Julian Jeanvier, la force tranquille

Passé par l’INF Clairefontaine, c’est avec Nancy que Julian Jeanvier fait ses débuts professionnels. Mais quelques mois plus tard, il quitte son club formateur, en fin de contrat, pour signer à Lille, s’attirant alors les foudres des dirigeants nancéiens. N’ayant jamais réellement eu sa chance avec le LOSC, il a su rebondir au Stade de Reims pour devenir le patron de l’arrière-garde champenoise, une des meilleures de Ligue 2.

Julian Jeanvier débute le foot, à sept ans, dans sa ville natale, à l’USA Clichy. Ce club, un des plus vieux de France, a pris l’habitude, ces dernières années, de former des jeunes joueurs qui prennent ensuite la direction des centres de formation de clubs professionnels.

Clichy : la ville et le club de cœur

Julian Jeanvier fait toutes ses classes à l’USAC, où il s’entraine, juste à côté de chez lui, en rentrant des cours. Samir Zaidi, éducateur chez les Rouges et Noirs, se souvient d’un garçon « réservé, très respectueux et qui ne créait pas de problèmes ». Fréquemment surclassé, celui qui évolue, à l’époque, numéro 6, sort du lot sur la pelouse du stade Nelson Paillou. « Et pourtant, il y avait des supers joueurs autour de lui, qui sont allés, ensuite, au centre de formation du PSG, de Nice ou de Monaco » assure l’éducateur. Parmi ces joueurs, se trouvent Kévin Malcuit, un de ses meilleurs amis.

Kévin Malcuit et Julian Jeanvier, lors d’un concert d’Axel Tony

Samir Zaidi détaille des qualités chez son ancien protégé qui, assez étonnamment, rappellent celles d’un joueur offensif. « Il avait des appuis très courts et allait très vite. Techniquement, dans l’utilisation du ballon et dans la récupération, il était très bon ». Mais ce que l’on remarque en premier, chez lui, c’est sa taille. « Jusqu’à l’âge de 14 ans, il était vraiment petit, un des plus petits sur le terrain, mais il avait une détente énorme. Et quand on voit sa famille, on comprend pourquoi il a grandi d’un coup. Ils sont tous très grands » explique-t-il.

Le stade Nelson Paillou où Julian Jeanvier a fait toutes ses classes

Aujourd’hui, le Clichois est devenu un exemple pour tous les jeunes de son quartier. « C’est une chance d’avoir des joueurs de notre ville qu’on voit à la télé et qu’on puisse dire à nos jeunes qu’il a été formé à l’USAC, c’est ce qui les tient, en dehors de la cité » confie Samir Zaidi.

Une préformation à l’INF Clairefontaine

Performant avec l’USA Clichy, Julian Jeanvier décide de tenter sa chance à l’INF Clairefontaine. Mais pour intégrer la prestigieuse structure de préformation, la sélection est rude et les candidats nombreux. « Avant, lors des sélections pour l’INF, les clubs pouvaient envoyer autant de joueurs qu’ils voulaient. Donc il y avait un brassage énorme. Il s’est imposé parce qu’il travaillait bien à l’école et c’était quelqu’un de respectueux, de bien éduqué. Et après sur le terrain, il était au-dessus de la moyenne » rappelle Samir Zaidi. « Au départ, on était 1500 ou 2000 joueurs, donc forcément on était très content de faire partie des 24 élus » confirme Cachito Wanduka, lui aussi admis dans la promotion 1992. Une génération où peu de joueurs se sont, finalement, révélés en professionnel : citons Terence Makengo, Jérémy Hélan ou encore Martin Mimoun.

La promotion 1992 de l’INF Clairefontaine

A 13 ans et pour la première fois de sa vie, il quitte Clichy et ses proches, et ne revient que le week-end pour jouer avec l’USAC. Une nouvelle vie qui ne le bouleverse pas tant que cela. « A partir du moment où l’on quittait tous nos proches, c’était plus facile. On était comme une famille » affirme Cachito Wanduka. Alors qu’il évolue toujours au poste de milieu défensif, ses performances attirent l’AS Nancy Lorraine. Son départ se fait « par l’intermédiaire du recruteur Jacques Le Quéré, qui est venu directement à l’INF et qui nous a dit qu’il était intéressé » se rappelle son ancien coéquipier, qui lui aussi rejoint l’ASNL.

Une ascension linéaire à Nancy

Julian Jeanvier arrive, en 2007, au centre de formation du club au chardon. Au sein d’une génération talentueuse, qui remporte son championnat en 16 ans, il fait partie de ceux sur qui on compte pour l’avenir et est même sélectionné à une reprise en équipe de France. « Il n’avait pas joué mais cela avait été une belle expérience pour lui » révèle Cachito Wanduka, qui partage sa chambre au centre de formation avec lui. Lorsqu’il évolue en 18 ans, sa poussée de croissance à l’adolescence pousse ses entraineurs à le replacer en défense centrale. « En tant que milieu défensif, il avait déjà la hargne et la volonté de bien défendre. Ensuite, comme il était un peu plus petit que les autres, il a dépanné en tant que latéral droit. Et en prenant de la taille et du muscle, il est repassé dans l’axe » indique celui qui évolue également en défense centrale.

Julian Jeanvier avec le maillot de l’ASNL

Logiquement, le Guadeloupéen poursuit sa progression et intègre l’équipe réserve de l’ASNL où il passe un cap sur tous les plans. Le club lui propose alors un contrat professionnel d’une année. « On était beaucoup en défense et le club a dû faire des choix. Donc c’était une joie parce qu’il n’était pas sans rien et en même temps, il était déçu parce que cela montrait que le club n’était pas vraiment à 100% derrière lui » avoue Cachito Wanduka, qui lui quitte Nancy, à ce moment-là.

Onze petits matchs et puis s’en va

La première partie de saison 2012-2013 de l’AS Nancy Lorraine est catastrophique. Lanterne rouge avec seulement onze points, à la trêve hivernale, Jean Fernandez démissionne et c’est alors Patrick Gabriel qui prend la relève. Directeur de la cellule de recrutement puis du centre de formation, ce dernier connaît parfaitement les jeunes nancéiens et décide dans lancer plusieurs en professionnel. Julian Jeanvier en fait partie, tout comme Ziri Hammar, Florent Zitte ou encore Jean-Landry Bassilekin. Ce dernier souligne que « Jean Fernandez, misait aussi beaucoup d’espoirs sur lui, même s’il ne lui avait donné sa chance. Il aimait son style de jeu. Avec Patrick Gabriel, les choses ont bougé et il a joué quelques matchs, où il s’est plutôt bien comporté ».

Julian Jeanvier a fait ses débuts professionnels grâce à la nomination de Patrick Gabriel

Il débute contre Drouais, en Coupe de France puis en Ligue 1 contre le LOSC, où ses adversaires du jour repèrent ses qualités et son potentiel. Dans la défense à trois mise en place par Patrick Gabriel, il enchaine et dispute, en tout, onze rencontres. « Pour un jeune défenseur, il a été lancé dans une composition d’équipe, en 3-5-2, qui l’a mise en confiance. Il avait le soutien de ses deux partenaires en défense centrale et je pense que cela l’a aidé » remarque Cachito Wanduka. Début février, il se fait remarquer, à cause d’une altercation à l’entrainement avec Sébastien Puygrenier. « Comme on était dans une mauvaise passe, tout le monde était un peu nerveux et cela a vite dégénéré mais ce n’était pas grand-chose » se remémore Jean-Landry Bassilekin. « Malheureusement cela lui a donné un peu une mauvaise image alors que c’est un super mec » ajoute Cachito Wanduka.

Julian Jeanvier n’aura disputé qu’une dizaine de matchs avec son club formateur

Alors que la saison avance, les dirigeants nancéiens se rendent bien compte du talent de leur jeune défenseur central. Ils lui proposent alors une prolongation de contrat de deux ans. Proposition qu’il refuse, préférant s’engager avec Lille pour un contrat de quatre ans, dès le mois de mars. Un choix qui mettra hors de lui son entraineur et qui déclarera : « Il n’a que trois matches de Ligue 1 et tout à coup, on s’enflamme. Pour moi, j’insiste, il n’a pas fini sa formation. À Lille, il jouera… ou pas. Et ça peut se finir par un prêt à Mouscron ». Mais selon Jean-Landry Bassilekin, le manque de confiance du club lors de la signature de son contrat professionnel et l’attrait du LOSC étaient des arguments trop importants : « On en parlait souvent en salle de musculation. Il estimait qu’on ne lui avait pas fait assez confiance en lui proposant un contrat d’une seule année. Et il y avait aussi le fait que Lille, un des plus grands clubs français, l’ait contacté ». Il finit donc la saison avec l’équipe réserve et observe, de loin, la remontée au classement de ses coéquipiers qui échouent à deux points du premier non-relégable.

Au LOSC pour entrer dans une nouvelle dimension

Julian Jeanvier fait ses premiers pas au LOSC, à l’été 2013. Mais entre sa signature et son arrivée, l’entraineur a changé de tête. Exit Rudi Garcia, parti à la Roma et bienvenue René Girard. Et ce dernier ne compte pas vraiment sur le néo-Lillois, et lui préfère Simon Kjaer, Marko Basa, David Rozehnal ou encore Adama Soumaoro. Il évolue toute la saison en équipe réserve et n’apparaitra qu’à quatre reprises sur le banc de l’équipe première. « Il était un peu déçu de son traitement. On était plusieurs dans ce cas de figure. Mais il a su rester professionnel, patient et travailleur malgré cela. Il savait que c’était des moments qui arrivaient parfois dans une carrière » informe Mehdi Bourabia, arrivé dans le Nord, la même année. Il est vrai que l’équipe réserve lilloise a plutôt fière allure avec, entre autres, Medhi Jean Tahrat, Arnaud Souquet et Jean-Eudes Aholou.

Julian Jeanvier lors de sa signature au LOSC

La bonne saison des joueurs de René Girard, qui termineront troisième du classement, ne facilite pas son intégration. « Il s’entrainait avec la réserve les veilles de matchs mais sinon il faisait partie du groupe professionnel. Le coach avait un système qui était déjà en place et il ne voulait peut-être pas le changer. A cette époque-là, cela a bien marché donc on ne peut pas trop critiquer ses choix » admet Mehdi Bourabia. Performant et régulier, il dispute une vingtaine de matchs en CFA. « Vu qu’il venait du groupe professionnel et qu’il enchainait les matchs, il avait, naturellement, pris un rôle important. Mais c’était plus par sa présence et son implication que par sa communication. C’est quelqu’un qui essaye de gérer calmement les situations » remarque celui qui évolue, aujourd’hui, à Konyaspor, en Turquie.

Julian Jeanvier à l’entrainement sous le maillot lillois

En fin de saison, un prêt devient la solution idoine pour trouver du temps de jeu. Direction donc la Belgique et le club partenaire du LOSC : le Royal Mouscron-Péruwelz.

Une saison noire en Belgique

Pour sa première expérience à l’étranger, Julian Jeanvier s’adapte bien dans un groupe où figure beaucoup de Français. Mais sur le terrain, tout ne se passe pas comme prévu et il n’obtient pas ce qu’il était venu chercher : du temps de jeu. « Il sortait d’une année compliquée et il venait pour se relancer. Il a fait des bons matchs mais il n’a pas pu enchainer 4/5 matchs d’affilées, à cause de blessures, suspensions… Cela l’a un peu handicapé » précise Kévin Boli. La concurrence à son poste, avec Teddy Mézague, Benjamin Delacourt et Kévin Boli, ne l’aide pas. Au total, il disputera seulement 1 000 minutes toutes compétitions confondues.

Julian Jeanvier a vécu une saison galère en Belgique

Mais c’est surtout en dehors des terrains que cette année sera difficile à vivre pour le Clichois, avec le décès de sa mère. Très touché, il pensera même à arrêter le foot. « Je pense que le soutien de sa famille, de ses proches et aussi du club, où l’on a essayé de le soutenir comme on pouvait, lui a permis d’avancer. Il a mis les bouchées triples pour aller le plus haut possible dans le foot, pour sa maman » estime Kévin Boli. Dès lors, il souhaite se rapprocher de sa famille, restée à Clichy et est prêté au Red Star, le 31 août, dernier jour du mercato.

Retour aux sources avec le Red Star

Saint-Ouen étant collé à Clichy, Julian Jeanvier peut retourner habiter chez lui. Un retour aux sources qui lui fait le plus grand bien. Son père ayant joué au Red Star, le club parisien revêt une symbolique particulière pour lui. Lancé dans le bain, dès son arrivée, par son entraineur Rui Almeida, il enchaine les titularisations pour la première fois de sa carrière. Formant une charnière centrale solide avec Rémi Fournier, il participe amplement à la belle saison des promus en Ligue 2, qui jouent la montée, à la surprise générale. Il inscrit même ses deux premiers buts en professionnel contre Nîmes puis Clermont.

Julian Jeanvier a retrouvé le sourire au Red Star

Au cours d’une saison où ils doivent s’entrainer à Saint-Leu-la-Forêt et jouer à Beauvais, loin de leur stade Bauer, les Audoniens se serrent les coudes et font de ce contexte, une force. Mais les Verts et Blancs doivent dire adieu à leur rêve de montée, lors de l’avant dernière journée de championnat, laissant le dernier ticket au FC Metz. Le solide défenseur d’1m83 pour 78kg retourne à Lille en laissant derrière lui une belle image avec ses 24 apparitions en Ligue 2. Seules deux expulsions, dont une contre son club formateur, Nancy, viendront quelque peu ternir le bilan de sa belle saison.

Un des meilleurs défenseurs de Ligue 2 à Reims

Alors que c’est, à présent, Frédéric Antonetti, à la tête du LOSC, ce dernier ne compte toujours pas sur Julian Jeanvier. Il quitte alors le Nord, définitivement, pour s’engager, avec le Stade de Reims, relégué en Ligue 2. Son expérience lilloise restera amère puisqu’il ne sera jamais apparu avec l’équipe première des Dogues. A Reims, son début de saison est sur la continuité de celle avec le Red Star. Il se révèle même être un buteur efficace puisqu’il occupe la tête du classement des buteurs lors de la deuxième journée de championnat, et restera le meilleur buteur du club champenois pendant plusieurs semaines. Titulaire aux côtés de d’Anthony Weber dans l’équipe mise en place par Michel Der Zakarian, il dispute 29 rencontres de Ligue 2. Alors que les Rémois, longtemps à la lutte pour la montée, échouent finalement à plus de dix points du podium, le numéro 23 des Rouges et Blancs est récompensé de sa belle saison par une élection dans l’équipe type de Ligue 2.

Julian Jeanvier dans l’équipe type de Ligue 2 pour la saison 2016/2017

Logiquement, ses belles performances attirent les prétendants et, plus particulièrement, les clubs anglais, friands de ce genre de profil. Supervisé par Fulham et Huddersfield, il a fait le choix de s’inscrire dans la durée avec le Stade de Reims, en prolongeant jusqu’en 2019.  Après avoir vécu deux saisons galères à Lille et Mouscron, il ne sait que trop bien qu’il est difficile de trouver chaussure à son pied. Son début de saison lui donne, pour l’instant, raison. Désormais, patron du secteur défensif, avec le départ d’Anthony Weber, il fait la paire avec Yunis Abdelhamid. Son nouvel entraineur, David Guion, lui a même confié le brassard de capitaine, en l’absence de Danilson Da Cruz, contre le Stade Brestois. Buteur contre Clermont, fin septembre, il a offert les trois points à des Rémois, solide leader de Ligue 2, et pouvant envisager de retrouver l’élite, deux ans après l’avoir quittée.

Stadito remercie Samir Zaidi, Cachito Wanduka, Jean-Landry Bassilekin, Mehdi Bourabia et Kévin Boli pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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