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Samuel Grandsir, rapide comme l’éclair

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Formé à Evreux, club réputé dans les équipes de jeunes, Samuel Grandsir est devenu indiscutable dans le couloir droit de l’attaque troyenne. Décisif et capable de créer la différence dans les matchs couperets, il a été appelé, pour la première fois, en équipe de France Espoirs, début octobre.

C’est en 2004, à 8 ans, que Samuel Grandsir fait ses premiers pas dans le foot, à l’Evreux AC. En 2009, la fusion, avec l’ALM Evreux, donne naissance à l’Evreux FC 27. Le jeune Ebroïcien continue, lui, de gravir les échelons dans sa ville natale qui a déjà vu passer les frères Mandanda, Mathieu Bodmer et Bernard Mendy.

Evreux : un club formateur de premier rang

Si le passé d’Evreux, en termes de formation, est notable, l’avenir s’annonce brillant. Avec Ousmane Dembélé (1997), Dayot Upamecano (1998), Rafik Guitane (1999) ou encore Claudio Gomes (2000), le club a formé plusieurs pépites du foot français. De la génération 1996, on retiendra trois noms, à Evreux : Ibrahim Keita (aujourd’hui à Finn Harps en Irlande), Aloïs Confais et Samuel Grandsir. « En U14, ils avaient été champion de Normandie, devant Le Havre. On a eu du beau monde mais la génération 1996 a marqué son empreinte. L’équipe tournait bien et Samuel, sur son côté, faisait des différences énormes » se souvient Romaric Bultel, responsable de la formation à l’EFC 27. Un côté droit où l’Ebroïcien apporte de la folie par sa vitesse, sa vivacité et ses dribbles. « Il était un peu foufou. Par moment, il dézonait sur le terrain. Il avait du mal à se canaliser, à se situer dans une zone de travail. On attendait plus de rigueur sur le secteur défensif, à ce moment-là. Mais cela allait avec le personnage, avec beaucoup de folie » détaille son ancien entraineur en U15. Celui qui est placé sur un côté pour protéger son physique « relativement frêle » voit alors partir son ami d’enfance, Aloïs Confais, en centre de formation, à Troyes. « Je pense qu’Aloïs était plus mature, plus posé. Samuel, il a fallu attendre un peu et c’est pour cela qu’il est parti relativement tard. Ils ont toujours joué ensemble depuis la catégorie Débutants. Aloïs est parti à Troyes, en U15 et Samuel l’a rejoint un an plus tard. C’est une belle histoire » estime Romaric Bultel.

Samuel Grandsir Evreux

Samuel Grandsir et Aloïs Confais ont grandi ensemble à Evreux

Mais avant de rejoindre son pote à l’ESTAC, le Normand va réaliser une saison remarquable en U17 Nationaux, avec Evreux. « Lorsque l’on avait du mal, on lui donnait le ballon et il faisait la différence. On comptait énormément sur lui. Lorsqu’il était blessé ou suspendu, on n’avait personne pour le remplacer. Il était indispensable par sa vitesse, ses centres et ses dribbles. C’était le meilleur de l’équipe » se rappelle son ancien coéquipier, Seydou Sam, qui a joué trois ans avec lui. Une dizaine de buts plus tard, il est repéré par Philippe Vaugeois, recruteur troyen et voit son rêve se concrétiser. « Il pensait tout le temps au foot. Même lorsque l’on était vacances, on organisait des tournois quartier contre quartier. Il venait, parfois, jusqu’à Vernon, pour jouer au foot avec nous » se remémore Seydou Sam. Des propos confirmés par Romaric Bultel : « Le foot, c’était sa passion. Il ne pensait qu’au foot, jusqu’à, par moment, délaisser un peu la scolarité. S’il avait à choisir entre faire ses devoirs et aller jouer au foot, il n’hésitait pas longtemps. C’était vraiment un mordu qui aimait le foot, pour le ballon, pour le jeu et pour le spectacle. Malheureusement, cela existe de moins en moins. La fraicheur des gamins, comme cela, se perd un peu. Il a marqué les esprits au club ».

Retrouver son pote à l’ESTAC

En 2012, Samuel Grandsir débarque au centre de formation de l’ESTAC. Il est, alors, un diamant brut qu’il faut polir pour l’amener au haut-niveau. Dans des championnats de jeunes, où bien souvent, l’efficacité prime sur le spectacle, le jeune Troyen se retrouve, parfois, dans le doute. « Je ne me souviens pas d’un Samuel qui marquait beaucoup ou qui faisait beaucoup de passe décisive mais je me souviens surtout de l’impact qu’il avait dans le jeu. C’était énorme. Sur un coup de génie, il était capable de te faire basculer un match. Avec un joueur comme ça tu étais rassuré, tu savais que tu avais un leader technique dans ton équipe » affirme Franck Momo, qui l’a côtoyé tout au long de sa formation. Devant simplifier son jeu, être plus travailleur défensivement et plus efficace dans le dernier geste, il commence à prendre conscience, petit à petit, de ses qualités et « progresse de jour en jour » sur ses défauts, selon Franck Momo. « Il a aussi changé physiquement, il tient mieux les duels. Sur l’animation défensive, on le voit, sur le côté ou en pointe, effectuer beaucoup d’efforts. Il sait que pour arriver au haut-niveau, il faut passer par là et le fait bien, jusqu’à maintenant » confie Romaric Bultel.

Samuel Grandsir au centre de Formation

Samuel Grandsir lors de sa formation à l’ESTAC

Son parcours, certes peu précoce mais relativement classique, l’emmène logiquement en équipe réserve à la fin de la saison 2013-2014. Quatre matchs sous les ordres de Claude Robin pour un but. Il participe, alors, à la montée de la CFA2 à la CFA et retrouve son pote, Aloïs Confais, dans l’équipe réserve depuis un an. La saison suivante, il grappille du temps de jeu et débute fort la saison avec deux buts lors de ses trois premières apparitions. Mais la suite est plus difficile pour le natif d’Evreux, qui ne marque aucun but et n’enchaine pas les titularisations. Au total, il dispute 20 matchs pour 12 titularisations. Les doutes apparaissent, alors, pour l’ailier de 19 ans, qui se demande s’il ne restera pas en équipe réserve toute sa carrière. « C’est quelqu’un de posé, qui ne se prend pas la tête, qui aime rigoler avec tout le monde, mais c’est surtout un gars, qui a un gros potentiel et qui en veut toujours plus » souligne Franck Momo.

Samuel Grandsir et Daniel Masoni

Samuel Grandsir, avec Daniel Masoni, lors de la signature de son contrat professionnel

A l’intersaison 2015, l’équipe réserve change d’entraineur. Gharib Amzine remplace Claude Robin, qui se concentre sur le centre de formation. L’ancien international marocain fait, alors, de son attaquant de poche (1m68 pour 64kg) un cadre de son secteur offensif. Résultat, il comptabilise 21 titularisations plus 5 entrées en jeu, et inscrit 3 buts, sur la saison. Des performances qui confirment son besoin de s’aguerrir en complétant deux saisons pleines en CFA pour donner la pleine mesure de son potentiel. Il est, alors, récompensé par les dirigeants aubois qui lui offrent son premier contrat professionnel, d’une durée de trois ans, le 23 mars 2016. « Il faisait partie des joueurs au-dessus du lot dans sa génération, on savait déjà qu’il finirait professionnel et je me rappelle lui avoir dit : « Quand-est ce que tu vas en équipe de France ? ». Parce qu’on voyait très bien son potentiel et, au final, cela s’est réalisé » révèle Franck Momo. Le 24 avril 2016, Mohamed Bradja, entraineur intérimaire de l’équipe première, lui donne même ses premières minutes en Ligue 1. Dans une équipe déjà reléguée en Ligue 2, il joue un quart d’heure en remplacement de Xavier Thiago.

La confiance de Jean-Louis Garcia

Descendus en Ligue 2, les Troyens font confiance à un entraineur, ayant l’expérience de l’antichambre : Jean-Louis Garcia. L’ESTAC entame, alors, un nouveau cycle, dans lequel les jeunes ont toute leur place. Samuel Grandsir fait logiquement partie des élus, appelés à avoir du temps de jeu. « Pour moi, le fait que l’équipe soit descendue, cela lui a permis de s’adapter plus facilement » indique Franck Momo. Il peut, également, compter sur Aloïs Confais, déjà bien installé dans l’équipe. Son nouveau coach espère s’appuyer sur la vitesse et l’explosivité de son numéro 29 pour créer des différences dans les défenses regroupées de Ligue 2. Mais, là encore, les débuts sont difficiles. Lors de la 1ère journée de championnat, il est expulsé cinq minutes après son entrée en jeu. De retour de suspension, Jean-Louis Garcia le titularise pour la première fois de sa carrière, contre Laval. Mais, un mois plus tard, au cours de la 8ème journée, contre le Nîmes Olympique, rebelote. Nouvelle exclusion et deux matchs de suspension à la clé. « Sur ses premières apparitions je pense que cela a été un peu difficile de gérer ses émotions. On a, aussi, pu voir qu’il était plus vite fatigué que les matchs au niveau amateur, ce qui peut se comprendre » remarque Franck Momo.

avant match

Samuel Grandsir en interview d’avant-match

A l’écoute des éléments expérimentés du vestiaire troyen, comme Benjamin Nivet et Stéphane Darbion, il apprend de ses erreurs et appréhende l’exigence du haut-niveau. Suite à ses deux matchs de suspension, il délivre sa première passe décisive pour Adama Niane contre le Gazélec. Aligné le plus souvent sur le côté droit, mais aussi à gauche ou dans l’axe, il dispute 32 matchs dont 20 comme titulaire. Il réalise son match le plus abouti de la saison contre Amiens (4-0), le 4 mars, avec un but et une passe décisive. En l’emportant contre un concurrent direct, les Troyens se relancent, alors, dans la course pour la montée. Une montée qui se joue, lors de la 38ème et dernière journée de championnat, entre six clubs. Opposé à Sochaux, l’ESTAC débute son match de manière catastrophique et est mené 2-0, à la mi-temps. Jean-Louis Garcia lance, alors, sa pépite, à la 52ème minute. Derrière, les Troyens remontent leur retard et l’emportent finalement 3-2, grâce à un but, à deux minutes de la fin, de l’Ebroïcien. Une victoire qui leur permet de disputer le barrage contre le FC Lorient.

Un barrage que les pensionnaires du Stade de l’Aube gagneront sur l’ensemble des deux matchs pour accéder à la Ligue 1. Les deux amis d’enfance vivent, alors, un rêve éveillé avec la montée en première division après avoir débuté, ensemble, sur les terrains de foot d’Evreux.

Samuel Grandsir va découvrir la Ligue 1

La joie d’Aloïs Confais et de Samuel Grandsir lors de la montée en Ligue 1 de l’ESTAC

Un début de saison foudroyant pour Grandsir

Après les promesses entrevues, en Ligue 2, Samuel Grandsir était attendu, en ce début de saison, par les supporters troyens. Encore plus, avec les absences de Benjamin Nivet et Stéphane Darbion, qui ne peuvent plus enchainer régulièrement les matchs. C’est peu dire que, pour l’instant, il répond présent. Avec 2 buts et 2 passes décisives en 11 rencontres, il a presque déjà atteint son total de la saison dernière. « Les exigences du haut-niveau sont différentes et cette année, je me dis qu’il a passé un cap supplémentaire quand je vois ce qu’il est capable de réaliser en Ligue 1 » observe Franck Momo. Buteur contre le Stade Rennais (1-1), contre le FC Metz (1-0) et passeur décisif, après avoir mystifié un des meilleurs défenseurs de Ligue 1, Loïc Perrin, contre l’ASSE, il a déjà rapporté plusieurs points à sa formation. Des points qui compteront, en fin de saison, lorsqu’il sera l’heure de faire le bilan dans la lutte pour le maintien.

Des performances qui ont attiré le regard du sélectionneur de l’équipe de France Espoirs, Sylvain Ripoll. Convoqué pour la première fois en EDF, toutes catégories confondues, il a connu ses deux premières capes, début octobre, contre le Monténégro puis le Luxembourg. « On a toujours su que c’était un bon joueur. Mais pas de là à dire qu’il allait être convoqué en équipe de France Espoirs. Il avait plus le profil d’un joueur qui allait se révéler sur le tard. Comme son départ en structure professionnel, qui s’est fait sur le tard. Il s’est montré en équipe première, un petit peu tard aussi, moins précoce qu’Aloïs Confais en tout cas. Il a mis un peu plus de temps. On savait qu’il allait y arriver mais peut-être pas aussi rapidement » explique Romaric Bultel.

Une première sous le maillot bleu

Samuel Grandsir avec le maillot frappé du coq

Rapide sur le terrain, celui qui a fêté ses 21 ans, l’été dernier, l’a été, également, dans sa progression. Passé de la CFA avec Troyes à l’équipe de France Espoirs en un an et demi, il devra continuer sur sa lancée pour vivre une deuxième saison consécutive dans l’élite. Ce qui serait une première depuis plus de dix ans pour les Troyens. Attendu désormais par ses adversaires, le plus dur commence pour lui : la confirmation.

Stadito remercie Romaric Bultel, Seydou Sam et Franck Momo pour leur gentillesse et leur disponibilité.

L’épisode précédent :

Adrien Thomasson, métronome des Canaris

Clovis Canivenc

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