Emmanuel Bourgaud, le but de toute une vie

Prometteur à sa sortie du centre de formation d’Angers, Emmanuel Bourgaud ne s’est jamais imposé au SCO. Parti en National, à Créteil, Le Poiré-sur-Vie puis Colmar, il devient une valeur sûre de ce championnat. Jusqu’à sa signature à Amiens à l’été 2015 et son fameux but, le 19 mai dernier, offrant la première saison de son histoire en Ligue 1 aux Picards, ainsi qu’à lui-même.

Né à Corné, dans le Maine-et-Loire, à quelques kilomètres d’Angers, Emmanuel Bourgaud débute le football dans le club local. A onze ans, ses bonnes performances attirent logiquement le club voisin, le SCO Angers, dont l’équipe première évolue, à l’époque, entre la deuxième et la troisième division.

Une enfance au SCO

Emmanuel Bourgaud fait alors toutes ses classes sous les couleurs noires et blanches. S’il possède des qualités techniques au-dessus de la moyenne, son physique frêle l’empêche de les exploiter totalement. Il évolue, la plupart du temps, avec les équipes B et C, en jeunes. Finalement une croissance rapide à l’adolescence, lui permet de combler son retard et d’intégrer les équipes A. « C’était un joueur intelligent, il n’était pas très rapide mais il avait de bonnes qualités techniques et peu de manques » se souvient Quentin de Parseval, qui l’a côtoyé en 16 ans et 17 ans Nationaux avant de débuter en professionnel avec lui.

Emmanuel Bourgaud a grandi au SCO Angers

C’est Jean-Pascal Beaufreton qui offre ses premières minutes en National, au Cornéais, lors de la fin de saison 2005-2006. Des débuts, dans son club formateur, vécus « comme dans un rêve » d’après son colocataire au centre d’hébergement angevin. La saison suivante, il poursuit son apprentissage avec Jean-Louis Garcia, qui lui donne environ 300 minutes de temps de jeu, dont trois titularisations. Il inscrit même ses deux premiers buts contre Nîmes puis Toulon. Il participe alors à la bonne saison des Scoïstes, qui décroche la troisième place, synonyme de montée en Ligue 2. A l’intersaison, il est récompensé par la signature de son premier contrat professionnel, à 19 ans. A ce moment-là, il évolue encore en tant que milieu relayeur. « Je pense que son meilleur poste, c’est meneur de jeu. Il peut aussi jouer en numéro 8 mais sur le côté, je trouve qu’il manque de vitesse et de vivacité. Sa place est dans le cœur du jeu » indique Quentin de Parseval. 

Une seule saison à plus de 20 matchs avec Angers

Pour sa première saison en Ligue 2, le jeune Angevin évolue plus souvent avec l’équipe réserve, dirigée par Stéphane Moulin, qu’avec l’équipe première. Avec seulement 180 minutes de temps de jeu, dont une seule titularisation, il doit faire face à la concurrence d’Olivier Auriac, Fahid Ben Khalfallah ou encore Philippe Brunel. A l’été 2008, l’arrivée de Charles Diers lui bouche un peu plus l’horizon et un prêt est évoqué. Il n’en est finalement rien et il s’apprête à vivre une saison galère. Il débute la saison avec un carton rouge contre Bastia et disparaît ensuite de l’équipe de Jean-Louis Garcia. Il ne fera son retour qu’à quelques reprises sur le banc ou pour dépanner en tant qu’arrière droit.

Emmanuel Bourgaud n’aura jamais eu sa chance au SCO © Philippe Renault

Alors qu’un départ est, à nouveau envisagé, sa bonne préparation convainc enfin son entraineur. Il enchaine enfin les titularisations et dispute 16 rencontres lors de la première partie de saison. Evoluant, le plus souvent, au poste d’ailier droit, il connait une deuxième partie de saison plus compliqué où il ne joue que des bouts de matchs. Il prolonge, malgré tout, son contrat de deux années, en mars. Il débute la saison 2010-2011, en tant que titulaire mais une blessure l’écarte des terrains et il ne reviendra plus dans l’équipe première. En accord avec le club, il part en prêt, à l’US Créteil-Lusitanos, en National.

Emmanuel Bourgaud a réalisé six bons mois avec l’US Créteil

Avec les Cristoliens, il obtient ce qu’il est venu chercher : du temps de jeu. En six mois, il dispute 17 rencontres et se montre décisif à plusieurs reprises. De retour à Angers, il découvre que Stéphane Moulin a été nommé entraineur de l’équipe première. Mais ce dernier, qui l’a eu sous ses ordres en équipe réserve, ne semble pas compter sur lui. Il est alors transféré au Poiré-sur-Vie, en National. Son ancien coéquipier, Quentin de Parseval comprend ce choix. « Je ne pense pas qu’il était trop juste pour la Ligue 2, on ne lui a pas assez donné sa chance. Donc il a bien fait d’aller en National pour avoir du temps de jeu » confie-t-il.

Un joueur confirmé de National au Poiré-sur-Vie

En rejoignant le Poiré-sur-Vie, Emmanuel Bourgaud reste proche de sa famille (150km entre Angers et le Poiré-sur Vie). Dans ce club familial, promu en National, il s’intègre naturellement. « C’est un très bon joueur et un super coéquipier. Il est toujours de bonne humeur, souriant et très chambreur » confie Aurélien Gazeau, son partenaire pendant deux saisons au Poiré. Il réalise une bonne première saison sous les ordres d’Oswald Tanchot, disputant 22 matchs pour 5 buts. « Son rôle était important car il était un maillon fort dans l’élaboration du jeu et très adroit dans la zone de vérité » ajoute Aurélien Gazeau. Une blessure mi-avril, le prive de la fin de saison des Genôts, qui terminent en milieu de tableau de la troisième division.

Emmanuel Bourgaud est devenu l’un des meilleurs joueurs de National avec Le Poiré © Laurent Gelot

La saison 2012-2013 va être une des plus belles de l’histoire du Poiré-sur-Vie. Au sein d’un bel effectif, pour un club de National, avec Ernest Seka, Vincent Le Goff, Moussa Marega ou encore Kevin Lefaix, sa « qualité de passe et son sens du jeu » en font un leader offensif, selon son ancien coéquipier. En championnat, le club joue les premiers rôles et s’invite dans la course à la montée jusqu’à l’avant-dernière journée. En Coupe de France, les joueurs d’Oswald Tanchot atteignent les seizièmes de finales en éliminant Le Mans mais s’inclinent face à l’AS Minguettes Vénissieux, évoluant pourtant en CFA2. Sur le plan statistique, il réalise la meilleure saison de sa carrière avec 4 buts et 13 passes décisives, meilleur total de National et dont beaucoup ont été délivrés sur coups-francs. « Ses coups-francs sont un avantage non négligeable surtout quand on connaît l’importance des coups de pied arrêtés » explique Aurélien Gazeau.

Emmanuel Bourgaud, leader offensif des Genôts © Laurent Gelot

La saison suivante est du même acabit avec 9 buts et 6 passes décisives. Mais alors que beaucoup de ses coéquipiers sont partis, le Poiré vit une saison difficile. Leader offensif de son équipe avec Hervé Bazile, il sauve son club d’une relégation lors de la dernière journée, pour seulement deux points. Arrivé au bout de son aventure en Vendée, il se met à la recherche d’un nouveau projet en National.

A Colmar pour changer ses habitudes

Emmanuel Bourgaud s’engage finalement avec Colmar et s’éloigne de sa famille pour la première fois de sa carrière, en allant dans le Haut-Rhin. Il rejoint une équipe ambitieuse de National qui a fini quatrième la saison précédente. « L’objectif était de jouer les premiers rôles et de disputer la montée avec les grosses écuries du championnat » se rappelle Samir Henaini, arrivé la même année. Mais après un bon début de saison où le club occupe le podium, les hommes de Damien Ott s’écroulent et se retrouvent à jouer le maintien. « La direction a alors pris la décision de changer d’entraineur même si la plupart des joueurs étaient attachés à Damien Ott, qui était là depuis plusieurs saisons. Même les nouveaux, on avait une très bonne relation avec lui. Après les résultats n’ont pas suivi et c’est dommage parce qu’on avait vraiment un bon groupe cette année-là » reconnaît Samir Henaini. Avec l’arrivée de Didier Ollé-Nicolle, le club se maintien mais termine dans le ventre mou du championnat, à la neuvième place.

Emmanuel Bourgaud sous le maillot de Colmar

D’un point de vue individuel, il fait une nouvelle saison de haut-vol. « C’était notre meneur de jeu avec Sébastien Chéré » assure l’actuel joueur de l’ES Cannet, en National 3. Buteur et passeur, sa qualité sur les coups-francs est un atout de taille pour le SRC. « C’était le patron des coups de pied arrêtés. On savait qu’à 20 mètres, il y avait 8 chances sur 10, que ce soit cadré et que cela fasse but. Il s’entrainait, d’ailleurs, une fois par semaine. Il prenait le deuxième gardien et des plots. Il pariait même des bouteilles de poirier entre eux. Et il gagnait souvent (rires) » se remémore Samir Henaini. Alors que ses performances pourraient intéresser bon nombre d’équipes de Ligue 2, peu de contacts sont établis et il doit rester en National. Son ancien coéquipier explique cette anomalie : « Il a souvent été suivi par des équipes de Ligue 2. Après il y a le facteur chance qui entre en compte. Il faut qu’un joueur parte pour qu’un autre arrive… ».

« La référence du National » à Amiens

Souhaitant se rapprocher de sa famille et rejoindre une équipe qui vise la montée, Emmanuel Bourgaud quitte Colmar pour Amiens, malgré des contacts avec Strasbourg, Luçon et Les Herbiers. Peu de temps après, Samir Henaini le suit et rejoint également la Picardie. « Amiens c’est quand même un club qui a connu la Ligue 2 pendant plusieurs saisons. En National, on avait tout ce qu’il se fait dans un club de Ligue 2 : le stade, les structures médicales, les terrains d’entrainements… En National, cela ne court pas les rues » explique-t-il. Le milieu offensif arrive précédé d’une belle réputation, avec près de 50 matchs en deuxième division et 150 en troisième. « En National, c’est une référence. Quand on a signé à Amiens, tous les clubs de National aurait aimé l’avoir dans leur équipe » souligne celui qui a été formé à Fréjus.

Emmanuel Bourgaud, à l’entrainement avec Amiens

Peu de temps après son arrivée, il se montre décisif avec un but à la dernière minute sur coup-franc, au cinquième tour de Coupe de France contre Abbeville. En championnat, les résultats des Amiénois sont conformes aux attentes puisque les joueurs de Christophe Pélissier occupent les premières places. Lors de l’avant-dernière journée, ils montent sur le podium aux dépens de Marseille-Consolat. « On gagne le dernier match de la saison à domicile et on monte. Cette année-là, dans les dernières journées, on est allé gagner à Strasbourg et à Fréjus dans les arrêts de jeu. On n’abandonnait jamais et cela s’est retrouvé en Ligue 2 l’année suivante. On savait qu’on n’était personne sans le collectif » raconte Samir Henaini.

Le but le plus important de sa vie

Pour la première fois de sa carrière, Emmanuel Bourgaud vit une saison complète, en Ligue 2, dans un rôle de titulaire. Sur le côté droit du 4-2-3-1 de Christophe Pélissier, il est l’un des cadres des Picards avec Régis Gurtner, Khaled Adénon, Thomas Monconduit ou encore Charly Charrier. Mais à Amiens, aucun joueur ne sort du lot, c’est le collectif qui prime. « C’est ce qui a fait notre force en National et cela a continué en Ligue 2. C’était déjà le mot d’ordre en National » révèle Samir Henaini, parti d’Amiens au moment de la montée en Ligue 2.

L’effectif d’Amiens lors de la saison 2016-2017

Surprise de la saison en Ligue 2, le club se stabilise dans le premier tiers du championnat mais personne ne les imagine monter en Ligue 1. Deuxième avant la dernière journée de championnat, Amiens rencontre Reims et concède le match nul jusqu’à la 96ème minute, qui les prive, pour l’instant, de la montée, au profit de Troyes et de Lens. Arrive alors le coup-franc de la dernière chance. Pour une fois, ce n’est pas le numéro 10 amiénois qui le tire mais Thomas Monconduit. Un cafouillage dans la surface et une frappe plus tard, Amiens se retrouve à la deuxième place du classement, synonyme de montée dans l’élite.

Un but historique qui réjouit tous ceux qui l’ont connu. « J’étais très heureux pour lui. Au niveau de l’émotion, marquer un but à la dernière seconde pour monter en Ligue 1, tout footballeur en rêve. Cela démontre un état d’esprit phénoménal » informe Samir Henaini. « Je l’ai félicité le soir même, c’est un but qui sera gravé à jamais dans sa carrière. C’est quelqu’un de très efficace dans la zone de vérité » déclare Aurélien Gazeau. « Cela m’a fait plaisir pour lui et pour Amiens parce que j’y ai joué pendant cinq ans. J’étais doublement ravi. C’est un super homme, très marrant et un super joueur. Mais il n’y a pas que le joueur, il y a l’homme qui est très bon. C’est le but rêvé parce que c’est le but le plus important de l’histoire d’Amiens. Je pense qu’il doit avoir une statue à Amiens (rires) » se réjouit Quentin de Parseval.

Première saison en Ligue 1 avec Amiens

A bientôt 30 ans, Emmanuel Bourgaud a fait ses premiers pas en Ligue 1 cet été. Comme son club d’Amiens. Même s’il est, aujourd’hui, plus souvent remplaçant que titulaire, ses qualités sur coups de pied arrêtés feront, sans aucun doute, du bien aux Amiénois, dans la lutte contre la relégation. Mais peu importe l’issue de cette saison, il restera dans la légende de l’Amiens SC.

Stadito remercie Quentin de Parseval, Aurélien Gazeau et Samir Henaini pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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