Issaga Diallo : « J’espère trouver un contrat avec un gros salaire au Kazakhstan ou en Azerbaïdjan »

Issaga Diallo est un globe-trotter qui a vécu beaucoup d’expériences à l’étranger. Défenseur franco-sénégalais d’1,92m, le joueur de 30 ans évolue actuellement au Foresta Suceava, en deuxième division roumaine. Passé par 8 championnats différents, il aurait pu espérer faire une plus belle carrière si les blessures à répétition ne l’avaient pas freiné dans sa progression. Pour Stadito, Issaga Diallo a accepté de revenir sur son parcours mouvementé.

De la CFA à la Super League

Issaga Diallo a la particularité de ne pas être passé par un centre de formation. Natif de Reims, le joueur jouait en CFA du côté du FC Montceau Bourgogne, avant de partir dans l’Est de la France à 21 ans : « Je suis parti pour jouer dans un club, le FC Saint-Louis Neuweg, qui me payait bien. Puis, à 22 ans, je suis parti à l’étranger en D2 Suisse ». Le joueur a d’abord fait la rencontre d’un agent suisse qui lui a parlé du FC Locarno, club de deuxième division suisse qui était intéressé par le profil de ce grand défenseur d’1,92m. « L’essai s’est magnifiquement passé, j’ai signé un contrat de deux ans, et c’est comme ça que ma carrière professionnelle s’est lancée », nous raconte Issaga Diallo. Le joueur passe donc du monde amateur au monde professionnel en juillet 2009 : « Tout change. Le statut notamment, le salaire également qui devient plus important. C’est plus de responsabilités, plus de professionnalisme ». Le défenseur franco-sénégalais rejoint « un club moyen de D2 Suisse », qui doit faire face à la concurrence : « il y avait beaucoup de bonnes équipes, on faisait parti de ces équipes qui jouaient la montée », assure-t-il. Au niveau des conditions de vie, le joueur nous affirme qu’elles « étaient plus que correctes, chacun avait son appartement et le centre d’entraînement était à coté ».

Issaga Diallo effectue donc sa première saison à l’étranger sous le maillot du FC Locarno. À la fin de cette dernière, le joueur « avait l’occasion de partir, mais le club a voulu me garder. J’avais des offres à l’époque de Lugano, de Thoune qui était monté en D1 Suisse. Ça ne s’est pas fait, donc je suis resté une saison de plus ». Lors de la saison 2010-2011, son club se maintient en deuxième division suisse, et le défenseur est repéré par le Servette FC 1890, qui monte en D1 Suisse : « J’avais fait des supers matchs contre le Servette, les meilleurs de ma saison. Quand ils sont montés en Super League, Joao Alves m’a appelé aussitôt, pour me dire qu’il aimerait m’avoir dans son équipe la saison prochaine ». Issaga Diallo signe alors un contrat de 2 ans dans ce nouveau club, à l’âge de 24 ans.

 

Deux années compliquées à Genève

Les conditions de vie au Servette de Genève sont encore meilleures, selon lui : « les conditions d’entraînement, la qualité des joueurs, la qualité d’effectif, c’est autre chose. Les salaires au Servette sont 5 fois plus élevés qu’à Locarno par exemple ». Lors de sa première année dans son nouveau club, Issaga Diallo est très souvent titulaire dans une défense avec des noms bien connus en Ligue 1 désormais, comme François Moubandje (Toulouse FC) ou Vincent Rüfli (Dijon FCO). Le défenseur franco-sénégalais réalise une bonne saison avec le Servette FC, qui arrache une belle 4e place en Super League. Néanmoins, cette saison reste « frustrante » pour le joueur : « Je joue jusqu’en début avril, et là je me fais les croisés. C’était frustrant dans le sens où il y avait 95% de chance que je signe dans un club comme Rennes, Saint-Étienne, Nice ou même un club belge si je ne m’étais pas fait les croisés… Auxerre avait également fait une offre », nous avoue-t-il. Issaga Diallo est donc obligé de rester à Genève au terme de cette première saison en D1 Suisse.

Issaga Diallo (à gauche) au duel avec Steven Lang (Lausanne-Sport).

Le joueur revient assez vite après sa grave blessure : il rejoue dès le mois d’octobre 2012. Mais la deuxième saison en Super League est plus difficile que la première pour le Servette FC : « Sportivement, l’équipe n’était pas morte. Au niveau du club, par contre, il y avait des soucis. Il y avait des retards dans les payements de salaires. On n’avait que 8 points de retard sur le premier non-relégable, mais à partir du moment où les salaires n’étaient pas payés, on était condamné », se souvient-il. Le SFC termine dernier (10e) à la fin de la saison 2012-2013, après une défaite sur le terrain de Lausanne (9e) qui les condamne. Malgré le fait que le joueur soit de retour de blessure, Issaga Diallo joue tout de même une douzaine de matchs en deuxième partie de saison.

« J’ai fait une vraie connerie »

Après la relégation du club, le joueur est en fin de contrat et ne prolonge pas au Servette FC. « J’avais pas mal de contacts, mais j’ai fait une vraie connerie. J’avais la possibilité d’aller dans un club belge qui m’attendait à la reprise. Je suis parti en vacances, j’étais censé reprendre avec eux 4 semaines plus tard, mais en faisant un futsal avec des amis, je me suis fait une fissure au ménisque. J’ai essayé de la cacher quand je suis arrivé là bas, mais quand j’ai passé la visite médicale, ils ont vu ma blessure, et quoi qu’il arrive, il fallait que je me fasse opérer. Du coup je suis resté 6 mois sans jouer, sans club. Je me suis soigné, j’ai fait ma rééducation », nous résume Issaga Diallo.

 

Après la France et la Suisse, la Hongrie

Après s’être soigné, le défenseur franco-sénégalais avait la possibilité de revenir en Suisse, où il avait des contacts. Puis, le joueur est contacté par un agent français lors du mercato hivernal 2014 : « il avait un entraîneur à lui, un ancien grand joueur roumain, à qui on avait proposé une mission pour sauver un club hongrois, le Kaposvar. Je revenais de 6 mois sans jouer, ils ont vraiment fait le forcing pour me recruter, et m’ont proposé un contrat de 6 mois, où j’étais payé 12 000€ par mois, et 3 salaires étaient payés d’avance. Pour quelqu’un qui n’a pas joué depuis longtemps, tu réfléchis ». Issaga Diallo décide donc de tenter l’aventure hongroise : « Après la Super League, je ne me voyais pas aller en D1 hongroise. Comme je n’avais pas envie d’attendre, je suis parti ».

Le défenseur âgé de 27 ans à l’époque nous indique qu’il « ne regrette pas du tout d’être parti en Hongrie. J’ai beaucoup appris avec ce coach, la vie en général s’est très bien passée, il y avait pas mal de français dans l’équipe ». À part Videoton et Debrecen, qui jouent l’Europe chaque année, le championnat hongrois « est du niveau du National 1 en France », selon Issaga Diallo. Au niveau de la ferveur, le joueur nous déclare qu’il y a « 2/3 clubs où beaucoup de supporters sont présents derrière leur équipe. Et les autres clubs, il y a 2 000 supporters maximum par match, pas plus ».

 

Son départ en Angleterre

Après 6 bons mois en Hongrie pour se remettre au football, Issaga Diallo a la possibilité de partir dans un autre pays étranger, l’Angleterre : « Mon agent a fait plusieurs vidéos qu’il a posté sur Internet. Plusieurs clubs anglais, de League One et League Two étaient intéressés par mon profil », assure-t-il. Le défenseur franco-sénégalais nous avoue qu’il ne voulait pas y aller. « Après quand j’ai vu les conditions de vie et les salaires comparables à la D1 Suisse qu’ils proposaient, c’était hallucinant, tout comme les conditions d’entraînement », nous raconte le joueur âgé de 27 ans. La meilleur offre qu’il a reçu, « c’était Cambridge. J’ai fait une semaine d’entraînement avec eux », puis le joueur, convaincu, signe un contrat d’un an avec le club de League Two (D4 Anglaise).

Issaga Diallo sous les couleurs de Cambridge, lors d’un match face à Morecambe – © TGS Photo.

Issaga Diallo s’adapte assez vite dans son nouveau club : « J’étais hyper content d’être à Cambridge. La ville est sublime. Le stade du club a une capacité de 8 000 places, chaque match il y a 7 000/7 500 supporters présents. Tu n’as aucun retard de paiement de salaires, et tu as des grosse primes. C’est vraiment autre chose, et puis ça joue. En League Two, les arbitres ne sifflent jamais faute ». Le joueur nous raconte les entraînements particuliers vécus dans ce club : « Les joueurs sont toujours à 100% à l’entraînement. Tu n’a pas le temps de trop rigoler. Il n’y a qu’une heure, une heure et quart d’entraînement, mais si tu es un peu feignant, ils te mettent des vrais coups de pression ».

« J’ai pensé à arrêter le football »

Le joueur s’impose très vite au Cambridge United FC. « J’ai enchaîné les 9 premiers matchs, j’ai marqué 2 buts, et fait 3 passes décisives. Je commençais à me faire un nom en Angleterre », se souvient-il. Puis, une nouvelle blessure stoppe Issaga Diallo en pleine progression : « Au bout du 9e match, je n’ai plus joué, car je me suis fait les ruptures totales du tendon d’Achille en match, à cause d’un gros tacle en retard. J’ai pensé à arrêter le football après ça, c’était la blessure de trop. Il fallait 10/12 mois pour revenir de cette blessure ». Le club propose un contrat au joueur pour se soigner en Angleterre, et lui propose même de payer tous ses soins, pour qu’il puisse rejouer après : « Le club a été super classe, mais j’ai refusé. Je n’avais plus la force, dans ma tête le football c’était fini. Je voulais me soigner, j’avais prévu une année sabbatique pour partir en vacances et ne rien faire. Je n’avais pas peur de travailler et de reprendre mes études, mais j’avais trop d’idées en tête », note Issaga Diallo.

 

Un retour inattendu au football à Chypre

Le défenseur d’1,92m se remet petit à petit à jouer au football « avec les potes ». En vacances à Chypre, Issaga Diallo rencontre par hasard une personne qu’il connaît bien dans le milieu du football. « Je lui ai dit que j’avais arrêté », annonce-t-il. « Il m’a proposé un club, Anagennisi Deryneia (club de D2 chypriote). Quand j’ai vu le niveau des joueurs, je me suis entraîné et je suis reparti. Je ne voulais pas revenir, je suis rentré en France », rapporte le défenseur. Finalement, le club fait le forcing pour le recruter, tout comme le Kaposvar, et Issaga Diallo accepte de s’engager avec Anagennisi Deryneia : « ils m’ont offert des supers conditions pour aider le club à monter. Je leur ai dit de recruter des joueurs. Ils ont recruté 3 joueurs par ligne ». Le natif de Reims a bien fait d’accepter ce contrat, puisque le club « est monté à la dernière seconde de la dernière journée » en première division chypriote.

« Il y a beaucoup de matchs truqués »

En D1 chypriote, cela ne s’est pas très bien passé pour Issaga Diallo et son club : « Il y a beaucoup de match truqués dans ce championnat. On avait un coach très honnête qui n’acceptait jamais de vendre un seul match. Après 1 nul et 5 défaites, les dirigeants l’ont viré. Puis ils ont repris un autre entraîneur, et l’ont viré. C’était n’importe quoi », se souvient-il. « Je n’ai pas fini la saison, en janvier 2017 je suis parti. Quand je suis parti, il manquait 2 salaires. Mais c’est rien du tout à Chypre, c’est logique », continue le joueur franco-sénégalais.

Issaga Diallo (à gauche) sous le maillot d’Anagennisi Deryneia.

Quand nous lui avons posé une question sur le type de culture à Chypre, Issaga Diallo a été affirmatif : « Je suis passé d’un monde à un autre. Les Anglais aiment bosser, les chypriotes ce sont des grands faignants en gros. On était 5/6 étrangers dans l’effectif, on s’est rendu compte que l’intensité des entraînements était différente, même si certains joueurs avaient de la qualité. Ce club était situé à 10 minutes de la ville la plus festive de Chypre. Je me suis bien amusé là bas. Dans ce pays, tu n’as pas besoin d’être performant aux entraînements, juste en match », nous rapporte-t-il.

 

Un transfert avorté en Suède

Après ce passage mouvementé à Chypre, Issaga Diallo était en très bonne position pour signer à l’AIK Solna. « J’étais à deux doigts de signer là-bas. Je suis arrivé, j’ai commencé à m’entraîner, et du jour au lendemain, il n’y avait plus de contrat. Le coach m’adorait, mais le directeur sportif a dit au coach qu’ils ne pouvaient pas me recruter. L’agent, que je ne connaissais pas personnellement, a fait capoté le transfert », témoigne-t-il. Fin mars, le défenseur franco-sénégalais se retrouve sans club, une nouvelle fois. Pour garder la forme, le joueur rentre en France et s’entraîne 2 à 3 fois par semaine pendant 3 mois en CFA2, avant de trouver un nouveau club.

 

Une mission sauvetage en Roumanie

Depuis 5 mois, Issaga Diallo évolue en D2 Roumaine, dans le club du Foresta Suceava, « pour aider un agent français qui a repris le club. Il m’a offert des supers conditions, il fallait que le club se maintienne. Le club était en perdition, avec des dettes de 400 000 euros. Ça se passe bien, à la trêve on a 20 points, on devrait se maintenir ». Le joueur nous explique l’objectif de cet agent français, qui a repris ce club roumain : « Il cherche des joueurs qui veulent se relancer, afin de les exposer et de les revendre plus tard. C’est son business ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce projet attire de bons joueurs : « Il y a un joueur dans l’effectif qui était à Chelsea pendant plusieurs années, Danny Pappoe, qui était à deux doigts de devenir pro, mais il s’est blessé. Certains ont fait leur formation à Nantes, Monaco ou Marseille. On est 5 français dans l’effectif ».

A la trêve, Issaga Diallo est rentré en France. « J’ai 30 ans maintenant, je pense différemment. J’avais l’objectif de jouer une dizaine de matchs. J’en ai joué 16, c’est parfait », analyse-t-il. Il nous expose son nouvel objectif désormais : « Mon objectif est de trouver un gros contrat de 2/3 ansavec un vrai gros salaire, au Kazakhstan ou en Azerbaïdjan, histoire de préparer l’après-football. Car le football ne dure pas toute la vie ».

Tu t’imaginais passer par des championnats exotiques quand tu étais en Suisse ?

« Pas du tout, vu comment ça avait bien débuté à Locarno et Servette. Tout se passait bien vu que je n’avais pas encore connu les blessures. Et à partir du moment ou je suis rentré dans le cercle vicieux des blessures, je suis devenu plus fragile mentalement, et les blessures sont arrivées toutes seules. »

Tu n’as pas fait ce parcours par choix, mais est-ce que tu finis par tirer du plaisir d’aller découvrir de nouvelles cultures, des nouveaux types de football ? As-tu des regrets ?

« Je ne peux pas avoir de regrets dans le sens où, que ce soit en Suisse, en Hongrie ou en Angleterre, je me suis toujours donné à fond, j’ai toujours été sérieux. Les blessures, je n’ai pas pu les contrôler. Celles que j’ai eu sont les pires, elle te laissent éloigner des terrains pendant longtemps. De glob-trotter partout, ça m’a fait découvrir d’autres cultures, je parle énormément de langues grâce à ça, je ne regrette pas. J’ai 30 ans et j’ai encore quelques années à jouer, j’ai assez bien géré le business à coté.

Le seul regret que je peux avoir, c’est si je ne m’étais pas blessé, certainement que j’aurai pu aller beaucoup plus haut. Mais bon les blessures font partie d’une carrière. »

Stadito remercie I. Diallo pour sa gentillesse, sa franchise et sa disponibilité.

Propos recueillis par Jonathan Tunik.

 

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