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Christophe Kerbrat, le menhir breton

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Pilier de l’En Avant de Guingamp depuis six saisons, Christophe Kerbrat s’est imposé comme un des meilleurs joueurs de l’élite, à son poste. Pourtant, l’ancien Plabennecois a repoussé les sirènes du monde professionnel, jusqu’à ses 25 ans.

Christophe Kerbrat est homme discret. Un de ceux qui préfèrent mettre en avant le collectif plutôt que l’individu. Pourtant ses performances sont loin d’être anonymes. Depuis ses débuts, en Ligue 1, à 27 ans, il s’est imposé comme un des meilleurs défenseurs centraux du championnat. Un poste qui l’a découvert sur le tard, comme le monde professionnel. Il faut dire qu’il y a sept ans, le Breton bossait encore dans une usine finistérienne. Loin d’imaginer qu’un jour, il remporterait une Coupe de France et disputerait la Coupe d’Europe.

Le foot mais aussi… le tennis et l’usine

Passionné par le football, le natif de Carantec l’est aussi par le tennis. Il avait même l’habitude d’affronter un certain Yoann Gourcuff, dans les différents tournois bretons. Vice-champion de Bretagne à 15 ans, il est classé 2/6, un an plus tard. Mais l’heure est venue de laisser tomber la balle jaune puisque son entraineur, Bernard Maligorne l’appelle en équipe première, à Plabennec. « Il a commencé en CFA2, avec nous, à 17 ans. Il jouait au tennis avant. Donc il a, toujours, eu l’esprit de compét’. Il a eu une bonne éducation aussi. C’est quelqu’un qui a la tête sur les épaules, qui est courageux et qui, dans son sport, fait les efforts qu’il faut. Il a un mental de dingue. Je sais qu’avec ses pieds, il n’est pas maladroit et avec ses mains non plus. Il a tout pour lui » explique Loïc Mottier, coéquipier pendant près de huit saisons.

Christophe Kerbrat raquette en main © Le Télégramme.

Malgré des débuts précoces avec les séniors et des approches de Brest et Guingamp, le Plabennecois « prend son temps, garde la tête sur les épaules et gravi les échelons tranquillement » selon son ancien partenaire. Monté en CFA puis en National avec son club, il continue de travailler, comme la plupart de ses coéquipiers, à l’usine Goasduff, enseigne d’élevage de volailles. Un fonctionnement atypique à ce niveau. « Les pros, à l’heure actuelle, signent des contrats à 16, 17, 18 ans. Ils sont, tout de suite, dans le monde pro et ils ne connaissent que ça. Alors que lui, il a eu une « vraie vie » avant. Une vie que tout le monde a. Il allait au travail le matin, il s’entrainait le soir et il passait le week-end avec la famille et les amis. Il réussit parce qu’il a la fraicheur de l’amateurisme » fait remarquer Loïc Mottier.

Le cœur de Plabennec

Avec Plabennec, Christophe Kerbrat évolue au milieu de terrain. Même s’il lui arrive de dépanner à d’autres postes. « Il a joué à presque tous les postes, sauf avant-centre. C’est un couteau suisse. Il sait s’adapter à toutes les situations. C’est quelqu’un qui a une grande vision du jeu et qui est, tout le temps, dans l’anticipation. Quand vous regardez ses matchs, c’est un des joueurs qui fait le plus d’interceptions. Je ne suis pas du tout étonné, parce qu’à Plab’, il jouait déjà comme ça, affirme Loïc Mottier. Je pense qu’il est plus usé psychologiquement que physiquement. Vu qu’il est tout le temps dans l’anticipation, il est tout le temps concentré. Il ne faut pas faire une erreur, sinon, c’est comme le gardien, vous l’a payé cash. Ce n’est pas tant l’aspect physique qui le fatigue, c’est vraiment l’aspect psychologique. II est tellement dans l’anticipation, la concentration… ».

Christophe Kerbrat, le cœur de Plabennec © Jean-Michel Louarn – Le Télégramme.

Des qualités qui en font un joueur cadre lors des montées successives jusqu’en National et lors du parcours en Coupe de France, en 2010. Les Rouges et Blancs éliminent Nice puis Nancy et le numéro 6 se révèle aux yeux du foot français en surclassant ses adversaires. Mais en huitièmes de finale contre Auxerre, il est suspendu et son équipe s’incline lourdement (4-0). « C’est un super souvenir quand on en discute tous ensemble. On avait fait de vrais exploits. Par contre, le huitième de finale, il l’a vu des tribunes. Je pense que ça l’a fait « chier ». Après, il est vite passé à autre chose. Ça ne l’a pas forcément marqué et puis il en a gagné une, derrière (rires) » relativise l’actuel gardien de Guipavas.

Départ pour Guingamp

En 2011, la descente en CFA de Plabennec et la montée en L2 de Guingamp, le pousse à faire le grand saut. A 25 ans, Christophe Kerbrat signe son premier contrat professionnel avec l’En Avant de Guingamp. « Il tentait quelque chose. Dans sa tête et son corps, il était relâché, tranquille. Il s’est dit qu’il n’avait rien à perdre. De toute façon, s’il a été recruté par Guingamp, c’est qu’il avait les capacités pour être dans le monde professionnel. Sinon Coco Michel ne l’aurait jamais pris. Je crois qu’il l’a vu une soixantaine de fois avant de le recruter » révèle Loïc Mottier.

Christophe Kerbrat a choisi le numéro 29 en hommage à ses origines finistériennes © Patrick Tellier – Le Télégramme.

Le Finistérien arrive sur la pointe des pieds dans les Côtes d’Armor. « A Guingamp, il est arrivé dans un club familial. C’est ce qu’il recherchait : de la stabilité, des potes, prendre du plaisir et jouer au foot. Après il y a, aussi, ce grain de sérieux qu’il faut parce que tu es, quand même, dans le monde pro. Et je pense, que le minimum, il l’avait déjà. Donc derrière, il n’a pu que réussir » estime Ladislas Douniama, guingampais de 2010 à 2012 puis de 2013 à 2015.  Sa première saison est celle de l’adaptation. 14 matchs de Ligue 2 dont seulement 4 titularisations. « Son adaptation s’est bien passée. Après, il fallait qu’il apprenne. Donc, il jonglait un peu entre découvrir le monde pro et finir son apprentissage en réserve » souligne son ancien coéquipier.

Replacement en défense centrale

Le déclic pour Christophe Kerbrat va arriver lors de sa deuxième saison à l’En Avant. Profitant des blessures et suspensions, il évolue, tantôt au milieu, tantôt en défense. Jusqu’à être définitivement installé en défense centrale par Jocelyn Gourvennec. « Ce poste-là lui allait très bien. Et on lui avait tous dit. Il enchainait les bonnes performances. On le sentait mieux derrière qu’en 6. Aujourd’hui, ça se voit, sur le terrain, qu’il maitrise ce poste-là » précise Ladislas Douniama. Grattant de plus en plus de temps de jeu, le néo-défenseur va même enfiler le costume de héros dans la course à la montée en L1, en mars 2013. Contre Caen, un concurrent direct pour le podium, il inscrit son premier but en professionnel et offre trois points à Guingamp, à la dernière minute. Une victoire essentielle qui permettra aux Rouges et Noirs de valider leur retour dans l’élite, deux mois plus tard.

A l’été 2013, Jocelyn Gourvennec lui adjoint un nouveau complice : Jérémy Sorbon. « Les deux parlent le même football. Pour moi, Jérémy a plus d’expérience parce qu’il a connu beaucoup plus tôt le haut-niveau. Et Christophe, qui était en découverte du niveau, avait envie d’apprendre et écoutait ses conseils. Aujourd’hui, on voit que c’est vraiment une charnière très performante » ajoute l’actuel joueur de Granville. Cette charnière est, tout simplement, la plus fréquemment alignée en Ligue 1 depuis bientôt cinq saisons. Ensemble, ils ont disputé plus de 140 rencontres.

« Aux portes de l’équipe de France »

Élu sportif breton de l’année 2013, Christophe Kerbrat n’a jamais cessé d’impressionner, saison après saison. Titulaire indiscutable avec Jocelyn Gourvennec puis Antoine Kombouaré, il s’est imposé comme un des meilleurs à son poste, en France. « C’est un garçon très discret mais dans le vestiaire, on sait tous l’importance qu’il a. C’est un joueur important de l’effectif que ce soit sur et en dehors du terrain » informe Ladislas Douniama. N’ayant pas pu vivre jusqu’au bout son aventure en Coupe de France avec Plabennec, en 2010, le droitier a bien failli revivre cela en 2014, en évitant de peu la suspension pour la finale contre Rennes. Finalement, il sera bien là et musèlera les attaquants rennais pour soulever la deuxième CDF de l’histoire d’En Avant. « Collectivement, c’était super beau d’avoir emmené le club à ce niveau-là et d’avoir joué des compétitions européennes. Et individuellement aussi, je pense qu’il a pris de la bouteille. Quand tu viens dans un club pro et que derrière, tu enchaines par des montées et des victoires, c’est beau. Il a su faire son trou et, aujourd’hui, il s’est imposé comme un patron de cette charnière guingampaise » complète « Doudou ». En seulement trois ans, il passe de l’anonymat du foot amateur à la Ligue Europa.

Solide dans les duels malgré son gabarit modeste (1.85m, 74kg), bon dans la relance et discipliné (seulement 23 jaunes et 2 rouges en 205 matchs depuis son arrivée à EAG), le Guingampais a tout pour être un candidat crédible à l’équipe de France. Sauf peut-être l’exposition, selon Loïc Mottier : « Je n’ai pas la prétention de me mettre à la place du sélectionneur. Il y a du monde à son poste. Pour être en équipe de France, il faut gagner des titres, être dans de grandes équipes. J’ai rarement vu des joueurs de clubs, moins huppés, être en équipe de France. En étant à Guingamp, je ne pense pas que ça peut le faire. Après, je trouve qu’il n’est pas assez mis en avant, dans le foot français ». Un avis partagé par bon nombre des fidèles du Roudourou qui auraient rêvé de voir leur numéro 29 sous le maillot bleu. « A un moment donné, il était aux portes de l’équipe de France. D’ailleurs, pour moi, son niveau n’a pas changé. Ça reste un grand défenseur axial » note Ladislas Douniama.

Le symbole d’une région

A 31 ans, Christophe Kerbrat a encore de belles années devant lui. Prolongé jusqu’en 2020, l’été dernier, par les dirigeants costarmoricains, il ne faiblit pas et a même inscrit son premier but, en Ligue 1, contre Dijon, en décembre. A Guingamp, il donne l’impression de n’être jamais mauvais, même lorsque son équipe s’incline. Comme contre Nantes, fin janvier, où il fut l’un des seuls à ne pas couler (0-3). Ladislas Douniama, coiffeur attitré du vestiaire d’EAG, ne souvient pas, non plus, d’une prestation ratée de son ancien coéquipier mais plutôt d’une amusante anecdote : « Il a su me faire confiance parce qu’il est venu dans mon salon, se faire couper les cheveux (rires). Au départ, il m’a dit : « Mais tu ne coupes que les noirs toi ? ». Je lui ai répondu : « Non, viens tu vas voir ! ». Il hésitait et au final, il est passé. Il était content et il est revenu, à chaque fois. C’est un bon souvenir ».

Par sa simplicité, son travail et ses valeurs, le Finistérien est bien plus que le symbole d’un seul club. Il représente toute une région et des joueurs amateurs, qui rêvent de connaître la même trajectoire. « C’est une fierté d’avoir joué avec lui. Au-delà de ça, c’est quelqu’un d’entier, de vrai, de simple… Il a été amateur avant d’être pro donc on a fait quelques soirées ensemble aussi (rires). Maintenant, c’est un plaisir de le voir à la télé. Mes enfants, ils jouent à FIFA et ils le mettent numéro 9 (rires). C’est quelqu’un qui fait rêver certains. Ils doivent se dire : « Pourquoi pas moi ? ». Il faut toujours y croire dans le foot. Lui y a cru et il a tenté sa chance surtout. Il est arrivé à Guingamp sur la pointe des pieds et maintenant, il est un titulaire indiscutable. C’est beau » conclut Loïc Mottier. Le menhir est bien en place et il n’est pas près de bouger.

Stadito remercie Loïc Mottier et Ladislas Douniama pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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