A LA UNEAC AjaccioACTUALITÉAlgérieFocusitoFranceLe Havre ACLigue 2Nîmes Olympique

Riad Nouri, le sud lui sourit

1

Meilleur buteur de l’AC Ajaccio, Riad Nouri est dans la forme de sa vie. Arrivé tardivement dans le monde professionnel, il compte pourtant plus de 280 matchs de deuxième division. A 32 ans, le natif de Marseille pourrait faire ses premiers pas en Ligue 1, la saison prochaine.

De Marseille à Ajaccio, en passant par Istres ou Nîmes, Riad Nouri n’a joué que dans des clubs sudistes. A une exception près : Le Havre. Six petits mois d’exil en Normandie avant de retrouver le souffle du Mistral.

Un Marseillais pur jus

La ville de Marseille est un vivier du football français. Et le club des Caillols est l’un de ses meilleurs représentants au niveau de la formation. Christophe Galtier, Jean Tigana, Peter Luccin ou encore Éric Cantona ont tous enfilé le maillot jaune et bleu du club du 12ème arrondissement. Le nom de Riad Nouri pourrait s’ajouter à cette liste. « C’est un gosse qui avait une qualité essentielle dans le foot : la vitesse. Il était très rapide avec une bonne maitrise technique. C’était un joueur d’espace qui jouait sur un côté » se souvient Jacques Mallet, son entraineur en -15 ans.

Le stade Arsène-Manelli où Riad Nouri a touché ses premiers ballons

Apprécié par ses éducateurs pour son comportement « exemplaire », le jeune Marseillais est déterminé à accomplir son rêve. « Il espérait, comme tous ses coéquipiers de l’époque, arriver à jouer à un niveau intéressant. Il était très intelligent, il savait ce qu’il voulait et comment il pouvait l’avoir. C’était un gamin très sérieux lors des entrainements » affirme son ancien formateur. Mais le Caillolais ne sort pas forcément du lot, ce qui l’empêche sans doute de rejoindre un centre de formation. « C’était un gamin qui était remarqué au niveau du club. Après on ne peut pas dire qu’il avait une précocité particulière par rapport à tous les autres gamins. C’était un vrai bon joueur. Mais ce n’était pas un gamin qui était deux classes au-dessus des autres » avoue Jacques Mallet.

Faire ses armes dans le monde amateur

Riad Nouri fait ses débuts chez les séniors, avec l’US Marignane, en CFA2. Le professionnalisme est toujours dans un coin de sa tête mais il ne peut pas se permettre de délaisser son travail. Titulaire d’un bac STI, il enchaine les petits boulots : salarié dans le Leclerc du président de l’USM, chauffeur-livreur… Sur le terrain, il doit attendre la saison 2007-2008 pour se révéler. Les Marignanais viennent de décrocher la montée en CFA et vont, contre toute attente, s’inviter dans les premières places du classement (5ème à la fin de la saison). Avec 33 matchs et 8 buts, le Provençal se distingue. Comme lors d’un match contre Balma, fin septembre, où il inscrit un triplé synonyme de première victoire de la saison pour son équipe. La Coupe de France lui permet également de se mettre en valeur. L’US Marignane, après avoir éliminé l’AC Ajaccio, s’incline aux tirs au but contre Arles, en 32èmes de finales.

Riad Nouri sous le maillot de l’US Marignane

Courtisé par de nombreux clubs, il choisit de rejoindre Cassis-Carnoux, en National, à l’intersaison 2008. Un transfert qui aurait pu ne jamais avoir lieu. A l’époque, le SOCC est empêtré dans des problèmes financiers et est provisoirement rétrogradé en CFA2. Le Phocéen, qui avait donné son accord dans un premier temps, fait alors faux bond et s’engage avec Martigues, en CFA. « Quand on a été repêché en National, j’ai fait des pieds et des mains pour le récupérer. Je lui ai proposé un projet en lui disant : « si tu viens chez nous, tu signeras en Ligue 2, en fin de saison », explique Didier Camizuli, co-entraineur du club avec Léon Galli. On avait ressenti un potentiel énorme, qu’il a démontré chez nous pendant une année. Je pensais qu’il pouvait devenir professionnel. Il avait un potentiel de vitesse, de percussion et d’élimination d’adversaires qu’on ne pouvait même pas imaginer ».

Le deal avec Cassis-Carnoux

Élément incontournable de Cassis-Carnoux, avec une trentaine d’apparitions, en National, Riad Nouri progresse au niveau mental dans un championnat âpre. « Il avait juste à durcir un peu son jeu, à être plus fort mentalement et physiquement. Il manquait aussi un peu de métier et de justesse dans la dernière passe. Je me souviens d’un match à Laval, premier contre deuxième, où je l’avais sorti à la mi-temps parce qu’il était passé complètement à travers. Ça l’avait choqué. On ne lui avait jamais fait ça. Il en avait eu les larmes aux yeux. Mais c’était pour lui faire comprendre qu’il y avait des étapes à passer » raconte l’ancien coach de Marseille-Consolat. Capable de couvrir tous les postes offensifs grâce à son « volume de jeu vraiment impressionnant », il n’inscrit que deux buts au cours de cette saison.

Cassis-Carnoux : un tremplin vers le monde professionnel pour Riad Nouri

Pourtant promu au troisième échelon national, les Requins Bleus se mêlent à lutte pour la montée en Ligue 2 jusqu’au mois de mars. Une belle saison collective qui ouvre les portes de la deuxième division au milieu offensif de 23 ans. « A partir du moment, où c’était le deal qu’on avait passé ensemble, il était impossible pour nous de dire non, quand Istres l’a contacté. Il a travaillé d’arrache-pied pendant un an. Si on avait entrainement à 16h, il était déjà au stade à 15h et à la fin, il restait une demi-heure de plus, pour faire du rab’. Il avait envie de réussir » assure Didier Camizuli.

La rencontre avec José Pasqualetti

Début juin 2009, Riad Nouri signe son premier contrat professionnel avec le FC Istres. Pour son premier match, il inscrit un but contre Strasbourg, en Coupe de la Ligue. Mais la suite est plus difficile et il est rarement titulaire dans une équipe engluée dans la zone rouge. L’arrivée de José Pasqualetti, début avril, va tout changer pour lui. « C’est un coach qu’il apprécie beaucoup, comme pas mal de joueurs qui l’ont connu en tant qu’entraîneur » confirme son ex-coéquipier, Fabien Barrillon. L’entraineur corse l’installe comme titulaire et, sous son impulsion, les Istréens enchainent quatre victoires consécutives à domicile. Auteur de trois buts décisifs, lors des dernières journées, le droitier offre le maintien aux supporters du stade Parsemain.

Riad Nouri a disputé plus de 100 rencontres avec le FC Istres © Getty Images

Disposant de la confiance de son coach, le Méditerranéen va enchainer deux bonnes saisons (13 buts et 8 passes décisives), où les Violets se stabilisent dans le ventre mou de Ligue 2. « On a fait trois saisons à Istres ensemble. On a lutté une saison pour le maintien, mais aussi pour la montée. Donc, dans l’ensemble ça s’est bien passé et on a toujours pu compter sur lui. C’est un joueur assez régulier, qui va vite et qui provoque beaucoup. Il est bon dans le dernier geste, que ce soit pour marquer ou faire marquer » détaille l’actuel joueur de Consolat. A partir de 2010, il développe une vraie complicité avec l’expérimenté Nassim Akrour. « Je pense que d’avoir côtoyé Nassim quelques années lui a beaucoup servi. Nassim est un exemple pour beaucoup de joueurs, et il en faisait partie » estime Fabien Barrillon. Après trois saisons, à Istres, il sent que l’heure est venue de découvrir d’autres horizons.

L’échec havrais

En juillet 2012, Riad Nouri signe au Havre AC, pour passer un cap chez un prétendant régulier à la montée en Ligue 1. « Quand il a rejoint Le Havre, c’était certainement pour franchir un cap. C’était une équipe qui jouait la montée chaque saison et qui avait un budget bien supérieur au nôtre » se rappelle Fabien Barrillon. Mais l’aventure va tourner court. Titulaire régulier mais peu décisif (1 but, 1 passe décisive), il ne se plait pas au sein du club doyen du foot français. « Il est assez attaché aux clubs du sud. Il n’a pas su s’adapter au climat du Havre et c’est dans le Sud qu’il se sent le mieux. Normal, en tant que Marseillais » souligne son ancien partenaire. Ajoutez à cela, un contentieux avec les supporters et un départ devient alors inévitable.

Le Havre : le principal échec de la carrière de Riad Nouri

Il est alors prêté avec option d’achat au Nîmes Olympique. « Il est reparti sur une dynamique positive. On avait besoin d’un attaquant, qui connaissait la Ligue 2 et il s’était super bien adapté. En six mois, il a mis cinq buts. Il avait retrouvé le plaisir de jouer au ballon parce qu’au Havre, ce n’était pas trop ça. C’était un super élément qui nous avait vraiment fait du bien, à l’époque » complète Jonathan Parpeix, formé au NO.

« A Nîmes, on sentait qu’il avait acquis beaucoup d’expérience »

L’été suivant, Riad Nouri s’engage définitivement avec les Crocos. Sa deuxième saison aux Costières est plus difficile tant sur le plan individuel que collectif. « Il y a des choses qui, de temps en temps, vont moins bien. C’est ce qu’il s’est passé cette saison-là. On avait commencé la saison avec Victor Zvunka après on a changé d’entraineur avec René Marsiglia. Il y a eu beaucoup de changements » fait remarquer Jonathan Parpeix. Avec cinq buts et une passe décisive, il réalise une de ses pires saisons au niveau statistiques. Les Nîmois vont, tout de même, chercher le maintien lors de l’ultime journée de championnat.

Riad Nouri a retrouvé le plaisir de jouer au foot dans le Sud © Objectif Gard

Il va rebondir, la saison suivante, grâce, en partie, à l’arrivée d’un coach qu’il connaît bien : José Pasqualetti. Ce dernier va même lui confier le brassard de capitaine à quelques reprises. « Le discours avec José Pasqualetti, il est bien passé. Donc si le discours passe bien avec des joueurs comme ça, les résultats suivent derrière. Pendant son petit passage avec le brassard, il avait essayé de tirer l’équipe vers le haut avec son leadership et son expérience. C’est plus un leader technique qu’un leader par la parole » précise l’ancien joueur du FC Miami. Malgré l’affaire des matchs présumés truqués, qui plombe leur environnement, les Gardois valident le maintien relativement sereinement. « A Nîmes on sentait qu’il avait acquis beaucoup d’expérience et qu’il était plus sûr de lui. Même si ça ne s’est pas toujours bien passé pour lui à Nîmes… » signale Fabien Barrillon, qu’il retrouve lors de cette saison.

Son aventure au Nîmes Olympique va, malheureusement, se finir en eau de boudin. Auteur d’une belle saison (12 buts, 5 passes décisives tcc.), il attire logiquement les regards au niveau supérieur et notamment d’Angers, de Troyes et du Gazélec. Pour son dernier match, il sort sous les sifflets des Costières, ce à quoi il répond avec un doigt d’honneur. « On lui avait reproché d’avoir déjà signé dans un autre club et de ne plus faire les efforts, alors qu’on se battait pour le maintien. On le voyait déjà à Angers. Il y a plein de choses qui se sont raconté et il en avait un peu ras-le-bol. Les fils se sont un peu touchés, ça peut arriver à tout le monde. Ça ne s’excuse pas mais ça peut s’expliquer » reconnaît Jonathan Parpeix.

Une nouvelle jeunesse ajaccienne

En fin de contrat, Riad Nouri reste finalement en Ligue 2, en rejoignant l’AC Ajaccio. Il découvre un nouveau coach, Olivier Pantaloni, qui en fait immédiatement un titulaire indiscutable de sa formation. Trente-deux puis trente-cinq titularisations, l’Ajaccien semble s’offrir une nouvelle jeunesse sur l’Ile de Beauté. « Il doit se sentir très bien à Ajaccio. Je pense qu’il n’y a que du positif dans sa vie à l’heure actuelle et ça se ressent. Il y a des joueurs, c’est entre 28 et 30 ans qu’ils sont en pleine bourre, lui c’est un peu plus tard » estime Jonathan Parpeix. Au niveau des chiffres, également, le numéro 7 des Acéistes tient la forme. Depuis son arrivée en Corse, il a inscrit 29 buts en championnat et délivré 16 passes décisives. « Aujourd’hui, de ce que vois, il est plus expérimenté, dans la gestion des temps forts et des temps faibles. Il a plus de métier qu’à l’époque, où il était un peu foufou et il fallait le canaliser. Mais, j’ai regardé un match dernièrement, où en le voyant accélérer et percuter, je le revoyais quand il était avec moi à Cassis » se réjouit Didier Camizuli.

Cette saison, il est le deuxième meilleur buteur de Ligue 2 avec 12 réalisations, son record. Des performances qui permettent à l’ACA, actuellement troisième, de rêver à une montée dans l’élite. A bientôt 33 ans (le 7 juin prochain), le Franco-Algérien a encore deux rêves à accomplir : être appelé avec les Fennecs et découvrir la Ligue 1. Si son premier souhait dépend de la volonté de Rabah Madjer, le second a de grandes chances de se réaliser dès la saison prochaine. Avec l’AC Ajaccio ou un autre club, et pourquoi pas l’Olympique de Marseille, son club de cœur. Le natif du 14ème arrondissement bouclerait ainsi la boucle dans la cité phocéenne.

Stadito remercie Jacques Mallet, Mickaël Seymand, Didier Camizuli, Fabien Barrillon et Jonathan Parpeix pour leur gentillesse et leur disponibilité.

Lire plus :

Tanguy Ndombele, une ascension fulgurante mais sinueuse

Clovis Canivenc

You may also like

More in A LA UNE