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Yanis Merdji, « être professionnel c’était un rêve »

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En seulement six mois, Yanis Merdji est passé de la DHR, en banlieue lyonnaise, à la Ligue 2 avec Bourg-en-Bresse. Le conte de fées ne s’est, d’ailleurs, pas arrêté là puisqu’il a inscrit 13 buts depuis janvier 2017. Mais avant de devenir le meilleur buteur du FBBP01, le Franco-Algérien a dû écumer les pelouses rhodaniennes.

Au début des années 2000, deux gamins jouent au foot sur le stade de Saint-Victor-sur-Rhins, dans la Loire. Ces deux enfants qui tapent dans la balle jusqu’au crépuscule, ce sont Yanis Merdji et Corentin Tolisso. Qui aurait pu imaginer que vingt ans plus tard, ils auraient tous les deux accompli leur rêve : devenir footballeur professionnel.

Corentin Tolisso, plus qu’un frère

Pourtant les deux amis n’ont jamais joué dans le même club. L’actuel joueur du Bayern débute à Amplepuis puis à L’Arbresle avant de rejoindre l’OL, à treize ans. Pendant ce temps, Yanis Merdji fait toutes ses classes à Rhins Trambouze, où il est entrainé par son père. « Il était vraiment passionné et mordu. Dès qu’il avait un moment, la seule chose qu’il faisait, c’était un ballon dans les pieds. C’est fou parce qu’il était tout le temps avec Corentin Tolisso. C’était plus que des frères. Ils étaient à l’école ensemble. Depuis qu’ils se sont connus, à l’âge de 5/6 ans, ils sont toujours ensemble. Et jusqu’à aujourd’hui encore, ils ne passent pas deux jours sans communiquer » relate Ali Merdji.

Yanis Merdji et Corentin Tolisso lors de la signature du dernier au Bayern Munich

A Rhins Trambouze, une entente de quatre communes, le père de Tolisso s’occupe du groupe 1 séniors et celui de Merdji du groupe 2. Ce dernier se souvient qu’ils « se retrouvaient sur les terrains. Je les emmenais avec moi. Ils ne nous regardaient même pas jouer, ils jouaient tout seuls de leur côté ». A 17 ans, l’attaquant décide de quitter le RTF pour rejoindre Loire Nord, un club de Roanne. « Je ne voulais pas le laisser partir parce que c’était un de mes meilleurs éléments » affirme Ali Merdji, qui laisse finalement partir son fils pour qu’il aille jouer au plus haut niveau régional en U19. Il restera deux ans à Loire Nord avant d’avoir une proposition d’Andrézieux pour évoluer en CFA2.

La désillusion à Andrézieux

Yanis Merdji fait donc ses débuts en séniors avec Andrézieux, en 2012. Âgé de 19 ans, il peine à faire son trou et alterne entre équipe première, en CFA2, et réserve, en DH. « Il était souvent sur la feuille de match avec l’équipe une. Mais comme il ne jouait pas beaucoup, il ne rentrait qu’en fin de match, le lendemain, il jouait avec la réserve, informe son papa. En allant à Andrézieux, il pensait pouvoir jouer avec l’équipe 1. Mais un nouvel entraineur est arrivé avec, dans ses bagages, son avant-centre. Donc, de mon point de vue, il ne voulait pas le mettre en concurrence avec Yanis ». A la fin de sa première saison à Andrézieux, l’équipe réserve descend en Honneur Régional. Il reste alors une année supplémentaire mais le trajet entre son domicile et l’ASF (500 kilomètres) devient difficile à supporter « pour jouer au même niveau qu’un club plus près comme Loire Nord » selon Ali Merdji.

Yanis Merdji sous le maillot d’Andrézieux

L’avant-centre hésite alors entre son ancien club Loire Nord et Domtac, une formation de la région lyonnaise. « Au départ, il voulait aller à Domtac. Je lui ai dit : « Domtac joue au même niveau que Loire Nord mais il y a 50 kilomètres d’écart ». J’ai un peu insisté parce que le club est à 20 kilomètres de la maison » détaille son paternel. Il commence donc la saison avec Loire Nord, ancêtre du Roannais Foot, mais cela se passe mal et il souhaite déjà partir au bout de quelques semaines. « Loire Nord ne voulait pas le laisser partir et ils ont bloqué sa licence jusqu’au mois d’octobre. Il allait s’entrainer avec Domtac mais il est resté sans jouer pendant longtemps. Ç’a été un gros bras de fer pour le libérer de Loire Nord » révèle Ali Merdji. En octobre, il trouve enfin un accord avec Loire Nord et peut débuter sa saison à Domtac.

« Il s’est remis la tête au foot »

L’une des principales raisons qui pousse Yanis Merdji à rejoindre Domtac est « la qualité des séances chez nous. L’idée c’était vraiment de travailler et de progresser » d’après son entraineur chez les Dommartinois, Nicolas Pinard. Au sein d’une équipe régulièrement dans le haut du tableau, en DHR, il claque une douzaine de buts, en une demi-saison. « Je ne suis pas vraiment surpris parce qu’il a des qualités assez atypiques pour un attaquant. Il a une VMA de 19. Même en pro, on ne retrouve pas forcément ça. Il est capable de répéter les efforts sans cesse. Il se blesse très peu aussi. Il a fait de la gym plus jeune donc il est très souple. Et après c’est surtout sa détermination. Il faisait trois fois par semaine soixante bornes aller-retour, sans indemnités, pour pouvoir progresser. Il restait systématiquement après les séances pour bosser tout seul avec le gardien ou avec moi et mon adjoint sur des exercices de finition. C’est un gros bosseur et un gros compétiteur » fait remarquer son ancien coach.

Yanis Merdji s’est relancé à Domtac © Domtac.fr

Après plusieurs mois compliqués à Andrézieux puis Roanne, le buteur enchaine les rencontres et enfile les buts comme des perles. « Il s’est remis la tête au foot. Et à partir de là, il a cassé tout ce qu’il a pu casser » apprécie son père, qui le suit à chaque match. Lors de la saison 2015/2016, il plante 17 buts mais rate, de peu, la montée avec son équipe. Les sollicitations venant de clubs de CFA et CFA2 sont nombreuses et un départ devient inéluctable. « Il a toujours eu l’envie d’aller voir au-dessus et de passer un palier. On n’a jamais été contre son projet de jouer plus haut. C’était logique et il avait les capacités pour le faire. Et puis, il était frais dans la tête pour passer les étapes » assure Nicolas Pinard. Le natif de Roanne a, également, pu se servir de l’expérience de son ex-coéquipier Jérémy Berthod, passé par l’OL, Monaco et Auxerre.

Le foot avant le boulot

Contacté par des clubs de CFA, Yanis Merdji préfère s’engager avec Limonest, en CFA2. Il décide alors de quitter son métier d’électricien pour se concentrer sur le foot. Un choix risqué mais qui va s’avérer décisive dans son avenir. « Un collègue qui le regardait souvent jouer m’avait dit qu’il devrait essayer de jouer plus haut mais qu’il faudrait arrêter son boulot. Je lui avais répondu : « il est embauché. Le foot c’est bien mais si ça ne marche pas, on retombe de haut ». On a présenté le projet à son patron qui lui a dit : « vas-y, pas de problème. Si ça ne marche pas, on te reprendra sans problème ». Dans la tête, ça lui a libéré beaucoup de choses » raconte Ali Merdji. Électricien depuis ses 16 ans, il négocie une rupture conventionnelle avec son entreprise.

Yanis Merdji a mis son job de côté pour tenter sa chance dans le foot © Monfoot69

Les séances supplémentaires qu’il s’inflige vont vite donner des résultats. En seulement 12 rencontres de CFA2, il inscrit 10 buts. « Je sais qu’il fait beaucoup de muscu sur le haut du corps pour se protéger dans son jeu dos au but. Il a étoffé son gabarit. Après dans la gestion des efforts, il fallait qu’il régule ses capacités à répéter les efforts pour être plus utile et plus efficace » explique son entraineur à Domtac, Nicolas Pinard. Avec de telles performances, ses performances à Limonest sont suivies bien au-delà du Rhône-Alpes. « A partir du mois de novembre, les coups de téléphone ont commencé à tomber dans tous les sens » se rappelle son père. Des contacts sont établis avec Sedan, Lyon-Duchère ou encore Niort. Il s’en va faire une semaine à l’essai, à Montpellier, qui souhaite le garder pour jouer avec la réserve, dans un premier temps. « On s’est focalisé sur Bourg-Péronnas. J’ai mon frère qui habite à côté donc il pouvait loger là-bas. Il est resté dans le cocon familial » souligne son papa.

13 buts en 41 matchs

En janvier 2017, Yanis Merdji signe un contrat d’un an et demi en faveur de Bourg-en-Bresse. Il poursuit sur sa lancée en marquant six buts lors de ses six premiers mois. « Il s’est, tout de suite, mis dans le bain, avec beaucoup de rigueur, de motivation et de travail et, surtout, il était très à l’écoute du staff et de ses coéquipiers. Ajoutez à cela une forme d’insouciance et beaucoup de fraîcheur. Et vous expliquez ses débuts tonitruants » ajoute son partenaire, Sébastien Chéré. Une ascension fulgurante qui a surpris même son père : « A part à Andrézieux, partout où il est passé, il s’est très vite adapté au niveau le plus haut. Il a toujours marqué des buts mais passer de la CFA2 à la Ligue 2, ça fait un gros palier. Je pensais qu’il y serait arrivé mais pas si vite. C’est impressionnant ». Il vit une demi-saison sereine dans une équipe qui assure son maintien dès la 31ème journée.

L’été dernier, il a prolongé son contrat de deux ans avec le FBBP01 pour être engagé jusqu’en 2020. Il faut dire que des clubs s’étaient déjà renseignés sur le natif de Roanne. « Des dirigeants de Sochaux m’ont appelé pour traiter directement avec moi. Je leur ai dit : « ce n’est pas moi qui m’en occupe, il a des agents ». Les mêmes agents que Tolisso » dévoile Ali Merdji. Cette saison, Bourg-en-Bresse connaît des moments plus difficiles en squattant la zone de relégation. L’attaquant a déjà inscrit quelques buts importants dans la lutte pour le maintien contre Quevilly, Orléans et Lorient. « Il a débuté cette saison comme il avait entamé sa carrière pro. Il a mis 6 ou 7 buts en première partie de saison, ce sont de très bonnes statistiques pour un attaquant à mi saison. Il était naturellement en confiance. En ce moment, il vit une période un peu moins faste mais ce sont les aléas pour tout attaquant » précise Sébastien Chéré.

La sélection algérienne et l’OL en rêve ultime ?

A 24 ans, Yanis Merdji possède encore une marge de progression intéressante. Si son objectif premier est de sauver Bourg-Péronnas en laissant le club en deuxième division, il ne serait pas étonnant de le retrouver en Ligue 1 dans peu de temps. « Un attaquant on regarde surtout ses statistiques. S’il marque 15 buts en Ligue 2 cette saison ou la saison prochaine, ça ne m’étonnerait pas qu’on le voit en Ligue 1 » estime son coéquipier bressan.

Yanis Merdji avec le maillot de l’OL, un rêve bientôt réalité ? © Photomontage : Monfoot69

Pour le Franco-Algérien, il reste deux rêves ultimes à accomplir. « La sélection nationale fait partie de ses rêves, comme tout gamin. Il adorerait et il ferait tout pour. Déjà être professionnel, c’était un rêve. Maintenant, son autre rêve, ce serait de jouer pour son club de cœur, l’Olympique Lyonnais. Après on est ouvert à tout (rires) » imagine son papa. Bourg-en-Bresse étant un club partenaire de l’OL, il pourrait envisager un avenir à moyen terme dans la capitale des Gones. Comme depuis le début de sa carrière, il peut croire en sa bonne étoile.

Stadito remercie Ali Merdji, Nicolas Pinard, Sébastien Chéré pour leur gentillesse et leur disponibilité. 

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Clovis Canivenc

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