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Summerito – Olympique de Marseille : Retrouver les sommets

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Où atterrira « L’OM Champion’s Project » ? A l’issue d’une saison de transition globalement réussie où ils ont retrouvé la Ligue Europa, les Phocéens attaquent désormais la seconde phase de leur projet. En attendant l’arrivée d’un buteur expérimenté, l’Olympique de Marseille a bâti une équipe apte à jouer le podium sous l’impulsion de nombreuses cartouches offensives, mais dont les rêves de titre ne semblent pas encore s’écrire à court terme.

La saison passée

C’était la saison du rachat. Au sortir d’un exercice 2015-2016 calamiteux achevé à la 13ème place, l’Olympique de Marseille, dans l’attente d’être vendu par Margarita Louis-Dreyfus, s’embarquait dans une saison de transition aux eaux troublées par une gigantesque vague de départs, dont ceux de Steve Mandanda vers Crystal Palace, Michy Batshuayi vers Chelsea ou encore Georges-Kevin Nkoudou vers Tottenham. Vendre, vendre, vendre : telle était l’obsession d’un frêle esquif dont même son capitaine – un certain Lassana Diarra – ne voulait plus. Quoi qu’intenses, les courants ne suffirent toutefois pas à renverser l’équipage, miraculeusement stabilisé par les providentielles arrivées en prêt de Bafétimbi Gomis (Swansea City), Florian Thauvin (Newcastle) et William Vainqueur (AS Rome).

Bafé Gomis sous le maillot de l'OM (photo RTL)

Bafé Gomis sous le maillot de l’OM (photo RTL)

Malgré tout, c’était encore trop peu pour ce navire chargé d’Histoire qui ne cessait de dériver depuis quelques années – on eut presque dit le Capitaine Haddock après s’être enivré de Loch Lomond. Alors, ne sachant plus vers quels flots voguer, l’OM a définitivement quitté la Russie pour se tourner vers l’Amérique. Là-bas, Frank McCourt, promoteur immobilier et ancien propriétaire des Dodgers de Los Angeles, l’attendait, avec la volonté de rafistoler ce vieux rafiot. Le milliardaire américain a fait part de son intérêt pour le bateau dès la fin du mois d’août, mais son acquisition ne fut entérinée qu’en octobre, le 17ème jour pour être précis. La raison en était symbolique : une semaine plus tard, les Phocéens s’en allaient affronter le Paris Saint-Germain au Parc des Princes. Aussi, Franck Passi, à la barre, ne suffit bientôt plus pour assouvir les fantasmes de grandeur du club ; et Rudi Garcia a ainsi surgi de l’océan.

Pour son premier Classico, l’ancien technicien du LOSC et de la Roma a composé avec les moyens du bord, afin d’arracher un score nul et vierge (0-0) sans que son équipe ne frappe une seule fois de la rencontre. Un premier motif d’encouragement. Il en fallait pour rattraper un début d’exercice lors duquel l’embarcation n’avançait guère (12ème sur les 9 premières journées, soit avant l’arrivée de Garcia) et éprouvait de nombreuses turbulences en fin de rencontre (8 points perdus dans les 15 dernières minutes sur cette même période). Rudi Garcia, après des débuts approximatifs (2 points pris en 3 matches), a finalement su trouver un équilibre pour mieux conclure sa première moitié de saison. Et, malgré une rouste prise à Monaco (0-4), l’OM, guidé par sa Panthère Bafé Gomis, a tenu le cap en remportant 5 de ses 7 derniers matches de l’année, dont une série de 4 victoires consécutives en décembre, qui a même permis d’entrevoir l’Europe à l’horizon.

Reste, malgré tout, que 2015-2016 demeurait une saison de transition lors de laquelle il fallait au mieux préparer la suivante. Halte là ! Ce n’était sûrement pas une raison pour tout de suite jeter l’ancre. Bien au contraire. S’ils ne pouvaient déborder les navires adverses dès cette année, les Olympiens pouvaient tout de même se renforcer afin de trouver leur rythme et instaurer un collectif potentiellement victorieux à l’avenir. L’hiver venu, Morgan Sanson – l’un des meilleurs passeurs d’Europe –, a ainsi quitté Montpellier pour traverser l’Atlantique et rejoindre Ellis Island. C’était le début du rêve américain. La traversée onirique s’est poursuivie lorsque l’OM a accueilli Patrice Evra, et surtout lorsqu’il est parvenu à rapatrier Dimitri Payet pour une somme avoisinant les 30 millions d’euros, à l’issue d’un long bras de fer avec West Ham.

Dimitri Payet a fait son retour à l'OM cet hiver

Dimitri Payet a fait son retour à l’OM cet hiver (photo AFP)

Mais que diable allaient-ils faire dans cette galère ?, aurait-on dit hier ; alors qu’aujourd’hui, Scapin taisait déjà ses fourberies face à la fière allure du vaisseau marseillais. Si le nouveau Président phocéen, Jacques-Henri Eyraud, parlait – un peu prématurément, peut-être – d’ « OM Champion’s Project », les Olympiens commençaient, en tout cas, à développer une qualité de jeu intéressante, avec une belle palette d’options offensives. L’éclosion de Maxime Lopez, l’adaptation de Morgan Sanson, l’efficacité de Bafétimbi Gomis et la superbe saison de Florian Thauvin ont conduit quelques magnifiques succès (5-1 contre Montpellier et Caen, 4-0 face à Saint-Étienne), malgré une irrégularité persistante (5 nuls et 5 défaites sur la phase retour) et quelques défaillances face aux « gros » (1-3 contre Lyon, 1-4 contre Monaco et 1-5 contre Paris). Des résultats suffisants pour que l’OM accoste au niveau des places européennes (5ème), après une lutte finale avec Bordeaux dans l’estuaire girondin, tout en ayant semer quelques promesses sur son parcours.

Les forces de l’équipe
  • Le milieu de terrain

C’était l’une des grandes faiblesses de l’OM ces dernières saisons mais il s’agit désormais de son indispensable clef de voûte. Aujourd’hui, le milieu de terrain est probablement le secteur de jeu où les Phocéens sont les mieux armés pour rivaliser avec les grosses écuries du championnat. L’éclosion de Maxime Lopez et l’arrivée de Morgan Sanson ont dessiné un entrejeu fin techniquement, peu avare en courses vers l’avant et diablement efficace dans la distribution du ballon.

Le minot Maxime Lopez (3 buts, 6 passes décisives), lancé dans le grand bain par Rudi Garcia en octobre dernier, affiche déjà une grande maturité pour son âge (19 ans) et s’est fait le garant de l’orientation du jeu marseillais. Quant à Morgan Sanson, meilleur passeur du championnat la saison dernière (12 offrandes), il s’est parfaitement fondu dans le dispositif olympien et a déjà distillé 7 passes décisives à ses partenaires depuis qu’il a revêtu la tunique ciel et blanche. Enfin, la pointe basse du trident, occupée par un impeccable William Vainqueur l’an passé, ne devrait pas perdre en qualité avec l’arrivée de l’expérimenté Luiz Gustavo.

Le minot Maxime Lopez s'est révélé la saison dernière

Le minot Maxime Lopez s’est révélé la saison dernière

Seul point à rectifier : une tendance encore trop importante à se laisser aspirer en phase défensive. La propension des deux relayeurs à prendre la profondeur et les difficultés de Maxime Lopez à se positionner au pressing tendent en effet à délaisser une arrière-garde, qui – du reste –, n’a guère brillé par sa sérénité depuis l’arrivée de Garcia. Cela explique également les (trop) nombreux buts encaissés par l’OM la saison dernière et notamment ces six derniers mois.

  • L’animation offensive

Avec un milieu de terrain aussi performant, il est tout de suite plus évident de briller offensivement. Lors de la seconde moitié de saison, les Marseillais ont régulièrement affiché une cohésion technique alléchante, agrémentée par l’apport de deux faux-pieds sur les côtés, Payet et Thauvin, régulièrement enclins à rentrer au cœur du jeu. La mobilité des quatre hommes forts à la création – Sanson, Lopez, Thauvin et Payet – a instauré une imprévisibilité de plus en plus forte au gré de l’osmose tactique naissante au sein de l’effectif phocéen. La qualité individuelle dont se sont empreints chacun de ces joueurs a d’autant plus renforcé l’efficacité des Olympiens (37 buts en seconde moitié de saison), devenus la 4ème meilleure attaque de Ligue 1 sur la phase retour (8ème sur la phase aller avec seulement 22 buts).

Florian Thauvin a retrouvé son meilleur niveau avec l'OM (photo AFP)

Florian Thauvin a retrouvé son meilleur niveau avec l’OM (photo AFP)

Désormais, la principale difficulté sera de surmonter le départ de Bafé Gomis vers Galatasaray, alors que La Panthère pesait tout de même 20 buts en championnat cette saison. Il faut toutefois noter que la blessure de l’ancien stéphanois entre février et mars n’avait pas spécialement perturber les Ciels et Blancs (3 victoires en 5 matches en son absence, avec pour seule défaite la réception du PSG), qui avaient alors évolué avec Rémy Cabella en faux numéro 9. En outre, le profil de la dernière recrue en pointe, Valère Germain, semble mieux correspondre à la philosophie de jeu pratiquée par ce nouvel OM, basée sur le mouvement, la prise d’espaces et l’exploitation maximale de la superficie du terrain.

  • Le Vélodrome

Une force paradoxale, du fait qu’elle puisse être tant galvanisante qu’elle puisse se révéler difficile à appréhender et faire trembler les jambes des joueurs évoluant sur le terrain. La thèse du « syndrome Vélodrome » fut particulièrement criante sous Michel, lors de la saison 2015-2016, durant laquelle les Marseillais ont passé d’interminables mois sans être capable de s’imposer dans leur antre. Le Vélodrome s’était largement dégarni et sonnait alors très souvent creux.

Aujourd’hui, cette période semble révolue. Les arrivées d’un nouvel actionnaire, d’un entraîneur de renom, et de quelques nouveaux joueurs ont instauré une vague positive qui a progressivement ramené les supporters dans le stade (plus de 60 000 en fin de saison). Les bons résultats des Phocéens ont également contribué à renforcer cette dynamique, afin d’instaurer un cercle vertueux et une osmose retrouvée avec le douzième homme. L’OM a d’ailleurs été bien plus performant à domicile la saison dernière (43 points, 4ème de ce classement) que ce ne fut le cas à l’extérieur (19 points, 9ème).

Le Vélodrome a enregistré face à Nice (2-1) la huitième affluence de son histoire (photo OM.net)

Le Vélodrome a enregistré face à Nice (2-1) la huitième affluence de son histoire (photo OM.net)

L’entraîneur

Rudi Garcia n’est probablement pas le meilleur tacticien de la planète, mais il est sans doute l’entraîneur dont l’OM avait besoin. Champion de France 2011 avec Lille, l’ancien milieu offensif de 53 ans a déjà fait ses preuves et représente – quoiqu’on en dise – un entraîneur de gros calibre, qui plus est à l’échelle de Marseille. Ses années à la tête de l’AS Rome ont prouvé sa capacité à élever le niveau d’une équipe, amenant par deux fois la Louve en huitièmes de finale de la Ligue des Champions.

Surtout, la figure de Rudi Garcia correspond parfaitement à l’atmosphère régnant sur la Canebière. Son passage à Rome lui a permis d’expérimenter le cadre d’une ville où le cœur des supporters bat au rythme des performances de leur équipe. Légitimé par ses résultats, Garcia représente désormais l’avènement d’un nouveau projet. Affichant un fort tempérament, ayant un profil de coupeur de tête et étant capable d’adapter sa tactique en fonction des circonstances, l’ancien coach de Dijon a un profil qui sied à l’entraîneur idoine de l’Olympique de Marseille.

Rudi Garcia a réussi une première saison intéressante avec l'OM

Rudi Garcia a réussi une première saison intéressante avec l’OM

Le mercato
  • Arrivées

Durant ce mercato, la première tâche des dirigeants marseillais fut de gérer les cas Gomis et Vainqueur, arrivant tous deux en fin de prêt à l’issue de la saison. Les deux joueurs songeaient à prolonger leur séjour sur la Canebière, mais avaient toutefois des exigences salariales relativement élevées. L’OM n’a pas souhaité s’aligner dessus. Pour compenser ces deux pertes, le champion de France Valère Germain est arrivé en provenance de Monaco pour 8 millions d’euros alors que l’international brésilien Luiz Gustavo, recruté à Wolfsburg pour environ 10 millions d’euros, occupera le poste de sentinelle.

 

Le mercato ayant été anticipé dès l’hiver dernier avec les arrivées coûteuses de Sanson et Payet – sans oublier Patrice Evra, arrivé librement de la Juventus – pour un peu plus de 40 millions d’euros, l’OM a cherché à se renforcer de façon efficace et peu onéreuse, en recrutant un joueur par ligne. Outre Germain en attaque et Luiz Gustavo au milieu, Adil Rami (débarqué du FC Séville contre 6 millions d’euros) en défense et le revenant Steve Mandanda (racheté à Crystal Palace pour 2 millions d’euros, sans compter les bonus) dans les cages sont venus solidifier la colonne vertébrale des Ciels et Blancs.

La période des transferts n’est toutefois pas finie et Marseille devrait enregistrer d’autres arrivées d’ici la fin du mois d’août. L’achat d’un autre défenseur central reste dans les tuyaux, mais c’est surtout l’acquisition d’un buteur expérimenté qui est à l’étude. De nombreux noms ont été évoqués (Dembélé, Jovetic, Giroud, Bacca), pour lesquels l’OM serait disposé à dépenser entre 20 et 30 millions d’euros.

  • Départs

En dehors des fins de prêt de Bafétimbi Gomis et William Vainqueur évoquées plus tôt, l’OM n’a enregistré que des départs mineurs depuis le début du mercato. Karim Rekik, Baptiste Aloé et Bill Tuiloma ont respectivement été vendus au Hertha Berlin, à Valenciennes et aux Portland Timbers. Antoine Rabillard a quant à lui rejoint l’AS Béziers après avoir résilié son contrat, tandis que Saîf-Eddine Khaoui a été prêté un an à Troyes sans option d’achat. Enfin, Julien Fabri, Jérémie Porsan-Clémenté, Abou Diaby, Brice Samba, Samad Mouhammadou et Alphousseyni Sané étaient tous en fin de contrat.

Khaoui a été prêté à l'ESTAC pour un an

Khaoui a été prêté à l’ESTAC pour un an

La saison prochaine

En faisant très tôt la promotion d’un projet ambitieux, les dirigeants phocéens ont probablement créé une disparité entre les attentes du public et la réalité. Leur communication autour de « L’OM Champion’s Project » était probablement inadaptée alors que ce nouveau Marseille n’en était qu’à ses balbutiements. Jacques-Henri Eyraud a notamment fait preuve d’une trop grande ambiguïté en affirmant vouloir concurrencer le PSG pour finalement se contredire quelques semaines plus tard, jusqu’au fameux épisode de la tisane où le Président marseillais a reproché aux journalistes leurs questions sur une situation qu’il a lui-même contribué à enfanter.

 

De par son recrutement et la qualité du jeu proposé ces six derniers mois, l’OM affiche tout de même de solides garanties au moment d’aborder cette nouvelle saison. Et si le titre semble en rester au stade de douce chimère pour le moment, il ne serait toutefois par incongrue d’imaginer les Phocéens terminer sur le podium en mai prochain. C’est en tout cas l’objectif affiché par la direction du club, qui fait du retour en Ligue des Champions la prochaine étape du renouveau marseillais.

Quelques interrogations subsistent malgré tout. Le match aller du troisième tour préliminaire de Ligue Europa face à Ostende (remporté 4-2), a rappelé les difficultés persistantes des Olympiens dans le secteur défensif, en dépit d’une attaque affriolante. Aussi, en cas de qualification pour la C3, comment les Ciels et Blancs géreront-ils le rythme d’une rencontre en plus par semaine ? L’OM doit impérativement briller en Europe mais parviendra-t-il à être performant sur plusieurs tableaux ? Enfin, l’arrivée potentielle d’un buteur chamboulera-t-elle le onze de départ ? Valère Germain sera-t-il poussé sur le banc ou Rudi Garcia jouera-t-il avec deux attaquants en se passant de l’un de ses milieux de terrain ? A l’orée de leur début de saison, les Olympiens disposent de belles perspectives mais devront prendre garde à ne pas se brûler les ailes.

 

Le mot du supporter

« C’est cohérent offensivement. Ils ont compensé le départ de Gomis par un bon attaquant. Après défensivement, il faut qu’on se renforce. Si le recrutement ne bouge pas, ce sera difficile de jouer les 3 premières places, quand on voit qu’on prend 2 buts face à une équipe mineure en Ligue Europa. Rami, je ne suis pas sûr que ça fasse l’affaire toute une saison ! »

 

L’épisode précédent :

Summerito – Girondins de Bordeaux : Jouer à nouveau les premiers rôles

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