A LA UNEACTUALITÉInterviewito

Paul Babiloni et Nasser Chamed, deux stagiaires de l’UNFP se confient à Stadito

0

Le football, ce n’est pas que l’ivresse des grandes joutes européennes, des joueurs aux contrats extravagants et aux salaires démesurés. Le football, c’est aussi un envers du décor moins chimérique, celui de joueurs en fin de contrat qui se retrouvent au chômage. Certains sont accueillis par l’UNFP, le syndicat des joueurs en France, au cours d’un stage de pré-saison, afin qu’ils tentent de retrouver un club. Ce football, Nasser Chamed et Paul Babiloni ont accepté de nous le raconter.

« C’est une situation qu’aucun joueur ne souhaiterait vivre », confie Nasser Chamed. On l’oublie assez souvent, mais les footballeurs professionnels, lorsqu’ils signent dans un club, bénéficient d’un contrat à durée déterminée sur quelques années. Pour la plupart des passionnés du ballon rond, frivoles du football champagne et des sommets européens, cette durée de signature n’est qu’un détail futile et dérisoire. Si jamais Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi – pour plonger dans l’extravagance – se retrouvaient en fin de contrat, on ne s’inquiéterait pas trop quant à leurs perspectives d’avenir. Mais tout le monde n’a pas cette chance. Le parcours de chacun n’épouse pas toujours la trajectoire rêvée et il est assez courant que des joueurs en fin de contrat se retrouvent sans nouveau club. Et donc au chômage.

Paul Babiloni sous ses dernières couleurs. Photo : Jean Paul Thomas / Icon Sport

Dans l’hexagone, ils sont 208 joueurs sans contrat à être recensés, depuis plus ou moins longtemps, sur le site de l’UNFP (Union Nationale des Footballeurs Professionnels), le syndicat des footballeurs évoluant en France. Depuis 1990, ce dernier organise un stage d’avant-saison, destiné à une vingtaine de chômeurs, afin qu’ils puissent conserver la forme, montrer leurs qualités au cours de matches amicaux, et, idéalement, intégrer un club durant l’été. Parmi eux, quelques anonymes, bien sûr, mais également des anciens pensionnaires de Ligue 1 dont les noms nous ont peu à peu échappé. Cette année, peut-être ceux de Paul Alo’o Efoulou (à Nancy entre 2009 et 2011) et Ronald Zubar (à Marseille entre 2006 et 2009) vous disent-ils quelque chose.

 

« Quand on est chez soi, on peut rapidement rester seul, sans motivation »

Ce stage, Nasser Chamed (milieu, 23 ans), en fin de contrat au Nîmes Olympique, et Paul Babiloni (défenseur, 27 ans), en fin de contrat à l’AC Ajaccio, l’ont également intégré. C’est la première fois qu’ils se retrouvent dans un tel cas de figure : « C’est quelque chose que je n’aurais jamais imaginé …, raconte Nasser. Heureusement, les proches aident à garder la tête haute. » « J’avais déjà été en fin de contrat, à chaque fois avec Guingamp. Mais la première fois, il a été renouvelé, et la seconde fois, j’ai signé à Ajaccio. Cette fois, ça n’a pas été le cas », détaille pour sa part Paul. Si ces circonstances restent douloureuses, leurs situations contractuelles les y avaient toutefois préparés : « Je m’en doutais, car cela ne se passait pas bien. En mars, le club m’a signifié sa volonté de ne pas me conserver », résume Nasser, auquel Paul fait écho : « Le coach m’avait dit en début de saison qu’il ne comptait pas vraiment sur moi. Je savais que je devrai trouver autre chose ».

Nasser Chamed sous les couleurs de la Berrichonne de Châteauroux .

A la fin de la saison, les deux hommes ont dû s’inscrire au chômage, et, après avoir quitté leurs effectifs, ils ont commencé à s’entraîner seul. Nasser est parti pour Marseille et Paul pour Limoges, afin de s’entretenir physiquement. Mais ce climat n’est pas forcément propice à l’épanouissement et au travail personnels : « Quand on est chez soi, on peut rapidement rester seul, sans motivation et ne pas faire d’entraînement intense », explique Paul. Alors, quand l’UNFP les a contacté pour intégrer le stage d’avant-saison, ils n’ont pas hésité. Paul fut le premier à s’y rendre, dès le début du stage, le 23 juin. « J’étais resté un mois sans faire d’entraînement collectif. Vivre au contact d’un groupe, c’est mieux pour garder la forme ». Nasser a quant à lui dû attendre qu’une place se libère, et a finalement rejoint Paul il y a une semaine, le 14 juillet : « J’avais déjà entendu parler du stage, mais je n’avais jamais eu l’occasion de l’intégrer. Quand Guillaume Stéphan (chargé de mission pour l’UNFP, NDLR) m’a appelé, j’ai foncé. »

Nasser Chamed avec l'UNFP face à Nancy

Nasser Chamed avec l’UNFP face à Nancy

Paul, Nasser et l’ensemble des autres stagiaires logent à l’hôtel et s’entraînent dans le centre de maintien en forme choisi par l’UNFP : Lisses, une commune pavillonnaire de 7 000 habitants dans l’Essonne, en région parisienne. La structure se révèle être parfaitement équipée et permet aux joueurs d’affiner leur préparation physique dans les meilleures conditions. Un terrain d’entraînement, bien sûr, mais également une salle de musculation, une piscine, des bains froids, des kinés, ou encore des masseurs : « Franchement, les installations sont très propres, assure Nasser. Tout est fait pour que ça se passe bien. » « Il y a tout ce qu’il faut, même au niveau de la nourriture !, confirme Paul. C’est vraiment digne d’un club professionnel. » Les entraînements sont en outre gérés par un staff et un coach professionnel – lui aussi sans emploi. C’est d’abord Ghislain Printant (ex – Bastia et Montpellier) qui a revêtu la casquette d’entraîneur, avant de passer le témoin à Serge Romano (ex – Amiens et Gueugnon, notamment) le 12 juillet.

La Team Bilto

En apparence, il apparaît peu évident de créer une osmose entre chaque personne sur une durée aussi courte. De l’extérieur, le risque de voir ressortir des individualités en soif de lumière et désireuse de trouver un recruteur semble compromettre la nécessité d’instaurer un collectif entre les stagiaires. Paul a partagé ces doutes, mais ceux-ci se sont bien vites dissipés : « J’y ai pensé au début. C’était plutôt dur les deux premières semaines, mais un collectif se met rapidement en place. Personne ne se la joue perso », relève-t-il. Souvent, les joueurs se sont affrontés sur les terrains ou bien se connaissent déjà, ce qui facilite le contact : Nasser a notamment retrouvé Landry Bonnefoi et Quentin Othon, tous deux rencontrés à Châteauroux ; tandis que Paul a pu revoir Guillaume Legras, lui aussi croisé à Châteauroux.

De plus, afin de renforcer les liens au sein du groupe, les organisateurs ont conduit les joueurs au Centre National des Sports de la Défense (CNSD) de Fontainebleau, du 26 au 30 juin. En habits militaires et sous la houlette de Christophe Horta – manager général des équipes de France militaires de football –, ils y ont effectué un stage de cohésion qui permit également de solidement renforcer leur préparation physique. Au programme, entre autres : parcours du combattant, leçon de boxe, natation ou encore course d’orientation de nuit. Si Nasser, absent de stage à ce moment-là, n’a pas eu la possibilité de goûter à ces exercices, Paul y a trouvé une expérience intéressante : « C’est très éprouvant ! C’était la première fois que je vivais un tel stage, je m’en rappellerai, concède l’ancien Ajaccien. Le but était de se découvrir, cela a créé une forme de solidarité entre nous. »

 

Embarqués dans une aventure commune, les stagiaires ont largement plébiscité la vie du groupe : « Il y a une bonne ambiance. Dès mon arrivée, j’ai été bien intégré », confie Nasser. Le contexte, fatalement particulier, est mis de côté au profit du travail et du collectif : « On fait abstraction de notre situation, affirme Paul. On est comme dans un club, on travaille bien, ça chambre, ça rigole. » Alors, au moment de revêtir le maillot noir de l’UNFP, il fallut trouver un nom à l’équipe. « UNFP FC », cela sonnait un peu froid et impersonnel. Pour sied au mieux avec l’ambiance, les joueurs avaient besoin d’un nom plus chaleureux, plus cocasse peut-être. Paul raconte : « Au début du stage, quand il y avait des conservations de balle, au lieu de dire qu’un joueur était le joker, le coach (Ghislain Printant) disait  »bilto », alors c’est resté. » La Team Bilto était née.

d

Ouverts aux propositions

Aussi, avec des matches amicaux qui s’enchaînent à seulement quelques jours d’intervalle, dire que ce stage n’est pas de tout repos constituerait une vulgaire litote. La Team Bilto s’est même déjà offerte le scalp de deux formations qui évolueront en Ligue 1 cette saison : Amiens (1-0) puis Troyes (1-0). Paul s’est d’ailleurs « senti progresser ». « On apprend, témoigne-t-il. Notamment au niveau de la préparation physique, et aussi auprès du coach. » L’apport de joueurs d’expérience au sein du groupe est également une source d’enrichissement pour les plus jeunes, notamment Nasser : « Leurs remarques sont importantes, surtout à mon âge, j’ai besoin d’apprendre ». Ronald Zubar, qui a disputé la Ligue des Champions avec l’Olympique de Marseille, est l’un d’entre eux : « Ronald, il se tient juste à côté de moi, il m’a a l’œil, plaisante Paul. Ce sont des précieux conseils, on écoute avec attention. »

 

Au fil de la préparation et des conseils avisés des plus anciens, les joueurs se rapprochent de leur condition physique optimale. « En une mi-temps avec l’UNFP, j’ai plus joué que durant toute la saison avec Nîmes ! », souligne Nasser. Un premier pas pour convaincre un potentiel employeur. Depuis le début du stage, trois joueurs y sont parvenus : Pape Abdou Paye (Bourg-en-Bresse), Landry Bonnefoi (Strasbourg) et Bilel El Hamzaoui (Boulogne). « Tout le monde a le niveau pour trouver un club, d’après Nasser. Mais les clubs sont exigeants. Il faut avoir eu du temps de jeu, présenter des garanties physiques. Ce n’est pas forcément tous notre cas. » Paul, qui a subi deux ruptures des ligaments croisés, en sait quelque chose : « Ce n’est pas seulement sportivement qu’on se retrouve ici. Il y a les blessures, les staffs avec qui ça ne se passe pas toujours bien. Il faut de la force mentale pour rebondir mais c’est comme ça, c’est le foot ».

Le programme estival de la #TeamBilto

Pour l’heure, Paul et Nasser n’ont toujours pas reçu d’offres intéressantes à leurs yeux, sinon celles peu attrayantes de clubs d’Europe de l’Est, turcs, roumains ou grecs. L’ancien Nîmois a d’ailleurs été refroidi par sa visite dans une formation de première division bulgare, au cours du mois de juin : « Ils ont voulu changer les termes du contrat. Ce n’était pas clair du tout ». Désormais, il concède « avoir peur » de se retrouver sans club à la fin de l’été, même s’il affirme « avoir confiance en ses qualités », tout comme Paul, qui veut rester positif : « Je n’y pense pas. On aura tout le temps de voir cela si ça arrive. » Les deux joueurs se disent « ouverts aux propositions », Paul espérant rebondir en National, tandis que Nasser songe à retrouver la Ligue 2. Un défi sportif, mais surtout l’ambition de reprendre goût au football. « Vous savez, on veut juste retrouver le plaisir de jouer. Ça fait trop longtemps que je l’ai perdu », confie Nasser. Car, au fond, rien d’autre ne compte.

 

Notre dernière interviewito : 

https://stadito.fr/2017/07/19/david-alcibiade-fc-nantes-montrer-suis-capable-de-mimposer-ligue-1/

You may also like

More in A LA UNE