Fouad Chafik : « Je n’aurais jamais imaginé postuler pour une place à la Coupe du Monde »

À Dijon depuis 2016, club pour lequel il a disputé près de 40 matchs, Fouad Chafik s’est confié à Stadito sur sa carrière. Défenseur révélé sur le tard chez les professionnels, Chafik nourrit l’espoir de participer à la première Coupe du monde disputée par le Maroc depuis 20 ans. Entretien avec un joueur aussi battant que croyant, des terrains amateurs aux Lions de l’Atlas.

Comme vous nous le confiiez en 2016, vous aviez déjà « l’idée d’une carrière professionnelle dans un coin de votre tête », vous avez décidé de mettre la priorité aux études. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce choix ?

Au début, ce sont surtout mes parents qui m’ont poussé. Une fois que j’ai eu mon bac, j’y ai pris goût. Même si j’avais en effet l’idée d’une carrière professionnelle, il me fallait un bagage scolaire pour ma reconversion.

Aujourd’hui, les jeunes dans un centre de formation vont rarement au-delà du bac. Pensez-vous qu’il y a un souci dans la conciliation du football professionnel et des études ?

Je ne pense pas qu’il y ait ce souci de conciliation entre foot et études. J’en suis la preuve. C’est possible.

J’ai fonctionné par étapes Fouad Chafik (DFCO)

Pendant vos 5 années de Master, quelle place a le football dans votre vie ?

Pendant ces 5 ans de fac, je m’entraînais en semaine, on avait même fini champions de France avec l’équipe universitaire. On s’entraînait le lundi, on jouait le jeudi et moi le vendredi je rentrais pour pouvoir m’entraîner en club et pour jouer le samedi ou le dimanche. A l’époque, j’évoluait en DHR ou DH.

Comment se fait le changement au football professionnel ? N’est-ce pas un chamboulement que d’être propulsé du jour au lendemain dans un monde où tout va aussi vite ?

J’ai fonctionné par étapes. D’abord en CFA2 et CFA du côté de Valence, un niveau intermédiaire entre amateur et pro. Et après ma saison en CFA, des clubs pros m’ont contacté pour me faire signer un contrat professionnel.

© PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP

Vous avez connu les dernières années professionnelles d’Istres. Que vous évoque la disparition de ce club ? Vous y attendiez-vous ?

Je ne m’attendais pas à ce que le club disparaisse, ça me touche car c’est mon premier club professionnel, j’ai passé deux saisons là-bas, en Ligue 2… Et maintenant ils végètent à un niveau inférieur…

Laval est, dans une certaine mesure, également en train de chuter. Comment jugez-vous l’avenir du club ?

C’est vrai qu’ils sont en National, ça me touche également, ça m’a fait quelque chose dès que le club est descendu. J’espère que ça n’arrivera pas à Dijon non plus (rires), car à chaque fois que je quitte un club, ils sont en difficulté… Laval était un club bien géré, j’y ai passé deux saisons également, il y a un peu d’incompréhension…

Depuis votre arrivée à Dijon, vous jouez un peu moins que lors de vos années en Ligue 2. Sentez-vous qu’il faut faire plus qu’en Ligue 2, où être régulier suffisait ?

L’an passé c’était surtout par rapport à la CAN, qui m’a fait louper 5 ou 6 matchs. Cette année, il y a en effet plus de concurrence. Mais après elle est saine et elle profite au groupe. Ce sont les choix du coach… Pour l’instant il y a une bonne concurrence avec Valentin Rosier.

 

Comment vivez-vous cette situation personnelle un peu moins épanouissante que d’habitude ?

C’est clair que quand on joue un peu moins, c’est un peu moins épanouissant mais avec mon parcours je relativise pas mal. C’est à moi de donner mon maximum.

Avez-vous peur de « manquer le train » pour la Coupe du Monde ?

C’est dans un coin de ma tête, c’est quelque chose d’exceptionnel de représenter son pays au niveau international. Mais y aller serait une consécration après la Ligue 2 et la Ligue 1.

D’un autre côté, comme Olivier Dall’Oglio vous fait évoluer latéral droit comme latéral gauche, vous offrez une option de plus à Hervé Renard. Pensez-vous qu’il compte sur vous ?

J’ai montré qu’il pouvait compter sur moi, on en a discuté quelques fois, pour l’instant je suis à sa disposition. S’il fait appel à moi ce sera avec plaisir sinon il faudra continuer à bosser.

Hervé Renard arrive à concerner tout le monde Fouad Chafik (DFCO)

On imagine que vous scrutez les matchs de Nabil Dirar qui, depuis que Renard a rétabli une défense à 4, ne vous laisse que des miettes à votre poste… Désormais, il joue ailier à Fenerbahçe, de quoi vous redonner confiance ?

Il jouait déjà ailier avec Monaco, de temps en temps il redescendait, mais je ne le regarde pas comme un concurrent mais comme un bon ami. Un très bon ami et je suis ses matchs en tant que spectateur.

Quel est le secret d’Hervé Renard, qui lui permet d’être si fin avec les sélections africaines ? Est-il plus impressionnant dans sa gestion de groupe ou dans sa maîtrise tactique ?

C’est vraiment un tout. On est vraiment rodés niveau tactique, les joueurs sont beaucoup à l’écoute. Il arrive à concerner tout le monde. Ses discours sont motivants.

Parvenez-vous à réaliser que vous vous battez pour, peut-être, être titulaire contre Cristiano Ronaldo à la Coupe du Monde ? L’imaginiez-vous il y a quelques années, d’autant que le Maroc attendait ça depuis 1998 ?

C’est vrai je n’imaginais pas ça du tout. Le Maroc attendait la Coupe du Monde depuis 20 ans. Au Maroc, la ferveur est très importante. Ils étaient plus de 3000 en Côte d’Ivoire pour les qualifications et étaient tellement nombreux à vouloir venir qu’ils avaient bloqué le « pont aérien » entre les deux pays. A domicile le stade est toujours plein, ça fait plaisir de voir qu’on a tout un pays derrière nous.

Je ne m’imaginais pas pouvoir un jour postuler pour une place à la Coupe du Monde, pour un tel événement.

Le Maroc a-t-il les qualités pour sortir de ce groupe de la mort ?

On va avoir un rôle d’outsider comme pour les qualifications où nous avions un groupe très relevé avec la Côte d’Ivoire, le Gabon et le Mali. Cette fois ça sera l’Espagne et le Portugal, mais nous n’irons pas là-bas pour faire de la figuration et on va jouer notre carte à fond. On a un très bon groupe, de très bons joueurs et on peut créer la surprise. Passer le premier tour serait déjà une très bonne chose et on verra ce qui suivra.

Allez-vous respecter les lois du mois de ramadan cet été ?

On va voir tout cela avec le coach mais en général c’est quelque chose que je respecte, on va voir ce qu’on va mettre en place. La religion m’aide tout de même beaucoup, c’est quelque chose qui fait partie de moi.

Pensez-vous que les contraintes du mois saint vont avoir une conséquence (positive, dans la mentalité, ou négative, concernant la santé) sur les équipes et joueurs musulmans à la Coupe du Monde ?

Moi personnellement j’ai toujours fait le ramadan même pendant les préparations et je n’ai jamais eu de problèmes, j’ai toujours réalisé de bonnes performances durant les matchs amicaux et les premiers matchs de championnat. Pour moi c’est une motivation supplémentaire et que du positif.

 

Dijon est-cette saison une des équipes les plus agréables à voir jouer. Mais elle est aussi la plus mauvaise défense de Ligue 1. Comment l’expliquez-vous ?

C’est le revers de la médaille. Nous devons trouver le juste milieu entre solidité défensive et beau jeu offensif. Si on devient plus solides défensivement, on pourrait essayer de faire comme Guingamp l’an passé ou Nantes cette saison.

Paris, Marseille, Monaco et Lyon tirent le championnat vers le haut Fouad Chafik (DFCO)

Vous avez subi, il y a deux semaines, une défaite mémorable au Parc des Princes. Comment réagit un professionnel face à ce genre de défaites ?

C’était la première fois que cela m’arrivait, on a bien su réagir après pour faire preuve de fierté à Strasbourg. Même si contre Paris on a pris un coup. Mais on a eu la chance de pouvoir rejouer 3 jours après pour évacuer cette grosse défaite.

Pensez-vous qu’avoir en Ligue 1 des équipes si largement supérieures soit bénéfique pour le championnat ?

Le niveau du championnat augmente avec le PSG, Marseille, Lyon et Monaco, qui tirent la Ligue 1 vers le haut. Quand on voit qu’un joueur comme Neymar est clairement au-dessus du lot, à tout moment il peut faire un geste ou marquer un but extraordinaire, il y a beaucoup de spectacle grâce à lui.

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