Lucas Tousart, infatigable et indispensable récupérateur

Attaquant efficace jusqu’à ses 13 ans, Lucas Tousart a dû batailler pour intégrer un centre de formation. Recalé par Toulouse et Lille, c’est finalement Valenciennes qui lui donne sa chance en 2013. Avec réussite puisque le milieu récupérateur est aujourd’hui un cadre de l’Olympique Lyonnais et capitaine de l’équipe de France U19 championne d’Europe à l’été 2016.

Né à Arras, dans le Pas-de-Calais, Lucas Tousart grandi, après le déménagement de sa famille, de l’autre côté de la France, dans l’Aveyron. Avec deux parents professeurs d’EPS, il se met logiquement à pratiquer différents sports et avec réussite : champion départemental de tennis, champion académique de cross-country en individuel et par équipe. C’est finalement dans le foot qu’il se sent le mieux.

Les débuts à Rignac au poste… d’attaquant

A six ans, Lucas Tousart débute le foot à Rignac, petite commune située à trente kilomètres de Rodez. Ses qualités physiques font de lui un attaquant redoutable. « Il marquait beaucoup de buts. On lui passait le ballon et c’est lui qui faisait le job » confie Hendrick Foucras, qui a joué pendant dix ans avec lui. Claude Janin a, pour sa part, été son entraineur pendant quatre années. Malgré son efficacité offensive, il avait prédit au meilleur buteur de l’Aveyron, avec Morgan Poaty, un futur au poste de milieu de terrain. « Il a toujours eu un gros volume de jeu. La preuve avec ses performances en cross-country. Vu ses qualités, c’est logique qu’on l’ait replacé, surtout qu’aujourd’hui, dans les détections, on ne prend quasiment que des joueurs offensifs et on les reconvertit ensuite » explique-t-il.

Lucas Tousart (à gauche) lors d’une victoire en futsal avec Rignac

Avec leur petit club, les jeunes Rignacois se font remarquer dans la région grâce à de belles performances. « On a remporté trois fois le championnat départemental et deux fois le championnat régional de futsal » se souvient son ancien coéquipier. « Mais on se heurtait ensuite aux clubs de la région toulousaine » regrette l’entraineur. Forcément cela attire le grand club de la région : le Toulouse FC. « Avec mes connaissances, je suis parvenu à conclure un match amical contre le Téfécé. Et Lucas s’est fait remarquer » ajoute Claude Janin. « On est parti ensemble faire les tests au Téfécé. On y est allé à deux reprises mais ils ne nous ont pas pris. Cela a été une grosse déception pour nous deux » affirme Hendrick Foucras.

Une nouvelle vie au Pôle Espoir de Castelmaurou

Lucas Tousart surmonte cette déception en intégrant le Pôle Espoir de Castelmaurou où on lui conseille d’évoluer dans le championnat U14 Elite. Il quitte donc Rignac pour le Rodez Aveyron Football. Au sein d’une promotion où figure, entre autres, Clément Michelin, Issa Diop, Théo Chendri et Morgan Poaty, il se distingue par son physique et sa maturité. « Physiquement, il était au-dessus de tout le monde. C’était un « monstre ». Et il était le plus mature, le plus posé, le plus réfléchi. C’était le capitaine mais c’était aussi le « papa » de notre promotion. Il était toujours à l’écoute » révèle Jérémy Lavaur, un de ses coéquipiers à Castelmaurou.

Lucas Tousart, avec Rodez, lors d’un match contre le Téfécé

C’est au Pôle Espoir qu’il va redescendre sur le terrain et trouver sa place au milieu de terrain. « Il n’y avait que des joueurs offensifs du coup ils l’ont replacé au poste de milieu défensif. C’était le plus apte à jouer à ce poste » se rappelle Jérémy Lavaur. Alors qu’il s’adapte bien à son nouveau poste, Toulouse revient le chercher à sa sortie du Pôle Espoir, ainsi que Lille. Mais les deux clubs ne donnent finalement pas suite et il se retrouve dans l’obligation de rester à Rodez. « Il était au-dessus physiquement mais je pense que, pour les recruteurs, il lui manquait la petite touche technique. Ils avaient peur de sa marge de progression mais il a prouvé à tout le monde, qu’il pouvait encore beaucoup progresser » remarque Jérémy Lavaur. « Ils ne voyaient pas, en lui, un potentiel dans le futur » confirme Hendrick Foucras, qui l’a suivi au RAF.

Déception à la sortie du Pôle Espoir

Resté à Rodez, Lucas Tousart ne perd pas de vue son objectif de devenir footballeur professionnel. « On était ensemble au lycée, en seconde. Et il espérait toujours être professionnel même si, après les deux années à Castelmaurou, il n’a pas intégré de centre de formation » se remémore Hendrick Foucras. Il ne lâche rien et continue de travailler pour réaliser une saison pleine en U17 Nationaux. « En U15 Elite, il était le meilleur buteur du club en jouant milieu défensif. Mais c’est surtout lors de cette saison qu’il m’a le plus impressionné et c’est à ce moment-là, qu’il a été repéré par Valenciennes » détaille son ancien partenaire.

Lucas Tousart sous le maillot ruthénois

Dès lors, tout s’enchaine pour le natif d’Arras qui touche enfin son but de près. « Ils l’ont appelé, un soir, à l’internat du lycée et il est parti, le lendemain, faire un tournoi, sur trois jours, avec eux. Il était surpris mais heureux de recevoir cet appel. On était tous contents de voir qu’enfin, il allait pouvoir intégrer un club professionnel » raconte Hendrick Foucras.

Enfin sa chance avec Valenciennes

Lucas Tousart arrive dans le centre de formation de Valenciennes, avec un an de retard sur la plupart de ses coéquipiers. De plus, il n’est pas considéré comme un élément à fort potentiel mais plus comme un joueur de complément. Conscient de sa chance après avoir raté le train à deux reprises, il va s’imposer comme un joueur indispensable aux yeux de ses entraineurs. « Une fois qu’il a réussi à intégrer un centre de formation, il s’est rendu compte de sa chance qu’il avait et qu’il fallait la saisir. C’est quelqu’un qui ne lâche jamais rien. Par ses qualités footballistiques et la personne qu’il est, il a réussi à prouver aux entraineurs, son vrai potentiel. Plus les matchs passaient, plus il s’est imposé » assure Guillaume Doré, avec qui il partagera sa chambre au centre de formation puis une colocation.

Lucas Tousart lors de la photo officielle à Valenciennes

Il débute sa première saison avec les U17 Nationaux où sa capacité à récupérer des ballons se révèle indispensable au collectif. Il se voit même confier le brassard de capitaine. « Il a prouvé que c’était lui et pas un autre qui devait avoir ce rôle. Il a un gros mental, il encourage toujours ses partenaires et il ne lâche rien » précise Guillaume Doré. Il apparait alors logique qu’il soit surclassé avec les U19 Nationaux de David Le Frapper. Un coach qui aura un rôle important dans sa progression. « C’est un ancien milieu de terrain, donc il le conseillait après quasiment chaque séance d’entrainement, il l’aidait beaucoup. Les deux, ce sont des battants qui ne lâche rien. Donc je pense que là-dessus, ils se sont bien trouvés » souligne son ancien colocataire.

Lucas Tousart a fait parler son physique et sa combativité pour s’imposer en Ligue 2

Il débute la saison suivante avec l’équipe réserve, en CFA2. Mais plusieurs blessures en équipe première et la situation préoccupante du club oblige Bernard Casoni à faire appel aux jeunes du centre de formation. Il fait alors ses débuts professionnels, en compagnie d’Angelo Fulgini, Jean-Luc Dompé ou encore Isaac Mbenza. D’abord en Coupe de France contre Yzeure le 20 janvier puis en championnat où il s’impose tout de suite comme un titulaire et ne sortira plus jamais de l’équipe jusqu’à la fin de la saison. « Il est arrivé avec le groupe professionnel dans une période délicate. Le club jouait sa survie à chaque match et pour un jeune, faire ses débuts dans cette situation, ce n’est pas idéal. Mais cela lui a forgé un mental de disputer ce genre de rencontres. Il devait mouiller le maillot pour faire ses preuves et pour sauver le club » indique Guillaume Doré. L’arrivée de David Le Frapper sur le banc, en fin de saison, ne fera que renforcer son statut. Valenciennes ira, finalement, chercher son maintien lors de la dernière journée de championnat avec une victoire 2-1 contre le Gazélec Ajaccio.

Lucas Tousart, avec l’équipe de France U19, contre l’Angleterre

En fin de saison, il est même surclassé en équipe de France U19 pour disputer l’Euro. « C’était une surprise parce que c’est allé très vite. Mais il a su faire la part des choses, ne pas s’enflammer et prouver au sélectionneur de quoi il était capable » estime Guillaume Doré. Clin d’œil du destin, la préparation pour l’Euro se déroule sur le site du Pôle Espoir de Castelmaurou. Titulaire lors des deux premiers matchs de l’Euro, il ne dispute pas la demi-finale perdue contre les Espagnols, futurs vainqueurs de la compétition.

Dans une autre dimension à l’Olympique Lyonnais

De retour à Valenciennes, après l’Euro, Lucas Tousart dispute la première journée de championnat avec VA mais les courtisans se font très nombreux : l’OM, Tottenham, plusieurs équipes belges et surtout l’OL. Il donne sa priorité au club de Jean-Michel Aulas, réputé pour donner sa chance aux jeunes. Mais son président, Eddy Zdziech, souhaite le conserver. Il va, alors pousser son départ, avec le soutien de son entraineur, David Le Frapper. C’est finalement le dernier jour du mercato que les trois parties trouvent un accord pour 2,5 millions d’euros, plus 0,5 million de bonus et un contrat de cinq ans.

Lucas Tousart lors de sa présentation, en compagnie de Bernard Lacombe, Sergi Darder et Hubert Fournier

Malheureusement sa première saison est loin de ses attentes. Devant faire face à un entrejeu surpeuplé (Gonalons, Darder, Tolisso, Malbranque, Mvuemba, Grenier), il ne dispute qu’une seule rencontre. Le dernier match de championnat disputé à Gerland, contre le SCO Angers où l’OL s’incline 2-0. Les troubles en équipe première avec le limogeage d’Hubert Fournier remplacé par Bruno Génésio, ne facilite pas son intégration. Il passe alors la saison entre l’équipe réserve et les U19 pour la Youth League, avec lesquels il porte le brassard de capitaine.

Capitaine et champion d’Europe U19

Malgré son manque de temps de jeu en équipe première à Lyon, Ludovic Batelli, le nouveau sélectionneur des U19 français, fait immédiatement de Lucas Tousart son capitaine. Un rôle qui lui convient parfaitement d’après ceux qui l’ont connu. « C’est surtout un leader sur le terrain. C’est un combattant, il conseille beaucoup et il adore cela, que ses coéquipiers soient avec lui et partent au combat avec lui. Cela a toujours été un leader même lorsqu’on était plus jeune » explique Hendrick Foucras. « Je ne lui ai jamais confié le brassard parce que je voulais que d’autres joueurs se mettent en avant mais, sur le terrain, c’était déjà un leader naturel. Il a la gniac et il a besoin d’entrainer les autres avec lui » confirme Claude Janin.

L’équipe de France U19 championne d’Europe en 2016

Brillamment qualifiés pour l’Euro en Allemagne, l’équipe de France U19 emmenée par Kylian Mbappé, Jean-Kévin Augustin ou encore Amine Harit, réalise un Euro exceptionnel. Après une défaite inaugurale contre l’Angleterre, les Bleuets terrassent tous leurs adversaires jusqu’à écraser l’Italie, en finale, 4-0.

Le Lyonnais succède alors à ses coéquipiers Clément Grenier, Alexandre Lacazette et Gueïda Fofana, sacrés champions d’Europe en 2010. Malheureusement, l’été suivant, cette génération subit un échec au Mondial U20, en étant éliminé en huitièmes de finale par des Italiens réalistes. Désormais sélectionné avec les Espoirs, le milieu défensif d’1m85 pour 83kg a pour objectif, l’Euro Espoirs 2019, qui se disputera en Italie.

Taulier du milieu lyonnais

A l’été 2016, Lucas Tousart revient à l’OL avec un autre statut après son titre de champion d’Europe. De plus, les départs d’Arnold Mvuemba et Steed Malbranque lui enlèvent un peu de concurrence. Mais c’est surtout la suspension de Maxime Gonalons, après un carton rouge, lors de la quatrième journée qui va lui ouvrir les portes de l’équipe première. Titulaire contre l’OM, lors de la journée suivante, le numéro 29 des Gones impressionne par son abattage à la récupération. Dans un 4-3-3 ou dans un 4-2-3-1, aux côtés de Maxime Gonalons ou de Corentin Tolisso, il conserve le même niveau de performance et ne sort du onze de Bruno Génésio qu’à quelques reprises, et, sans doute, à cause du statut de son capitaine et principal concurrent, Maxime Gonalons. Son fait d’armes le plus marquant intervient à la 18ème journée, contre l’AS Monaco, où il domine de la tête et des épaules le milieu des futurs champions de France. Il termine la saison avec 33 apparitions toutes compétitions confondues.

Lucas Tousart lors de sa prolongation jusqu’en 2022 avec l’OL

L’été dernier, son éclosion a, peut-être, été une des raisons du départ de Maxime Gonalons. En tout cas, le transfert de ce dernier et ceux de Corentin Tolisso et Sergi Darder en font, clairement, le taulier du milieu de terrain lyonnais. Pressenti même pour être capitaine de l’OL, cette saison, c’est finalement Nabil Fékir, qui a été nommé par Bruno Génésio. Installé au poste de sentinelle, dans le 4-2-3-1, il compense et assure l’équilibre d’une équipe parfois coupé en deux entre le quatuor offensif (Mariano, Fékir, Depay, Traoré) et le reste de l’équipe. Titularisé lors de chacune des rencontres de l’OL, cette saison, celui qui a, récemment, prolongé jusqu’en 2022, semble bien partie pour être un cadre des Gones pendant de nombreuses saisons.

Stadito remercie Claude Janin, Hendrick Foucras, Jérémy Lavaur et Guillaume Doré pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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