Denis Bouanga, joyau des Merlus au parcours tumultueux

A 22 ans, Denis Bouanga a déjà connu plusieurs vies dans sa jeune carrière. Un échec au Mans FC. Un rebond à l’AS Mulsanne-Teloché, en DH. Un départ au FC Lorient puis deux prêts consécutifs en National et en Ligue 2. Cette saison, l’international gabonais va-t-il enfin trouver sa place chez les Merlus ?

C’est à l’âge de six ans que Denis Bouanga commence le football aux Sablons-Gazonfiers, club du Mans, sa ville natale. Il quitte ensuite son premier club pour jouer avec le Stade Olympique du Maine de la catégorie Poussins à U17 DH. Enzo Sainty l’a connu tout petit, au centre aéré. Il se rappelle que déjà « il voulait devenir footballeur professionnel ». A 17 ans, il voit son rêve se rapprocher lorsqu’il s’engage avec Le Mans FC, qui évolue en Ligue 2.

Désillusion avec Le Mans FC

Denis Bouanga ne restera que deux ans chez les Sang et Or. Deux années durant lesquels il ne jouera que très rarement avec les U19 Nationaux. « On était dans le groupe, on s’entrainait avec eux mais on jouait le plus souvent en DH Séniors » indique son ancien coéquipier au Mans FC, Mathieu Collet. Un manque de confiance de la part de ses entraineurs qui s’explique par des performances irrégulières. « Denis avait des qualités mais il manquait énormément de régularité. Même en DH, il lui arrivait d’être remplaçant et de faire des matchs complétements anodins. A la fois, il pouvait être excellent comme il pouvait être transparent. Donc le fait qu’il ne joue pas en U19 Nationaux pouvait aussi se comprendre par ses performances. Même si de base, on ne comptait pas forcément sur lui… » reconnaît son ex-partenaire, avant d’ajouter : « Les coaches ne misaient pas une pièce sur lui. Il était apprécié mais comme dans tous les centres de formations, il y a des joueurs qui ont signé des contrats aspirants, qui sont rémunérés par le club, donc ce sont des joueurs qui sont utilisés plus fréquemment. Denis et moi on n’était pas de ceux-là. Mais il n’y a pas un coach qui a dit « Denis je n’en veux pas ». Il était simplement trop juste à l’époque ».

Denis Bouanga n’aura jamais eu sa chance au Mans (© Jean-François Quinebêche)

Dès lors, un départ devient inéluctable. La rétrogradation administrative du club manceau en DH, à l’été 2013, n’y changera rien. « Il aurait pu continuer parce que le club cherchait du monde pour former une équipe. Mais il a fait le choix d’aller voir ailleurs » confirme Mathieu Collet. Disposant de plusieurs offres provenant d’équipes de DH, il prend la direction de l’AS Mulsanne-Teloché où il retrouve son petit frère, Didier, et plusieurs coéquipiers du Mans qui jouaient également peu en U19 Nationaux.

Se refaire la cerise dans un club familial

Après son échec au Mans, il rejoint l’AS Mulsanne-Teloché où il dispose de la confiance de ses dirigeants, de son entraineur et de ses coéquipiers. Chose qu’il lui manquait au Mans. « C’est un joueur qui, même s’il n’avait pas percé au Mans, avait toutes les qualités pour jouer dans notre club » confie son président, à l’époque, Nicolas Bonneau. « Quand le coach t’accorde sa confiance, quand tes coéquipiers t’encouragent, cela te booste. Il a changé de statut, c’est devenu le meilleur joueur de l’équipe » assure Mathieu Collet qui a, également, rejoint Mulsanne. Malgré son arrivée dans un club moins huppé, son rêve de devenir professionnel est toujours dans un coin de sa tête. « Il était très déterminé à faire une grosse saison. Il s’entrainait tous les jours » remarque Mathieu Collet mais selon lui, c’est avant tout mentalement qu’il a progressé. « Il n’a jamais rien lâché. Cela a été une revanche par rapport à son passage au Mans. Mentalement il est devenu très fort. Sa faiblesse d’avant est devenue son point fort. C’est un exemple pour tous les jeunes joueurs qui ont échoué dans un centre de formation. » souligne-t-il. Une analyse confirmée par Enzo Sainty, qui a aussi joué avec lui à l’ASMT : « C’est un battant car il n’a jamais abandonné même dans les mauvais moments il a su relever la tête à chaque fois ».

L’AS Mulsanne-Teloché a permis au Franco-Gabonais de rebondir après son échec au Mans

Sur le terrain, le hasard lui donne l’occasion, à trois reprises, de prendre sa revanche sur son ancien club, Le Mans FC. La première est éclatante. Une victoire au cinquième tour de la Coupe de France (3-0) signée d’un doublé pour Denis et d’un but pour son frère, Didier. « Contre Le Mans mais comme lors de tous les autres matchs, il avait faim. Le fait que ce soit Le Mans, a ajouté un peu d’adrénaline pour lui » note Mathieu Collet. Malheureusement, en championnat c’est plus compliqué, avec un match nul (0-0) puis une lourde défaite (3-0) « qui nous prive de montée en CFA2. Ils sont montés à notre place. Mais il n’était pas à 100% de ses moyens sur ce match. Il avait une blessure à l’épaule » se souvient son ancien président. L’ASMT terminera, pour la première fois, en tête d’un championnat de DH, à égalité de points avec Le Mans mais deuxième à la différence de buts particulière. Cela n’empêchera pas l’attaquant de finir meilleur buteur (20 buts) et meilleur joueur du championnat. « Il a explosé lors de la deuxième partie de saison. Il ne mettait que des triplés ou des quadruplés en fin de saison. Le dernier match de la saison, c’était contre Changé, on gagne 4-2 et il marque les quatre buts » raconte Mathieu Collet.

Les frères Bouanga : différents mais complémentaires

En arrivant à Mulsanne, Denis Bouanga retrouve Didier, son frère, plus jeune d’un an. Pour Mathieu Collet « cela a été l’argument numéro un pour qu’il vienne ». Pourtant très différents, les deux frères arrivent à se compléter et à progresser en s’appuyant l’un sur l’autre. Au niveau du profil, Didier mesure près d’1m93 alors que Denis ne fait « que » 1m80. Au niveau du caractère, « Didier est réservé alors que Denis a un caractère un peu plus fort » selon Nicolas Bonneau. Sur le terrain, ils réalisent tous les deux une grosse saison. 14 buts pour Didier, 30 buts toutes compétitions confondues pour Denis. Des performances qui sont repérés par Franck Haise, entraineur de l’équipe réserve du FC Lorient. Le Merlu connaît bien les deux frères puisqu’il entrainait auparavant le club de Changé (10 km entre Changé et Mulsanne). « Etant donné que Didier est plus jeune d’une année, Lorient était plutôt sur lui au départ. Et Denis a obtenu un entretien avec eux pour avoir un essai qui s’est avéré concluant. Même si, à la base, ils avaient un frein puisqu’un joueur né en 1994, c’était presque « trop vieux » pour eux » fait remarquer le président de l’ASMT.

Didier et Denis Bouanga, en Coupe de France, avec l’ASMT

Ce dernier ne retient que du positif de cette saison avec les frères Bouanga et est encore en contact régulièrement avec eux. « Pour l’anecdote, l’année dernière, quand on a joué le match pour la montée en National 3, ce sont Denis et Didier, qui ont donné le coup d’envoi. On est encore main dans la main. Et la preuve en est, c’est que Didier, qui sort de deux saisons un peu compliquées, vient de signer au club pour se relancer. L’histoire entre Mulsanne-Teloché et la famille Bouanga n’est pas prête de se finir » se réjouit-il. 

Premier pas dans le monde professionnel

Denis Bouanga arrive au FC Lorient pour renforcer, dans un premier temps, l’équipe réserve. Il devient immédiatement un joueur clé de son entraineur en CFA, Franck Haise et reste sur la lancée de ses performances avec Mulsanne. Quatre buts en sept rencontres de CFA. Il s’apprête, alors, à vivre la semaine la plus folle de sa jeune carrière. Sylvain Ripoll lui offre, d’abord, sa première titularisation en professionnel lors d’un match de Coupe de la Ligue contre Evian, le 28 octobre. Il disputera l’intégralité de cette rencontre remportée 2-1 par les Merlus. Deux jours plus tard, il signe son premier contrat professionnel, d’une durée de trois ans. Et enfin, le feu d’artifice, le samedi, avec une apparition sur la pelouse du Moustoir contre le champion de France en titre, le Paris-SG.

Les frères Bouanga lors de leur signature au FC Lorient

Il ne rejouera plus avec l’équipe première mais finira la saison avec un titre de champion de CFA. Le tout en soignant ses statistiques : 10 buts et 4 passes décisives en 21 matchs et malgré deux blessures (une fracture du métatarse et une pubalgie). Il forme alors un duo très efficace en attaque avec Willem Pierre-Charles. « Nous nous entendions bien ainsi qu’avec toute l’équipe. Il y avait une bonne cohésion entre tous les joueurs, cette année-là » déclare-t-il. Le natif du Mans s’appuie sur ses qualités de percussions, de vitesse et de finition. Son insouciance faisant le reste. « Quand on vient du monde amateur et qu’on arrive dans le monde professionnel, on se rend compte de la chance que l’on a et on veut la saisir » précise celui qui s’est engagé, cet été, avec le Stade Briochin. En débutant sa deuxième saison au FCL, il espère intégrer durablement le groupe professionnel. Chose qu’il arrive à faire en disputant les quatre premières journées de championnat. Il inscrit même son premier but dans l’élite contre le Stade de Reims mais disparaît ensuite de l’équipe de Sylvain Ripoll et retourne en équipe réserve. Une situation qui ne satisfait pas celui qui est devenu un cadre en CFA. « Il avait envie de jouer au plus haut niveau car c’est un compétiteur » avoue Willem Pierre-Charles. En accord avec son club, le numéro 20 lorientais accepte une offre de prêt en provenance de Strasbourg, qui évolue en National.

Révélation à Strasbourg…

Denis Bouanga débarque, donc, début janvier au Racing Club de Strasbourg, au sein d’une équipe qui joue le haut de tableau en National. Il arrive pour renforcer un secteur offensif à la peine avec seulement 16 buts lors 17 premières journées. Aux côtés de Jérémy Blayac, Ladislas Douniama et Stéphane Bahoken, sa polyvalence plait à son entraineur, Jacky Duguépéroux. Il s’impose immédiatement et inscrit deux buts lors de ses trois premiers matchs. Il séduit les supporters et est même élu meilleur joueur du mois de janvier par ces derniers.

Denis Bouanga s’est tout de suite mis les supporters strasbourgeois dans la poche

Mi-mars, il permet à son équipe de s’emparer de la première place du classement, aux dépens de Marseille Consolat, grâce à un doublé, à l’extérieur, contre Colmar. A partir de là, les Strasbourgeois ne lâcheront plus la tête du National et valideront leur montée lors de l’avant-dernière journée. Une nouvelle fois, élu joueur du mois en mars, par ses supporters, le Lorientais quitte le club en ayant disputé 18 matchs et inscrit 5 buts. Une belle expérience qui doit lui permettre d’avoir sa chance en Ligue 1 avec le FCL.

…explosion à Tours

Fin juillet, Denis Bouanga prolonge avec le FC Lorient jusqu’en 2019 et est, assez étonnamment, de nouveau prêté dans la foulée. Cette fois-ci, à un échelon supérieur, en Ligue 2, au Tours FC. Il fait, tout de suite, partie des plans de son coach, Fabien Mercadal, et s’impose comme un titulaire indiscutable sur l’aile droite de l’attaque tourangelle. Malgré les difficultés de son équipe qui squatte les bas-fonds de la deuxième division, il est un des seuls à surnager. Il termine la première phase avec 5 buts et 5 passes décisives (meilleur buteur et meilleur passeur du club). « Il a de grosses capacités, on l’a vu tout de suite. Mais le plus important, c’est qu’il a su s’adapter au jeu de l’équipe » insiste Rodéric Filippi.

Avec 16 buts et 6 passes décisives, Denis Bouanga a eu un rôle prépondérant dans le maintien du TFC

Début janvier, il est convoqué, pour la première fois, en sélection gabonaise pour disputer la Coupe d’Afrique des Nations. Avec un père gabonais et une mère française, il avait le choix entre les deux pays et a opté pour la nationalité sportive gabonaise dans les semaines précédant la Coupe d’Afrique. Dans cette CAN, disputée à domicile, le Tourangeau dispose immédiatement de la confiance de son sélectionneur José Camacho. Lors du premier match de la compétition, il délivre une passe décisive à son capitaine Pierre-Emerick Aubameyang. Mais les Panthères déçoivent et sont éliminés dès la phase de groupes. Dans ce marasme, les supporters ne retiendront qu’une seule satisfaction : Denis Bouanga. Homme du match contre le Burkina Faso et le Cameroun, il va se servir de cette expérience pour aller chercher le maintien avec le Tours FC.

Denis Bouanga peut s’inspirer de son capitaine en sélection, Pierre-Emerick Aubameyang (© Pierre René-Worms)

L’élimination prématurée de sa sélection permet à Tours de le retrouver plus rapidement que prévu. « C’est sûr qu’il laissait son équipe dans la difficulté mais l’équipe nationale ne pouvait que lui apporter que du bonus. Comme on dit « partir pour mieux revenir ». Il est parti, il a tiré le meilleur de son expérience avec la sélection et il nous en a fait profiter » observe Rodéric Filippi. A son retour de la CAN, il devient, tout simplement inarrêtable, en marquant 11 buts et en finissant troisième meilleur buteur de Ligue 2. Même les changements d’entraineurs ne le perturberont point. « Dans une équipe dans cette situation, il faut que tout le monde prenne ses responsabilités. Je pense que c’est ce qui a fait un peu défaut à toute l’équipe au départ. Et dans la deuxième partie de saison, lui en partant à la CAN et les autres en prenant conscience du défi, tout le monde a pris ses responsabilités » prévient son ancien capitaine. Le Tours FC obtient finalement son maintien lors de la 36ème journée, envoyant, par la même occasion, Laval en National.

Le nouvel homme fort des Merlus ?

Descendus en Ligue 2, la saison dernière, les dirigeants lorientais ont, sans doute, regretté d’avoir prêté Denis Bouanga à Tours. Mais fort heureusement pour eux, ils ont réussi à le conserver et à le prolonger, cet été, malgré des approches en provenance d’Angleterre, de Ligue 1 et en particulier de l’AS Saint-Etienne.

Figure de proue du nouveau projet mis en place par Loïc Féry, avec Mickaël Landreau au poste d’entraineur, il a disputé l’intégralité des deux premières journées de Dominos Ligue 2 mais n’a pas encore réussi à se montrer décisif. En tout cas, toutes les personnes qu’ils l’ont côtoyé le voit aller bien plus haut. « Il revient avec un autre statut, en tant que leader. Je pense qu’il a tout pour faire une grosse saison et à mon avis la Ligue 1 se rapproche pour lui. J’espère qu’il le fera avec Lorient mais si ce n’est pas avec Lorient, ce sera avec une autre équipe » imagine Mathieu Collet. Même son de cloche chez Rodéric Filippi : « J’ai regardé son match contre le Gazélec et je trouve qu’il est sur la même dynamique que la saison dernière. Dans une équipe où il prend ses responsabilités mais où il ne veut pas trop en faire. Parce que parfois, à vouloir être le « sauveur », on se plante et je trouve que pour l’instant, il arrive bien à faire la part des choses ».

Petit florilège des buts de Denis Bouanga avec le FC Lorient durant la présaison :

Stadito remercie Mathieu Collet, Rodéric Filippi, Enzo Sainty, Willem Pierre-Charles et Nicolas Bonneau pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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