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Christophe Pélissier, faiseur de miracles

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A 52 ans, Christophe Pélissier découvre la Ligue 1, cette saison, avec Amiens. Venu du monde amateur, ses méthodes ont marqué tous les clubs par lesquels il est passé, de Revel à Luzenac, en passant par Muret.

Entraineur depuis une vingtaine d’années, Christophe Pélissier a connu six montées avec ses différents clubs, dont trois depuis 2014. Homme de base des succès de Luzenac et d’Amiens, rien ne le prédestinait pourtant à devenir un entraineur de Ligue 1. C’est, d’ailleurs, dans le milieu amateur qu’il a fait toute sa carrière de joueur puis ses débuts d’entraineur, dans sa région natale, le Midi-Pyrénées.

Une carrière de joueur amateur

C’est à l’US Revel, dans la Haute-Garonne, qu’il fait toutes ses classes. Meneur de jeu, « avec une justesse dans la passe, une bonne qualité technique et de vision de jeu » dixit Sébastien Vidal, qui l’a connu à la fin de sa carrière de joueur, il rejoint l’AS Muret, en 1990, pour jouer en troisième division. Il évolue alors, aux côtés d’Eric Carrière et Dominique Armand, dans une équipe qui marque l’histoire du club. « Il était dans l’équipe qui a fait les grandes épopées de l’AS Muret. Ils ont passé pas mal d’années à briller tous ensemble. C’était un visionnaire, il voyait le jeu avant tout le monde » se souvient Marco Cafiero, actuel président du club à la marguerite. Évoluant dans l’antichambre du monde professionnel, le numéro 10 n’ira jamais voir plus haut. « Il en avait les qualités, après je ne sais pas s’il en avait la volonté » note Marco Cafiero.

Christophe Pélissier (au fond) lors d’un match entre Muret et Blagnac

Après un court passage à Carcassonne, il revient, à 32 ans, finir sa carrière, là où il l’a débuté, à Revel. « Lors de ses trois dernières saisons, il était entraineur-joueur. Lui s’occupait plutôt de la partie entrainement. L’autre entraineur gérait plutôt les matchs puisqu’il jouait encore. Et il était déjà prof de sport à l’école primaire de Revel. Il s’occupait aussi des stages de l’école de foot pendant les vacances » se rappelle Sébastien Vidal. Sa reconversion est alors toute tracée et, à la fin du deuxième millénaire, il devient, naturellement, entraineur principal de l’US Revel. Il conclut même en beauté sa carrière de joueur en remportant la coupe du Midi.

La reconversion avec Revel, son club de toujours

Christophe Pélissier prend alors en main une équipe qui évolue en DH. Il s’appuie sur un « groupe soudé » avec de nombreux joueurs qui étaient ses coéquipiers, quelques mois plus tôt. Il perfectionne ses méthodes d’entrainements dans la tranquillité de cette ville de 9 000 habitants. « C’était un joueur technique qui n’aimait pas le travail physique bête et idiot. Sur une séance d’entrainement, il y avait beaucoup de jeu, d’exercices avec le ballon et très peu de travail athlétique. A la base, il avait déjà cet esprit-là, que les joueurs prennent du plaisir sur le terrain, qu’ils aillent de l’avant, de ne pas jouer avec le frein à main, d’être inventif tout en étant rigoureux dans le système défensif. Ça a toujours été sa philosophie de jeu » détaille Sébastien Vidal, qui a joué sous ses ordres après avoir été son partenaire.

Christophe Pélissier et son ami d’enfance, Laurent Labit, entraineur du Racing 92 © Le Journal d’Ici

Au niveau des résultats, son retour au club correspond à une bonne période pour le club haut-garonnais. Pour sa deuxième année, en tant qu’entraineur, il fait monter le club en CFA2 mais ne parvient pas à le maintenir. La saison suivante, rebelote, l’USR fait l’ascenseur entre le cinquième et le sixième échelon national. « On a gagné la coupe du Midi, deux montées en CFA2 et deux fois des huitièmes tours de Coupe de France, en éliminant Ajaccio, qui était en Ligue 2. Donc ça a correspondu à une dizaine d’années avec des résultats positifs pour le club » ajoute celui qui s’occupe, actuellement, de la formation à Revel. En 2006, le Revélois rejoint un autre de ses anciens clubs : l’AS Muret.

Une année « marquante » à l’AS Muret

En rejoignant Muret, Christophe Pélissier ne change pas de division puisqu’il reste en DH. Il arrive dans un club en pleine reconstruction après avoir échappé de peu au dépôt de bilan. C’est son ancien coéquipier, Éric Carrière, qui sauve son club formateur et en prend la direction. « Muret est un club formateur donc c’est dans son ADN de donner la chance à de jeunes entraineurs, qui connaissent le football et les valeurs du club, explique Marco Cafiero, qui le fait venir. Il venait d’avoir ses diplômes. C’était un jeune coach à qui on ne faisait pas forcément confiance. Par contre, tactiquement, la qualité des entrainements… Ici, les gens s’en souviennent encore ». Pourtant, il ne restera qu’une seule saison sur le banc du stade Clément Ader mais il aura le temps de « construire un fond de jeu. Ce qui est rare, surtout à ce niveau. Après lui, c’est Cyrille Carrière qui a pris l’équipe. Et sur les bases de ce qu’il avait commencé à construire, on est monté en CFA2 » salue le président de l’ASM.

Christophe Pélissier en compagnie d’Eric Carrière et Dominique Armand, deux anciens de l’AS Muret

La montée en CFA2, son équipe la manquera de peu, en finissant deuxième de son groupe, derrière le Toulouse Rodéo. Aujourd’hui, Marco Cafiero regrette de ne pas avoir pu conserver plus longtemps ce technicien ambitieux : « C’est dommage pour nous parce qu’on aurait gagné quelques années en continuant de travailler avec lui. Il voyait les choses avant tout le monde, même en tant qu’entraineur. Il savait retourner une situation à l’avantage de son équipe, assez facilement. Son parcours n’est pas forcément étonnant. C’est un peu comme Éric Carrière. C’est un Muretain aussi. Donc il doit y avoir quelque chose dans l’air (rires) » sourit-il. En 2007, à 42 ans, il passe un cap en rejoignant Luzenac, qui évolue en CFA.

« Une aventure humaine extraordinaire » avec Luzenac

Pour sa première saison à Luzenac, Christophe Pélissier obtient le maintien en CFA et ajoute un beau parcours en Coupe de France, en atteignant les 32èmes de finale. « Il a tout de suite amené sa patte, sa rigueur et ses qualités d’entrainements au groupe, qui a pu rapidement progresser. Ses séances d’entrainements étaient toujours variées et avec beaucoup de jeu. On était un groupe jeune et perfectible, il nous a permis individuellement et collectivement de progresser » relate son capitaine, Sébastien Mignotte. Pour sa deuxième saison, il fait monter le club en National. Luzenac devient alors la plus petite ville n’ayant jamais évolué en National. « Sans que ce soit prévu, on a joué la montée de CFA en National. Ce qui était déjà un exploit pour le club » assure le Luzenacien.

L’équipe 2008-2009 de Luzenac

En National, le LAP enchaine les maintiens plus ou moins facilement mais tout en conservant l’ossature du CFA. « De par les moyens limités qu’avaient le club, il a su s’appuyer sur le groupe qui était monté de CFA en National. En ajoutant, chaque année, des joueurs de qualités, qui nous ont permis de se maintenir. Et ce n’était vraiment pas un petit exploit de se maintenir en National pour Luzenac. Il a su hausser son niveau d’exigence et professionnaliser les structures du club au fur et à mesure de nos maintiens. Au départ, il était tout seul. Ensuite, il a su s’entourer d’un staff avec un entraineur des gardiens, un préparateur physique, un adjoint, une entité médicale… » remarque Sébastien Mignotte.

Christophe Pélissier et son staff, à Luzenac © La Dépêche

L’entraineur des Rouges et Bleus recrute, entre autres, Olivier Lagarde pour entrainer son gardien, Ludovic Grégori. « Au début, il m’a dit de venir pour une année et au final, ça fait neuf ans que ça dure (rires). La première année, on fait une superbe année alors que tout le monde nous voyait couler. Les autres saisons, on a un peu galéré mais en se sauvant, à chaque fois, avant les dernières journées. Jusqu’à l’arrivée de Jérôme Ducros, que j’ai fait venir, pour passer un cap financier. Il a amené des moyens qui a permis à Christophe de recruter les joueurs qu’il voulait » relate celui qui arrive lors de la montée en National.

La montée en Ligue 2 : miracle et désillusion

Avec des moyens financiers plus importants, Christophe Pélissier fait venir Khalid Boutaïb, Guy N’Gosso ou encore Julien Outrebon. Le LAP réalise un bon début de saison et s’installe sur le podium mais contrairement aux années précédentes le club ne va pas chuter au classement. Au fil des semaines, les Ariégeois se détachent avec Orléans et le Gazélec Ajaccio. Mi-avril, ils valident leur montée en L2. Malheureusement, la suite, tout le monde l’a connaît… Un imbroglio avec la LFP qui refusa la montée du club à cause du budget puis des infrastructures, sonnant la fin de la section professionnelle de Luzenac, obligé de repartir en DRH. C’est alors la fin d’un projet débuté sept ans plus tôt. « Sportivement, on est monté en Ligue 2 et administrativement, on n’est pas monté. Il a eu du mal à s’en remettre, au début, mais après il a eu « la chance » de passer le DEPF, pendant cette période-là. Ça l’a laissé dans le monde du foot pour digérer un peu mieux. On aura toujours des regrets parce que c’était une belle aventure humaine avec un club amateur de notre région » regrette Olivier Lagarde.

Le coach à l’accent du Sud-Ouest est alors libéré de son contrat, comme l’ensemble de son staff et de ses joueurs. « Pour lui, ça reste une expérience traumatisante mais il a su rebondir. D’autres n’ont pas eu cette chance. Malgré tout, ça lui a permis qu’on fasse référence à son travail, avec toute cette affaire qui a fait parler. C’était une reconnaissance légitime » précise Sébastien Mignotte. Ce dernier, qui est devenu entraineur du LAP suite à la rétrogradation administrative, garde le souvenir d’une « aventure humaine extraordinaire. Si on avait voulu écrire sept ans plus tôt, on nous aurait pris pour des fous. Je pense qu’à la base, il n’est pas fait pour être un entraineur professionnel. Ce n’était pas dans son programme. Il ne faut pas minimiser ce qu’il fait et ne pas le réduire à de la réussite ou à des exploits ».

Du National à la Ligue 1 en deux ans avec Amiens

Le 31 décembre 2014, Christophe Pélissier retrouve un club en s’engageant avec Amiens. Le club picard est, alors, dans le ventre mou de National et les dirigeants ont pour objectif de monter en Ligue 2. Après six mois d’adaptation, il décide de façonner le club à l’intersaison, avec quelques anciens luzenaciens comme Régis Gurtner et Olivier Lagarde. « J’avais la possibilité d’aller ailleurs mais j’ai préféré continuer avec lui parce qu’on n’avait pas fini le travail. Il a construit une équipe à son image et on a enchainé deux nouvelles montées. C’est quelqu’un qui aime les projets et qui est fidèle. A son noyau dur, il rajoute toujours des pièces qui peuvent faire progresser le collectif et son projet » souligne l’entraineur des gardiens amiénois. En deux ans, Amiens réalise, contre toute attente, l’exploit de monter en Ligue 1.

L’histoire est encore plus belle avec le but à la dernière seconde d’Emmanuel Bourgaud, qui offre à son entraîneur et à la Licorne, la première saison de son histoire dans l’élite. « Il l’avait un peu prédit. Dans la discussion d’avant-match, il avait dit : « il faut y croire jusqu’au bout parce que cette saison se jouera sur la dernière action ». Ce but était un peu à notre image. A Amiens, tout le monde nous a appelé « les braqueurs » parce qu’on enchainait les victoires au couteau » révèle Olivier Lagarde. L’été dernier, la DNCG est venu fouiller dans les comptes des dirigeants amiénois mais pas de quoi inquiéter l’entraineur sous contrat jusqu’en 2019. « Il ne m’a jamais dit : « on risque de revivre un Luzenac ». Il n’y avait aucun doute pour lui, qu’on soit en Ligue 1 » confie son adjoint.

Le maintien en L1 : un nouvel objectif de taille pour Christophe Pélissier © Le Courrier Picard

Cet été, il a fait venir un autre de ses anciens adjoints avec Jean-Marie Stephanopoli. Une nouvelle preuve de sa volonté de s’entourer de personnes qu’il connaît. A Amiens, l’ossature du National est toujours là, avec Khaled Adenon, Oualid El-Hajjam ou Thomas Monconduit. Mais au mercato estival, il a ajouté à son effectif des joueurs pouvant apporter un plus, comme Prince-Désir Gouano, Gaël Kakuta et Moussa Konaté. L’alchimie a bien pris puisque l’objectif du maintien est toujours d’actualité. « Malheureusement, depuis qu’on entraine, à Luzenac et à Amiens, on nous dit toujours qu’on joue le maintien. Bon là, je ne vous cache pas qu’on ne sera pas champion de France (rires). Ce sera quand même une sacrée performance si on se maintient avec le budget que l’on a. Mais on y croit tous. On a fait une belle première partie de saison, on va essayer de la reproduire. Même si, maintenant, les équipes se méfient plus de nous » analyse Olivier Lagarde. Un maintien en L1 serait un nouvel exploit pour ce coach, venu du monde amateur. Un de plus qui renforcerait sa réputation grandissante dans le paysage français.

Stadito remercie Sébastien Vidal, Marco Cafiero, Sébastien Mignotte et Olivier Lagarde pour leur gentillesse et leur disponibilité.  

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