continuer ce match.

Quelles ont été les clefs pour revenir dans ce match, alors que par deux fois vous avez été menés ?

Cela a été très dur pour nous moralement d’être menés deux fois au score dans ce match, mais on a rien lâché. Le football ne se passe pas que dans les jambes mais aussi dans la tête, alors nous n’avons pas baisser les bras. On a continué à construire notre jeu, basé notamment sur des contre-attaques.

Racontez-nous ce qu’il s’est passé dans vos esprits pendant la séance de tirs au but. Est-ce la plus grande émotion de votre carrière ?

Pendant toute la séance de tirs au but, j’étais debout sur le banc puisque je suis sorti au cours de la seconde période. Le stress montait à chaque tireur et les buts s’enchaînaient. Quand le capitaine de l’OM a raté son tir au but, grâce à un arrêt de notre gardien Alexis Sevestre, nous étions tous heureux mais il fallait garder notre calme car la séance n’était pas fini. Leur latéral gauche a tenté un panenka, et il a totalement raté le but. L’arbitre n’a même pas eu le temps de siffler la fin du match que j’ai sprinté pour rejoindre tous mes coéquipiers, pour fêter le qualification avec le coach et les dirigeants présents. Les larmes aux yeux, on s’est pris dans les bras, on ne se rendait pas compte de ce qu’on était en train de vivre. On est allé rejoindre nos fervents supporters, les Drouguis Orléans, qui ont traversé la France pour venir nous encourager, afin de les remercier et on a chanté avec eux. Ensuite il y a eu le cri de guerre dans le vestiaire, puis la douche avant de rejoindre les familles s’étant déplacer. Nous avons fêté la victoire comme il se doit dans le bus, certains ont dormi puis on a joué aux cartes et à Mario Kart. Nous avons marqué une fois de plus l’histoire du club.

Votre qualification en quart de finale était historique pour votre club. Que dire de cette qualification en demi-finale, face à un prétendant au titre ?

La qualification en quart de finale était déjà historique puisque le club n’avait jamais atteint ce stade de la compétition. La qualification en demi-finale face à une grosse équipe comme Marseille, finaliste de l’édition précédente, est incroyable. Ce sont des moments uniques et magiques que nous vivons en ce moment.

Désormais, quel est votre objectif ? L’objectif étant déjà dépassé, quelle est la mentalité à l’approche des demies ?

Nous n’avons pas d’objectif premier en Coupe Gambardella, le coach nous a toujours dit que c’était à nous de tout faire pour aller le plus loin possible. Nous avons pris match par match, tour par tour, en éliminant Cesson, club régional breton, Illzach, club régional alsacien, puis Cherbourg, également club de régional puis Chambly à domicile. Il faut garder les pieds sur terre à l’approche des demi-finales, et faire le match qu’il faut. Être aux portes de la finale c’est quand même quelque chose de grandiose !

La joie des U19 de l’US Orléans, qualifiés pour les demies de la Coupe Gambardella. © Raphaël Coquel

Connaissez-vous le Tours FC, votre adversaire en demies ? Qu’en pensez-vous ?

Je ne connais pas les U19 du Tours FC. J’ai seulement vu leur match face aux Girondins de Bordeaux où ils ont gagné (2-3) après avoir été menés 2-0. Je pense que ces demi-finales seront bouillantes, puisque c’est un derby, un match pas comme les autres. Nous devrons respecter nos couleurs et notre ville. L’impact physique sera tout aussi important dans ce match, nous devrons répondre présents et tout mettre en oeuvre pour aller gagner ce derby.

Outre notre interview, avez-vous ressenti un surplus de notoriété depuis cette performance ? Un changement de statut ?

Oui, depuis cette performance contre l’Olympique de Marseille, j’ai reçu beaucoup de messages après le match, notamment les félicitations des membres de ma famille qui n’ont pas vu venir au match, de mes amis, et de certains joueurs professionnels comme Alexandre Mendy (FCG Bordeaux), Malik Hsissane (Nîmes Olympique), Cédric Cambon et Gauthier Gallon (US Orléans). Le message de mon frère m’a beaucoup ému, il m’a dit qu’il était fier de moi et heureux pour moi. Il m’a aussi annoncé qu’il était titulaire face a Bordeaux, du coup j’ai suivi son match de plus près dans le bus. Un changement de statut ? Non du tout ! Je reste le même, je garde les pieds sur terre, je reste humble, je continue de travailler aux entraînements et je vais devoir confirmer lors des quatre prochains matchs importants en championnat.

Espérez-vous recevoir une offre de contrat de la part de votre club ?

À vrai dire non, je veux juste que le club me fasse confiance et que je leur rende cette confiance sur les terrains. Tout le monde rêve d’un contrat c’est sûr, mais pour le moment je veux continuer à rester régulier dans mes performances et continuer à travailler aux entraînements.

 

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Jonathan Tunik

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