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Umut Bozok, le virtuose

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Umut Bozok

A l’aise avec ses pieds devant les buts, Umut Bozok l’est aussi avec ses mains devant un piano ou sur un tatami. Des talents étonnants pour ce buteur hors-pair, qui n’a pourtant pas été conservé par le FC Metz, à 19 ans. Meilleur buteur de National, la saison dernière, il est en route pour réaliser le doublé en Ligue 2, avec le Nîmes Olympique. De quoi viser la Ligue 1 ?

C’est à Saint-Avold, petite bourgade de Moselle, située à la frontière allemande, qu’Umut Bozok grandit. Issu d’une famille, plus musicienne que footeuse, il s’inscrit tout de même dans le club local, à 6 ans : l’Etoile Naborienne.

Une révélation tardive au poste d’attaquant

Fort physiquement, Umut Bozok débute au poste de défenseur central. « Au niveau physique, il était au-dessus des autres. En qualités techniques, ce n’était pas le meilleur mais c’était un bosseur. Et c’est l’envie de travailler qui l’a fait progresser » indique Mathieu Falize, son entraineur de la catégorie Poussins jusqu’en U15. Dès son plus jeune âge, le Naborien affronte régulièrement le FC Metz, d’un certain Maxwell Cornet. Mais il va devoir attendre le passage sur grand terrain, en U15, pour attirer le club phare du département et se passionner pour le foot.

Umut Bozok avec son papa, Bulut © Le Républicain Lorrain

« Le déclic, il l’a eu sur grand terrain. Il a été surclassé immédiatement grâce à ses qualités physiques » se souvient Mathieu Falize. Mais ce qui va, alors, faire la différence, c’est son replacement en attaque. « Il a toujours eu cette envie d’être attaquant, de marquer des buts. A un moment donné, il manquait du monde en attaque, on l’a essayé et on a, tout de suite, vu qu’il était intéressant à ce poste-là. Il était plus puissant, il allait plus vite que les autres » explique celui qui avait fait de ce « leader positif » son capitaine. Dès lors, tout s’enchaine très vite pour l’adolescent. Un but et deux passes décisives pour son premier match sur le front de l’attaque. Puis le titre de meilleur buteur et la montée de son équipe U15 de DHR à DH. Logiquement le FC Metz vient toquer à la porte. « Metz est venu lui demander de faire des essais et il a pu ensuite intégrer leur centre de formation » ajoute Mathieu Falize, qui entrainait son petit frère, à Saint-Avold, la saison dernière.

Le foot mais pas que…

Depuis son enfance, Umut Bozok multiplie les activités, avec réussite. Partout où il s’investit, il obtient des résultats. Dans le foot, bien sûr, mais aussi le karaté. Champion de Moselle dans la catégorie minimes -65 kg, en 2010, il obtient la ceinture noire à 16 ans. « En jeunes, il ratait quelques matchs pour aller aux compétitions de karaté. Mais lorsqu’il est passé sur le foot à 11, il a commencé à délaisser le karaté » se rappelle Mathieu Falize. A sept ans, il commence également le piano et obtiendra, quelques années plus tard, le prix du Conservatoire de Saint-Avold. Une passion héritée de son papa, pratiquant la guitare traditionnelle turque. « Umut a reçu une excellente éducation. Son papa lui a donné le goût de la musique. Il a fait le conservatoire. C’est un très bon pianiste. C’est vrai que c’est un peu atypique pour un joueur de foot. Il a plusieurs cordes à son arc » confie son agent, Olivier Davo.

Avec un piano chez lui, il a le temps de s’entrainer et d’impressionner ses coéquipiers. « Il est capable de jouer Titanic et après du Sexion d’Assaut ou la bande originale d’Intouchables. Pour un footballeur, ce n’est pas commun » assure son coéquipier à Metz, Lucas Toussaint. « C’est vrai que c’est assez incroyable la facilité qu’il a pour jouer n’importe quel morceau. C’est un phénomène ! Il va essayer de m’apprendre, mais je crois qu’il va falloir du temps… » confirme son nouveau partenaire au Nîmes Olympique, Anthony Briançon. Pour autant, l’avant-centre ne laisse pas les études de côté. « A Saint-Avold, il était en sport-étude au collège La Carrière. Il avait 17/18 de moyenne, et il arrivait à alterner le foot, la musique et le karaté. Il avait un rythme de vie très organisé » se remémore Mathieu Falize. Avec un bac S en poche, il a dernièrement validé un Bac+2 Management d’une carrière d’un sportif professionnel. « Il a commencé à préparer ses diplômes d’entraineurs. Mais c’est aussi un jeune de son âge qui aime les jeux vidéo, notamment FIFA » souligne Olivier Davo. « Il est assez doué en beaucoup de choses. Jeux vidéo, musique, foot… Il est un peu surdoué » résume Fabien Barillon, coéquipier à Marseille Consolat.

Le meilleur buteur de sa génération au FC Metz

Umut Bozok arrive au centre de formation du FC Metz, à 15 ans. Il suit alors une ascension classique jusqu’à la réserve, en étant « presque toujours le meilleur buteur de l’équipe, avec minimum 15 buts » selon João Teixera, qui partageait sa chambre au centre de formation des Grenats. « C’est un pur attaquant. Il est toujours déterminé à marquer, même à l’entrainement. Il a faim de buts » précise Lucas Toussaint. Lors de la saison 2014-2015, il fait ses premières apparitions avec l’équipe réserve, entrainée par José Pinot. Il alterne, alors, avec les U19 et la CFA, qui connaît une période compliquée puisqu’elle descend en CFA2. Il entame la saison suivante, au cinquième échelon national, en tant que titulaire. Il confirme les espoirs placés en lui, en terminant, là encore, meilleur buteur de l’équipe. 13 réalisations en 16 titularisations. Mais, étonnamment, suite à des discussions en interne entre le centre de formation et la cellule professionnel, la décision est prise de ne pas lui proposer de contrat professionnel.

Umut Bozok sous le maillot du FC Metz

A 19 ans, tout s’écroule pour lui. « Il était complétement dégoûté. Il y avait des joueurs devant lui : Habib Diallo (1995) et Moustapha Kaboré (1994). Comme ils avaient déjà ces deux jeunes, je pense qu’ils n’ont pas voulu le faire signer » estime João Teixera. « C’était étonnant. En pro, il y avait beaucoup d’attaquants mais lorsque tu as un attaquant comme lui, tu peux te permettre de le faire signer pour voir ce que cela peut donner. C’était une déception surtout que lui pensait signer pro et qu’il avait fait plusieurs entrainements avec les pros » s’étonne Lucas Toussaint.

Le FC Metz n’aura jamais donné sa chance à Umut Bozok en professionnel © FC Metz

Averti fin avril, de la décision du FC Metz, son agent, Olivier Davo, se met à la recherche d’un point de chute pour son poulain. « Il a eu la possibilité de faire deux essais : à Boulogne-sur-Mer et à Sedan. Les deux ont été positifs ». Finalement, les deux clubs ne donnent pas suite malgré des essais concluants. « Donc on est allé à Marseille Consolat puisque j’avais un bon contact avec l’entraineur, Nicolas Usai. Il a accepté de le tester et en 48h, le club a vu ses qualités et a vite voulu lui proposer quelque chose ». 

« Toutes les qualités physiques et mentales pour réussir »

A Marseille Consolat, en National, Umut Bozok arrive dans une équipe qui a raté de peu la montée la saison précédente. Pour sa première saison à ce niveau, il n’est pas forcément attendu pour un être un des leaders. « Je pense que Metz a fait une erreur en le laissant partir. Il a su s’adapter rapidement au niveau du National, qui est assez rude. Il a pris confiance à force d’accumuler du temps de jeu et surtout en marquant pas mal de but » constate son coéquipier, Fabien Barillon. Sous le maillot jaune et vert, il enfile les buts comme des perles. Le départ de Nicolas Usai, en septembre, remplacé par son adjoint Eric Chelle, n’y changera rien. « J’ai mis à sa disposition une cellule de préparateurs physiques, en plus de ce qu’il pouvait avoir à Marseille Consolat. Il avait toutes les qualités physiques et mentales pour réussir. Le fait qu’il inscrive des buts, au fur et à mesure, c’était une petite surprise parce que même José Pinot, son entraineur au FC Metz, estimait que lorsqu’il était dans la surface, neuf fois sur dix, il la mettait au fond. Finir meilleur buteur, c’était la cerise sur le gâteau » détaille Olivier Davo.

Umut Bozok a su rebondir rapidement à Marseille Consolat

Grâce à 17 buts en 31 matchs, il obtient le titre de meilleur buteur de National et élu dans l’équipe type de la saison. Sur ses 17 réalisations, il transformera 9 penalties, ce qui lui vaudra le surnom de « Lacazette du National » par René Malleville. « Personne ne s’attendait à ce qu’il finisse meilleur buteur pour sa première saison à ce niveau. Même si on savait qu’il avait les qualités pour faire une bonne saison » avoue Fabien Barillon. Malheureusement, d’un point de vue collectif, sa saison se conclut sur une déception. « Rater la montée d’un but, cela nous a fait très mal après une saison longue et difficile. Peut-être que si l’on était en Ligue 2, aujourd’hui, il serait encore à Consolat. Après la montée ratée, un départ du meilleur buteur du championnat était logique et mérité » reconnaît son ancien partenaire.

Les prétendants (Clermont, Niort…) sont, alors, nombreux pour attirer le joueur du club des quartiers Nord de Marseille. « Il y a eu beaucoup de sollicitations en France et à l’étranger. Mais notre choix s’est vite arrêté sur le Nîmes Olympique. Après il a fallu composer avec la direction de Marseille Consolat. On a essayé de faire les choses pour que tout le monde s’y retrouve. Nîmes, c’est un club historique avec une vraie ferveur. C’est une équipe assez jeune et dynamique. Notre choix s’est arrêté lors des discussions avec le président, le directeur sportif et l’entraineur » explique son agent.

Des débuts idylliques avec Nîmes

Umut Bozok s’engage donc, le 9 juin dernier, jusqu’en 2020 avec le club des Costières, pour 130 000€. « Il s’est super bien adapté au groupe. Parfois, il donne l’impression d’être là depuis des années. Nous savions, suite à l’annonce de son recrutement, que l’on recrutait un super joueur. On ne finit pas meilleur buteur de National par hasard, c’est un championnat très compliqué où il y a beaucoup de duels » apprécie Anthony Briançon. Pour ses premiers pas dans le monde professionnel, le numéro 19 des Crocodiles réalise des débuts tonitruants grâce à « sa capacité à garder le ballon dos au jeu, sa lucidité devant le but, sa puissance et sa vitesse ». Avec 10 buts en 13 matchs, il est actuellement le meilleur buteur de Ligue 2. Dont deux triplés inscrits lors des deux dernières réceptions du Nîmes Olympique. « J’étais content pour lui qu’il y ait sa famille au stade ce jour-là pour qu’il puisse fêter ce moment avec ses proches. Après, il ne faut pas qu’il mette trop de triplés parce que l’on aura plus de ballon pour s’entraîner (rires) » s’amuse Anthony Briançon.

Déjà sanctionné à quatre reprises d’un carton jaune depuis le début de saison, l’attaquant trapu (1m78 pour 75 kg) doit encore progresser sur la discipline. « Il a tendance à s’éparpiller de temps en temps avec les arbitres, et du coup il prend souvent des jaunes » regrette le défenseur du NO. Mais les supporters nîmois ne lui en tiendront pas rigueur, tant leur équipe leur donnent du plaisir. 30 buts en 14 journée. Du jamais vu depuis l’Olympique de Marseille en 1994-1995. « Je pense que l’on a l’un des plus gros potentiels offensifs de notre championnat, même s’il y a pas mal d’équipes qui ont aussi de gros potentiels à ce niveau. Pour Umut, j’espère, et je pense, qu’il finira à 25 buts » informe Anthony Briançon. Il faut dire qu’avec Umut Bozok et Rachid Alioui, le coach, Bernard Blaquart dispose de deux attaquants de haut-niveau. « Il y a eu quelques difficultés en début de saison car ils ont un peu le même style de jeu. Ce sont deux attaquants qui aiment se retrouver devant le but, et qui cherchent à être le plus efficace possible. Mais ce sont deux joueurs intelligents. Ils ont compris qu’ils seront meilleurs s’ils jouent l’un pour l’autre. Pour l’équipe, c’est une chance d’avoir deux attaquants comme eux » juge Anthony Briançon.

Umut Bozok, avec la sélection turque

A présent, quid de l’avenir du joueur de 21 ans ? « Aujourd’hui, l’objectif est de réaliser une belle saison collective et individuelle. Après, on ne sait pas de quoi sera fait l’avenir. Mais c’est sûr que son début de saison attire encore plus les regards » révèle Olivier Davo. Fan de l’Olympique Lyonnais depuis l’âge d’or lyonnais dans les années 2000, nul doute, que s’il continue sur ce rythme, il découvrira rapidement la Ligue 1. Peut-être avec le Nîmes Olympique, actuellement sur le podium de la deuxième division. Ce week-end, il aurait dû affronter, en Coupe de France, Marseille Consolat pour le « Bozokico ». Mais il a été retenu avec les U21 de la Turquie pour affronter Malte et la Belgique lors des qualifications pour l’Euro 2019. Déjà appelé en U17 et U18, il fait régulièrement partie du groupe U21 d’Abdullah Ercan depuis plus de six mois. « Sa famille est d’origine turque. Lui a grandi en France. Donc son cœur balance entre les deux cultures » indique son agent. Mircea Lucescu, sélectionneur de la Turquie A observe, sans doute, ses performances. Non qualifié pour le Coupe du Monde, il pourrait être tenté de lancer de jeunes joueurs, comme le Nîmois. L’Euro 2024, que le pays souhaite organiser, pourrait être un bel objectif, à long terme, pour le Franco-Turc.

Stadito remercie Olivier Davo, Mathieu Falize, Lucas Toussaint, João Teixeira, Fabien Barillon et Anthony Briançon pour leur gentilesse et leur disponibilité.

Crédit photo : Yoann Galiotto ©

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