Thomas Mangani, soyeux gaucher

Champion d’Europe U17, en 2004, au poste de défenseur, Thomas Mangani n’a ensuite pas pu s’imposer dans son club formateur, l’AS Monaco. Après des passages contrastés à Nancy et au Chievo Vérone, il doit attendre son arrivée, en 2015, à Angers pour s’épanouir totalement. A 30 ans, il est, aujourd’hui, un des milieux les plus complets de Ligue 1.

Né à Carpentras, dans le Vaucluse, Thomas Mangani débute le foot à quelques kilomètres, à Aubignan, dans le club local : l’Etoile d’Aubune.

« Très attaché à son village »

A ses débuts, l’Aubignanais ne sort pas forcément du lot. « Ce n’était pas le plus fort de l’équipe, à l’époque. On avait une très bonne génération. Au début, il jouait devant. Ensuite je l’avais replacé à un poste plus défensif où il s’en sortait très bien. Il était toujours à l’écoute et très sérieux, se souvient Djamel Diha, son entraineur en catégorie Poussins et Benjamins. Il avait déjà une très bonne patte gauche, une qualité de passe et de coups francs. C’est comme ça les gauchers (rires). C’est tout bon ou tout mauvais ».

Thomas Mangani, lors d’un retour dans sa région natale, le Vaucluse ©Actufoot

Au début des années 2000 et après six ans à l’Etoile d’Aubune, il décide de tenter sa chance à un niveau supérieur. « Il est parti à Orange pour jouer en Ligue, puis à Avignon en 14 ans Fédéraux et c’est là qu’il s’est fait repérer. Quand vous jouez à ce niveau, vous rencontrez l’OM, Nice, Monaco, Montpellier… Il a eu l’occasion de faire les bons matchs au bon moment pour intégrer le centre de formation de Monaco » détaille Djamel Diha. Ce dernier admire la progression de son ancien protégé : « Je le trouve très intelligent dans le jeu, souvent bien placé et c’est pour cela qu’il touche beaucoup de ballons. On peut mettre cela sur le compte de l’âge, parce que, forcément, ce n’était pas une qualité qu’il avait avant. Donc je pense qu’il a dû bosser là-dessus. Mais dès son plus jeune âge, il a eu cette faculté à réfléchir sur le terrain ». Très attaché à ses racines, le Vauclusien revient régulièrement chez lui, pour retrouver ses proches. « Quand il vient à Aubignan, il s’entraine avec nous, il passe voir les jeunes, il leur apporte des maillots… Il est très attaché à son village, toute sa famille habite encore là. Dès qu’il peut, il revient dans le secteur » confie Djamel Diha.

Champion d’Europe U17 au poste de latéral gauche

En 2001, à 14 ans, Thomas Mangani débarque au centre de formation de l’AS Monaco. Lors de la saison 2003-2004, il suit le parcours historique des hommes de Didier Deschamps en Ligue des Champions. Cette même année, il vit, lui aussi, une grande expérience. Cadre de la génération 1987, il remporte le championnat d’Europe U17 avec l’équipe de France aux côtés de Ben Arfa, Nasri, Ménez et Benzema. « Il était régulièrement appelé en sélection. C’était une belle aventure et il était très heureux de l’avoir vécu. Ils avaient une super génération. Cela reste dans son palmarès, dans son vécu mais il ne se vantait pas pour autant. Alors que c’était un super truc mais il est humble » affirme Vincent Muratori, qui le connaît depuis son passage à Avignon et durant toute sa formation à Monaco.

Thomas Mangani (n°3) avec l’équipe de France U17

Avec les Bleuets, il évolue à un poste de latéral gauche alors qu’en club, c’est plutôt dans l’axe qu’il évolue. « A Monaco, il a débuté en défense centrale et ce n’est qu’après qu’il est passé au milieu de terrain. Il a un physique assez grand et costaud donc il était surtout défenseur, en jeunes. Et après, il est passé naturellement au milieu. Je pense qu’il s’épanouit plus au milieu, en menant le jeu. C’est quelqu’un qui aime bien avoir le ballon et mettre son empreinte dans le jeu de son équipe » explique son ancien coéquipier. Finalement, de cette prometteuse génération 1987, il sera, excepté les quatre fantastiques (Nasri, Ben Arfa, Ménez, Benzema), celui qui connaîtra la plus belle carrière, avec Benoit Costil. Trois ans plus tard, il ajoute une nouvelle ligne à son palmarès avec le Tournoi de Toulon.

Victime de la concurrence à Monaco

Etant en EDF et côtoyant les pros à l’ASM, Thomas Mangani est un des joueurs les plus prometteurs de sa génération, avec Serge Gakpé. En 2006, il signe son premier contrat professionnel, sur le Rocher. « Etrangement, nous n’étions pas beaucoup de cette année-là, au centre de formation. Il faisait partie des joueurs à avoir un contrat élite, ce qui équivaut à deux ans stagiaires puis trois ans pro. Il a pris cette signature comme logique aux vues des efforts qu’il fournissait à l’entrainement et en match » se rappelle Manuel Vallaurio, qui l’a connu pendant huit ans à Monaco. Les dirigeants monégasques, bien conscients du talent de leur jeune joueur, décident de l’envoyer en prêt. « Monaco lui faisait, je pense, confiance en le prêtant en Ligue 2, afin qu’il s’aguerrisse et qu’il ait du temps de jeu » estime l’actuel gardien de l’équipe 3 de l’ASM. Son avenir à court terme, en équipe première, étant bouché par un effectif pléthorique. Direction donc Ajaccio puis Brest, en Ligue 2, où il dispute une cinquantaine de rencontres sur un an et demi. C’est d’ailleurs lors de ces prêts, qu’il se stabilise au poste de milieu de terrain.

Thomas Mangani ne confirmera jamais dans son club formateur

De retour en Principauté, lors de la saison 2008-2009, il ne s’impose pas sous les ordres de Ricardo et évolue principalement avec l’équipe réserve. Le technicien brésilien lui offre, tout de même, ses trois premières titularisations dans l’élite, au poste de latéral gauche. L’arrivée sur le banc de Guy Lacombe lui permet de faire, petit à petit, son trou. 14 matchs de Ligue 1 lors la saison 2009-2010 puis 24 la suivante. « C’était un grand bosseur, toujours à la recherche de la perfection. Il avait également un excellent sens du placement et un pied gauche exceptionnel. Chaque coup-franc était dangereux avec « Tom ». Il était également très costaud dans les duels et n’hésitait pas à mettre le pied, mais toujours en étant correct » relate Manuel Vallaurio. Malheureusement, la saison 2010-2011 est noire pour les Asémistes. Malgré 44 points et un effectif de qualité (Ruffier, Nkoulou, Aubameyang…), ils descendent en Ligue 2, après 33 années consécutives en première division. Alors qu’il souhaite aider les Rouges et Blancs à remonter immédiatement, le club ne compte plus vraiment sur lui. Il quitte donc son club formateur, sur un sentiment mitigé. « Il y avait une grosse concurrence à Monaco. Ce n’était pas évident de s’imposer réellement dans ce club. Il a quand même joué mais ne s’est pas imposé. Les prêts qu’il a faits lui ont été bénéfiques. Je pense que s’il ne s’était pas fait prêter, cela aurait été compliqué d’enchainer ensuite. Les prêts lui ont vraiment fait du bien » pense Vincent Muratori.

Un cadre de l’AS Nancy-Lorraine

Lors des derniers jours du mercato estival 2011, Thomas Mangani est prêté à Nancy. Il retrouve donc la Ligue 1 mais n’est pas un titulaire indiscutable de Jean Fernandez. Il dispute tout de même 24 matchs, dont 16 titularisations. La saison suivante, il est définitivement transféré dans le club meurthe-et-mosellan et retrouve son ancien partenaire à Monaco, Vincent Muratori. « Il y avait plusieurs anciens monégasques, à l’époque (Puygrenier, Mollo, Bakar). Donc je n’étais pas perdu dans le vestiaire. Mais Thomas, c’est quelqu’un avec qui je m’entend bien, donc c’était un plus » ajoute-t-il. Mais la saison de l’ASNL est compliquée. Le club est durant de longues semaines la lanterne rouge du championnat. « La première partie de saison avait été très négative. On n’avait pas beaucoup de points à la trêve. Avec l’arrivée de Patrick Gabriel, en janvier, on avait vu une nette progression. Mais on a calé sur la fin et c’est pour cela qu’on n’a pas réussi à se maintenir » précise Vincent Muratori.

Thomas Mangani a retrouvé du temps de jeu à Nancy

L’arrivée de Patrick Gabriel marque aussi un changement pour le natif de Carpentras. Le formateur nancéien en fait un cadre de son milieu de terrain pour encadrer les nombreux jeunes lancés à ce moment-là (Jeanvier, Zitte, Hammar). Il conclut sa saison avec 34 matchs et 4 passes décisives. Il reste alors en Ligue 2 afin « d’aider le club à remonter » selon l’actuel vice-capitaine de l’ASNL. Mais l’objectif de remontée immédiate n’est pas rempli, le club échouant à la 4ème place du classement. En fin de contrat, il ne prolonge pas l’aventure avec Nancy, pour tenter sa chance à l’étranger.

L’échec italien

Naturalisé italien, en 2013, en mémoire de son grand-père, originaire d’Arezzo, Thomas Mangani rejoint le Chievo Vérone, en Serie A. Ses débuts se déroulent plutôt bien, tant sur qu’en dehors du terrain. « Comme il y avait quelques joueurs qui parlaient français, cela a facilité la tâche. C’est un joueur que j’aimais bien de par sa modestie et son calme » se remémore Yves Baraye, qui réalise la présaison avec lui. Le Franco-Italien est titulaire pour le premier match de la saison en Coupe d’Italie, puis en ouverture du championnat contre la Juventus Turin. « Il avait eu des difficultés et c’était normal car il jouait contre l’équipe la plus forte d’Italie qui avait tout gagné. Ce n’était pas facile et il avait fait de son mieux ce jour-là » souligne l’actuel joueur de Parme. Sorti à la mi-temps par son coach, Eugenio Corini, il ne disputera plus aucune minute sous le maillot jaune et bleu.

Thomas Mangani ne disputera que 135 minutes sous le maillot du Chievo

Au mercato hivernal, la situation est devenue intenable. Il décide donc de rentrer en France. « Je pense qu’il était enthousiaste de partir en Italie, parce qu’il aime bien ce pays et sa famille est originaire de là-bas. Mais en Italie, il y a des clubs qui prennent beaucoup de joueurs et qui les prêtent ensuite. En plus, il y avait eu un changement d’entraineur, après son arrivée. Il était frustré des six mois au Chievo parce qu’on ne lui avait pas donné sa chance » informe Vincent Muratori.

Le métronome du SCO Angers

Thomas Mangani est prêté, en Ligue 2, au SCO Angers, en février 2015. Arrivé dans une équipe qui tourne bien et joue la montée, il s’impose rapidement comme un titulaire aux yeux de Stéphane Moulin. « Nous avions un bon groupe qui a toujours bien accueilli les nouveaux joueurs, et il arrivait avec beaucoup d’envie, ayant très peu joué lors des mois précédents. Il a été décisif dès son premier match ce qui a, également, facilité son intégration » assure Charles Diers. Pour son premier match, il délivre, en effet, une passe décisive contre Tours. Titulaire ensuite lors de 14 des 15 dernières journées, il participe amplement à la 3ème place des Scoïstes, synonyme d’accession à la Ligue 1. « C’est un joueur qui fait jouer les autres et qui perd peu de ballon. Il a aidé l’équipe à augmenter sa possession de balle et donc sa maîtrise sur le match. Il a aussi apporté sa qualité sur coups de pied arrêtés où il a été décisifs à plusieurs reprises » observe celui qui a pris sa retraite en 2016.

En Ligue 1, il « tire l’équipe vers le haut, toute la saison » et réalise une grande année (33 matchs, 5 buts et 5 passes décisives). Aligné aux côtés de Romain Saïss et Cheikh Ndoye, ils forment un des milieux les plus solides de l’élite, au cours d’une saison où le SCO surprend, en se hissant sur le podium pendant plusieurs semaines. La saison dernière, il prend encore une autre dimension, en s’affirmant comme le meneur de jeu de son équipe avec 3 buts et 7 passes décisives. Il est, aussi, décisif lors du parcours angevin jusqu’en finale de la Coupe de France.

Le lob du pied… droit de Thomas Mangani contre Amiens

Cet été, avec le renouvellement de l’effectif d’Angers, il est devenu un cadre du vestiaire. Il est, d’ailleurs, le vice-capitaine derrière Ismaël Traoré. Courtisé par l’OM, Saint-Etienne ou encore Montpellier, il a fait le choix de prolonger jusqu’en juin 2020 avec le club de Saïd Chabane. « Il a connu une période où il n’a pas joué et il n’est plus un jeune débutant dans le football. Il sait ce qui est important pour lui et notamment « jouer ». Angers lui propose tout cela avec un beau projet. Le club continue à grandir et se structurer » remarque Charles Diers. Le SCO aura bien besoin de son numéro 5, dans une saison qui s’annonce plus difficile que les précédentes. Avec déjà 2 buts et 3 passes décisives, il semble, à 30 ans, être dans la meilleure période de sa carrière.

Stadito remercie Djamel Diha, Manuel Vallaurio, Vincent Muratori et Charles Diers pour leur gentillesse et leur disponibilité.

Lire plus :

Thierry Laurey, « un passionné qui aime son métier »

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *