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Benjamin André, travailleur de l’ombre

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Benjamin André est un homme fidèle. Depuis 27 ans qu’il joue au foot, il n’a connu que trois clubs : le Stade Raphaëlois, l’AC Ajaccio et le Stade Rennais. Discret, régulier et polyvalent, il a été le joueur le plus utilisé par Christian Gourcuff et vient d’être nommé capitaine par ce dernier.

Benjamin André est né à Nice mais c’est à Saint-Raphaël, à soixante kilomètres, qu’il commence le foot, au Stade Raphaëlois. « Il adorait le ballon, il adorait le football » se souvient Gaëtan Laclef, responsable de la préformation au sein du club azuréen, à l’époque.

« Un jeune joueur au-dessus de la moyenne »

Il signe donc sa première licence à l’âge de six ans avec le club qui a fusionné en 2009 avec l’ES Fréjus pour former l’Étoile Football Club Fréjus Saint-Raphaël. Gaëtan Laclef retient de lui « un jeune joueur qui était au-dessus de la moyenne » et ne décèle que deux défauts chez lui « son jeu de tête et son pied gauche même s’il s’est beaucoup amélioré en travaillant ». En revanche, il possédait déjà toutes les qualités du milieu de terrain moderne « capable de se projeter vers l’avant avec le ballon et d’anéantir les attaques adverses. Il était technique, intelligent et avait une bonne vision du jeu. Mais c’était aussi un joueur qui était bon dans les duels en un contre un, qui récupérait beaucoup de ballons et avec un gros mental » énumère celui qui est actuellement recruteur pour l’AS Saint-Etienne.

Le logo du Stade Raphaëlois

Il faut dire que le Niçois est à bonne école à Fréjus/Saint Raphaël, dans une région qui a vu passer Anthony Modeste, Adil Rami, Olivier Veigneau, Fayçal Fajr, Mouez Hassen, les frères Constant, Kévin et Bryan ou encore Mickaël Le Bihan, qui jouait avec lui en U15. « C’était un petit qui n’avait pas la grosse tête, qui travaillait et qui se donnait à fond pour aller le plus haut possible. On sentait qu’il était déterminé » affirme Gaëtan Laclef.

Ses performances sont, alors, remarquées et lors d’un match de détection organisé par l’AC Ajaccio et son entraineur, Sylvain Goulard, il est repéré par le club corse. Il décide donc de traverser la Méditerranée et d’intégrer le centre de formation des Acéistes, qui n’est pas encore agréé, à l’époque. Un choix qui peut paraître étonnant, étant donné que l’ACA n’est pas réputé pour être un club formateur. Gaëtan Laclef explique cette décision : « Comme Mickaël Le Bihan, qui est parti à Sedan, ce sont des clubs qui ne font pas rêver mais ce sont des joueurs à qui il a fallu de la confiance et un peu plus de temps. Aujourd’hui, il y en a un qui est à Rennes et l’autre à Nice. S’ils avaient signé dans des clubs de ce standing, tout de suite, ils n’auraient peut-être pas réussi ».

Un mental renforcé par une épreuve difficile

Durant son enfance, Benjamin André a vécu un drame familial en perdant son père. Une épreuve qu’a, également, connu son ancien partenaire au Stade Raphaëlois, Mickaël Le Bihan. « Cela a été dur pour eux. Ce sont deux petits qui ont eu un peu la même histoire. Mais cela leur a donné de la force » indique Gaëtan Laclef. Dès lors, tout quitter et partir en Corse, à seulement 16 ans, n’impressionne guère le jeune joueur. « Je pense que le fait qu’il perde son papa, cela lui a forgé son mental. Il n’a qu’une sœur donc il a dû avoir le rôle d’homme, entre guillemets, à la maison. Donc après cette dure épreuve, aller en Corse, ce n’était pas grand-chose » assure son ancien mentor.

Benjamin André a su surpasser des moments difficiles pour se faire un mental d’acier

En Corse, il retrouve une culture où la famille tient une place importante, ce qui lui correspond bien. « Il a son petit noyau, il est très famille. Il sait ce qu’il veut et il ne s’éparpille pas » confie Gaëtan Laclef. D’ailleurs, il se considère comme un Corse, aujourd’hui. C’est sur l’Île de Beauté qu’il a passé le plus de temps dans sa vie, qu’il a été formé, qu’il a débuté en professionnel ou qu’il joué ses premières minutes en Ligue 1. Une tête bien faite puisqu’il a obtenu son bac STG avec mention.

Un joueur confirmé de Ligue 1 avec l’AC Ajaccio

Après deux années passés au centre de formation de l’ACA, Benjamin André est repéré par Gernot Rohr, lors d’une opposition entre la CFA2 et l’équipe première. L’entraineur franco-allemand le fait donc débuter en Ligue 2, contre le CS Sedan le 22 août 2008, trois semaines après avoir fêté ses 18 ans. « Il était polyvalent et on avait une équipe décimée par les blessures donc cela s’est fait naturellement. Et puis c’était un bosseur, il faisait le job à l’entraînement sans discuter. Avec le temps, il aurait, de toute façon, intégré l’équipe » se rappelle Ludovic Guerriero, arrivé en 2008 à l’ACA. A partir de ce moment-là, les apparitions s’enchainent pour le natif de Nice. Jusqu’à connaître sa première titularisation, trois mois plus tard, contre l’US Boulogne. Il ne quittera plus jamais l’équipe première de l’AC Ajaccio et inscrira son premier but en professionnel lors de la dernière journée de championnat.

Benjamin André s’est très vite révélé indispensable à l’AC Ajaccio

Chaque saison, le numéro 7 des Ours dispute plus d’une trentaine de rencontres. Et les différents entraineurs qui se succèdent sur le banc ajaccien (José Pasqualetti, Olivier Pantaloni, Alex Dupont, Albert Emon, Fabrizio Ravanelli, Christian Bracconi) n’y changeront rien. « J’ai le souvenir d’un joueur régulier et polyvalent avec une grosse marge de progression » ajoute Ludovic Guerriero. La saison 2010-2011 marque un tournant indéniable dans sa progression. Signé pro en janvier 2010, il est un titulaire indiscutable dans l’équipe qui décroche la montée en Ligue 1, en mai 2011, lors de la dernière journée contre Nîmes. C’est, également, au cours de cette saison qu’il découvre l’équipe de France Espoirs avec Erick Mombaerts. Appelé à sept reprises, il ne connaîtra qu’une titularisation contre le Portugal.

Benjamin André sous le maillot de l’équipe de France

Durant les trois saisons disputées dans l’élite avec l’ACA, il joue 96 rencontres, inscrit 8 buts et délivre 11 passes décisives. Lors de sa dernière saison, avec le départ de Jean-Baptiste Pierazzi, il devient même le plus ancien Acéiste de l’effectif. Si cette saison est très compliquée pour les Corses avec une place de lanterne rouge au classement, très loin des premiers non-relégables (19 points d’écarts), Benjamin André surnage. Il est le joueur qui remporte le plus de duels (340) devant Maxime Gonalons (300) et Serge Aurier (281). Ne pouvant pas suivre le club en deuxième division, il part, au Stade Rennais, en laissant une belle trace aux supporters ajacciens. Avec 202 apparitions sous le maillot rouge et blanc, il est le quatrième joueur le plus capé de l’histoire de l’AC Ajaccio derrière Martial Robin, Xavier Collin et Johan Cavalli. De quoi en faire un joueur historique du club corse.

Une polyvalence rare à ce niveau

S’il y a bien quelque chose qui marque chez Benjamin André, c’est sa polyvalence. Capable d’évoluer à tous les postes du milieu de terrain mais aussi en tant qu’arrière droit, il possède une polyvalence assez rare dans le monde professionnel. De Sergi Roberto à James Milner, en passant par Daley Blind ou encore David Alaba, ils sont peu nombreux à pouvoir jouer à plusieurs postes en conservant un niveau de performances constant. Pour le Rennais d’1m80 pour 76kg, cette polyvalence est apparue lorsqu’il est passé sur grand terrain, en U15 avec le Stade Raphaëlois. A l’AC Ajaccio, « il jouait milieu défensif, offensif, excentré et dépannait même en tant que latéral » d’après Ludovic Guerriero. Ce dernier est impressionné par sa capacité à être bon « peu importe le poste où il joue. Il n’avait pas de défauts, il devait juste s’adapter quand il changeait de poste ».

Aujourd’hui, il semble s’être stabilisé au poste de milieu de terrain avec le Stade Rennais. Le poste qu’il apprécie le plus et qui correspond à ses qualités. « C’est son poste car il est bon techniquement et physiquement, en plus d’avoir une bonne qualité de passe et de vision de jeu » confirme celui qui évoluait au Pau FC la saison dernière. « C’est la rampe de lancement. Il lit bien le jeu, intercepte le ballon et récupère beaucoup de ballons. Donc il est décisif dans le deux sens » précise Gaëtan Laclef.


Au Stade Rennais pour passer un cap

A l’été 2014, Benjamin André arrive sur la pointe des pieds au Stade Rennais. En fin de contrat à l’ACA, il est recruté par Philippe Montanier pour concurrencer Romain Danzé au poste de latéral droit. Finalement, il ne jouera quasiment jamais à ce poste. La faute à quelques blessures musculaires, aux performances de Romain Danzé et à l’émergence de Steven Moreira. C’est dans un milieu à trois qu’il trouve sa place, en fin de saison, aux côtés de Gelson Fernandes et d’Abdoulaye Doucouré.

Benjamin André et René Ruello lors de la signature du premier

Au début de la saison 2015-2016, Philippe Montanier met en place un 5-4-1 et l’installe sur le côté droit de son milieu. Face au jeu ennuyant proposé par ses hommes, le coach rennais repasse à un système plus « classique » et le numéro 21 des Rouge et Noir retrouve sa place dans l’axe du milieu. L’arrivée de Rolland Courbis et le départ d’Abdoulaye Doucouré ne feront que confirmer son importance prise dans l’effectif des Bretons. Il termine la saison en tant cinquième joueur le plus utilisé avec 34 apparitions toutes compétitions confondues.

Benjamin André, tout sourire avec Benoit Costil

L’été dernier, avec la nomination de Christian Gourcuff et le passage au 4-4-2, il fait la paire avec Gelson Fernandes. Il plait à son nouvel entraineur par sa simplicité, sa qualité de passe et son volume de jeu. Dans la bien terne saison des Rennais, le droitier est le joueur de champ le plus utilisé avec 38 apparitions.

Un nouveau statut cette saison

En débutant, cet été, sa quatrième saison dans l’Ille-et-Vilaine, Benjamin André a annoncé une bonne nouvelle aux supporters avec sa prolongation jusqu’en 2022 (il était en fin de contrat dans un an). Deuxième joueur le plus ancien de l’effectif derrière Romain Danzé, on lui a confié le brassard de capitaine, à l’intersaison, ce dernier n’étant plus un titulaire indiscutable. Il a pris cette nomination avec son humilité légendaire : « Romain Danzé est toujours là. Même s’il ne débute pas forcément le match, c’est le numéro 1 ». Pour Ludovic Guerriero, le fait que le technicien breton lui ait confié le capitanat n’a rien d’étonnant : « A l’époque, à l’AC Ajaccio, il ne pouvait pas endosser ce rôle en équipe première car il y avait beaucoup de joueurs d’expérience comme Thierry Débès et Ludovic Asuar. Mais il a toujours été un leader dans les équipes inférieures donc avec son expérience, aujourd’hui, je trouve cela normal qu’il soit un leader ».

Au sein d’un effectif rajeuni, il fait figure de joueur expérimenté et devra encadrer cette saison Benjamin Bourigeaud, Faitout Maouassa ou encore Ismaila Sarr. L’été prochain, se posera peut-être la question d’un départ à l’étranger, alors que Liverpool l’aurait courtisé durant ce mercato estival. Pour l’instant, sa mission est de remettre sur de bons rails un Stade Rennais, avant-dernier du classement, avec aucune victoire lors des quatre premières journées.

Stadito remercie Ludovic Guerriero et Gaëtan Laclef pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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Clovis Canivenc

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