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Sidiry Kanouté : de la cité au PSG

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Son emploi du temps est très chargé. A 22 ans, Sidiry Kanouté a déjà plusieurs casquettes. Adjoint d’animation pour les jeunes enfants à la mairie de Paris, entraîneur, joueur le week-end… Le jeune homme s’épanouit même s’il n’a « pas beaucoup de temps pour [se] reposer ». Pourtant, tout n’était pas écrit d’avance pour ce Troyen de naissance. « Nous venons d’une cité difficile mais heureusement, nous avons été bien entourés par notre famille », explique sa grande sœur, Sissako. Cette cité, c’est le Point du Jour, à Troyes. Un quartier parmi les plus pauvres de France. « Parfois des amis avaient peur de venir dans notre quartier, mais on essayait de les rassurer », se souvient la jeune femme de 26 ans.

« Sidiry aurait pu signer pro»

Mais Sidiry, « très intelligent », comme le décrit sa sœur, a pu compter sur son entourage. « Si j’ai réussi, c’est grâce à l’aide de deux éducateurs de la maison de quartier, mais aussi grâce à mes deux parents. Mon père et ma mère m’ont beaucoup conseillé. Mon père venait souvent me voir jouer. » En jeunes, il sortait déjà du lot. Ludovic Vieira, qui l’a lancé sur les terrains de football à onze, voyait en lui une sorte de Lilian Thuram. « Je le faisais jouer deuxième numéro 4, en défenseur central. Il était clairement au dessus de tous les autres garçons. Il était très propre dans tout ce qu’il faisait. Il avait déjà la grinta, il était hargneux. Il y avait déjà eu beaucoup de travail avant moi, cela se sentait. Je pensait qu’il pouvait finir à l’ESTAC. Sidiry aurait pu signer pro », se rappelle son ancien entraîneur.
Malheureusement pour lui, le jeune homme d’origine malienne n’a pas décroché de contrat. Mais sa passion pour le football, qu’il pratique depuis ses 4 ans, ne l’a pas quittée. Le gamin « calme, bon déconneur mais très sérieux », entraîne aujourd’hui des équipes de jeunes. Il a d’abord intégré le club qui compte le plus de licenciés en France, l’ACBB (Athletic Club de Boulogne-Billancourt). « J’avais vu des informations sur Facebook, puis je me suis renseigné, j’ai participé à un entretien et j’ai été pris », se rappelle-t-il. Ludovic Fortes, responsable de l’école de foot de l’ACBB, a joué un rôle important dans son arrivée au sein du club.

Sidiry Kanouté gère les U10 de l’ACBB.

« Il était animateur à la ville de Paris dans une école maternelle qui était collée à mon établissement. Sidiry est venu vers moi pour entraîner. J’avais remarqué qu’il s’en sortait déjà très bien avec des enfants de maternelle », détaille-t-il. Au départ actif pour aider à organiser l’école de foot, Sidiry est rapidement passé entraîneur adjoint des U10. « Il anime, il sait s’adapter au groupe, c’est un moteur pour un groupe de jeunes enfants. Ce qui est bien, c’est que sa passion ne le déborde pas. Il sait trouver les mots justes sans aller trop loin. Pour les U10, c’est une vraie plus-value de l’avoir. »
Ambitieux, le Troyen s’est donné les moyens de réussir. Au culot. « Quand il veut quelque chose, il fait tout pour l’avoir », explique sa sœur. Alors il n’a pas hésité à toquer à la porte du PSG, où il est maintenant éducateur au sein de l’académie. « A un tournoi avec mes jeunes de Billancourt, j’ai parlé avec un responsable du PSG. J’ai ensuite passé un essai d’entraîneur et un entretien, puis j’ai été pris. Je gère les U8, U9, U10 », raconte Sidiry. Une nouvelle qui a réjouit ses parents, qui habitent toujours le quartier du Point du Jour, mais aussi sa sœur, qu’il n’a pourtant pas alerté directement. « Lorsque j’ai su qu’il était au PSG, j’ai d’abord été surprise. Il ne me l’avait pas dit, j’ai vu cela sur Facebook. Il l’avait dit aux parents, mais pas à moi. Il est comme ça Sidiry, un peu réservé… » Réservé, mais surtout débrouillard : « Quand il cherchait du travail en tant qu’animateur, il voulait vraiment être indépendant. Quand je lui ai proposé de loger chez moi il a refusé », se souvient Sissako.

Sidiry a intégré l’académie du PSG pour former les jeunes.

Et pourquoi s’arrêter là ? Sidiry Kanouté voit aujourd’hui les choses en grand. Son rêve : entraîner l’ESTAC Troyes, l’équipe qu’il va voir au stade dès qu’il rentre chez ses parents. « Devenir professionnel, c’est compliqué dans le monde du foot. Je pense que c’est difficile d’en faire un métier », prévient Ludovic Fortes, prudent. Difficile, mais pas impossible. « Je lui souhaite de progresser. Même si c’est déjà une fierté qu’il ait signé à l’académie du PSG. Il est débrouillard, il ne peut qu’avancer. Il a un réel potentiel pour réussir, puis, il est toujours très proche de Jean-Marc Furlan », explique Ludovic Vieira. Jean-Marc Furlan, un « père spirituel », pour le jeune homme. « Je le connais depuis l’âge de cinq ans, je parlais avec lui aux entraînements de l’ESTAC. Aujourd’hui, on est encore en contact. On se parle une ou deux fois par mois. » Sa sœur, elle, n’a aucun doute sur l’avenir du « petit protégé de la maison ». « Je suis sûre à 100% qu’il va réussir. Il a des contacts, dès qu’il peut il va au match, il a toujours des maillots… Moi cela me surprend! », se réjouit-elle.

Sidiry Kanouté côtoie Jean-Marc Furlan, actuel entraîneur du Stade Brestois.

Aujourd’hui, son jeune frère possède le BAFA (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateurs), un bac STMG (Sciences et technologies du management et de la gestion) et un diplôme d’initiateur pour entraîner.
Mais plus que se concentrer sur sa réussite, Sidiry Kanouté veut avant tout faire passer un message. Celui de toujours vouloir, de toujours y croire. « Je pense que j’ai mieux réussi que certains jeunes du quartier car j’étais plus motivé. Cela dépend aussi des ses fréquentations. Je conseille aux jeunes de mon quartier de faire une formation, et de parfois se remettre en question, surtout pour ce qui est de l’image renvoyée. » « Je pense qu’il a réussi car il a été bien entouré, notamment par un éducateur, ajoute Ludovic Vieira. Il s’en est bien sorti grâce à son caractère. » Un caractère qui l’a pour le moment mené où il le souhaitait. A voir s’il l’emmènera, un jour, jusqu’au banc stade de l’Aube.

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