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Frédéric Sammaritano, faire de sa taille sa force

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Champion d’Europe des moins de 19 ans, en 2005, Frédéric Sammaritano a dû passer par le National et la Ligue 2 pour faire ses preuves. Ayant connu la Ligue des Champions avec Auxerre, il est, depuis trois saisons, le leader technique d’une séduisante équipe de Dijon. Une belle revanche pour celui qui n’a pas été conservé par le FC Nantes, à cause de sa taille.

Avec son mètre soixante-deux, Frédéric Sammaritano est, tout simplement, le plus petit joueur de Ligue 1. Une caractéristique physique qui lui a joué des tours au début de sa carrière professionnelle. Mais le natif de Vannes a toujours su faire de cette différence, une force.

A Ploufragan avec Gourcuff, Marveaux et Danzé

Au sein de la fabrique de jeunes talents bretons, Ploufragan, sa taille n’est pas un handicap, au contraire. « C’était plutôt un avantage. Il avait un centre de gravité extrêmement bas. Du coup, ça lui permettait de faire des gestes plus vite que les autres » se souvient son ancien coéquipier, Julian Pinard. Arrivé dans ce centre de préformation, à 13 ans, il sort du lot, aux côtés de Yoann Gourcuff, Sylvain Marveaux et autres Romain Danzé. « Il avait vraiment un sens du but exceptionnel. Il marquait plein de buts. Je crois que dans un match, il avait dû marquer une quinzaine de buts, voire plus. Avec Sylvain Marveaux, ils avaient fait un carnage, ce jour-là, et c’était resté dans les mémoires. Il était déjà très fort et développé pour son âge. Il remportait tous ses duels et, du coup, c’était facile pour lui » explique l’ancien attaquant passé par le FC Lorient.

Frédéric Sammaritano (cinquième en bas, en partant de la gauche) avec la promotion 1986 de Ploufragan

A Ploufragan pendant deux ans, et rentrant chez lui tous les week-ends, le Vannetais n’a aucun mal à s’adapter à la vie en internat. « C’est quelqu’un de très chaleureux, qui aime beaucoup plaisanter. Il était toujours le premier pour haranguer les autres. A l’époque, on avait l’habitude, l’été, lorsque les jours rallongeaient, d’aller jouer sur les terrains. Et il était toujours le premier pour se changer et y aller. Il respirait pour le foot et pour devenir pro. Ça se sentait, plus que d’autres. Il était supporteur de Marseille et il nous parlait toujours de ce club. Je pense que son rêve, c’était d’être pro et de jouer, un jour, à Marseille » se remémore Julian Pinard. Celui qui évolue, à l’époque, au poste d’avant-centre, fait l’objet de nombreuses sollicitations. C’est finalement le centre de formation du FC Nantes qu’il choisit.

Le contretemps nantais

Frédéric Sammaritano gravit alors les échelons, un par un, dans l’école nantaise, une des plus réputées de France. Il dispute notamment la finale nationale en -18 ans, contre l’OL. Replacé parfois sur un côté dans un système à trois attaquants, il continue d’enfiler les buts comme des perles. « Il en a mis quelques-uns des buts. C’était un très bon buteur. Il a le sens du but, le déplacement et la puissance » assure Vincent Briant, qui a partagé la même chambre au centre de formation. En 2005, le Nantais est sélectionné pour disputer l’Euro des -19 ans avec l’équipe de France. Il remplace alors son ami d’enfance, Sylvain Marveaux, victime d’une rupture des ligaments croisés. La brillante génération 1986, composée de plusieurs futurs internationaux français (Lloris, Gourcuff, Diaby, Cabaye), remporte le titre, en battant l’Angleterre en finale. « Quand il est revenu, il était content comme tout. Il était reboosté à fond » se rappelle son ancien partenaire à Nantes.

Frédéric Sammaritano sous le maillot bleu © Ouest-France

Le Canari peut alors légitimement envisager la signature de son premier contrat professionnel. La plupart de ses coéquipiers en EDF ayant déjà obtenu le précieux sésame. Mais, contre toute attente, à l’été 2006, la maison jaune lui indique la porte de sortie sans contrat pro et sans avoir eu sa chance avec l’équipe première. A l’époque, le club pense qu’il n’a pas le niveau et son concurrent Dimitri Payet, d’un an son cadet, est mis en avant. « Je ne pense pas que ce soit Dimitri qui lui ait pris sa place en pro. Je pense que c’est plutôt sa taille qui a été considéré comme un handicap pour le club. Quand les années passent, les morphologies changent. Lui a gardé la même morphologie. Après moi, je ne voyais pas trop le handicap parce qu’il arrivait à se battre et à être performant. Je n’ai jamais compris le choix du club de ne pas le conserver. Au moins, le faire signer pro et voir ce qu’il valait en professionnel. Il était déçu, triste et il ne comprenait pas. Ça a été compliqué pour lui » raconte Vincent Briant.

A Yzeure « pour se relancer »

Le sort s’acharne alors sur Frédéric Sammaritano. Alors qu’il s’apprête à faire ses essais pour retrouver un club, il se blesse lors de son dernier entrainement avec les Jaunes. Ses tests en Espagne, en Italie et à Vannes, entre autres, s’avèrent donc non-concluants. Finalement, c’est Yzeure, promu en National, qui lui donne une chance de se relancer. « Il arrivait dans un groupe avec un état d’esprit « amateur » même si on était en National. Donc ça l’avait un peu surpris. Il est arrivé avec l’idée de rebondir, de retrouver toutes ses qualités et sa forme » ajoute Romain Reynaud.

Frédéric Sammaritano a pu rebondir à Yzeure

Remis de sa blessure, il fait parler ses qualités de finisseur et remplit une belle ligne de statistiques pour sa première saison à ce niveau (8 buts et 8 passes décisives). « Dans une équipe qui avait un peu de mal, il obtenait souvent l’étoile (en National, après chaque journée, chaque coach sélectionne dans l’équipe qu’il vient d’affronter, le joueur qui lui a fait la meilleure impression ndlr.). Il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour retrouver son niveau » remarque celui qui est devenu un de ses meilleurs amis. Malheureusement, pour la première saison de son histoire en National, l’AS Yzeure est en difficulté et termine lanterne rouge du championnat. « On savait tous que ça allait être une saison difficile. Le club n’était pas structuré pour le National. Il était forcément déçu mais il ne venait pas dans l’optique de faire toute sa carrière à Yzeure. Il venait juste pour se relancer, chose qu’il a fait » affirme Romain Reynaud. Hasard du mercato, les deux Yzeuriens se retrouvent la saison suivante à Vannes. 

« Le leader offensif » du VOC

En signant à Vannes, Frédéric Sammaritano revient dans le club de sa ville natale. « Le coach le connaissait un petit peu. Il était content parce qu’il revenait dans sa région. Il connaissait déjà des joueurs là-bas. Sportivement, ce n’était pas un truc de fou mais il remettait un pied un peu plus près du haut-niveau et, en plus, près de chez lui » indique Romain Reynaud. Toujours en National, le droitier continue sur sa lancée en inscrivant une dizaine de buts. En revanche, cette fois, son équipe ne joue pas le maintien mais la montée au cours d’une « superbe année, où l’on avait tous fait une grosse saison. Et on finit champion » relate son coéquipier qui quitte le club au moment de la montée en L2.

La rage de vaincre de Frédéric Sammaritano © Thierry Creux

A 22 ans, il fait donc ses premiers pas dans le monde professionnel, en deuxième division. Il est, alors, un des artisans de la plus belle saison de l’histoire du VOC. En plus d’une 10ème place au classement, les Vannetais se hissent jusqu’en finale de la Coupe de la Ligue. Malgré la lourde défaite contre les Girondins de Bordeaux (4-0), cette épopée restera comme « un réel exploit. On était en National où l’on visait le maintien, un peu plus d’un an avant. Et avec le même noyau de l’équipe, on s’est retrouvé en finale de la Coupe de la Ligue. Donc ce sont des moments merveilleux qui resteront gravés pour tout ce groupe » se réjouit Laurent Hervé, joueur du VOC de 2005 à 2011. Mais les émotions fortes ne s’arrêtent pas là. La saison suivante, les hommes de Stéphane Le Mignan se sauvent en L2, lors de la dernière journée. « On s’est maintenu à Metz, avec un match aussi mémorable pour nous tous. Metz jouait la montée et on avait été gagner là-bas, devant 40 000 personnes. Pour se maintenir, il fallait d’autres qualités mais il les a aussi. C’est un leader technique mais pas que. Il a des qualités mentales et sa carrière le prouve. Il est aussi armé pour jouer des matchs pour le maintien » constate l’actuel entraineur du club morbihannais.

L’équipe vannetaise lors de la finale de la Coupe de la Ligue

Après trois saisons chez les Vénètes, l’heure du départ a sonné pour le droitier. Et c’est donc dans sa ville natale que le milieu offensif aura réussi à reprendre le fil de sa carrière suite à son échec à Nantes. « Il a été obligé d’avoir une déviation dans sa carrière mais c’est quelqu’un qui a trouvé les ressources pour vite rebondir. Il a pu déjà retrouver le milieu pro avec Vannes. Ensuite, il a suivi son chemin. Mais en tout cas, il avait fait le bon choix de revenir à Vannes pour lancer sa carrière » estime Laurent Hervé.

A Auxerre pour découvrir la L1 et la LDC

Lors des dernières heures du mercato 2010, Frédéric Sammaritano signe à l’AJ Auxerre. Une fierté mais aussi un coup dur pour Vannes. « Du jour au lendemain, il s’est retrouvé à jouer en Ligue des Champions contre le Real Madrid. On était tous content pour lui et on l’a suivi, à la télé. Mais ça nous avait fait beaucoup de mal » regrette Laurent Hervé. Transféré pour environ 500 000€, il comble le poste de milieu offensif, tant recherché par Jean Fernandez, à l’époque. Pour ses débuts, il est, le plus souvent, remplaçant. Jusqu’au mois de novembre, où il connaît une période faste. Alors qu’il a vu, depuis le banc, son équipe s’incliner lors des trois premières journées de LDC, il est titulaire contre l’Ajax Amsterdam. Et ses premiers pas, dans la coupe aux grandes oreilles, sont idylliques. Il ouvre le score, à la 9ème minute, et permet à son équipe d’arracher une victoire historique (2-1).

Trois jours plus tard, il inscrit son premier but en Ligue 1, contre le FC Sochaux. Mais la suite de la saison est compliquée pour l’AJA, qui se retrouve à jouer le maintien. Avec seulement dix titularisations, un but et deux passes décisives, il est loin de répondre aux attentes. Le changement d’entraineur et de direction, à l’intersaison, signent la fin de sa première aventure auxerroise.

Une expérience mitigée à Ajaccio

Prié de se trouver un nouveau club, Frédéric Sammaritano s’engage avec l’AC Ajaccio, promu dans l’élite, début juillet 2011. « Une bonne recrue » pour Damien Tibéri, dans l’optique de jouer le maintien. Le néo-ajaccien prouve rapidement son utilité grâce à quatre buts et une passe décisive lors des cinq premières journées. Mais la suite de sa saison n’est pas du même acabit. Il perd même son statut de titulaire en deuxième partie de saison. C’est sans lui, que l’ACA va chercher son maintien lors de la dernière journée de championnat.

Frederic Sammaritano lors de sa présentation à l’AC Ajaccio

La saison suivante, malgré le changement d’entraineur et la nomination d’Alex Dupont, sa situation n’évolue pas. La faute, en partie, à de nombreux pépins physiques : déchirure du quadriceps, entorse de la cheville suite à un vilain tacle de Thiago Motta… Les Acéistes obtiennent, une nouvelle fois, leur maintien sur le buzzer mais un départ devient inéluctable pour le Breton, afin de retrouver une place de titulaire. Malgré son passage en demi-teinte sur l’île de Beauté, son ancien coéquipier, Damien Tibéri garde un bon souvenir de lui : « C’est un très bon dribbleur, avec une bonne qualité de passe et de centre. Il est aussi adroit devant les buts. C’est un bon mec, dans et en dehors du vestiaire, avec une bonne mentalité ».

Deuxième passage à l’AJA

En fin de contrat avec le club corse, Frédéric Sammaritano doit rejoindre Zulte-Waregem, en Belgique. Mais il fait machine arrière, au dernier moment, puisqu’il ne retrouve pas l’esprit familial qui correspond à ses valeurs. Il effectue, finalement, son retour à l’AJ Auxerre, début août. Mais depuis son passage, le club icaunais est descendu en Ligue 2. Au sein d’un effectif rajeuni, il est un des cadres de Bernard Casoni puis Jean-Luc Vannuchi. Auteur d’une belle saison (4 buts et 3 passes décisives), il joue un rôle important dans le maintien de l’AJA.

Frédéric Sammaritano au duel avec Grégory Van Der Wiel © GettyImages

A l’été 2014, il décide de poursuivre l’aventure, en Bourgogne, mais une rupture du tendon d’Achille vient le couper dans son élan, dès la deuxième journée de championnat. Il ne fera son retour qu’au mois de mars, près de sept mois après sa blessure. Mais il réalise un comeback éclatant, en Coupe de France. Titulaire contre le Stade Brestois en quart de finale, il inscrit le tir au but décisif qui qualifie les pensionnaires de l’Abbé-Deschamps. Puis en demi-finale, il marque l’unique but de la victoire contre l’EA Guingamp. Ironie du sort, le Vannetais est donc le bourreau de deux clubs bretons. En finale, les Auxerrois ne passent pas loin de l’exploit contre le PSG (1-0). A la fin de la saison, il n’hésite pas à quitter l’AJA pour le voisin dijonnais. Un transfert qui lui a valu quelques insultes sur les réseaux sociaux.

Un épanouissement total à Dijon

Avec le Dijon FCO, Frédéric Sammaritano rejoint un club ambitieux, qui vise la montée en Ligue 1. Et l’objectif va être rempli, dès sa première saison en Côte d’Or. Dans une équipe qui tourne bien et ne quitte plus le podium, à partir de la 5ème journée, celui qui évolue sur le côté gauche du 4-4-2 mis en place par Olivier Dall’Oglio va réaliser une des meilleures saisons de sa carrière. Avec six buts et dix passes décisives, il s’affirme comme le fournisseur de ballons des deux attaquants : Lois Diony et Julio Tavares.

Sa saison 2016-2017 est, finalement, la première vécue dans le rôle d’un titulaire indiscutable, en Ligue 1. Même si son influence diminue légèrement, avec l’éclosion de Pierre Lees-Melou, il reste une pierre angulaire du DFCO (4 buts et 4 passes décisives). Son absence, en février, à cause d’une gêne au dos, correspond, d’ailleurs, à une période de disette pour les Dijonnais. Cette équipe au jeu séduisant et souvent porté vers l’avant, convient parfaitement à ses caractéristiques. Il joue un rôle essentiel dans le maintien de Dijon grâce à une performance XXL contre Nancy, lors de l’avant-dernière journée. Dans ce match au couperet, il inscrit un but et délivre une passe décisive à Loïs Diony.

Cette année, les arrivées de Naim Sliti, Wesley Said et Changhoon Kwon l’ont poussé sur le banc des remplaçants en début de saison. Mais avec une prolongation de contrat jusqu’en 2020, ses dirigeants ont prouvé qu’ils comptaient sur lui. Il a, d’ailleurs, retrouvé sa place de titulaire depuis la 11ème journée et délivré trois passes décisives. Ayant affronté de nombreux obstacles depuis le début de sa carrière, le numéro 7 dijonnais n’est pas prêt de se décourager.

Stadito remercie Julian Pinard, Vincent Briant, Romain Reynaud, Laurent Hervé et Damien Tibéri pour leur gentillesse et leur disponibilité.

Lire plus :

Redouane Kerrouche, pur produit parisien

Clovis Canivenc

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