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Billet d’humeur : l’arbitrage vidéo par Paulito

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Les pro-arbitrage vidéo pensent que les inégalités et les erreurs seront moins présentes grâce à l’utilisation de cette nouvelle technologie. Pour moi, cette théorie est mauvaise, l’arbitrage vidéo n’étant qu’un déplacement de problème (le jugement humain de l’arbitre central est déplacé vers le jugement humain d’un autre arbitre derrière un écran). Dans ce billet d’humeur je vais vous donner mon avis sur l’arbitrage vidéo. Un avis qui est ni fixe, ni à prendre pour acquis. Je ne juge ici que ce qui a été proposé par la FIFA, ces propositions étant évolutives en fonction des différents tests.

Depuis toujours l’arbitrage est critiqué et ce peu importe le sport. Dans le cas du football, la critique du corps arbitral fait partie de l’ADN de ce sport que nous chérissons. Chaque amateur de foot que vous êtes s’est déjà insurgé au moins une fois contre ce que vous pensiez dans votre objectivité la plus partielle être une erreur d’arbitrage. Bien sûr parfois il y a des erreurs d’arbitrages, néanmoins l’avis peut parfois – souvent – être tronqué par le syndrome du clubisme (terme popularisé par Daniel Riolo, RMC Sport) qui a pour principe de supprimer toute subjectivité. La cause ? Notre attachement affectif au club que nous supportons.

L’AVIS DIT « CONSULTATIF » DE L’ARBITRE VIDEO

L’arbitre central pourra faire appel à l’arbitre dédié à la vidéo dans 4 cas bien précis : pour les cartons rouges, une erreur d’identité d’un joueur, les buts marqués et les pénaltys.

Je ne vais pas disséquer chacune des situations durant lesquelles l’arbitrage vidéo pourrait intervenir mais vous adresser ma logique globale par rapport à l’ensemble de ces situations. Pour moi, quand l’arbitre vidéo fera appel à l’arbitre vidéo pour régler une situation qu’il n’arrivera pas à régler tout seul, il ne fera que transmettre son problème à un autre être humain qui lui sera derrière un écran qui lui donnera son avis sur la situation. Bien sûr il ne s’agira que d’un avis consultatif, l’arbitre central étant le décisionnaire numéro 1. Néanmoins cet avis, qu’il soit contraire ou en adéquation avec celui de l’arbitre central va forcément influencer ce dernier.

Lors de France-Espagne, l’arbitre a par deux fois fait usage de la vidéo

Mais alors, quel est le problème ? Vous avez déjà pu l’expérimenter chez vous quand vous regardiez un match de foot entre amis ou en famille, certaines situations suscitent le débat et ce même chez les « spécialistes » (baladez-vous sur Twitter pendant le match et étudiez les réactions des journalistes et consultants pour vous en rendre compte). C’est exactement la même chose lors d’une communication arbitre central – arbitre vidéo. Prenons l’exemple d’une action litigieuse bien connu : la main dans la surface. Nous avons 10 personnes qui ont vu l’action, pour la moitié il y a main volontaire, pour l’autre moitié c’est involontaire. Cet exemple est applicable à beaucoup d’autres actions de jeux comme les célèbres « carton ou pas carton » ou les « hors-jeu ou pas hors-jeu ».

L’idée de l’avis dit « consultatif » est une hérésie. Peu importe l’avis de l’arbitre vidéo, il aura forcément une influence sur l’arbitre. Et il faudra accepter aussi que, parfois, l’arbitre dédié à la vidéo se trompe. Ce n’était pas justement ça que la FIFA voulait éviter en mettant en place cette réforme ?

LES TESTS

Lors de l’annonce par la FIFA du projet de mise en place du dispositif d’arbitrage vidéo, j’ai cru que cela prendrait du temps, que de nombreux tests seraient effectués et qu’il faudrait du temps pour que cela arrive dans notre football. Pour ma part, j’ai eu l’opportunité de voir trois matchs dans lesquels cette technologie fut utilisée, à savoir France – Espagne et les barrages aller/retour d’accession et descente Ligue1/Ligue2 et Ligue 2/National qui opposait cette année Lorient à Troyes et Orléans au Paris FC.

Le premier match qui faisait figure de test grandeur nature accessible au grand public fut donc le match France – Espagne qui eut lieu le 28 mars dernier et qui s’est soldée par une défaite pour l’équipe de Didier Deschamps. Ce match amical devait donc servir de test pour l’éventuelle future mise en place de l’arbitrage vidéo à la fois dans les différents championnats mais surtout pour la prochaine coupe du monde 2018 en Russie. Nous parlions donc à l’époque de tests et non d’une application définitive dès la saison prochaine en championnat. Après ce match où, ayons l’honnêteté de le dire les décisions qui ont été prises grâce à l’arbitrage vidéo se sont avérées être justes. Néanmoins, on ne pouvait pas dire que le système était très au point, notamment sur la question du timing (dont nous reparlerons un petit peu plus tard). Plus d’infos sur le match.

la “Main de dieu” ou le symbole de l’erreur arbitrale devenue légende

Sont donc ensuite venus les tests dans les championnats et notamment les matchs de barrage. Nous avons vu pendant ces tests quelques modifications, notamment au niveau du timing. Durant ces deux rencontres nous n’avons absolument pas senti si oui ou non l’arbitre Clément Turpin avait demandé l’arbitre vidéo ou non. Néanmoins, des questions se posent notamment sur deux faits de jeux, deux penaltys supposés, l’un à la 2ème minute et un autre à la 88ème minute lors du deuxième match. Deux actions sur lesquelles M. Turpin a dû avoir l’avis de Michael Lesage (l’arbitre vidéo pour ce match qui fait parti des 12 arbitres formés en France). Deux actions qui suscitent le débat. Nous revenons donc à cette fameuse théorie de l’avis consultatif qui n’en serait pas un et de la possibilité de l’erreur dans le jugement des deux arbitres.

En bref nous avons eu droit à trois tests. Ces trois tests ont montré l’efficacité du système mais aussi ses limites sur certaines actions de jeux qui sont soumises à interprétation. Ces quelques tests pour nous public Français n’ont pas convaincu les dirigeants du la ligue à installer l’arbitrage vidéo dès la saison prochaine pour tous les matchs de ligue 1. Néanmoins, d’autres présidents de ligues étrangères ont, eux, pris les devants pour l’installer dès la saison prochaine (au Portugal et en Italie par exemple). Sage décision, le dispositif n’étant pas au point, il faudra d’avantage de tests pour décider le foot français. Mais qu’on ne se leurre pas, l’arbitrage vidéo arrive tôt ou tard.

L’EMOTION

Dernier point qui est pour moi le point le plus important, l’émotion. L’émotion fait partie intégrante de ce qu’est le football. Ces émotions se retrouvent sur le terrain mais aussi et surtout en dehors du terrain, dans les tribunes ou dans les salons des fans de foot. Vous avez tous déjà ressenti de la joie, de la trisse après un but ou un résultat. Pour moi, l’arbitrage vidéo est un tueur d’émotion. Prenons l’exemple de France – Espagne dont nous avons déjà parlé plus haut. Lors du but de Griezmann, le stade a littéralement explosé, pris de bonheur de voir l’équipe de France revenir dans le match. Une fausse joie, gâchée par la décision de l’arbitre d’annuler le but pour cause de hors-jeu. Cette décision n’aurait jamais été prise sans l’arbitrage vidéo. Alors bien sûr, je juge cette action et cet exemple dans ma non-objectivité la plus parfaite. Mais cet épisode de fausse joie n’aurait pas eu lieu sans l’arbitre vidéo, le but ayant été accordé initialement.

Le foot n’est qu’émotion. Certes le système d’arbitrage vidéo n’est encore qu’en période de test et est involutif en fonction des résultats de ces derniers. Mais personnellement je ne vois pas comment l’on peut supprimer ce laps de temps pendant lequel l’arbitre vidéo se repasse l’action au ralenti sans atteindre l’aspect émotif de la rencontre ou l’aspect qualitatif désiré pour l’arbitrage.

QUELQUES TWEETS

Je ne suis pas fermé à l’arbitrage vidéo. Je pense juste que c’est trop tôt pour l’adopter. Néanmoins je suis parfaitement conscient que cette technologie arrivera tôt ou tard. Les pro-arbitrages diront que je suis conservateur et que c’est parfaitement normal que le sport le plus populaire du monde soit équipé de tels moyens technologiques. Je répondrais que tout n’est pas à jeter dans l’arbitrage vidéo mais qu’il persistera toujours quelque chose qui me dérange dans le système qui pour moi déresponsabilise les arbitres et ne règle pas les problèmes d’inégalité, bien au contraire. Ils feront aussi le comparatif avec les autres sports tels que le tennis ou encore le rugby dans lesquels l’arbitrage vidéo est présent et est rentré dans les codes de ces sports. Je pense que le football est un sport incomparable à tout autre sport tant les enjeux et le système est différent. Le rugby a un jeu arrêté qui fonctionne par séquence, on peut se permettre de stopper le jeu, là où le foot a un jeu qui se base sur la vitesse, la spontanéité et la tactique. La volonté de la FIFA et de faire du football un spectacle vivant et télégénique. Comment faire d’un sport qui se veut basé sur la vitesse et l’enchaînement un sport haché par d’interminables discussions avec le camion vidéo.

Beaucoup de questions se posent aujourd’hui quant à la mise en place éventuelle de l’arbitrage vidéo. Tant que ces questions seront posées, il ne peut pas y avoir un lancement à grande échelle de cette nouvelle technologie. Ces questions par rapport à l’arbitrage vidéo s’inscrivent dans un débat plus large sur l’industrie qu’est le football. Il y a une vraie volonté du côté de la FIFA d’américaniser le football et d’en faire un show, un spectacle quais prévisible à l’image du catch. Dans un monde où tout va toujours très (trop) vite, est-il possible de freiner le « progrès » ? Ce qui est sûr c’est que le football évolue, mais jusqu’où va-t-il le aller ? Personne ne le sait. Affaire à suivre.

Paulito, le football sans vidéo

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