A LA UNEACTUALITÉFC NantesFocusitoFranceLigue 1

Adrien Thomasson, métronome des Canaris

0

Né au pied des Alpes, Adrien Thomasson a longtemps hésité entre le foot et le ski. C’est finalement le ballon rond qui aura sa préférence. S’en suivront une formation à Annecy, un prêt à Vannes, une révélation avec Evian et le voilà devenu un cadre du FC Nantes.

Adrien Thomasson débute le foot, à six ans, à l’AS Bourg-Saint-Maurice, le club de sa ville natale, qui deviendra, en 2004, le FC Haute-Tarentaise. Mais, à l’époque, celui qui est « doué à tout » selon son entraineur, Jean-Christophe Lecoq, hésite encore entre ses deux passions : le foot et le ski.

Une enfance entre football et ski alpin

Né dans une région où les sports d’hiver occupent une place majeure, Adrien Thomasson s’essaye logiquement au ski alpin. Avec pour spécialité le slalom, il participe même à des compétitions entre 12 et 14 ans. « L’hiver, il faisait du ski, et le reste de l’année, il jouait au foot » ajoute Jean-Christophe Lecoq. Pour son papa, français, c’est le foot. Pour sa maman, croate, c’est le ski. « Son papa et son grand-père, qui avait été footballeur de bon niveau en Croatie, étaient foot. Alors que sa maman voyait plus un métier dans le ski que dans le foot. Et je me rappelle lui avoir dit que « s’il faisait du foot son métier, ce ne serait pas les mêmes salaires que dans le ski… (rires) » » raconte son coach en section foot au collège et au FCHT.

C’est au milieu des Alpes qu’Adrien Thomasson a touché ses premiers ballons

Mais c’est bien sur le pré vert qu’il se sent le mieux. Positionné en numéro 10, le Savoyard a du talent. « Quand vous avez un joueur aussi fort, vous lui donnez les clés du camion et vous le mettez dans le cœur du jeu. Mais c’était déjà quelqu’un qui pouvait reculer sur le terrain lorsque l’on était malmené vu l’activité et la grinta qu’il avait » explique Jean-Christophe Lecoq. Ce dernier travaille alors, avec lui, sa finition devant le but : « Il faisait beaucoup de dernières passes. Mais je lui disais que s’il voulait continuer à jouer numéro 10, il fallait qu’il marque plus de buts ». Avec une endurance, une technique et une vision du jeu au-dessus du lot, ce compétiteur né attire quelques clubs professionnels. « Je l’avais proposé à quelques clubs où j’avais des connaissances : Saint-Etienne, Lyon, Guingamp, Lorient. Ils avaient réfléchi et finalement cela ne s’était pas fait. Du coup, il était parti au FC Annecy où j’en avais parlé à Jean-Philippe Nallet, le Manager Général du club » révèle le directeur technique du FC Haute-Tarentaise.

En sport-étude à Annecy

En 2008, Adrien Thomasson arrive au FC Annecy, où il est en sport-étude au lycée Charles Baudelaire de Cran-Gevrier. « Il y a une bonne structure de formation à Annecy, qui se rapproche de celle d’un club pro. Cela lui a permis de rester proche de son entourage et je pense qu’il en avait besoin parce qu’il marche à l’affectif » informe Tiphaine Cadot, son entraineur en U19. Ce dernier et le président du FC Annecy, Stéphane Loison retiennent les mêmes qualités chez le Borain : sa technique « au-dessus de la moyenne ». Son endurance, « il avait 20 en VMA ». Son mental « de vainqueur ». Et sa polyvalence, « il pouvait jouer, aussi bien, en 6, 8, 10 ou même sur un côté. Je me souviens même qu’il avait été utilisé en tant qu’avant-centre, lors d’un match où l’on avait plusieurs blessés. Mais son poste de prédilection reste au milieu, dans l’axe ». Mais ce qui ressort, également, c’est son énergie débordante, qu’il fallait canaliser. « C’était son point faible, à l’époque. Il pouvait dégoupiller rapidement. Par exemple, il avait purgé cinq ou six matchs de suspensions après avoir mis un coup de pied dans un panneau publicitaire. S’il était dans une altercation, il pouvait prendre des cartons un peu bête. Mais j’ai l’impression qu’il a bien évolué parce que je n’ai pas retrouvé cela dans son parcours » constate Tiphaine Cadot.

Adrien Thomasson, avec le président du FC Annecy, Stéphane Loison

Meilleur joueur de son équipe en U17 Nationaux puis en U19 Ligue Honneur, il est logiquement repéré par le principal club de la région : Evian-Thonon-Gaillard. « On était en partenariat avec Evian. On a une filière de formation élite amateur et les joueurs qui avaient vocation à rejoindre le monde professionnel, on les orientait vers Evian. C’était donc une suite logique d’aller là-bas en sortant de chez nous » détaille Stéphane Loison.

Des débuts fulgurants à Evian mais une confirmation difficile

A 17 ans, Adrien Thomasson intègre donc le club fraichement promu en Ligue 1, mais pour jouer, dans un premier temps, avec l’équipe U19. Le club ne possède alors pas de centre de formation. Ce dernier sera inauguré en 2013. En quelques semaines, il connaît une progression brillante. Au bout de trois mois, il est promu en équipe réserve, en CFA2. En fin de saison, ce sont les portes de l’effectif professionnel qui s’ouvrent à lui, grâce à Pablo Correa. Il dispute, à 18 ans, ses premières minutes en Ligue 1, dans une équipe qui a déjà assuré son maintien. Trois bouts de matchs contre Ajaccio, Nice et Brest, pour un total de 44 minutes de jeu. « Le fait d’être dans un « cocon » durant l’adolescence, je pense, que cela a été précieux pour lui. Et ensuite, il est arrivé dans le monde professionnel avec beaucoup de fraicheur » remarque Stéphane Loison.

Adrien Thomasson sous les couleurs de l’ETG

La saison suivante, il s’imagine, sans doute, poursuivre son apprentissage de la Ligue 1. Mais le remplacement de Pablo Correa par Pascal Dupraz, début septembre, et le fait qu’il ne soit pas encore préparé à vivre une saison entière dans l’élite, l’obligent à retourner jouer avec la réserve. « Il ne se prenait pas la tête. Il continuait de travailler. C’est un mec humble, droit, la tête sur les épaules et c’est pour cela qu’il a réussi » assure Mickaël Salamone, gardien de l’équipe en CFA2. Placé sur un côté par son entraineur Ronan Salaün, il est un élément majeur en réserve. Il termine même meilleur buteur de l’équipe, avec neuf buts en 24 matchs. « Il était déjà au-dessus. Mais il lui manquait un petit truc en plus qu’il a pris grâce à son prêt à Vannes. Sinon je pense qu’il aurait peut-être un peu stagné, en restant à Evian » précise son ancien partenaire. A l’intersaison, sa belle saison est récompensée par la signature de son premier contrat professionnel d’une durée de trois ans, jusqu’en 2016.

Une saison pleine en Bretagne

Voulant du temps de jeu à un niveau supérieur, Adrien Thomasson est prêté à Vannes, en National, à la fin du mercato, après avoir été mis à l’essai pendant trois jours. Il est, immédiatement, lancé dans le bain par son entraineur Thierry Froger. Au sein d’une équipe en difficulté, et qui ne connaitra son premier succès en championnat qu’à la 7ème journée, il sort du lot. « Le coach le faisait jouer à gauche. Il aimait bien rentrer sur son pied droit. Il était très efficace avec des buts et des passes décisives. C’était un élément important de l’équipe » se souvient son coéquipier, Yannick Aguemon. Alors qu’il quitte, pour la première fois, la Savoie, le Franco-Croate ne semble pas avoir le mal du pays, au contraire. « C’était quelqu’un qui avait toujours le sourire. Il profitait de quitter sa région natale, pour connaître la Bretagne. Et le fait de connaître autre chose, cela lui a permis de grandir » estime le Béninois. Mais celui qui a la haine de la défaite, « même aux petits jeux à l’entrainement », voit son équipe s’incliner à 14 reprises en championnat et terminer à la 17ème place du classement, synonyme de relégation. « On avait vécu une saison compliquée mais il y avait, quand même, une bonne ambiance. Au-delà du fait qu’on soit descendu, cela a été une saison très enrichissante pour tout le groupe » affirme l’actuel joueur de Louvain.

Sa saison en Bretagne a été un déclic dans sa carrière

Très en vue, le milieu offensif d’1m77 pour 72kg affiche des statistiques intéressantes pour sa première saison à ce niveau (8 buts, 8 passes décisives en 27 rencontres). Il inscrit même un triplé contre Uzès lors de la 19ème journée. Petite éclaircie dans la triste saison du VOC, le 32ème de finale de Coupe de France où les joueurs de Thierry Froger accrochent l’AS Monaco de Radamel Falcao et James Rodriguez (3-2). A l’issue de cette saison réussie sur le plan individuel, l’Evianais semble en mesure de s’imposer dans son club formateur. « Il ne voulait pas rester à Evian pour être sur le banc ou en réserve. Il avait un plan de carrière bien défini » confirme Yannick Aguemon.

Un nouveau statut à Evian

Pourtant, à son retour à Evian, les dirigeants et le staff songent à, de nouveau, prêter Adrien Thomasson. Tout est bouclé avec le Gazélec Ajaccio pour une cession temporaire d’un an. Les Corses annoncent même son arrivée sur leur site internet. Mais Pascal Dupraz annule tout, au dernier moment, après le premier entrainement de la saison. Il sent que son heure a sonné.

Pourtant il ne l’intègre pas immédiatement à son équipe et le laisse sur le banc ou en réserve. Mais la situation compliquée de l’ETG qui squatte la zone de relégation, pousse l’entraineur savoyarde à lancer son protégé. Une première titularisation contre Guingamp et déjà une première passe décisive. Il enchaine alors les titularisations et est l’un des seuls joueurs des Roses à surnager avec Daniel Wass, Yeltsin Tejeda ou Clarck Nsikulu. « C’était l’un des meilleurs joueurs de l’ETG, dans une période difficile et cela prouve beaucoup de choses. De rayonner lorsque tout va bien, il y a beaucoup de joueurs qui en sont capables. Mais d’être capable de rester à flot, lorsque le bateau tangue, ce n’est pas donné à tout le monde et c’est là qu’on voit les vrais bons joueurs » insiste Jean-Christophe Lecoq, qui est resté en contact, régulièrement, avec son ancien joueur.

Il inscrit ses deux premiers buts, en première division, au cours du mois de janvier, contre Rennes puis Toulouse. Il finit sa première saison dans l’élite avec deux buts et quatre passes décisives en 21 matchs mais ce n’est pas suffisant pour sauver l’ETG de la relégation. La faute à une série de huit matchs sans victoire lors des huit dernières journées. Révélation de la saison dans son club, celui qui admire Luka Modric voit alors son avenir s’éloigner du Parc des Sports d’Annecy.

Au FC Nantes pour passer un cap

Courtisé par plusieurs clubs de Ligue 1, c’est finalement au FC Nantes qu’Adrien Thomasson s’engage pour 800 000€ et un contrat de trois ans. « Quand il m’a dit qu’il allait signer au FC Nantes, j’étais content parce que je trouve que la philosophie de jeu à Nantes, lui correspond bien. Je trouvais que c’était un bon club pour lui » confie Jean-Christophe Lecoq. Mais avec Michel Der Zakarian comme entraineur, le FCN produit un jeu défensif. Le Savoyard s’installe, alors, comme un des meneurs de jeu de cette équipe, avec le Brésilien Adryan et l’Américain Alejandro Bedoya. Il finit cette saison avec des statistiques honorables (2 buts et 4 passes décisives pour 34 rencontres). Les Canaris se classent en milieu de tableau. L’ère Michel Der Zakarian, en fin de contrat, arrive à son terme. Il est, alors, remplacé par un entraineur au profil similaire : René Girard.

Adrien Thomasson à l’échauffement avec les Nantais

Mais la mayonnaise ne prend pas. Les Nantais occupent les dernières places du classement et à la trêve, Waldemar Kita prend la décision de limoger l’ancien coach de Lille ou encore Montpellier. Durant cette première partie de saison, le numéro 8 des Jaunes et Verts n’est pas au niveau, non plus. Incapable d’être décisif, il se retrouve dans l’ombre de deux jeunes formés à la Maison Jaune : Amine Harit et Valentin Rongier. Mais le changement d’entraineur et l’arrivée de Sergio Conceição, le métamorphose. Ce dernier l’installe à gauche dans son 4-4-2 et lui donne confiance. Résultat, deux buts et deux passes décisives en deuxième partie de saison et un impact grandissant dans la construction du jeu nantais. Les Nantais finissent la saison en trombe et parviennent à accrocher une 7ème place inespérée.

Mais cet été, le technicien portugais quitte la Loire-Atlantique pour rejoindre le FC Porto. Waldemar Kita frappe alors un grand coup, en attirant Claudio Ranieri. Là encore, la philosophie de jeu est basée sur une assise défensive forte mais les résultats donnent raison au Mister. Dans ce système, celui qui fêtera ses 24 ans, le 10 décembre prochain, doit assumer des responsabilités dans la création, avec Valentin Rongier, pour servir dans de bonnes conditions Emiliano Sala ou Préjuce Nakoulma. « Il a adoré Sergio Conceição, comme beaucoup de Nantais. Et pour l’instant avec Claudio Ranieri, cela se passe bien même s’il me dit : « il faut qu’on défende par contre » (rires) » s’amuse Jean-Christophe Lecoq. Sous contrat jusqu’en juin 2018, le Nantais doit encore progresser sur ses statistiques, pour devenir incontournable au FCN et en Ligue 1.

Stadito remercie Jean-Christophe Lecoq, Stéphane Loison, Tiphaine Cadot, Yannick Aguemon et Mickaël Salamone pour leur gentillesse et leur disponibilité.

Lire plus :

https://stadito.fr/2017/10/15/julian-jeanvier-force-tranquille/

Clovis Canivenc

You may also like

More in A LA UNE