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Ruben Aguilar, le guerrier montpelliérain

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Révélation de la saison du côté de Montpellier, Ruben Aguilar est devenu, en quelques mois, un des meilleurs à son poste, en Ligue 1. Avec sa hargne et sa détermination, qui symbolisent bien son parcours, il peut envisager un avenir radieux vu la pénurie de latéraux en France.

A l’intersaison 2013, Ruben Aguilar n’est pas conservé par l’AS Saint-Etienne et se retrouve au chômage. Une nouvelle déconvenue pour celui qui avait dû quitter son club formateur, le Grenoble Foot 38 à la suite du dépôt de bilan, en 2011. Difficile alors d’imaginer que quatre ans plus tard, il signerait à Montpellier et deviendrait une des révélations de la saison, en Ligue 1. Mais à force de travail et d’acharnement, le latéral droit a remonté les échelons un par un.

« Une très belle génération » à la Côte Saint-André

C’est à Saint-Siméon-de-Bressieux, dans l’Isère, que Ruben Aguilar tape dans ses premiers ballons. « A l’époque, sur les petits terrains, il était milieu. Techniquement, on savait qu’il était très à l’aise mais sa qualité première, c’est vraiment son mental de battant, de gagneur » se rappelle Florian Michel, qui a grandi dans le même village. Il rejoint ensuite la Côte Saint-André, grâce à une entente mise en place entre les deux équipes.

La génération 92-93 de la Côte Saint-André © Métro Sports

Au FCSA, il va intégrer une génération 92-93 remarquable pour ce petit club du pays de Bièvre. « On avait une très belle génération. On a vécu des très bons moments, en étant gamin. Ça reste forcément de bons souvenirs et ça fait toujours plaisir d’en voir certains à la télé, aujourd’hui » s’enthousiasme Florian Michel. De nombreux jeunes joueurs côtois iront ensuite exercer leurs talents dans les centres de formation de Grenoble (Vincent Di Stefano, Léonard Letare) et de l’AS Saint-Etienne (David Douline, Clément Durieu). En 2012, la Côte Saint-André signe même un partenariat avec l’ASSE au niveau de la formation et de la détection.

Au GF38 de 13 à 18 ans

A 13 ans, Ruben Aguilar s’engage avec le Grenoble Foot 38, où il retrouve donc plusieurs de ses anciens coéquipiers. C’est dans ses premières années, à la préformation grenobloise, qu’il va être replacé à son poste actuel : latéral droit. « Ils l’ont mis latéral droit et ç’a été une révélation, se souvient Florian Michel, qu’il retrouve au GF38. « Il a un gros volume de jeu donc il est capable de multiplier les allers-retours dans son couloir. Il a aussi une grosse qualité de centre et de passe. Et défensivement, il ne lâche jamais rien. C’est un combattant qui s’arrache pendant 90 minutes » confirme Olivier Saragaglia, entraineur à la formation puis de l’équipe réserve, à l’époque.

C’est à Grenoble que Ruben Aguilar a été replacé latéral droit © Alain Thiriet

Avec ses potes du centre de formation, le Grenoblois va se hisser jusqu’en finale du championnat de France U19, en 2011. Mais les Isérois s’inclineront contre le PSG de Jean-Christophe Bahebeck (2-0). « Il ne sortait pas du lot parce que c’était la génération de Florian Thauvin, Saphir Taïder, Atila Turan… Ce n’était pas le plus talentueux mais on le remarquait aussi grâce à sa débauche d’énergie sur le terrain. Il tapait dans l’œil de beaucoup de monde, affirme Olivier Saragaglia, actuellement entraineur adjoint, à Châteauroux. Il fallait lui apprendre à se canaliser mais en même temps, c’est sa force. Il joue avec ça. Après ce sont l’expérience et l’accumulation des matchs qui lui permettent de maitriser toute l’énergie qu’il a en lui ».

Ruben Aguilar a côtoyé Florian Thauvin à Grenoble

Malheureusement, c’est cette même année que sa formation grenobloise va prendre fin. Alors qu’il aurait, sans doute, signé son premier contrat professionnel avec son club formateur, il se retrouve libre à la suite du dépôt de bilan. « Quand il y a un dépôt de bilan, c’est toujours compliqué. Si on reste, est-ce qu’on peut continuer à rêver du monde pro ? Lui, il a pris la décision d’aller à Saint-Etienne pour progresser et évoluer » précise Florian Michel.

Une finale de Gambardella avec l’ASSE

Malgré le dépôt de bilan, Ruben Aguilar va donc rebondir rapidement chez le voisin stéphanois. Il signe un contrat stagiaire de deux saisons en faveur de l’ASSE. Sa première saison, il la passe entre les U19 et l’équipe réserve, sous les ordres d’Abdel Bouhazama et de Jean-Philippe Primard. En mai 2012, après un beau parcours, il dispute la finale de la Gambardella, au Stade de France, contre l’OGC Nice. Le jeune latéral droit dispute l’intégralité de la rencontre aux côtés de Jérémy Vachoux, Pierre-Yves Polomat et Kévin Mayi. Malheureusement, les Verts s’inclinent face aux Niçois d’Alexy Bosetti (2-1).

Le onze de l’ASSE en finale de la Gambardella

 

Il débute sa deuxième saison à l’ASSE, en disputant un match de préparation contre Tours avec l’équipe première. En janvier, Christophe Galtier le convoque, également, en seizièmes de finale de la Coupe de France contre Meaux mais il reste sur le banc. Titulaire indiscutable en réserve, il cumule une quarantaine de rencontres en CFA. Mais à la fin de son contrat stagiaire, les dirigeants stéphanois décident de ne pas lui proposer de contrat professionnel. Il se rend, alors, à Angers pour effectuer un essai, qui ne sera pas concluant.

Le retour à Grenoble

Non-conservé par l’ASSE, Ruben Aguilar se retrouve, de nouveau, sans club, à l’été 2013. Son ex, le GF38 va alors lui tendre la main. « Il est revenu en nous demandant s’il pouvait s’entrainer avec nous pour garder la forme. Au départ, c’était convenu comme ça puisqu’on n’avait pas beaucoup de moyens, donc pas grand-chose à lui proposer. Finalement, il s’est vite imposé dans le groupe et on a fait le nécessaire pour le faire signer » explique Olivier Saragaglia, qui avait repris l’équipe fanion après le dépôt de bilan. La saison ayant déjà été attaquée par la CFA, le défenseur droit reprend avec la réserve, en DHR. En quelques mois, il passe donc de convocations avec un groupe professionnel à la septième division. Mais à force « de travail et d’acharnement, il s’impose avec l’équipe première » selon son ancien coach.

A partir du mois de septembre, il grappille du temps de jeu avec les pensionnaires du Stade des Alpes. Il disputera en tout 16 rencontres de CFA. « Il a montré toutes ses qualités et la progression qu’il a eu en passant par Saint-Etienne. Il est arrivé avec de bonnes intentions pour remonter le club. On a eu la malchance de ne pas monter mais il a su tirer son épingle du jeu » indique Florian Michel, qui a quitté Grenoble, en 2014. Comme en équipe de jeunes, ce petit gabarit (1m72, 71 kg) n’est pas celui qu’on remarque en premier. « Quand vous le voyez jouer, vous ne vous dites pas qu’il est au-dessus. C’est un joueur de devoir, dont on a besoin dans un groupe. Ça lui arrive, parfois, de faire des matchs moyens techniquement mais il y a tellement d’énergie dans son jeu, qu’il fait du bien à l’équipe » détaille Olivier Saragaglia.

Ruben Aguilar avec le maillot grenoblois

Son destin va prendre une autre tournure lors du dernier match de la saison contre Martigues, en CFA. L’entraineur de l’AJ Auxerre, Jean-Luc Vannuchi, ancien Martégal, est dans les tribunes. « Il m’avait demandé ce que j’en pensais, parce qu’il était vraiment intéressé, et je lui avais dit qu’il pouvait y aller les yeux fermés. De la CFA à la Ligue 2, ça faisait un sacré bond mais il était capable de passer ce palier sans problème » révèle l’ancien coach grenoblois.

« Les caractéristiques d’un latéral moderne »

A l’intersaison 2014, Ruben Aguilar signe son premier contrat professionnel, d’une durée de deux ans plus une année en option, en faveur d’Auxerre. « Il est arrivé sans se poser de questions et toujours à 200%. Le coach lui a donné beaucoup de responsabilités dès le début et il a enchaîné de très bonnes performances, avec sa combativité » relate son ancien coéquipier, Grégoire Lefebvre. Une combativité qui lui coûtera une expulsion pour son cinquième match sous le maillot bourguignon. Il s’impose, malgré tout, comme un titulaire indiscutable (39 rencontres disputés tcc.) au sein d’une équipe qui n’arrive pas à s’extirper du ventre mou de Ligue 2. La saison va être embellie par le parcours en Coupe de France de l’AJA, qui s’incline en finale contre le PSG (1-0). « Ça n’a pas été facile d’atteindre le Stade de France malgré un tirage plutôt favorable en ayant rencontré qu’une L2 et qu’une L1 avant la finale. Mais on connaît la Coupe de France, et c’est le charme de cette compétition, tout le monde peut battre tout le monde » complète Grégoire Lefebvre.

L’AJ Auxerre avant la finale de Coupe de France contre le PSG

Sa deuxième saison va être handicapée par les blessures. L’adducteur en début de saison puis l’épaule en fin de saison. « C’est un mec qui veut tout faire bien et à fond. C’est un vrai guerrier. Ça a dû énormément le ronger mais il a su garder le sourire et être patient pour toujours revenir au niveau et même plus fort » informe son ancien partenaire. Pendant ce temps, les Auxerrois terminent, une nouvelle fois, calé en milieu de tableau, à cause d’un manque de régularité et d’une incapacité à remporter les matchs clés. Malgré une saison réduite (23 matchs tcc.), le nom de l’ancien Grenoblois commence à circuler en Ligue 1. Montpellier, Caen et Guingamp cochent son nom mais rien n’est conclu.

Une nouvelle blessure, à la cuisse, lors de la présaison, lui fait reprendre la saison qu’en septembre. Son équipe est, déjà, en difficulté et occupe les dernières places du classement. Le maintien sera, finalement, obtenu lors de l’ultime journée de championnat. Contrairement à ses coéquipiers, le latéral droit va réaliser sa saison la plus aboutie avec l’AJA (30 matchs de L2). « Il s’est amélioré, au fur et à mesure, dans son jeu offensif, avec plus de débordement, de combinaisons et de très bons centres. Il a exactement les caractéristiques d’un latéral moderne de haut niveau : très bon au duel, explosif et tonique sur les premiers mètres, une bonne qualité de centre et une combativité qu’il transmet à ses partenaires » remarque Grégoire Lefebvre.

Un avenir en équipe de France ?

Arrivé en fin de contrat avec l’AJA, Ruben Aguilar s’engage avec Montpellier HSC, l’été dernier. Après 81 matchs de Ligue 2, en trois saisons, il s’apprête à faire ses premiers pas dans l’élite. Pas forcément attendu comme un titulaire, en début de saison, il va profiter du changement de système de Michel Der Zakarian pour se révéler. Au sein d’une défense à cinq, il multiplie les allers-retours dans son couloir droit. « Quand j’ai vu sa saison avec Auxerre, je me suis dit qu’il pouvait intéresser des clubs de Ligue 1 parce que des bons latéraux, il n’y en a pas tant que ça en France. Montpellier, c’est une bonne étape, pour lui, dans un club qui fait confiance aux jeunes » observe Olivier Saragaglia.

Auteur de bonnes performances et évoluant à un poste peu fourni, en France, le numéro 2 montpelliérain a logiquement attiré les regards. L’OM et la Fiorentina sont, notamment, venus aux renseignements. S’il peut encore se montrer plus décisif offensivement (une seule passe décisive), il a déjà convaincu à la Paillade en étant élu à trois reprises joueur du mois. Le joueur qui fêtera ses 25 ans, fin avril, doit maintenant confirmer cette belle première saison en Ligue 1. Peut-être avec le MHSC, l’année prochaine, en Coupe d’Europe. En attendant, la sélection bolivienne pensait flairer le bon coup, en octobre dernier, en le contactant pour porter le maillot de la Verde. Problème, le Montpelliérain n’est pas originaire du petit pays sud-américain. Tant pis pour la Bolivie. Tant mieux pour la France.

Stadito remercie Florian Michel, Olivier Saragaglia et Grégoire Lefebvre pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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Clovis Canivenc

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