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Ronny Rodelin, colosse aux pieds d’or

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A 28 ans, Ronny Rodelin s’épanouit en Ligue 1 avec le SM Caen. Une confirmation attendue depuis longtemps pour celui qui a des qualités techniques exceptionnelles, selon ceux qui l’ont côtoyé. Mais le Réunionnais a, aussi, dû travailler pour retirer l’étiquette de joueur nonchalant, qui lui a longtemps été collée.

Sur un terrain, vous ne pouvez pas le rater. Avec son mètre 92 et ses qualités techniques bien au-dessus de la moyenne, Sylvio Ronny Rodelin possède un profil atypique. Un style de jeu rare sur des postes offensifs et qui a été remarqué lorsqu’il évoluait à Rodez, en National.

« Techniquement, j’ai rarement vu un joueur aussi doué »

Avant d’arriver à Rodez, Ronny Rodelin commence le football sur son île natale : La Réunion. A 10 ans, il débarque en métropole où il s’installe dans le Sud, près de Montpellier. Il continue à jouer au foot, au Stade Olympique Millau puis à Onet-le-Château. A 14 ans, il est repéré par Rodez où il va faire ses classes pendant quatre ans. A peine majeur, il fait ses débuts en National avec l’équipe première ruthénoise. « Depuis les -18 ans, il sortait du lot. Après en National, c’est un championnat physique donc on voyait qu’il avait des qualités, on sentait le potentiel mais ça ne le faisait pas toujours. Techniquement, j’ai rarement vu un joueur aussi doué que lui, pied droit, pied gauche. Il était vraiment au-dessus » se rappelle son ancien coéquipier, Anthony Beuve.

Ronny Rodelin sous le maillot ruthénois

A cause d’un physique frêle, il alterne les rencontres entre le National et la réserve. « Lorsqu’il y avait un ballon entre deux, il n’y allait pas forcément parce que c’est quelqu’un qui aime le beau jeu. C’est plus un créateur qu’un « bourrin ». Là-dessus, il a progressé. Il s’est musclé et maintenant, il n’hésite pas à mettre le pied là où il ne le mettait peut-être pas quand il était plus jeune » assure l’actuel gardien d’Avranches. Finalement, le Dyonisien ne fera qu’une demi-saison en National avec le RAF (23 matchs, 1 but) avant de s’engager avec le FC Nantes. « Il a été très vite repéré par le FC Nantes, qui le suivait même en DHR. C’est un profil atypique. Je pense que c’est pour ça qu’il a eu sa chance très tôt. Le profil qui était recherché, au départ, c’était par rapport à sa taille, à son jeu aérien et ils ont fait coup double, en le prenant, parce qu’ils ont bien vu que techniquement, il était très à l’aise aussi. C’est un faux lent, un peu nonchalant, même s’il n’aime pas trop qu’on dise ça de lui parce que lui se donne à fond. Mais c’est l’image qu’il donne » ajoute Anthony Beuve. En juin 2008, il signe son premier contrat professionnel au FC Nantes pour une durée de trois ans.

La post-formation nantaise

A l’image de Sylvain Armand, Éric Carrière, Issa Cissokho ou encore Papy Djilobodji, le FC Nantes s’est fait une spécialité, depuis plusieurs années, dans la post-formation. Le nom de Ronny Rodelin pourrait s’ajouter à cette liste non-exhaustive. A son arrivée, il est, dans un premier temps, intégré à l’équipe réserve pour s’adapter aux joutes professionnelles. En fin de saison, Elie Baup lui donne sa chance, dans une équipe en difficulté. Six apparitions dont une titularisation contre le LOSC, mais les Canaris sont relégués en L2 et Elie Baup est remplacé par Gernot Rohr. Gêné par des blessures, il ne rentre pas forcément dans les plans du coach allemand. Il part alors en prêt, à Troyes, pendant six mois. Il ne disputera que cinq rencontres avec l’ESTAC et marquera deux buts.

La reprise de volée, un des gestes préférés de Ronny Rodelin ©fcnantes.com

De retour à la Maison jaune, le jeune attaquant travaille à la salle de musculation pour combler son retard physique. Celui qui n’est pas passé par un centre de formation ne pèse que 70 kg. Son corps n’est alors pas adapté à l’intensité du monde professionnel. Ses efforts sont récompensés fin 2010. En un mois, il inscrit sept buts dont un triplé en Coupe de France. Il est même élu joueur du mois de novembre en Ligue 2. La suite de sa saison est plus difficile et il n’inscrit qu’un but jusqu’en avril. Une déchirure à la cuisse le prive d’adieux avec le FC Nantes. A un an de la fin de son contrat, il trouve un accord avec le champion de France en titre, Lille. 

Un passage en demi-teinte au LOSC

A l’été 2011, Ronny Rodelin rejoint donc le LOSC pour une indemnité de transfert proche de 1,5M€. Dans un effectif lillois cinq étoiles (Eden Hazard, Dimitri Payet, Joe Cole…), il évolue principalement avec la réserve. « Quand il redescendait jouer avec nous, j’essayais toujours de lui parler avant les matchs pour lui trouver une source de motivation parce que je savais qu’il allait apporter un plus à l’équipe. Quand il avait envie de jouer, il pouvait nous faire gagner des matchs à lui tout seul. Mais, a contrario, il n’était pas enchanté de descendre. Il n’avait pas beaucoup de temps de jeu et c’est quelque chose qui devait l’attrister et le freiner dans sa progression, explique l’ancien capitaine de l’équipe réserve lilloise, Sébastien Pennacchio. Je n’ai jamais vu, de toute ma carrière, un joueur aussi grand avec une qualité technique comme ça. Il n’était jamais gêné, en fait. Le ballon pouvait rebondir comme il avait envie, il trouvait toujours un moyen de le maitriser. Il savait surtout tout faire et des deux pieds. C’est un profil très rare dans le foot, aussi longiligne et aussi technique ». Lors de cette première saison au LOSC, il ne dispute que 136 minutes toutes compétitions confondues, avec l’équipe de Rudi Garcia, dont deux rencontres de Ligue des Champions contre le CSKA Moscou et Trabzonspor.

Il débute, la saison suivante, avec l’équipe réserve. Mais l’enchainement des matchs, avec la Ligue des Champions, lui permet d’entrer dans la rotation. « On était souvent ensemble sur le banc et donc sur les séances supplémentaires. Ç’a toujours été un plaisir de faire du travail devant le but avec lui. Il est imprévisible, on ne sait jamais comment il va reprendre le ballon puisqu’il a une aisance des deux pieds. Sur la deuxième partie de saison, il a beaucoup plus joué. Il a eu sa chance, il l’a saisi et il a mis des beaux buts et surtout importants, remarque son ancien partenaire Steeve Elana. Sur le terrain, il y avait aussi cette complicité avec Dimitri Payet qui, je pense, a mis en lumière ses qualités. J’étais assis à côté d’eux dans le vestiaire donc il a fallu que je me mette au réunionnais (rires) ». Il dispute la deuxième partie de saison dans un rôle d’ailier droit et termine avec 4 buts en 32 matchs.

Son ami, Dimitri Payet rejoint alors Marseille et laisse le secteur offensif lillois orphelin. Mais le Dogue ne parvient pas à prendre la relève. S’il arrive à enchainer les titularisations par cycle, tantôt sur le côté droit, tantôt en tant que numéro 10, son manque d’efficacité et sa nonchalance agacent les supporters. « Il a un côté un peu nonchalant physiquement mais qui ne va pas avec sa mentalité. Même si c’est quelqu’un qui bosse, qui ne lâche pas et qui croit en lui. Il sait se mettre des coups de pieds au cul tout seul. Honnêtement, il suffit de faire une séance devant le but avec lui pour voir comment il se comporte, lorsqu’il estime que ce qu’il fait n’était pas suffisant. On remarque sa nonchalance quand il est loin du but adverse. C’est normal, il est en phase de construction donc de réflexion sur le déplacement de ses coéquipiers. C’est une fausse impression, même si parfois, on a envie de le secouer mais il faut voir plus loin que ça » défend Steeve Elana. Les supporters nordistes iront même jusqu’à créer un chant pour taquiner le Réunionnais. « La chanson, il n’y avait rien de méchant dedans. Et puis, ils la chantaient aussi bien quand il marquait que lorsque ça allait moins bien. Je n’ai pas eu l’impression que ça l’avait touché. C’était peut-être une façon pour le public de montrer qu’ils étaient conscients de son talent et qu’ils en voulaient plus » estime l’actuel gardien du Gazélec Ajaccio.

La première partie de sa saison 2014-2015 est compliquée. Titularisé à seulement cinq reprises en Ligue 1, il n’inscrit aucun but. « Les entraineurs qui l’ont pris avec ses qualités et ses défauts ont su en tirer le maximum. Je pense à Rudi Garcia parce qu’il ne s’est pas arrêté à sa première impression. Que le public lui reproche sa nonchalance, c’est une chose. Ils n’évoluent pas avec lui au quotidien. Maintenant, chaque joueur et chaque entraineur avait conscience que c’était une image éloignée du personnage » souligne Steeve Elana. En manque de temps de jeu, il rejoint, en prêt, le club affilié du LOSC : le Royal Excel Mouscron.

« Il a pris les choses en main »

A Mouscron, Ronny Rodelin retrouve son ancien coéquipier au LOSC, Sébastien Pennacchio. Il arrive pour remplacer Abdoulaye Diaby, meilleur buteur du club, qui fait le chemin inverse. « On avait vraiment besoin d’un attaquant donc il est venu avec nous pendant six mois. J’ai même vu un côté leader se dégager de lui. Il savait pourquoi il était venu et il avait envie de démontrer. Il nous a fait énormément de bien. Il a marqué un but très important, qui a compté pour le maintien » relate l’actuel coach des U14 lillois. Le 7 mars, contre Westerlo, il inscrit l’unique but du match contre un concurrent direct au maintien.

En 12 matchs, il inscrira 3 buts et participera donc amplement au maintien du club belge dans l’élite. « Il est venu pour se relancer parce qu’il était en manque de temps de jeu. A partir de ce moment-là, c’était notre attaquant vedette et ça lui donné encore plus de confiance. Il a changé. J’ai connu deux Ronny Rodelin : celui avec la CFA, à Lille, et celui sur les six mois à Mouscron, où il avait pris les choses en main. Il faut gratter derrière la carapace pour trouver quelqu’un d’attachant et de talentueux » observe Sébastien Pennacchio. À la suite de son prêt, il revient au LOSC où Hervé Renard est arrivé. Mais, en toute fin de mercato, les arrivées de Yassine Benzia et Lenny Nangis, le poussent au départ.

L’envol caennais

Ronny Rodelin est prêté au SM Caen pour une saison, avec option d’achat. « A Lille, les entraineurs n’ont peut-être pas apprécié ce côté nonchalant. Je sais que ça lui a été reproché. Et comme c’est quelqu’un de lucide et qu’il n’avait pas peur de partir pour grandir, il y a eu ce premier prêt en Belgique et ensuite à Caen. C’est un club par lequel je suis passé, donc je lui avais dit que c’était une bonne idée, que c’était quelque chose de bien pour lui » ajoute Steeve Elana. Sous le maillot caennais, il va connaître la meilleure saison de sa carrière sur le plan statistiques (10 buts, 2 passes décisives). Après de longues négociations, il s’engage définitivement avec le Stade Malherbe, fin juillet.

Son partenaire d’attaque a, en revanche, changé. Andy Delort parti au Mexique, c’est avec Ivan Santini qu’il doit faire la paire. Les deux portent l’attaque d’une formation malherbiste, qui réalise une saison bien plus difficile que la précédente. Avant d’affronter le PSG lors de l’ultime journée, les Caennais sont sous la menace d’une relégation en deuxième division. Mais à la 91ème minute de jeu, le numéro 12 du SMC égalise et inscrit son neuvième but de la saison. Grâce à cette réalisation, il délivre son équipe en la sortant de la position de barragiste et en lui offrant donc le maintien. Il devient, dès lors, le héros du club aux yeux des supporters. « Aujourd’hui, il fait partie des pièces maitresses de Caen. Et je pense qu’il a besoin d’être au centre du projet, de sentir cette confiance. C’est ce qu’il s’était passé à Mouscron. Je pense qu’il a manqué de détermination plus jeune et qu’il a compris certaines choses un peu plus tard que d’autres. Ce côté nonchalant qu’il avait plus jeune, il ne dégageait plus à Mouscron, et il ne dégage plus à Caen, aujourd’hui. Un jour, Rémy Vercoutre avait dit que c’était l’un des joueurs les plus doués techniquement qu’il avait aperçu et ça m’avait marqué et confirmé ce que je pensais de lui. Techniquement, c’était vraiment incroyable » précise Sébastien Pennacchio.

Cette saison, celui qui est sous-contrat jusqu’en 2019 joue encore un rôle essentiel dans le secteur offensif caennais. Avec 5 buts et 4 passes décisives, il est, plus que jamais, indispensable vu la pénurie de buteurs en Normandie, cette saison (seulement 4 buteurs différents). A 28 ans, il peut encore gagner en constance et en efficacité. S’il y arrive, il aura alors toute sa place dans un club du top 5 français.

Stadito remercie Anthony Beuve, Steeve Elana et Sébastien Pennacchio pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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