Les Bleus finissent sur une bonne note

Pour son dernier match de la saison, l’Équipe de France s’est offert une victoire de prestige face à l’Angleterre, mardi soir, au Stade de France (3-2). Ce rebond, intervenu quelques jours après une défaite inquiétante en Suède (1-2), marque peut-être le renouvellement d’une formation qui a su profiter des ajustements de Didier Deschamps.

C’était le 17 novembre 2015. La date paraît lointaine, bien sûr, mais le souvenir, lui, est encore vivace. Au cœur du temple du football, à Wembley, tout un stade a rendu un vibrant hommage à Paris, à la France, et par extension à notre irrésistible soif de liberté. La tragédie que nous avions vécu quelques jours auparavant, le soir du 13 novembre, a dessiné les contours d’une période noire qu’on n’aurait, malheureusement, jamais voulu connaître, et à laquelle, malgré nous, on s’est peu à peu habitué. Le 13 novembre, nous regardions paisiblement les Bleus battre les Champions du Monde allemands (2-0). C’est là la seule vision que nous aurions voulu garder : celle du football, du jeu, encore et toujours.

En ce 13 juin 2017, c’est l’Angleterre qui avait l’âme en peine. Meurtrie par les attentats de Londres et de Manchester, la formation d’outre-manche se déplaçait cette fois au Stade de France. Il était normal de lui rendre la pareille. En écho à la splendide Marseillaise entonnée par le public anglais il y a un an et demi, les supporters français s’étaient préparés à chanter à l’unisson l’hymne britannique, le God Save The Queen. Le symbole était fort. L’émotion, elle, fut également très grande. Les conditions n’étaient certes pas les mêmes qu’en cette soirée à l’atmosphère étrange du 17 novembre, et la rencontre n’en fut guère affectée. Mais il fut vraiment beau d’entendre cette reprise de la chanson d’Oasis, Don’t Look Back in Anger, par la garde républicaine, sous laquelle les joueurs ont fait leur entrée.

Deschamps a modifié ses cartes

Les Bleus, justement, étaient décidés à aller de l’avant. La rencontre était amicale, mais l’enjeu n’était pas nul pour l’Équipe de France. Didier Deschamps, dont les choix ont largement été remis en question suite à la défaite en Suède pour le compte des éliminatoires à la Coupe du Monde (1-2), avait décidé de renouveler son effectif. Exit Antoine Griezmann, Dimitri Payet, Moussa Sissoko et autre Blaise Matudi, le sélectionneur français a lancé dans le bain Kylian Mbappé, Thomas Lemar, Ousmane Dembelé et enfin Ngolo Kanté. Au regard du match, mais également du jeu proposé, ce panel de nouvelles solutions fait désormais figure d’options potentielles pour l’avenir.

Tout fut bien sûr loin d’être parfait. Longtemps, l’Équipe de France s’est cherchée un rythme. Ayant du mal à accélérer, parfois maladroite techniquement et dans ses enchaînements, la formation alignée par DD aura encore du travail sur lequel plancher à l’avenir. En première période, notamment, les Tricolores ont manqué d’impact au milieu, tant dans les relais en phases offensives que dans la récupération en phases défensives. L’absence de Griezmann, habitué à gratter un nombre important de ballons, et le volume de jeu anormalement bas de Ngolo Kanté durant près de 45 minutes ont permis aux Anglais, quoique peu flamboyants, d’avancer trop facilement dans la moitié de terrain adverse. Sur leur première incursion, la passivité de Sidibé, qui a laissé partir Bertrand dans son dos, a coûté l’ouverture du score de Kane à l’issue d’un jeu à trois avec Sterling (0-1, 9e).

Cette erreur a permis aux Bleus de rentrer dans leur match et de commencer à proposer un jeu parfois léché et porté vers l’avant. Dès qu’ils ont commencé à prendre la profondeur, les espaces se sont ouverts dans une arrière-garde anglaise souvent fébrile, et qui a, par deux fois, abandonné son gardien. La première fois, sur un coup franc brossé de Lemar, le portier britannique, Tom Heaton, a repoussé la tête de Giroud mais Umtiti, bien placé, a pu égaliser (1-1, 22e). La seconde fois, Ousmane Dembelé, après avoir mystifié la défense anglaise d’un de ses crochets, a également buté sur Heaton, mais c’est cette fois Sidibé qui avait bien suivi (2-1, 43e).

Vers un dessein collectif

Il manquait pourtant toujours quelque chose à cette Équipe de France. Une vraie ambition d’aller gagner la rencontre, un véritable dessein collectif. Et c’est peut-être, paradoxalement, le carton rouge reçu par Raphaël Varane au retour des vestiaires (48e) qui lui a permis de l’obtenir. Pris de vitesse par Dele Alli dans la surface, le défenseur madrilène a légèrement accroché le milieu de Tottenham, et provoqué un penalty, validé par l’assistance vidéo. Son expulsion n’avait rien de logique – la double peine n’étant plus obligatoire et, de surcroît, cette rencontre étant amicale – mais elle a donné à l’EdF un second souffle, en dépit du doublé inscrit par Harry Kane, qui a pris Lloris à contre-pied (2-2, 48e).

Ajustement tactique oblige, DD a remplacé Olivier Giroud par Laurent Koscielny, laissant ainsi Kylian Mbappé seul dans l’axe. Toutes proportions gardées, la philosophie de jeu qu’a laissé entrevoir la France dès cet instant s’est apparentée à celle de l’Euro, à partir de la seconde période du huitième de finale face à l’Irlande. Une chose est sûre : cette Équipe de France n’a pas vocation à maîtriser les événements, mais elle sait se trouver un sens, une destinée commune. Kanté, en dedans lors du premier acte, s’est démultiplié lors du second aux côtés d’un Paul Pogba enfin convaincant, d’un Lemar très intéressant et d’un Ousmane Dembelé, longtemps maladroit (15e, 37e, 67e), qui est progressivement monté en puissance.

Qu’importe leur infériorité numérique, ces Bleus à l’équilibre instable se sont alors montrés supérieurs à des Britanniques globalement apathiques. Au cœur de ce schéma de jeu, Kylian Mbappé a, lui aussi, commencé à prendre l’ascendant. Le jeune Monégasque a manqué d’un brin de réussite face aux gardiens britanniques (33e, 67e, 90+3e), et a vu sa frappe se fracasser sur la barre (71e), mais a guidé le jeu de sa formation, par ses mouvements, ses relais et ses dribbles chaloupés. S’il n’a pu marquer, il devait malgré tout se montrer décisif, et c’est ainsi que sa remise idéale a permis la frappe croisée parfaitement exécutée par Ousmane Dembelé (3-2, 78e), acte de naissance d’un futur duo infernale qu’on salive déjà de contempler à l’avenir. Non, tout n’était pas parfait, mardi soir. Mais les Bleus se sont donnés les moyens de regarder vers l’avant. Et aujourd’hui, Didier Deschamps commence probablement à regarder dans la même direction qu’eux.

 

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