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Redouane Kerrouche, pur produit parisien

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Passé par une demi-douzaine de clubs parisiens, Redouane Kerrouche n’a jamais eu la chance d’intégrer un centre de formation. Evoluant encore en DH, il y a trois ans, le Franco-Algérien a connu une ascension fulgurante pour s’imposer avec le Paris FC en Ligue 2.

Au sein d’un Paris FC, qui surprend tous les observateurs de la Ligue 2, Redouane Kerrouche s’est révélé comme un milieu de terrain complet. Arrivé l’été dernier, il est déjà un homme de base de Fabien Mercadal, pour sa première saison à ce niveau. Recalé par les centres de formation, le Franco-Algérien évoluait pourtant dans l’anonymat de la DH, il y a seulement trois ans.

Noisy-le-Sec : la ville natale

Natif de Noisy-le-Sec, en banlieue parisienne, Redouane Kerrouche débute le football dans le club de la ville. « Il était très intelligent dans le jeu. La technique et l’intelligence de jeu, c’était ses grandes qualités » détaille Matongo Gorny, qui a grandi dans le même quartier. C’est justement au quartier, qu’il acquiert ses qualités techniques au-dessus de la moyenne. Mais son aventure avec l’Olympique Noisy-le-Sec ne va pas durer longtemps. A 12 ans, il quitte le club noiséen. « Ici, la plupart des jeunes ne jouent pas. Même s’ils sont bons, ils ne jouent pas donc ils vont tous ailleurs » regrette Matongo Gorny.

Redouane Kerrouche en compagnie de ses amis

Ce dernier a suivi le parcours de son ami d’enfance, qui a toujours cru en son rêve : devenir footballeur professionnel. « Il a comme modèle N’Golo Kanté et Riyad Mahrez, donc il s’est dit qu’il n’allait jamais lâcher l’affaire. Il savait vraiment ce qu’il voulait faire. Il a toujours été humble et patient. Lorsqu’il était en DH, il y a des clubs qui sont venus, directement, lui parler mais il a préféré prendre son temps. Il a toujours fait les bons choix et cela a été payant » informe-t-il. Durant son enfance, « Radou » touchera son rêve de près grâce à plusieurs essais dans des centres de formation. Malheureusement, ils seront tous infructueux. « Il n’était pas moins fort que les autres mais il avait le même profil que certains joueurs qui étaient déjà dans le centre. Je pense que cela a été un mal pour un bien. Cela lui a forgé un gros mental et peut-être que dans un centre de formation, cela aurait été différent. On a connu des joueurs qui étaient en centre et qui, aujourd’hui, sont nulle part. Quand, ils rentrent en centre, ils prennent la grosse tête. Lui, il sait d’où il vient » estime Matongo Gorny.

Une belle génération au Bourget

A 12 ans, Redouane Kerrouche rejoint le FC Bourget, club réputé pour sa formation sur le territoire francilien. Il est, alors, entrainé pendant deux ans par Nicolas Kerrouche (aucun lien de parenté). « C’était un joueur très technique, capable de trouver la bonne passe au bon moment, avec son bon pied gauche. Par contre, il n’était pas très rapide. Il devait travailler sur son explosivité, sa vitesse, ses enchainements contrôle-passe. Il avait des qualités mais il était nonchalant et rechignait un peu au travail. Il faisait ce qu’on lui demandait mais il ne cherchait pas à faire plus » explique-t-il. Faisant partie d’une grosse génération (Moussa Konaté, les jumeaux Pham Ba…), le numéro 10 ne sort pas du lot et fait la navette entre l’équipe A et B. Alors que la plupart de ses coéquipiers rejoignent un centre de formation, il n’a pas cette chance. « Je pense qu’à ce moment-là, il n’était pas dans les meilleurs, tout simplement » indique Nicolas Kerrouche.

Le stade du FC Bourget qui a vu passer Almamy Touré, Matt Moussilou, Loic Nego et Redouane Kerrouche

Son ancien entraineur ne garde que des souvenirs agréables de son homonyme. « On n’a aucun lien de parenté mais on en jouait un peu. Donc on avait une grosse complicité. Cela nous avait rapproché. Et puis ce n’est pas un « fouteur de merde ». C’est quelqu’un d’agréable » apprécie-t-il. Après quatre ans au Bourget, il va connaître trois clubs en trois ans. Il rejoint, d’abord, le CO Vincennes, pour une saison, en U17, dans le championnat National. Puis il fera un premier passage aux Lilas, en U19 DH avant d’aller à la JA Drancy, où il joue en U19 Nationaux. Mais on ne lui donne pas sa chance d’évoluer avec l’équipe première, en CFA.

Premiers pas avec les séniors aux Lilas

De retour aux Lilas, Redouane Kerrouche souhaite se mesurer aux séniors. « Le deal pour qu’il revienne était que je l’intègre au groupe sénior, pour qu’il évolue en DH. Je lui avais expliqué qu’il s’entrainerait dans le groupe et qu’il devrait faire ses preuves pour gagner sa place. Sur le premier match de la saison, j’ai un excentré gauche qui s’est blessé et je l’ai mis titulaire à ce poste. En fin de compte, il n’est plus jamais ressorti de l’équipe. On notait sa progression. C’était très visible. A partir du moment où il a été titularisé, il a fait un bon incroyable » se souvient son coach Bruno Coton-Pélagie. Ses qualités techniques, sa vision du jeu et son excellent pied gauche lui permettent de s’imposer chez les Violets. Toujours demandeur de conseils, il va côtoyer au quotidien des joueurs expérimentés et progresser sur ses défauts. « Quand je l’ai eu, il était déjà longiligne mais moins étoffé. Donc il avait besoin d’un renforcement musculaire pour avoir de l’explosion à la sortie de son dribble. Parfois, il se faisait aussi un peu bouger, ce qui l’a endurci. Là, où il a également progressé, c’est dans la répétition des efforts. Physiquement, il n’était pas incapable de les faire mais lorsque c’était une perte de balle « bête », il marquait un temps de désaccord qui nuisait à son rendement défensif. Cela s’est gommé assez rapidement en renouvelant les matchs en séniors » relate son ancien entraineur.

Redouane Kerrouche avec le maillot des Lusitanos, qu’il rejoint après une saison aux Lilas

Sa progression est remarquée dans la région parisienne, surtout que son nom est déjà bien connu. « Un jour où l’on avait joué contre la troisième équipe du PSG, un recruteur, qui le connaissait depuis un certain temps, m’avait dit beaucoup de bien de lui » se rappelle Bruno Coton-Pélagie. A la sortie de sa belle année en DH, le Parisien fait le choix de rester dans le même championnat mais avec les Lusitanos Saint-Maur pour la saison 2014-2015. « A la sortie du match retour contre eux, les Lusitanos étaient venus le voir. Il avait d’autres sollicitations mais, je pense, que la présence de sa famille a fait qu’il voulait rester en région parisienne. Il a la tête sur les épaules. Au lieu, d’écouter des pseudos recruteurs qui voulaient l’envoyer à droite ou à gauche, il a préféré un club intermédiaire pour continuer à évoluer » remarque l’actuel directeur technique des Lilas.

« Il a grandi avec le club »

En concertation avec ses proches, qui le suivent à chacun de ses matchs, Redouane Kerrouche rejoint donc St-Maur Lusitanos, club ambitieux avec une forte identité portugaise. Au fil des saisons avec l’USLSM, il va reculer sur le terrain jusqu’à se stabiliser en tant que numéro 6. « Quand il est arrivé, il jouait numéro 10 puis il a reculé en numéro 8. En 2015, Carlos Secretario est arrivé et il a décidé de le replacer régulièrement en numéro 6. Il n’était pas là que pour récupérer les ballons mais aussi pour construire les actions. Il a beaucoup progressé dans l’aspect défensif de son jeu, dans le placement, dans l’agressivité… Mais il avait toujours cette qualité technique qui lui permettait d’être à la base des actions. On voit souvent des joueurs, comme Busquets au Barça, qui sont plus là pour faire le jeu, que pour défendre » souligne son ancien coéquipier Kevin Diaz.

Redouane Kerrouche avec les Lusitanos

Son replacement correspond à sa révélation dans l’équipe première des Lusitanos. « Il n’était pas tout le temps titulaire parce qu’il y avait pas mal de qualité dans l’effectif. A la fin de l’année 2015, il s’est imposé comme un titulaire indiscutable. On a vraiment vu ce qu’il pouvait apporter. A 22/23 ans, c’est là qu’on commence à révéler son potentiel. A son âge, être titulaire dans une équipe qui allait jouer en CFA, on savait qu’il pouvait atteindre le haut-niveau s’il faisait une grosse saison » assure le capitaine des Rouges et Verts. Passé de la DH à la CFA en deux ans, le Franco-Algérien se rend bien compte qu’il a la possibilité de jouer sa carte et d’atteindre enfin le monde professionnel.

Redouane Kerrouche s’est révélé au fil des montées avec St-Maur

Sa saison en CFA marque un nouveau cap où il s’affirme comme un des principaux artisans de la belle saison des Lusitanos, longtemps à la lutte pour la montée en National. « Les deux dernières saisons, c’était le joueur qui nous permettait, lorsqu’on était sous pression, de ressortir le ballon de derrière. Il a montré week-end après week-end que s’il y avait bien un joueur qui avait les qualités pour jouer plus haut, c’était lui. Forcément, lorsqu’on est l’un des meilleurs joueurs d’une équipe de CFA et, qu’en plus, on est parmi les plus jeunes, c’est remarqué et c’est remarquable » ajoute Kevin Diaz. Finalement, Saint-Maur rate la montée de peu. Dès lors, un départ devient « logique » pour lui. Mais alors que plusieurs écuries de première et deuxième division française, belge et portugaise s’intéressent à lui, il rejoint le Paris FC, en National. Un choix qui lui permet de rester en région parisienne et de poursuivre sa progression linéaire. « Il s’est complètement transformé en tant que joueur. Il est arrivé dans un club, qui était, comme lui, en progression. Il a grandi avec le club. Il a su croire en sa bonne étoile et travailleur pour y arriver. Une fois qu’on y est, il y a des choses à faire pour rester et confirmer. Mais il a tout ce qu’il faut pour rester sur « l’autoroute du succès » »

La révélation au Paris FC

Arrivé l’été dernier au Paris FC, Redouane Kerrouche pensait évoluer au troisième échelon national. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres. Le PFC profite de la rétrogradation administrative de Bastia pour être repêché en Ligue 2. Arrivé sur la pointe des pieds, il se met directement dans le bain pour réussir sa saison. « Dès les premiers jours, on a senti qu’il avait quelque chose. Il travaille beaucoup à l’entrainement. Il a vraiment mis toutes les chances de son côté pour atteindre son niveau actuel » révèle son partenaire, Hervé Lybohy. Installé dans le milieu à trois de Fabien Mercadal, le numéro 8 des Parisiens « est capable d’aller « emmerder » les joueurs adverses dans leur camp. Le fait de jouer avec Akichi derrière lui, cela lui fait énormément de bien. Il sait qu’Akichi est là pour nettoyer devant la défense » dixit son capitaine. Une liberté qui lui permet de se projeter sans arrière-pensée comme lors de son but contre le Stade de Reims.

« Je crois que lui-même ne sait pas comment il a fait. Dès qu’il a marqué, on a tous couru vers lui. Je lui ai dit « tu te rends compte du but que tu as mis ? » et il me regardait avec les yeux dans le vide. Il était fatigué parce qu’il venait de faire une grosse course mais il avait les idées ailleurs. Cela aurait été Zidane, Ronaldo ou Messi, le but aurait fait le tour du monde. Il a montré une partie de son talent à travers ce but-là. C’est à l’image de son parcours, ce sont des gestes que l’on retrouve au quartier ou au futsal. Ce ne sont pas des gestes que l’on apprend en centre de formation » observe Hervé Lybohy.

Redouane Kerrouche lors de la signature de son premier contrat professionnel, au Paris FC

Arrivé dans le monde professionnel sur le tard, le gaucher doit encore apprendre, notamment sur le plan tactique et la discipline. Il a déjà récolté six cartons jaunes en 19 journées. Mais avec trois buts et une passe décisive en 18 rencontres, son influence sur le jeu du Paris FC semble indispensable. Actuellement sixième à égalité de point avec le barragiste, les pensionnaires du stade Charléty se mettent à rêver d’une montée historique en Ligue 1. Né de parents algériens, le natif de Noisy-le-Sec est, également, en droit de penser à la sélection algérienne. Nul doute que Rabah Madjer, le sélectionneur des Fennecs, qui lance un nouveau cycle suite à leur non-qualification pour le Mondial 2018, s’intéresse à ses performances. « Je suis persuadé qu’il peut faire encore mieux. D’ici quelques années, on parlera de lui dans un grand club » conclut Hervé Lybohy.

Stadito remercie Matongo Gorny, Nicolas Kerrouche, Bruno Coton-Pélagie, Kevin Diaz et Hervé Lybohy pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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https://stadito.fr/2017/12/03/thomas-mangani-soyeux-gaucher/

Clovis Canivenc

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