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Thierry Laurey, « un passionné qui aime son métier »

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Précédé d’une belle carrière de joueur en première division, Thierry Laurey décide d’enfiler le costume d’entraineur, à la fin des années 1990. D’abord, à Montpellier, chez les jeunes, avant de se lancer en tant que numéro un à Sète, en 2007. Mais entre deux licenciements et une traversée du désert, ses débuts sont compliqués. C’est finalement au Gazélec Ajaccio qu’il voit son travail récompensé avant de devenir un entraineur confirmé avec Strasbourg.

C’est à Saint-Mesmin, dans la banlieue troyenne, que Thierry Laurey enfile ses premiers maillots, au début des années 1970. Capable d’évoluer, aussi bien, au milieu de terrain qu’en défense centrale, il rejoint, à 13 ans, la section sportive du Troyes Aube Football, ancêtre de l’ESTAC. Puis, trois ans plus tard, l’USM Romilly, club évoluant en D3, où il ne reste qu’une seule saison. Il est, alors, repéré par l’US Valenciennes-Anzin.

International français à une reprise

En 1982, à 18 ans, Thierry Laurey fait ses débuts professionnels avec l’USVA. Le club vient, alors, de descendre en deuxième division et est conforté à des problèmes financiers. Il fait alors partie des jeunes joueurs lancés par Léon Desmenez, au même titre que Philippe Périlleux, Ludovic Batelli ou encore Jean-Pierre Papin. En 1986, et après plus de 100 matchs de D2, les dirigeants valenciennois le vendent à l’Olympique de Marseille, pour remplir les caisses. Il arrive dans une équipe qui lance un nouveau projet ambitieux et porté par Bernard Tapie. Mais il ne restera qu’un an sur la Canebière aux côtés de Christophe Galtier, Franck Passi, Alain Giresse et Karl-Heinz Förster. Il est envoyé en prêt à Montpellier où il réalise une grande saison avec 10 buts dans une position plus haute sur le terrain. Alors qu’il souhaite rester au MHSC, Tapie s’en sert comme monnaie d’échange pour faire venir Franck Sauzée à l’OM. Il débarque donc au FC Sochaux, promu en première division. Avec Philippe Lucas, Stéphane Paille, Faruk Hadzibegic et Mecha Bazdarevic, il réalise, là encore, des performances de haute-volée. Ce qui lui permet de découvrir la Coupe d’Europe ainsi que l’équipe de France.

Laurey a connu l’EDF lors de sa période sochalienne

Ayant déjà connu quelques sélections en Espoirs et en A’, le Sochalien est, appelé par Michel Platini pour affronter l’Ecosse lors des qualifications à la Coupe du Monde 1990. Une défaite (2-0) pour son unique sélection mais une grande fierté d’avoir pu porter le maillot frappé du coq. Pour la saison 1990/1991, il rejoint le Paris-SG mais ne dispute que huit rencontres. Il se relance, alors, à l’AS Saint-Etienne, avant de retrouver Montpellier.

La reconversion à Montpellier

Thierry Laurey arrive au MHSC pour remplacer Laurent Blanc et encadrer une jeune génération, en compagnie de Philippe Périlleux et Michel Der Zakarian. En 1996, Michel Rodriguez débute en équipe première et se souvient d’un « d’un joueur passionné par le football. Il connaissait beaucoup de choses, au-delà du terrain. C’est à dire qu’il s’intéressait à tout, les joueurs, les équipes… Je lui suis très reconnaissant puisque, j’évoluais au même poste que lui, et lorsque j’ai intégré le groupe professionnel, c’est celui qui m’a le plus apporté ». Cette même année, une grave blessure vient freiner la fin de carrière de celui qui est, alors, âgé de 33 ans. Mais sa reconversion est déjà bien préparée puisqu’il a commencé à passer ses premiers diplômes d’entraineur à 18 ans. « C’était déjà un entraineur quand il était sur le terrain. C’était vraiment le joueur qui veillait au bon équilibre de l’équipe, qui replaçait tout le monde, qui donnait les bons conseils et son message passait super bien. On buvait ses paroles » confirme son ancien coéquipier.

Laurey sous le maillot montpelliérain

En 1998, le Pailladin prend sa retraite et est, immédiatement, nommé adjoint de Jean-Louis Gasset, à la tête de l’équipe première. Une collaboration qui le marquera. « J’ai aussi été très marqué par Jean-Louis. Il a une approche du football et de l’entrainement qui est très bonne. Tu sens l’amour du football chez ces personnes-là. Donc je ne suis pas surpris que Thierry soit proche des idées de Jean-Louis » informe Michel Rodriguez. Lors de la saison 1999/2000, Jean-Louis Gasset est démis de ses fonctions et son adjoint est, alors, parachuté sur le centre de formation. Entraineur des -16 ans, des -18 ans, de la réserve ou encore directeur du centre de formation, le formateur affine sa pédagogie auprès des jeunes. « Avec les jeunes, il était tellement de bons conseils, avec une bonne pédagogie. On sentait que c’était pour notre bien, sans aucune arrière-pensée. Certains joueurs, en fin de carrière, font l’erreur de ne pas transmettre leur savoir alors que lui c’était tout le contraire » affirme l’actuel entraineur des U19 du SM Caen. Ce dernier avoue s’inspirer de celui qu’il a côtoyé cinq ans à Montpellier. « Sa grosse qualité, et c’est la principale qualité que doit avoir un entraineur, je pense, c’est sa faculté et sa facilité à faire passer des messages. Aujourd’hui, je me sers encore de certaines paroles que j’ai entendu de sa bouche. Il fait partie de ces anciens que j’ai eu la chance de côtoyer à Montpellier et qui m’ont énormément apporté au début de ma carrière ».

Louis Nicollin, Michel Mézy, Jean-Louis Gasset et Thierry Laurey

Le 14 février 2004, il retrouve l’équipe première en tant qu’adjoint de Robert Nouzaret. Le duo ne pourra pas empêcher la descente de la Paillade en Ligue 2, à la fin de la saison. Loulou Nicollin fait, alors, confiance à Jean-François Domergue, qui le conserve en tant qu’adjoint. Mais les deux anciens internationaux français vont vivre deux saisons compliquées sur le banc montpelliérain. Ils n’arrivent pas à faire remonter leur équipe dans l’élite. A l’été 2006, Loulou décide de se séparer de lui avec un autre historique du club : Michel Der Zakarian. Alors qu’il vient d’obtenir son DEPF, dans la promotion de Laurent Blanc, Antoine Kombouaré, Didier Tholot ou encore Daniel Sanchez, il doit quitter le club où il passé 15 ans de sa vie.

Dans le grand bain à Sète

Non conservé par le MHSC, Thierry Laurey se lance, en 2007, pour la première fois, dans le rôle de numéro un. Mais il ne va pas bien loin, puisqu’il s’engage avec le FC Sète, en National. « Il avait repris la main après Christian Sarramagna. Le club avait l’objectif de monter. Il nous connaissait tous puisqu’avec Montpellier, il venait régulièrement voir les matchs. Il avait réussi, très vite, à mettre une grosse ambiance dans le groupe. C’était une année où l’on avait peu de moyens mais beaucoup de volonté. Il s’était fondu dans le moule sétois et adapté aux joueurs qu’il avait » détaille Jérôme Hiaumet, gardien des Verts et Blancs. Rapidement, les résultats suivent et le club occupe les premières places du championnat. Au soir de la 23ème journée, les Sétois sont même leaders, devant Vannes et Tours. « On avait une belle ossature de joueurs expérimentés, entre 26 et 32 ans. Il aime bien avoir ses relais. Et il a su gérer le groupe pour travailler suffisamment la semaine et être performant le week-end » ajoute l’ancien portier de Cannes et Angers.

Laurey lors de sa période sétoise © Dave Winter

Mais à partir du mois de mars, la situation se détériore. Le 4-3-3 mis en place par le natif de Troyes est moins efficace. Son équipe ne décroche que trois victoires jusqu’à la fin de la saison et se classent à la 6ème place. « On avait eu quelques joueurs blessés, dont Tino Costa qui avait fait un début de saison fantastique. On avait la réputation d’être une équipe solide. On avait pris seulement 9 buts en 23 matchs. Mais en fin de saison, on s’était relâché » reconnaît Jérôme Hiaumet. Face aux problèmes financiers que rencontre le FC Sète, il quitte le club seulement un an après son arrivée. En laissant, tout de même, un bon souvenir derrière lui. « Cela a été un plaisir énorme, tant humainement que sportivement. Au niveau de l’ambiance, il avait vraiment su mettre la barrière nécessaire entre le coach et l’ami. Lors des longs déplacements, c’était le premier à venir avec nous, jouer aux cartes ou discuter » se remémore l’actuel responsable des gardiens au centre de formation du Stade Rennais.

Une saison éprouvante à Amiens

Thierry Laurey connaît, alors, une « promotion » en rejoignant Amiens, en Ligue 2. Pour sa première saison, dans le monde professionnel, il a pour objectif de maintenir un club bien structuré. Il cherche, immédiatement à mettre en place les ingrédients qui ont fonctionné à Sète, avec un « bloc défensif bien en place. On était dans les meilleurs défenses du championnat. Par contre, on avait du mal à marquer, il nous manquait la petite étincelle offensive. C’est pour cela qu’il cherchait à avoir des renforts au mercato hivernal pour qu’on arrive à passer un cap » explique Samuel Allegro. Ce dernier se souvient d’un coach « un peu à l’ancienne. Il était intransigeant avec les jeunes. Ils devaient vraiment prouver qu’ils méritaient d’être dans le groupe pro. Je me rappelle qu’il a souvent passé des soufflantes à Steven Nzonzi, qui débutait. Il ne pourrait pas avoir une équipe avec que des jeunes. Il a besoin d’avoir ses relais, pour faire passer ses messages. Donc il travaille toujours avec des gars d’expérience ».

L’histoire avait plutôt bien débuté entre Laurey et Amiens © Getty Images

La formule, qui a fonctionné à Sète, semble, alors, faire ses preuves à Amiens. A cinq journées de la fin, l’ASC est 12ème avec sept points d’avance sur la zone de relégation. Mais deux défaites et trois matchs nuls plus tard, tout s’écroule. Leur lourde défaite contre Boulogne (4-0), lors de l’ultime journée, profite à Châteauroux et Nîmes. Les Amiénois se retrouvent dans la zone rouge pour la première fois de la saison et sont, avec 43 points, relégués en National. « Cela a été un choc. Et, pour lui, c’était compliqué parce qu’il a été pris à partie par les supporters. Lors du dernier match, ils étaient chez lui. Je crois qu’il ne pouvait pas rentrer chez lui sans le personnel de sécurité. Il avait prévu de peut-être continuer, pour ne pas rester sur un échec, mais c’était devenu invivable » regrette Samuel Allegro.

Laurey a connu la pire expérience de sa carrière à Amiens

Son caractère et ses certitudes feront parfois des étincelles en Picardie. « Il sait ce qu’il veut. Il va jusqu’au bout dans ses idées. Je me rappelle qu’il y avait eu quelques accrochages avec un ou deux joueurs à Amiens à cause de cela. C’est très difficile de le faire changer d’avis » confirme l’ancien capitaine du Red Star. Mais, lui, garde un très bon souvenir de ce « passionné qui aime son métier et qui ne lâche rien. Il a mis un peu de temps à rebondir mais je savais qu’il n’allait pas rester sur un échec. Au niveau du foot, c’est une encyclopédie. Il connaît tous les joueurs, les championnats… C’est impressionnant. J’aurais aimé travailler, de nouveau, sous ses ordres, dans un autre club. Et je me rappelle surtout qu’il était très fort au tennis-ballon avec son adjoint, Fabien Mercadal (rires) ».

La traversée du désert

Remercié par Amiens, en juin 2009, Thierry Laurey ne va pas retrouver de club pendant plus de deux ans. Au chômage, il s’occupe en dirigeant des stages UNFP. Il relancera, notamment, Romain Thomas, devenu depuis un des meilleurs défenseurs de L1. Une expérience qui lui permettra d’avoir un autre regard sur le chômage. « Cela peut arriver à tout le monde de se retrouver au chômage à un moment donné. Ce n’est pas une fatalité. Il faut être capable de rebondir. C’est un obstacle de plus sur notre chemin. Il faut essayer de le sauter ou de le contourner » souligne-t-il dans une interview accordée à l’UNFP.

En mars 2011, l’AS Saint-Etienne, qu’il a connu comme joueur, lui propose d’intégrer la cellule de recrutement. Pendant plus de six mois, il va multiplier les déplacements à travers l’Europe. En tout, il fera 45 000 kilomètres en voiture, sans compter le train et l’avion, selon un reportage de France Football. A son actif, quelques bonnes pioches comme Max-Alain Gradel et Banel Nicolita mais aussi des flops avec Paulao. En novembre, une opportunité à Arles-Avignon, en Ligue 2, lui permet de retrouver son « vrai métier » : celui d’entraineur.

Dans un contexte difficile à Arles-Avignon

Thierry Laurey arrive dans un club qui vient de descendre, après une saison éprouvante, et qui occupe l’avant-dernière place en Ligue 2. « Tout de suite, il avait mis en place une rigueur supplémentaire et responsabilisé les cadres. Il avait, aussi, une grosse culture tactique. On avait toutes les informations sur les adversaires et leurs points faibles » révèle Florent Petit, gardien de l’ACA. Après avoir pris ses marques, lors des premières semaines, il redonne confiance à son équipe et les résultats suivent. La deuxième partie de saison des Bleus et Jaunes est exemplaire. Avec sept victoires, douze nuls et une seule défaite, ils décrochent leur maintien à deux journées de la fin. « On avait un bon groupe, il ne manquait pas grand-chose pour que la mayonnaise prenne. Comme tout changement d’entraineur, soit la mayonnaise prend et il y a le petit déclic, soit cela ne prend pas » remarque son ancien joueur.

Laurey a réussi à sauver l’ACA malgré la situation difficile du club

Au mercato estival, il voit partir plusieurs cadres ayant participé au redressement de l’équipe sur la deuxième partie de saison : Thomas Ayasse, Jamel Ait Ben Idir, Romain Elie ou encore Deme N’Diaye. « A Arles-Avignon, c’était très compliqué. Je ne suis pas sûr qu’il avait toutes les clés en main pour conserver ou recruter des joueurs. Sinon cela aurait pu être différent, surtout avec ce qu’il avait mis en place après son arrivée » déplore Florent Petit. Malgré cela, le début de saison des Arlésiens est plutôt bon. Ils occupent la première partie de tableau et ne connaissent qu’une seule défaite lors des huit premières journées. Mais une série noire de cinq défaites consécutives sur les mois d’octobre et de novembre va condamner le technicien. Un licenciement, sans doute, prématuré de la part de l’excessif président d’Arles-Avignon, Marcel Salerno. « Je trouve que cela avait été très rapide. Je ne trouvais pas cela très judicieux, sur le moment, parce que l’on n’était pas non plus à la ramasse. Les joueurs adhéraient toujours au discours, il n’y avait pas de problèmes dans le groupe. Il n’y avait pas le feu au lac. On avait été un peu surpris »  le gardien passé par Louhans-Cuiseaux. Il laisse, alors, le club à la 19ème place du classement mais retrouve, quelques mois plus tard, un poste avec le Gazélec Ajaccio, qui occupe la… 19ème place en Ligue 2.

L’exploit Gazélec Ajaccio

« Au moment où il arrive, même si l’on n’était pas à la rue au classement, c’était déjà prévu qu’il continue en National. Si on arrivait à se sauver, tant mieux, mais l’objectif était de préparer, en cas de descente, la saison prochaine, en National. Pour essayer de remonter, tout de suite » raconte Clément Maury, le gardien du GFCA. Lorsqu’il arrive, en février, et même si les Corses ne sont qu’à six points du premier non-relégable, l’objectif est donc clair pour Thierry Laurey. Quelques semaines plus tard, le club descend effectivement en National. Ce qui lui permet de construire son effectif avec plus de liberté. « A ce moment-là, il façonne forcément son effectif en fonction du football qu’il veut et de sa façon de manager, qui passe mieux avec des joueurs plus jeunes. Par exemple, pendant une séance, il peut pourrir un joueur. Et c’est pour cela qu’il arrive mieux à gérer des jeunes parce qu’ils vont être moins enclin à répondre. Mais cela ne va pas l’empêcher, juste après la séance, de plaisanter avec ce joueur-là. Sur le moment, il parle avec ses mots, pour faire progresser ses joueurs et son équipe. Et il ne va pas passer par quatre chemins » note son ancien portier. S’il conserve quelques cadres (Rodéric Filippi, Louis Poggi, Anthony Colinet), il fait venir, entre autres, Yoann Andreu, Famara Diédhiou, John Tshibumbu. Grâce, notamment, à un début de saison excellent (8 victoires, 4 nuls et 1 défaite en 13 matchs), le Gazélec remplit son objectif de remontée immédiate. « Je pense que cette montée-là est plus forte que la précédente et que la suivante, parce qu’on avait affiché nos ambitions et qu’on était attendu. Cette montée était voulue, programmée et effectuée » assure Clément Maury.

Laurey a su faire du Gazélec un club plus structuré © Nice Matin

En L2, il s’entoure de quelques vieux briscards, comme Jérémie Bréchet, David Ducourtioux et Grégory Pujol. Mais avec toujours des jeunes ou des revanchards aux dents longues : Amos Youga, Mohamed Larbi, Khalid Boutaïb. Plus petit budget de l’antichambre, les Gaziers sont attendus pour jouer le maintien. Mais dans un championnat toujours ouvert, ils s’installent dans le premier tiers du classement. A la trêve, ils sont même 5èmes, à seulement quatre points du podium. « On a commencé à y croire à partir de la phase retour. Sur la saison aller, en gros, on gagnait à domicile et on perdait à l’extérieur. De fin novembre jusqu’au mois de mars, on n’a pas perdu. On a fait 10 matchs sans défaite. La saison a basculé du bon côté pour être à la lutte sur les trois derniers mois » relate celui qui sera aligné plus de 100 fois dans les cages ajacciennes, par l’ancien international français. En championnat, l’ESTAC s’envole en tête du classement et le Gazélec est à la lutte avec Angers, Dijon, Brest et Nancy pour décrocher les deux derniers tickets. Grâce à une nouvelle série de 10 matchs sans défaite, de mars jusqu’à fin mai, le GFCA obtient une montée historique en Ligue 1.

Laurey a connu sa première expérience en L1 avec le Gazélec

Avec son stade Ange-Casanova de 5 000 places, son budget d’à peine plus de 10 millions d’euros, les Corses font figure d’ovni dans l’élite. Dans les inévitables pronostics de début de saison, personne ne les voit se maintenir. Et leur début de saison (3 nuls et 7 défaites lors des 10 premières journées) ne donne pas tort aux observateurs. « Finalement, on aurait été à la place de Troyes, tout le monde aurait trouvé cela normal. On n’était pas terrible au début. Mais ensuite on fait 10 matchs d’affilées sans défaite, avec 6 victoires. Et on arrive à la trêve avec 24 points, donc c’est encore plus frustrant de ne pas s’être maintenu parce qu’on était en avance sur notre tableau de marche. Sauf que sur la phase retour, on ne fait que 13 points… » regrette Clément Maury. Pendant que le Gaz s’écroule, le Téfécé de Pascal Dupraz réalise l’impossible et parvient à se sauver au détriment des Ajacciens. « Il y a un tournant, en février, où l’on se fait égaliser à Toulouse, à la 90ème. On les aurait mis à neuf points à ce moment-là. C’est une belle saison mais décevante à l’arrivée » relativise le Castelroussin de formation. Une belle saison qui est récompensée aux Trophées UNFP. Le coach des Gaziers est nommé pour le titre de meilleur entraineur, aux côtés de Laurent Blanc (le lauréat), Claude Puel et Stéphane Moulin. « C’est un vote de ses pairs donc c’est gratifiant. Les autres entraineurs savent la difficulté qu’on peut avoir avec des moyens limités. C’était une certaine reconnaissance de le nommer au moins pour le travail effectué » estime Clément Maury.

Arrivé à la fin de son cycle en Corse, il se voit offrir un bon de sortie de la part de ses dirigeants. Après trois ans et demi sur le banc du Gazélec, il s’en va mais restera comme le technicien qui a fait vivre au club la première saison de son histoire dans l’élite du foot français.

A Strasbourg pour confirmer et perdurer

Evoqué au Stade de Reims, Thierry Laurey s’engage finalement avec Strasbourg, le 31 mai 2016. Le « Marseille de l’Est » revit après plusieurs années de galère et vient d’être promu en Ligue 2. Il remplace Jacky Duguépéroux, que le club n’a pas souhaité prolongé, pour débuter un nouveau projet. En faisant venir Kader Mangane et Khalid Boutaïb, il s’entoure de joueurs qui connaissent sa méthode et s’appuie sur un système de jeu qui a fait ses preuves à Ajaccio : le 4-4-2 en losange. « Cela a fonctionné lorsqu’on a joué en losange, donc on l’a conservé pendant un certain temps. Il faut voir sur la durée de la saison. C’est très épuisant comme système lorsque l’on n’a pas le ballon. Sinon il utilise beaucoup de vidéo pertinente : des analyses de l’adversaire et de nos performances collectives et personnelles passées. Tactiquement, il est très fort » observe Clément Maury.

Alors que l’objectif initial des Strasbourgeois est le maintien, ils s’installent rapidement dans la première moitié du classement. Ils ne descendront, d’ailleurs, jamais plus bas que la 11ème place. Comme avec le Gazélec, la saison bascule du bon côté après la trêve et le Racing se retrouve à la lutte pour la montée. Invaincus lors des dix dernières journées (7 victoires et 3 nuls), les pensionnaires de la Meinau prennent le dessus sur leurs concurrents et remportent leur troisième titre de deuxième division. Grâce au premier titre de sa carrière, le coach alsacien est nommé aux trophées UNFP pour la troisième année consécutive. Mais, devancé par Bernard Blaquart, il n’est, une nouvelle fois, pas élu.

Laurey s’est parfaitement adapté à son nouveau club pour aller chercher la montée en L1

L’été dernier, son nom est cité à Montpellier, avant qu’un autre ancien de la maison pailladine soit choisi : Michel Der Zakarian. Pendant ce temps-là, il perd ses deux meilleurs buteurs (Khalid Boutaïd et Baptiste Guillaume) et modifie profondément son effectif. Avec Bingourou Kamara, Bakary Koné, Kenny Lala, Jonas Martin, Nuno Da Costa ou encore Martin Terrier, ce sont autant de titulaires en puissance qui arrivent et qui réclament un temps d’adaptation. Logiquement, le début de saison est difficile (3 victoires, 5 nuls, 6 défaites). Pour l’instant, le RCSA navigue au niveau de la place de barragiste mais n’est pas décroché par le peloton de la L1. Pour Clément Maury, « il va se servir de l’année que l’on a eue, pour arriver à se maintenir. Avec un club qui a plus de moyens et une autre histoire en L1. Ce n’est pas du tout le même contexte et ce ne sera pas la même saison mais il y aura forcément des moments qui se ressembleront. Il pourra donc se servir des précédents. Et je ne doute pas qu’il va s’en servir car même s’il veut toujours avoir raison, cela ne l’empêche pas de prendre en compte ce que les gens disent autour de lui ». Comme, par exemple, son 4-4-2 en losange, qu’il modifie, parfois, en fin de match, pour des systèmes de jeu moins énergivores. Pour envisager le maintien et vivre, pour la première fois, une deuxième saison consécutive en Ligue 1, il va devoir créer une série positive et faire de la Meinau, une forteresse imprenable.

Stadito remercie Michel Rodriguez, Jérôme Hiaumet, Samuel Allegro, Florent Petit et Clément Maury pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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https://stadito.fr/2017/11/12/umut-bozok-virtuose/

Clovis Canivenc

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