Jean-Michaël Seri, « un exemple pour les plus jeunes »

Formé au centre Cyrille Domoraud, en Côte d’Ivoire, Jean-Michaël Seri a su faire les bons choix de carrière pour s’imposer en Europe. Cadre du milieu de terrain de l’OGC Nice depuis deux saisons, il est l’un des meilleurs joueurs de Ligue 1. Focusito de celui que l’on surnomme Marcelo Gallardo en Côte d’Ivoire depuis son plus jeune âge.

Jean-Michaël Seri commence à jouer au foot dans son quartier de Yopougon, à Abidjan. Comme beaucoup de jeunes africains, il joue pieds nus, ce qui lui permet d’acquérir une bonne technique. A seulement huit ans, il intègre le centre Cyrille Domoraud, créé par l’ancien joueur de Marseille, Monaco ou encore l’Inter Milan. Un centre où passeront également Wilfried Bony, Wilfried Kanon et Junior Tallo. Comme tous les jeunes joueurs ivoiriens, un surnom lui est rapidement attribué par rapport à son style de jeu. Pour le natif de Grand-Béréby, ce sera Marcelo Gallardo eu égard à sa technique et à son poste de numéro 10.

Un apprentissage dans les deux plus grands clubs ivoiriens

A seulement 16 ans, Jean-Michaël Seri débute en équipe senior avec l’Africa Sports, un des plus grands clubs ivoiriens. Il côtoie alors Cyrille Domoraud, son ancien directeur, qui termine, lui, sa carrière de footballeur. A l’époque, il évolue en tant que meneur de jeu dans le club dix-huit fois champions de Côte d’Ivoire. En 2010, à seulement 19 ans, il fait un choix surprenant en quittant l’Africa Sports pour rejoindre l’autre grand club ivoirien : l’ASEC Mimosas. Un club par lequel sont passés les frères Touré, Yaya et Kolo, Salomon Kalou ou encore Gervinho. « Il a fait le choix de rejoindre l’ASEC qui était plus médiatisé car on disputait la Ligue des Champions » se souvient Sébastien Desabre, son entraineur de 2010 à 2012. C’est ce dernier qui l’a replacé de sa position de 10 à sa position actuelle de 6/8. « Je le préfère face au jeu. Il casse des lignes par ses passes dans les intervalles. Avec la maturité, il a, en plus, pris un volume défensif qu’il n’avait pas à ses débuts » explique le Français.

Jean-Michaël Seri sous le maillot de l’ASEC Mimosas

Le déclic pour le jeune ivoirien intervient en 2012. « Cette saison-là a été déterminante pour lui. Il a vraiment fait une grosse saison. Il avait été au-dessus dans le volume de jeu, dans la maitrise technique et il avait aussi marqué quelques coups-francs. Cela lui a permis de s’exposer » se rappelle l’actuel coach du Wydad de Casablanca. Elu meilleur joueur du championnat ivoirien cette année-là, il est récompensé de sa belle saison par une convocation en sélection ivoirienne entrainée, à l’époque, par Sabri Lamouchi. « C’était un petit parmi les grands. Il n’avait pas joué. Il l’avait pris pour un stage entre guillemets » assure Sébastien Desabre. Ce dernier ne tarit pas d’éloges sur son ancien joueur : « Il a toujours une place importante dans un groupe. Bien sûr parce qu’il est fort mais aussi parce qu’il est important pour la cohésion du groupe. C’est lui qui sait quand il faut travailler et c’est lui qui sait quand il faut déconner. C’est quelqu’un de génial sur et en dehors du terrain ».

Direction l’Europe et Porto

Ses bonnes performances attirent logiquement les recruteurs européens. Testé en octobre 2012 par le FC Porto, il s’engage finalement en janvier avec les Dragons pour un contrat de trois ans et demi. « Tous les joueurs africains rêvent de l’Europe. On n’est pas sur les mêmes niveaux de rémunération, d’infrastructures et de visibilité. Il était en fin de contrat en plus à ce moment-là. D’autres choisissent des pays plus exotiques, lui a fait un bon choix avec le Portugal. Il a franchi les paliers sans se précipiter » fait remarquer Sébastien Desabre.

Jean-Michaël Seri avec le FC Porto B en deuxième division

Il évolue pendant six mois avec la réserve du club portugais. Titulaire indiscutable, il dispute 19 matchs en deuxième division portugaise. A l’entrainement il côtoie de grands joueurs comme James Rodriguez, Lucho Gonzalez ou encore João Moutinho. Mais cette forte concurrence ne lui permet pas d’intégrer l’équipe première. Alors à l’été 2013, et malgré le fait qu’il lui reste trois ans de contrat, il quitte Porto pour un club plus modeste : Paços de Ferreira.

Révélation à Paços de Ferreira

Jean-Michaël Seri arrive dans une équipe qui reste sur une très belle saison, conclut à la troisième place du championnat portugais. Paços de Ferreira dispute donc le barrage de Ligue des Champions mais s’incline lourdement contre le Zénith Saint-Pétersbourg et est renversé en Ligue Europa. Un barrage que ne joue pas l’Eléphant car il ne s’engage qu’à la fin de l’été avec le club lusitanien. Pas titulaire en championnat dans la première partie de saison, il dispute en revanche tous les matchs de Ligue Europa. Mais son équipe termine troisième de son groupe et est éliminé. En championnat, les Castors sont en grande difficulté, englués dans les deux dernières places du classement. Le milieu de poche va, alors, profiter d’un changement d’entraineur pour s’imposer comme titulaire et disputer tous les matchs de la deuxième partie de saison. Finalement son équipe termine 15ème de la Liga NOS et doit donc disputer le barrage pour se maintenir en première division. Opposés à Desportivo Aves, les Jaunes vont l’emporter grâce notamment à un but de leur milieu ivoirien lors de la rencontre retour.

Jean-Michaël Seri à la lutte avec Ricardo Quaresma, avec Paços de Ferreira

A l’été 2014, Paços de Ferreira retrouve Paulo Fonseca, entraineur du club lors de la saison 2012-2013. L’actuel coach du Shakhtar Donetsk fait immédiatement de « Mika » Seri un titulaire indiscutable. Disputant 33 matchs de championnat sur 34 possibles, le droitier participe amplement à la belle saison de son équipe, bouclée à la 8ème place du classement. Auteur d’un but et de deux passes décisives, il est même élu meilleur joueur du club. Dès lors, plusieurs clubs rentrent en contact avec lui. Le FC Séville, l’Udinese, l’Atalanta Bergame, Stuttgart, le Sporting Portugal, l’Olympiakos ou encore l’OM sont intéressés. Il choisit finalement l’OGC Nice sur les conseils de Carlos Eduardo. Son ancien coéquipier à Porto, qui flambe cette année-là sur la Côte d’Azur, lui recommande de signer chez les Aiglons.

Une adaptation immédiate à la Ligue 1

Jean-Michaël Seri s’engage donc avec l’OGC Nice en juin 2015 pour environ 700 000 euros. Arrivé sur la pointe des pieds, il va pourtant s’imposer rapidement dans le milieu à trois mis en place par Claude Puel. Aux côtés de Vincent Koziello et Nampalys Mendy, il forme un trio qui culmine à seulement 1m67 de moyenne. Une anomalie dans le championnat de France. Mais grâce à leur collectif bien huilé et à leur technique, les Niçois font des merveilles. Longtemps dans le haut du classement, ils sont même sur le podium à plusieurs reprises. « Il a besoin de s’intégrer dans un collectif joueur, avec des bons joueurs autour de lui et c’est le cas à Nice. Il est très fort dans l’aspect collectif, c’est là qu’il apporte tout son rendement » affirme Sébastien Desabre. Finalement quatrième, ils obtiennent leur qualification directe pour la Ligue Europa. Le milieu de terrain ivoirien est un titulaire indiscutable. Il dispute 38 matchs dont 35 comme titulaire, inscrit 3 buts et délivre 6 passes décisives.

Jean-Michaël Seri lors de sa signature à l’OGC Nice

Ses bonnes performances lui permettent, également, de retrouver la sélection mais cette fois-ci dans la peau d’un titulaire. « Il est revenu avec un autre statut et cela prouve bien sa progression » confirme Sébastien Desabre. Le sélectionneur Michel Dussuyer en fait un de ses cadres après la CAN 2015 remportée par les Ivoiriens. La retraite de Yaya Touré laissant un vide dans le milieu des Eléphants, il en profite pour faire son trou. Il marque même son premier but en sélection contre le Libéria en novembre 2015.

Jean-Michaël Seri en sélection ivoirienne, aux côtés de Gervinho et Serge Aurier

Un des meilleurs joueurs de Ligue 1

A l’été 2016, la belle saison niçoise provoque plusieurs départs. Valère Germain retourne à l’AS Monaco, Hatem Ben Arfa, en fin de contrat, s’engage avec le PSG, Nampalys Mendy et Claude Puel s’expatrient en Angleterre, respectivement à Leicester et à Southampton. Jean-Michaël Seri reste, lui, sur la Côte d’Azur. Avec l’arrivée de Lucien Favre, il prend une dimension encore plus importante. Ses statistiques en témoignent. Il a inscrit 6 buts et délivré 9 passes décisives en 32 rencontres. Il est d’ailleurs le deuxième meilleur passeur du championnat. « Je l’ai eu à ses premières années de championnat senior, on voyait qu’il avait du potentiel mais depuis le chemin qu’il a parcouru, c’est fantastique. Comme beaucoup de joueurs, il avait des capacités mais ce qui a fait la différence c’est les chemins qu’il a pris, c’est les gens qu’il a rencontré » témoigne Sébastien Desabre.

Dans le 4-3-3 ou le 3-5-2 du technicien suisse, il régule le jeu de son équipe tel un Verratti au PSG ou un Iniesta au Barça. Grand absent des trophées UNFP où il aurait pu postuler au titre de meilleur joueur de la saison, il est dans le viseur de nombreux clubs européens pour le mercato estival qui va s’ouvrir dans les prochaines semaines. Du FC Barcelone au Paris Saint-Germain en passant par l’Olympique de Marseille, tous aimeraient s’attacher ses services. S’il avait le choix, le joueur de 25 ans choisirait sans doute les Blaugranas, son club de cœur. En tout cas, il faudra sortir le chéquier puisqu’il dispose d’une clause libératoire, sous seing privé, fixée à 40 millions d’euros. Pour Sébastien Desabre, son ancien protégé devra surtout choisir en fonction du style de jeu de sa future équipe : « Il faut qu’il ait une équipe qui joue bien au ballon. Cela doit être son objectif principal pour son prochain club ». Peut-être décidera-t-il de rester à Nice pour se montrer performant sur la scène européenne ? Chose qu’il a échoué à faire cette saison avec une piètre élimination dès la phase de poules de la Ligue Europa. Il devra aussi retrouver sa place en sélection ivoirienne, perdue après sa mauvaise CAN 2017. Décevant comme tous les Eléphants, il n’avait pas pu éviter l’élimination dès le premier tour de son pays. Absent du dernier rassemblement en mars, pour cause de mariage, il devrait, malgré tout, conserver la confiance du nouveau sélectionneur Marc Wilmots. A lui de saisir sa chance pour enfin devenir le successeur de Yaya Touré et emmener ses Eléphants à la Coupe du Monde 2018.

En remportant le prix Marc-Vivien Foé, ce dimanche, Jean-Michaël Seri a été élu meilleur joueur africain de Ligue 1. Il succède à de brillants anciens pensionnaires du championnat de France, tels son compatriote Gervinho, son coéquipier Younès Belhanda, Pierre-Emerick Aubameyang ou Sofiane Boufal. Une consécration qui ne risque pas de lui faire prendre la grosse tête. « C’est un exemple pour les plus jeunes. Je sais d’où il vient, de quel quartier il vient. C’est quelqu’un qui a beaucoup de respect, qui n’est pas dans les étoiles. C’est une leçon d’éducation pour certains qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas » conclut Sébastien Desabre.

Stadito remercie Sébastien Desabre pour sa gentillesse et sa disponibilité.

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