Sullivan Martinet : « Le but le plus important de ma carrière »

Héros du match de Coupe de France entre Granville et Bordeaux, Sullivan Martinet a vécu des débuts idylliques avec sa nouvelle équipe. Une juste récompense pour le jeune attaquant, formé à Guingamp, qui a connu deux dernières années de galères, à cause de pépins physiques à répétition.

Avant d’arriver à Granville, en décembre dernier, tu as fait toute ta formation à Guingamp. Est-ce que tu peux revenir sur ton parcours ?

« Je suis arrivé à Guingamp, à 13 ans. J’ai passé toutes les étapes de la formation. On a été vice-champion de France, en U17 Nationaux, puis quart de finaliste de la Gambardella, avec la génération 1996. J’ai commencé en CFA2, à 17 ans. En 2016, j’ai signé mon contrat pro avec Guingamp. C’est Jocelyn Gourvennec qui me l’a fait signer, avant de partir à Bordeaux. Voilà, ça c’est les grands moments. »

Sullivan Martinet (en haut à droite) et la génération 1996 de Guingamp (Léa-Siliki, Ndombele…)
Qu’est-ce que représentait, pour toi, ce premier contrat professionnel avec ton club formateur ?

« J’étais vraiment fier et heureux. Mais je me suis fait opéré de la pubalgie juste deux jours après ma signature. Du coup, je savais que cela allait être un challenge pour revenir en pleine forme. Et quand je suis revenu de ma pubalgie, en août, je me suis fait opérer de l’épaule, deux semaines plus tard. Et ça m’a fait revenir en février. Là, c’était un peu plus compliqué… »

Est-ce que ces blessures sont une des raisons pour lesquels tu n’as jamais eu ta chance avec l’équipe pro en match officiel ? Est-ce qu’aujourd’hui c’est une grosse déception pour toi ? 

« Oui, déjà c’est une déception. Après, je ne sais pas. Aussi bien, je n’aurais pas du tout eu ma chance si je n’avais pas été blessé. Mais j’avais fait trois groupes, en mars 2016, avant de me luxer l’épaule, une première fois. Même si j’étais un peu blessé à cause de ma pubalgie, j’arrivais à jouer à 100% parce que je me soignais. Je pensais vraiment que j’allais faire une petite rentrée. Le coach me faisait confiance, on communiquait beaucoup et cela se passait bien aux entrainements. Mais du coup cela a stoppé ma saison en mars. Ensuite, ils m’ont fait signer pro mais, à partir de là, cela a commencé à être un peu compliqué au niveau des blessures. »

Est-ce que c’est ce qui a motivé ton départ de Guingamp ? Est-ce que le club comptait encore sur toi pour l’avenir ?

« Kombouaré m’a vu, en mars, lors de ma reprise. Il m’a dit qu’il ne comptait pas sur moi, la saison prochaine et qu’il ne renouvelait pas mon contrat pro. Je venais juste de reprendre donc je n’étais pas au top de ma forme. Après un an d’arrêt, c’était vraiment compliqué. Donc je me suis dit : « je bosse à fond avec la réserve jusqu’à la fin de la saison pour trouver un club, cet été ». Et je me suis reblessé, lors du dernier match, à la clavicule. Du coup, je n’ai pas pu faire mes essais et partir parce que j’ai repris la compétition en août. J’ai préféré rester à Guingamp, en réserve, puisqu’ils m’avaient proposé de rester six mois ou un an, en fonction de ce que je trouvais. »

Donc Antoine Kombouaré avait été très direct avec toi…

« Oui, il a été honnête. Il m’a dit que toutes les blessures étaient vraiment dommage pour moi mais qu’il pensait qu’en allant voir ailleurs, cela pouvait me faire décoller mais qu’à Guingamp, c’était trop juste. C’était leur choix, je ne leur en veux pas. »

Sullivan Martinet était capitaine en réserve à Guingamp © Alain Auffret
Qu’est-ce qui t’as convaincu de rejoindre l’US Granville, en National 2 ?

« J’ai fait cinq mois, sans m’arrêter, avec la réserve de Guingamp. Je n’ai pas joué énormément en championnat parce qu’il y avait beaucoup de pros qui redescendaient, à chaque fois. Mais j’arrivais à avoir un peu de temps de jeu pour me refaire. Je voulais partir depuis juin donc j’avais la tête à Guingamp mais avec l’objectif de partir en janvier. Je mettais mis en forme pour. Et Granville, ça a été une belle opportunité. J’ai fait un essai début décembre. Dès que j’ai su qu’ils me voulaient, j’ai directement signé. J’ai fini ma période d’essai le mercredi et j’ai signé le samedi. »

Comment se sont passés tes débuts dans ton nouveau club ?

« J’ai fait une rentrée, le 20 décembre. Cela faisait deux semaines que j’étais là donc c’était déjà une belle première, à domicile. Ensuite, il y a eu des petites vacances pendant Noël mais on a repris le 28. Le match contre Bordeaux est arrivé assez vite après ma signature. Même pas un mois. C’était quelque chose de beau. Tu joues une Ligue 1 pour ton premier match de Coupe de France, avec ton nouveau club. Même si je n’étais pas titulaire, j’étais super content. »

Et là tu enfiles le costume de sauveur grâce à ton but égalisateur à la dernière minute. Est-ce que tu peux nous raconter ton but ? Qu’est-ce que tu as ressenti ?

« Je suis rentré à la 80ème et je me suis dit que je n’avais plus rien à perdre. J’étais vraiment content de rentrer déjà donc je me suis donné à fond. Après c’était un peu compliqué la fin de match. On poussait mais avec le vent, on n’arrivait pas trop à se créer d’occasions. Et dans les 15 dernières secondes, je combine avec Isma Gace et Doudou (Ladislas Douniama ndlr.), qui était avec moi à Guingamp. Il me l’a remet et je frappe entre les jambes du défenseur. Avec beaucoup de réussite mais cela fait partie du charme du but et de la folie du scénario. C’était vraiment quelque chose de beau. Pendant 20 secondes, je ne savais même plus où j’étais. C’est le but le plus important de ma carrière, pour l’instant. Tout cela, je le prends comme une récompense des deux dernières années où j’ai passé plus de temps à galérer et à travailler comme un fou plutôt qu’à être récompensé sur le terrain. »

J’imagine que tu ne t’attendais pas à vivre des moments aussi forts aussi rapidement avec Granville ?

« Il y avait l’exploit à faire donc forcément on en rêvait. Mais que ça se réalise vraiment, c’est fou. Quand tu prends du recul, c’est vraiment un exploit. Personnellement, je suis content parce que j’ai marqué mais c’est surtout l’équipe. C’est une équipe de fou dans laquelle je suis tombé parce que les mecs, ils ont fait un match de tarés ! Quand j’étais sur le banc, je me disais : « Ouah, ils rivalisent avec Bordeaux ». Moi, je rentre, je suis un peu le clou du spectacle parce que je marque mais le boulot, ils l’ont fait avant et pendant les prolongations. Tout le monde dit que je suis un peu le héros mais on est tous des héros. Tout le monde aurait pu marquer ce but. Ça tombe sur moi, c’est un beau clin d’œil parce que ça fait du bien d’être récompensé. Après pour le club et la ville, c’est encore mieux que pour moi. »

Ce match contre Bordeaux c’était un peu un duel d’anciens guingampais. Avec toi et Douniama contre Sankharé et Gourvennec. Est-ce que cela a ajouté une saveur particulière à ce match ? 

« C’est sûr que quand tu rencontres ton ancien coach, même pour Doudou, il a été super important. Moi, il m’a fait signer pro donc c’est quelque chose d’extraordinaire. J’ai passé un an à m’entrainer régulièrement avec lui et il m’a fait progresser. J’avais envie de le rencontrer. Et retrouver Younousse, c’était sympa aussi. »

Quels sont tes objectifs pour la suite de la saison avec ta nouvelle équipe ?

« Mes objectifs, je ne les ai pas changés. J’avais mis ce match contre Bordeaux en bonus. Je ne m’attendais pas à être aussi important. Mon objectif, c’est de faire six mois pleins avec Granville pour avoir beaucoup de temps de jeu et être décisif. Et remplir les objectifs du club aussi. Même si on n’est pas au top au classement après un début de saison compliqué. Là, on remonte bien et il faudrait qu’on soit classé le plus haut possible. Après pour la montée, ça va être difficile. Et puis pour la Coupe de France, il faut continuer de rêver. »

Justement, en Coupe de France, vous allez affronter Concarneau (N1), un adversaire à votre portée. Est-ce que tu penses que Granville est capable de rééditer l’exploit de 2016 en rejoignant les quarts de finale ?

« Franchement, je ne sais pas. Déjà, faut qu’on prépare bien le match de Concarneau parce que ça va être aussi un très gros match. Au-delà du fait que ce ne soit pas une L1 comme Bordeaux, Concarneau est une équipe solide et super forte en Coupe de France, aussi. Ce n’est pas forcément le meilleur tirage. Même si l’on reçoit, cela reste une équipe supérieure à nous, en niveau. On sera encore le petit. Donc si on gagne, ce sera un nouvel exploit. »

Est-ce que tu as toujours l’ambition de découvrir le monde professionnel d’encore plus près ? Combien de temps te donnes-tu pour y arriver ?

« Non, je prends mon temps. Déjà d’avoir trouvé Granville, j’en suis très content. Je suis reconnaissant envers le club qui a cru en moi après deux ans de blessures. Il y a beaucoup de clubs, cet été, qui n’ont pas forcément cru en moi. Le club est ambitieux donc, pourquoi pas, faire des montées avec eux. Je vais tout donner pour ce club. Je ne me dis pas : « dans six mois, il faut que je retourne pro ». Je me laisse beaucoup de temps. Ici, il y a tout ce qu’il faut pour progresser avec le coach et les joueurs. Lorsqu’on arrive en N2, on se dit que ça va, peut-être, être moins fort qu’un centre de formation. Mais, au final, les mecs sont vraiment épatants. »

En dehors du foot, tu es passionné de guitare. Est-ce que tu pourrais imaginer une carrière dans la musique ?

« Depuis que je suis petit, je ne me suis jamais fixé de limites. Je suis vraiment un mec qui bosse tout le temps. Donc je vais continuer de travailler au foot et à la guitare. Même si la guitare, c’est plus une passion. J’aimerais bien faire une carrière dans la musique aussi mais je pense que la carrière footballistique est plus importante, pour l’instant. Aujourd’hui, la musique est en arrière-plan. »

As-tu une citation, un proverbe, qui, selon-toi, représente bien ton parcours ?

« Il y en a une que j’aime bien et que mes coachs m’ont dit quand j’étais plus jeune, c’est : « briller c’est bien mais durer c’est mieux ». C’est aussi ce que je veux. J’ai signé pro assez rapidement et, à ce moment-là, tu brilles un peu aux yeux de tes proches. Mais le plus important, pour moi, c’est de faire une carrière de 10/15 ans comme les mecs de Ligue 1 et Ligue 2, qui ne sont pas forcément connus du grand public mais qui sont super pros. »

Stadito remercie Sullivan Martinet pour sa disponibilité et sa gentillesse. Nous lui souhaitons le meilleur pour la suite de sa saison et de sa carrière.

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