Tanguy Ndombele, une ascension fulgurante mais sinueuse

Pour sa première saison en Ligue 1 et sa deuxième dans le monde professionnel, Tanguy Ndombele est la révélation de l’Olympique Lyonnais. Non-conservé par Guingamp puis Amiens, en 2014, il a su se remettre en cause pour revenir en Picardie et s’imposer définitivement.

Le 17 septembre dernier, lors d’un PSG-OL, la France du foot découvre un certain Tanguy Ndombele. Pour sa première titularisation avec les Gones, il impressionne et regarde Adrien Rabiot &Co droit dans les yeux. Une performance qui lui permet de faire son trou à Lyon et de devenir incontournable, à seulement 21 ans. Mais, contrairement aux apparences, la trajectoire du natif de Longjumeau a été loin d’être linéaire.

« Un exemple pour les petits de notre quartier »

Tanguy Ndombele débute le foot à Épinay-sous-Sénart, dans la banlieue parisienne. Il n’a alors qu’un seul rêve : faire du ballon rond son métier. « Il disait que c’était ça ou rien. Il était clair et net. Il était sûr de ses capacités et vraiment au-dessus du lot. Les gens, le samedi, venaient principalement pour lui. » se souvient, Novic Bayokila, qui a grandi avec lui. Son pote d’enfance n’est autre que l’actuel joueur du FC Lorient, Yoane Wissa, avec qui il est resté proche. Les deux amis se sont d’ailleurs affrontés, la saison dernière, lors du match Amiens-Laval. « Il est très introverti. Il ne parle pas avec tout le monde. Si on ne le connaît pas, il peut paraître froid. Mais quand on est dans son cercle proche, il est top, avec le cœur sur la main » explique l’actuel responsable des U13 à Épinay.

Epinay-sous-Sénart avec Tanguy Ndombele et Yoane Wissa

En 2009, à 12 ans, il quitte l’Athlético Épinay pour rejoindre Linas-Montlhéry, en 14 ans Fédéraux. « Nous, on était en PH et il avait aussi déménagé donc c’était plus proche de chez lui. Il savait qu’en allant à Linas-Montlhéry, s’il faisait le boulot, il devait trouver un club pro » assure Novic Bayokila. Aujourd’hui, celui qui a accompli son rêve fait la fierté de son ancien club et du quartier où il a grandi. « C’est un exemple pour les petits de notre quartier. Il était, quand même, assez feignant quand il était jeune. Dès qu’il a mis le bleu de chauffe, il n’y a pas eu de surprise, le travail a payé ».

Un premier passage à Linas-Montlhéry

Tanguy Ndombele continue donc sa progression avec Linas-Montlhéry. Un club qui, comme bon nombre en région parisienne, met l’accent sur la formation. Yoane Wissa, Paul-Georges Ntep et Paul Bernardoni, entre autres, sont passés par les catégories de jeunes du club. « Il faisait partie d’une bonne génération chez nous. Ils avaient gagné la coupe de Paris. Il était parmi les 3, 4 gamins qui intéressaient des clubs pros, se rappelle Michaël Bertansetti, le président de l’ESALM. Comme on était sur la plus haute division régionale, tous les week-ends, il y avait des recruteurs de clubs professionnels qui rôdaient ».

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A l’époque, ce n’est pas sa puissance qui saute aux yeux mais plus ses qualités techniques et sa vision du jeu. « Il avait cette faculté à aller de l’avant, à casser des lignes. Les seuls doutes qu’on pouvait avoir, c’était plus par rapport à sa façon de manger et de prendre du poids. Il avait un gabarit très particulier. C’est un joueur qui, s’il se relâche un tout petit peu, peut prendre du poids assez facilement » détaille Michaël Bertansetti. Sollicité par plusieurs clubs, il intègre finalement le centre de formation de l’EA Guingamp.

« La génération dorée » de Guingamp

A 14 ans, Tanguy Ndombele change complètement d’environnement en rejoignant la Bretagne et Guingamp. Né en fin d’année (le 28 décembre), il possède souvent deux ans de moins que ses adversaires. Ce qui ne l’empêche pas d’être « un joueur extrêmement doué. Pour moi, c’est l’un des meilleurs que j’ai vu en 9 ans à Guingamp » estime Sullivan Martinet, formé avec lui à l’EAG. Un autre de ses anciens coéquipiers, Malo Rolland, confirme : « Avec sa puissance, il était en avance sur les autres. Grâce à sa qualité de passe hors du commun, il voyait des angles de passes que lui seul pouvait voir. Et une qualité de frappe que lui seul maîtrisait, une frappe lourde. En étant gardien, je peux dire que j’en ai fait les frais à l’entraînement. Au milieu, il régalait avec une grande qualité de dribbles également ». Au sein d’une génération 1996 brillante, il termine vice-champion de France U17. « On nous appelait la génération dorée. Marcus Coco, Karim Achahbar, Sullivan Martinet et Roman Laspalles sont passés pros » complète celui qui est, actuellement, entraineur des gardiens de la préformation à l’En Avant.

Tanguy Ndombele et Guingamp, une histoire inachevée

A Guingamp, personne ne doute du talent du jeune milieu de terrain. Pourtant, à l’été 2014, il est poussé vers la sortie, comme son partenaire James Léa-Siliki. « Il était un peu nonchalant. Ça lui a fait défaut à long terme à Guingamp. Ça ne passait pas pour certains coachs » révèle Sullivan Martinet. A l’époque, c’est Lionel Rouxel, ex-directeur du centre de formation, qui décida de mettre fin à son aventure costarmoricaine. « Il était un peu feignant à l’entraînement, les entraîneurs devaient être sur son dos pour qu’il se bouge. Il avait sa vision du football. Il aimait porter le ballon, prendre des initiatives et ce n’était pas aux goûts de tous les coachs, mais il n’en démordait pas. Il jouait son football et je pense que c’est ça qu’il l’a empêché de passer pro ici. C’était tellement facile pour lui qu’il n’avait pas à forcer pour réussir » souligne Malo Rolland.

Le retour aux sources

Non-conservé par Guingamp, Tanguy Ndombele rebondit directement à l’Amiens SC. Mais les premiers mois sont difficiles. « Les premiers temps furent difficiles avec lui. Quand il est arrivé de Guingamp, ce n’était pas forcément évident dans la tête. Il avait souvent tendance à penser que l’adulte était l’ennemi. Travailler ensemble a été un peu délicat, au début » reconnaît Patrice Descamps, directeur du centre de formation et entraineur de l’équipe réserve des Picards. Son histoire amiénoise semble alors tourner court. Il part faire des essais dans plusieurs clubs français mais est jugé en surpoids. Il retourne donc à Linas-Montlhéry pour retrouver la forme. « Il s’est retrouvé sans club, en fin d’année civile. Comme son grand frère était en séniors avec nous, on lui a dit de venir s’entrainer pour garder la forme. Il s’est entrainé pendant deux bons mois avec les séniors. J’avais été étonné, dans les douches, du gabarit qu’il avait. Il n’était pas gros mais les joueurs de haut-niveau, à son âge, sont en général très secs. Ils n’ont pas un gramme de graisse. Et lui ce n’était pas forcément son cas » se remémore Michaël Bertansetti, qui est l’entraineur de l’équipe première, à l’époque.

Tanguy Ndombele sous le maillot amiénois

Alors que, dans sa situation, de nombreux jeunes joueurs auraient abandonné, le Francilien se remet en cause et travaille dur. « Bizarrement, il n’a pas baissé les bras. Je n’ai pas senti un joueur abattu. Il n’a pas montré de signe de faiblesse. Il bossait sérieusement à l’entrainement, on aurait pu croire qu’il faisait vraiment partie de l’effectif. Il aura fallu qu’il passe par ces étapes-là pour avoir le déclic et rentrer dans le bon moule » précise Michaël Bertansetti. Un travail qui fait changer d’avis la direction amiénoise qui décide de lui offrir une seconde chance. « Il est revenu et on est reparti sur de nouvelles bases de travail. Il a aussi changé de conseillers, ce qui a été un bien. Il est entouré de personnes sages. Tranquillement, la machine s’est mise en route. C’est un joueur qui a des qualités innées. Il fallait travailler l’esprit » remarque Patrice Descamps.

« Un bel exemple de remise en cause individuelle »

De retour à Amiens, Tanguy Ndombele finit la saison avec les U19 avant d’être intégré à l’équipe réserve lors de la saison 2015-2016. Avec son entraineur, Patrice Descamps, il met en place « une vraie feuille de route pour avancer ». Rapidement, il gomme ses quelques défauts comme « sa capacité à bien se déplacer, ne pas en rajouter dans sa volonté d’utiliser ses points forts et lutter contre son côté nonchalant, quand il coure » selon son ancien mentor. Il est récompensé de ses efforts en étant élu meilleur jeune du centre de formation amiénois. Une distinction symbolique accueillie, comme à son habitude, avec pudeur par le droitier.

Au début de la saison 2016-2017, Christophe Pélissier l’intègre progressivement à l’effectif professionnel. « On a alerté le staff pro qu’il était là. Il était un titulaire incontestable en réserve et il me paraissait important qu’il aille tenter sa chance au-dessus. Très vite, le club s’est rendu compte qu’il méritait un contrat professionnel et progressivement, il s’est imposé. La machine s’est emballée parce qu’il a été très bon » informe le formateur picard. En octobre 2016, il signe son premier contrat professionnel. Au sein d’une équipe promue en Ligue 2 et qui surprend en jouant la montée, il a un rôle essentiel. « Il a même accepté de jouer à des postes, qui n’étaient pas le sien. Il a fermé sa gueule et il a bossé. C’est un garçon qui est un bel exemple de remise en cause individuelle. Il a su, au bon moment, s’interroger et avancer » salue Patrice Descamps. Dépannant parfois au poste d’arrière droit, il conclut sa première saison professionnelle avec 30 matchs et de belles statistiques (2 buts et 7 passes décisives).

La révélation lyonnaise

À la suite de la montée héroïque de l’Amiens SC en Ligue 1, Tanguy Ndombele fait ses premiers pas dans l’élite, début août. Très sollicité sur le marché des transferts (Sampdoria, Fiorentina, Stoke City, Hoffenheim, Saint-Etienne), il rejoint finalement l’Olympique Lyonnais, lors des dernières heures du mercato. Un prêt payant de 2M€ assorti d’une option d’achat obligatoire fixée à 8M€. « Le choix de l’Olympique Lyonnais est aussi un choix de raison et de sagesse puisque beaucoup de garçons, à sa place, auraient choisi d’aller gagner beaucoup de tunes à l’étranger. Il a choisi Lyon pour continuer sa formation, dans le meilleur club de France à ce niveau-là » ajoute Patrice Descamps.

Pour sa première titularisation sous le maillot lyonnais, le numéro 28 des Gones se fait remarquer avec une performance XXL contre le PSG. Un an auparavant, il évoluait avec la réserve d’Amiens contre Feignies Aulnoye. « En 12 mois, il passe de la CFA2 au Parc des Princes pour jouer le PSG. Ça peut paraître rapide mais c’est aussi le charme de notre sport. Ce sont de belles histoires » confie son ancien entraineur. Depuis le Franco-Congolais s’est imposé dans aux côtés de Lucas Tousart, à l’Olympique Lyonnais ainsi qu’en équipe de France Espoirs. Pour l’instant avec les Bleuets, il connaîtra, sans doute, un jour l’EDF avec les « grands ». A seulement 21 ans et alors qu’il ne vit que sa deuxième saison professionnelle, le Lyonnais a tout l’avenir devant lui.

Stadito remercie Novic Bayokila, Michaël Bertansetti, Sullivan Martinet, Malo Rolland et Patrice Descamps pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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