Rodéric Filippi : « le championnat qui me dirait en premier lieu est l’Angleterre »

À 28 ans, Rodéric Filippi est un joueur de Ligue 2 confirmé. Passé par l’AC Ajaccio et le Gazélec Ajaccio, il est aujourd’hui en fin de contrat avec son club, le Tours FC. Avec Stadito, le solide défenseur central revient sur sa carrière, sa saison et ses ambitions futures.

Vous avez été formé à l’AC Ajaccio de 2007 à 2009, puis vous êtes allés au Gazélec. Pourquoi être parti et avez-vous eu des remarques lorsque vous avez rejoint l’autre club de la ville ?

Non, je n’ai pas eu de remarques ou de problèmes de ce type car à l’époque j’étais jeune. Je suis allé au Gazélec car je revenais de blessure, l’ACA n’avait plus besoin de moi et je n’avais pas d’autre club. Je connaissais des gens là-bas, notamment des amis et d’anciens dirigeants de l’AC Ajaccio qui ont demandé à ce que je vienne.

Avec le Gazélec vous avez grimpé trois divisions, quel est votre meilleur souvenir au club ?

Mon meilleur moment passé au club était la montée du CFA au National. On était une bande de copains, c’était amateur, il y avait une ambiance beaucoup plus champêtre. On était bons vivants. Malheureusement, une fois dans le monde pro, il y a de l’argent en jeu et les gens changent. On voit apparaître des mentalités bien différentes. Le club a décidé que certains joueurs ne faisaient pas l’affaire, et lorsqu’on recrute des joueurs issus du milieu professionnel, ils ont déjà ces problèmes de mentalité.

Comment expliquez-vous ce succès et ce parcours ?

Encore une fois, je pense que c’est dû à notre côté amateur. Il y avait un vrai groupe qui était le même depuis le départ. On a réussi à garder cet aspect amateur en se professionnalisant sur certains points essentiels. On était sur une bonne dynamique, il y avait ce côté champêtre, on s’entraînait sur des terrains à droite à gauche. Cela a été un élément clé de notre réussite.

Êtes-vous encore en contact avec votre ancien club ?

Oui, je suis en contact avec un peu tout le monde là-bas. Les joueurs c’est plus rare car j’ai peu d’amis dans le foot. Les joueurs avec lesquels je suis monté en National n’y sont plus. Je continue de fréquenter le président, le directeur sportif, des supporters… À Noël, je suis allé en Corse et on s’est vus, on garde de bonnes relations.

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Vous avez ensuite choisi Tours, pourquoi ?

A la base, il était prévu que j’aille à l’étranger, à Cardiff. Malheureusement, le transfert a capoté. Je ne sais pas vraiment pourquoi, il y a eu un problème avec mes agents. Je ne sais pas s’ils m’ont menti ou pas. Ils m’avaient assuré que c’était pratiquement fait et m’ont tenu en haleine tout le mercato en disant que le club prenait son temps. Au final, cela ne s’est pas fait et je me suis retrouvé sans club. Puis j’ai eu quelques contacts avec des clubs de Ligue 2, dont Tours. Le discours du club est celui qui m’a le plus plu, et il y avait un challenge intéressant à relever au niveau de la défense. C’est pour ça que j’ai décidé de signer.

Cela a t-il été difficile de quitter la Corse ?

Oui et non. Au niveau du climat, c’est sûr que ça met un coup au moral et au corps. Quand on est footballeur, on sait qu’on est amené à bouger. Ça a plutôt été compliqué pour ma famille, car il faut se recréer des amis. Moi, je me suis fait des connaissances grâce au foot.

Avec un peu de recul, quel regard portez-vous sur le football corse et les récents événements à Bastia ?

Je ne pense pas qu’il existe réellement de « football corse », c’est beaucoup de préjugés. Dans le jeu, en soi, c’est le sud. Un jeu beaucoup plus physique. Quand je suis arrivé à Tours, j’ai compris que c’était beaucoup plus technique, j’ai été surpris. Je pense que ce sont les médias qui font un peu cette réputation au football corse, qui rendent cela différent. Pour ce qui est de Bastia contre Lyon, il y avait déjà eu des événements semblables à Nice. C’était parce que Jean-Louis Leca avait sorti le drapeau corse, mais quand on voit n’importe qui sortir un autre drapeau, on ne dit rien. C’était à peu près la même situation mais on en avait pas fait un pareil scandale. Je trouve qu’on exagère toujours un peu ce qu’il s’y passe.

Vous rappelez-vous de votre premier but en Ligue 1 ?

Je n’en ai pas marqué en Ligue 1 je crois… Désolé j’ai une mémoire de poisson rouge. Ah si, contre Nice !

Vous aviez gagné 3-1, première victoire de l’histoire du Gazélec en Ligue 1 et vous aviez mis un but contre votre camp.

Oui, c’était un très bon match. Généralement quand je marque je mets un doublé, un pour nous et un contre ! (Rires). En plus, lors de ce match, il y avait le fameux Ben Arfa en face.

Quel est le joueur le plus compliqué que vous ayez eu à marquer ?

J’en ai eu deux, mais je n’aime pas le dire, ça m’énerve car à chaque fois on parle d’eux. C’est Ibrahimovic et Cavani. Mais plutôt Cavani car il n’arrête pas de bouger, il fait des appels compliqués à gérer, qui sont tranchants. Son seul problème et sa différence avec Ibrahimovic, selon moi, c’est qu’ils n’ont pas le même pied. Cavani est un moins bon finisseur.

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Avez-vous pour objectif de retrouver un jour la Ligue 1 ?

Non… (Rires). Si, bien sûr. A partir du moment où on pratique un sport, on veut toujours plus. Je ne veux pas me contenter de rester à mon niveau. Il faut être conscient de ses compétences et de ses qualités. Je sais par exemple que l’Équipe de France m’est inaccessible. La Ligue 1, sans prétention, je pense que je peux. C’est toujours attirant pour les stades, les supporters, les enjeux et même financièrement.

Et l’étranger ?

Oui, cela m’intéresse, mais pas n’importe où. J’ai un jeu plutôt agressif, le championnat qui me dirait en premier lieu est l’Angleterre, ou l’Écosse. Sinon, pourquoi pas l’Espagne. L’Allemagne je pense que cela ne serait pas possible, rien pour la barrière de la langue. Mais je privilégie avant tout ma famille, je souhaite qu’elle soit bien là où elle est.

Vous dites ne pas vraiment aimer le sport sauf lorsque vous le pratiquez. Comment vous êtes vous dirigés vers le football ?

Avant, je faisais de la gym. J’ai commencé le football relativement tard, à 11 ans. C’est avec mes copains que je me suis mis au foot. Après j’ai eu le petit coup de chance qui a fait que j’ai pu atteindre le « haut niveau amateur » en U16 Nationaux à Nice.

Vous suivez quand même la Ligue 1, vous savez qui est premier ?

Non, pas du tout. Je n’en sais rien. Je ne suis pas du tout le football.

C’est Monaco.

Ah, d’accord. Bon, pour une fois ce n’est pas Paris, c’est bien (Rires). Ils m’énervent. Je trouve cela assez inadmissible ce qu’ils font. Ils achètent tout. Même quand on joue contre eux, on sent que l’arbitre les avantage. Après ça n’est pas spécifique à Paris, je pense que c’est ça avec tous les gros clubs, ils les protègent.

Avez-vous d’autres passions ?

De passions, pas vraiment. J’aime la chasse, la moto mais ce ne sont pas non plus mes passions.

Vous parliez de passer un permis poids lourd, pourquoi cela vous attire-t-il ?

Oui, je voudrais le passer mais je ne peux pas pour une question d’emploi du temps. J’aimerais bien faire cela comme métier, mais en Corse. On est dehors, pas derrière un bureau et cela ne nécessite pas réellement d’avoir un diplôme, juste le permis.

Et après le foot, qu’envisagez-vous de faire ?

Une chose est sûre, je ne veux pas continuer dans le foot. Je ne veux pas passer de l’autre côté de la barrière. De toute façon je ne pourrai pas être entraîneur ou quoi que ce soit, je ne connais aucun joueur. Je travaillerai comme tout le monde et je profiterai de la vie, tout simplement.

Aujourd’hui, êtes vous satisfait de votre saison ?

Non, je garde un sentiment mitigé. J’aurais souhaité faire mieux, que l’on finisse dans les meilleurs défenses, marquer un ou deux buts de plus. Je suis un compétiteur, j’aurais aussi voulu qu’on se sauve avant. Je pense qu’on aurait pu jouer le haut de tableau, c’est dommage.

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Tours a longtemps été dernier de Ligue 2, aujourd’hui vous êtes maintenus. Comment expliquez-vous ce réveil relativement tardif et quels sont vos objectifs pour la fin de saison ?

Je ne sais pas vraiment, c’est un tout. Il y a eu un changement d’entraîneur, une remise en question et une prise de conscience des joueurs. Il y a notamment eu une prise de conscience au niveau tactique. Après, quand une dynamique est lancée et que la confiance est là, ça change tout. On doit continuer de prendre des points pour la satisfaction personnelle des joueurs, et il faut surtout se faire plaisir.

Quelles leçons tirez-vous de cette saison ?

J’en tire beaucoup de choses qui me seront utiles à l’avenir. Si on avait fait les efforts avant, on aurait pu jouer beaucoup mieux. On prend de l’expérience, je sais qu’il y a des erreurs à ne plus refaire, techniquement et tactiquement. Il faudra aussi que les prises de conscience se fassent plus tôt.

Quelles sont vos ambitions pour l’an prochain ?

Déjà, je ne sais pas où je serai. Je suis en fin de contrat, le club veut me garder, on discute. Je verrai aussi si j’ai d’autres opportunités, mais aujourd’hui, rien n’est sûr. Cela peut dépendre de ce que le club compte faire, ce qu’il veut me proposer.

Êtes-vous venu en Kangoo ?

Non, je l’ai vendu en arrivant ici (rires). Vous savez, la famille s’agrandit, il a fallu changer !

Stadito remercie Rodéric Filippi pour sa disponibilité et sa gentillesse.

 

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