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Anthony Knockaert, un Frenchie en mission

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Fraîchement élu meilleur joueur de Championship et promu en Premier League, Anthony Knockaert est actuellement sur un nuage. De l’autre côté de la Manche, le Frenchie impose son talent et son mental d’acier, lui qui a déjà connu plusieurs coups durs. Focusito d’un joueur qui veut décrocher la lune pour prendre sa revanche sur les clubs qui n’ont pas cru en lui, mais surtout pour rendre fiers son père et son frère, partis trop tôt.

Un ch’ti devenu MVP

Lauréat des trophées de Championship, il y a deux semaines, Anthony Knockaert a fait l’unanimité – et c’est un euphémisme. Sur les réseaux sociaux, les félicitations fleurissent la part de fans, joueurs et entraîneurs. « C’est vraiment mérité, nous confirme Maxime Colin, qui évolue également en Championship, sous les couleurs de Brentford. Il a été constant toute la saison, ses statistiques sont aussi très bonnes. Cette année est la bonne pour Brighton et Anthony a vraiment tiré son équipe vers le haut. »

Une semaine plus tard, Brighton composte sur la pelouse de Wigan son billet pour la Premier League. La consécration de plusieurs années de travail pour les coéquipiers du nouveau MVP, qui étaient « proches de la montée depuis plusieurs années ». « Ils avaient tous les ingrédients pour monter, avance Colin, pas surpris. Un magnifique stade, un gros public. » Des fans avec qui Anthony communie à merveille.

Ceux qui le connaissent ne sont décidément pas surpris de la gloire de l’ancien Guingampais. Thomas de Parmentier, qui l’a côtoyé à l’EAG, nous explique d’où vient sa faculté à être le chouchou du club : « Il aime le jeu avec la caméra, le jeu avec le public. Il n’est pas anodin qu’on entende des chansons en son honneur car c’est quelqu’un qui arrive à transmettre des émotions. Au delà de son football, il arrive humainement à faire passer quelque chose ».

« Trop petit » pour le RC Lens

Toute la gloire qu’il récolte est en quelque sorte une revanche qu’il prend, dix ans après les faits, sur la première grosse déception de sa carrière. Dès son plus jeune âge, le Roubaisien intègre le centre de formation du RC Lens. « Techniquement, il était au-dessus de la moyenne, se souvient Steven Joseph-Monrose, joueur de Brest formé à Lens. Il a un talent de dribbleur, il sait donner des bons ballons, marquer, c’est un talent qui est pas donné à tout le monde. En plus, il est vif, petit, bien sur ses appuis, c’est presque impossible de lui prendre le ballon. »

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Le dribble, une passion pour Knockaert.

Mais cette taille, qui fait aujourd’hui sa force, est la raison de son premier échec. Alors qu’il se plaît au centre de formation, où il vit au quotidien et s’est bien intégré avec les autres jeunes –« il faisait rire tout le monde »-, il apprend que ses formateurs ne croient pas en lui et qu’il ne sera pas conservé. « Son problème c’est qu’il était très petit, souligne Joseph-Monrose, qui se souvient qu’il était chambré à ce sujet. Il était présent, engagé mais physiquement, il ne s’imposait pas. » 

Du monde amateur à l’équipe de France

Face à cette désillusion, le jeune adolescent se repose sur le soutien de son père, Patrick, qui le pousse à repartir de l’avant. « Il a jamais lâché, c’est ce qui est fort chez lui », reconnaît celui qui aura pu finir sa formation au sein du club Sang et Or. 2007 est une année nouvelle pour Knockaert qui, pour parfaire une formation mitigée, rebondit à l’US Lesquin, modeste formation de CFA 2 qui va le relancer. Anthony Knockaert marque les esprits lesquinois avant tout par son talent, mais aussi par sa force de caractère, son impulsivité et sa hargne sur le terrain, devenant un des éléments clés du club.

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Anthony Knockaert à 16 ans. (Crédit photo : la voix du Nord)

Rapidement, le club du stade Jean-Pierre Papin devient trop petit pour lui. Il se raconte que Leeds, en Angleterre, lui fait une proposition à ne pas refuser, mais les clauses imposées par Lens, qui ne facilite décidément pas la tâche de son ancien joueur, repoussent les Anglais. Il tape donc dans l’œil de Xavier Gravelaine, recruteur de l’En Avant Guingamp. Son échec de Lens est oublié, assure son nouveau coéquipier Thomas de Parmentier, qui se souvient de le voir arriver « déterminé » à l’EAG. Il commence avec la CFA, s’entraînant de temps en temps avec la première, puis enchaîne rapidement les bonnes performances en National. Les portes des équipes de jeunes de l’équipe de France s’ouvrent à lui, à commencer par le Tournoi de Toulon avec les U20.

Au sein de cette équipe, il retrouve Steven Joseph-Monrose, qui avait perdu sa trace depuis son départ de Lens et ne s’attendait pas à le revoir. « Franchement, j’étais choqué, je savais même pas où il était. Ça m’a vraiment fait plaisir de voir que malgré son échec, il a réussi à faire son trou, et j’ai vu qu’il a bien progressé. » Pas complexé par le fait de n’être « que » joueur de National, quand certains de ses coéquipiers évoluent déjà en L1, il réalise un Tournoi de qualité, qui lui permettra de jouer plus tard trois matchs avec les Espoirs. « Il n’était pas intimidé, il a tout de suite montré son très gros potentiel » est le bilan de Maxime Bourgeois, qui a eu « le plaisir » de partager quelques sélections avec le Guingampais. « Pas étonnant, à mes yeux, que derrière, il connaisse cette ascension ! », juge celui qui jouait à l’époque à Auxerre.

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Le Championship avec Leicester plutôt que la Champions League avec Montpellier

En effet, à compter de ces sélections nationales, la carrière du Roubaisien semble décoller, et celui-ci, après le National, marche sur la Ligue 2 avec Guingamp. Seul le décès de son frère aîné, victime d’un arrêt cardiaque, vient considérablement noircir le tableau d’une saison en apothéose. Heureusement, il reçoit énormément de soutien de « de sa famille , de ses amis et certainement du club », d’après Thomas, qui témoigne que cette épreuve « lui a donné encore plus de force, de volonté de réussir pour que son frère et sa famille soient fier de lui, c’était une sorte de mission ».

Après cette saison pendant laquelle « il s’affirme », dixit de Parmentier, avec 36 matchs et 11 buts, il est pressenti pour rejoindre les rangs du champion de France en titre, Montpellier, une destination qui aurait pu lui permettre de franchir un pallier. Cependant, Knockaert n’est pas un joueur comme les autres. Il s’envole finalement pour Leicester, qui évolue en deuxième division anglaise, et surprend beaucoup d’observateurs par sa capacité à s’acclimater à ce nouveau football et à se montrer à son avantage. Il justifie ce choix par sa passion du football anglais, et ne cache pas que l’aspect financier entre également en compte. Mais, encore une fois, son talent – et sa passion pour le dribble dont témoignent tous ses ex-coéquipiers – mettent tout le monde d’accord. Knockaert enchaîne les performances remarquées et devient le chouchou des spectateurs du King Power Stadium qui, dans la tradition du supportérisme anglais, dédient un chant à celui qui incarne le nouveau visage offensif à mémoriser de Championship.

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Peut-être est-ce ce côté de garçon « attachant », que confirment tous ses anciens coéquipiers, qui lui permet de devenir un joueur clé de l’effectif. Peut-être est-ce aussi, comme le disent Joseph-Monrose et de Parmentier, sa capacité à « ne jamais douter de lui ». Un trait de caractère qu’il utilise comme force mais qui a, parfois, des conséquences fâcheuses. En demi-finale de play-offs pour la montée en Premier League, il prend l’initiative de tirer dans le temps additionnel un penalty qui peut envoyer son équipe en finale. Il manque le penalty et, sur la contre-attaque, son équipe concède un but qui les élimine. Pour Anthony, le traumatisme durera quelques jours après ce match fou, jusqu’à ce que sa famille l’incite à repartir de l’avant.

Malaise avec les fans au Standard

Leicester accède finalement à la Premier League la saison suivante et Knockaert, auteur d’une nouvelle excellente saison, réalise son rêve. Problème : son coach ne compte plus sur lui. Devant notamment faire face à la concurrence de Riyad Mahrez, Knockaert ne dispute que neuf matchs de championnat (pour seulement trois titularisations). Après avoir attendu pour toute la saison une prolongation de contrat qui ne viendra jamais, il est forcé à l’exil et se rapproche de sa région d’origine en signant au Standard de Liège.

En Belgique, il devient rapidement un élément incontournable des Rouches, marquant but sur but dès son arrivée. Il marque lors de son premier match de Jupiler Pro League, mais aussi lors de son premier match d’Europa League, face à Zeljeznicar. Mais un malaise s’installe rapidement auprès des supporters, qu’il accusera plus tard dans les lignes de So Foot de « penser qu’ils contrôlent le club ». Résultat, après une demi-saison, 24 matchs, 7 buts et autant de passes décisives, il est transféré à Brighton and Hove Albion, pour 3.5 millions d’euros.

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Dans un club qui, comme Leicester à l’époque, affirme ses ambitions de monter, il se trouve immédiatement une place. Cette faculté à s’adapter de vestiaire en vestiaire ne tient d’ailleurs pas du hasard. Il le doit avant tout au fait d’être « jovial », « très ouvert, vraiment sympathique », « attachant et entier », « joyeux, un bon vivant » comme le disent respectivement Maxime Colin, Maxime Bourgeois, Thomas de Parmentier et Steven Joseph-Monrose.

Brighton uni face à la mort de son père

À Brighton, l’alchimie avec le vestiaire atteint un niveau qui surprendra Knockaert. Alors que, après 8 mois au club, il s’est imposé comme un joueur pilier du club qui finit troisième de la saison régulière, ses coéquipiers lui adressent une marque de soutien qui le bouleverse, alors qu’il fait face à l’épreuve la plus dure de sa vie.

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En novembre 2016, alors que Brighton et Anthony carburent, il apprend la mort de son père. Forcément, il est atterré, d’autant que père et fils entretenaient une relation particulière, dont peut témoigner de Parmentier : « C’était plus qu’un père pour Anthony, c’était son frère, son pote, son coach. Toujours souriant, toujours présent pour son fils, il aurait tout donné pour qu’il réussisse. C’était un grand homme, un homme bon. »

Rentré en France pour l’enterrement, le Frenchie a la surprise de voir ses coéquipiers s’y présenter pour le soutenir. Après cette épreuve, le groupe s’unira autour d’un Knockaert plus déterminé que jamais à faire connaître le nom que son père lui a transmis. Avec la force de caractère qu’on lui connaît, il fait de l’objectif de Brighton une mission qu’il mène à bien en l’honneur de son père.

La Ligue des Champions au bord de la piscine

Six mois se sont écoulés, six mois qui ont vu Brighton être le décor d’innombrables hommages, de nombreux buts mais aussi d’une historique promotion. En août, Brighton sera dans l’élite pour la première fois depuis 34 ans, et Anthony Knockaert depuis deux ans. Mais cette fois, il est presque inconcevable qu’il ne franchisse pas la marche qui s’offre à lui. Avec les ressources mentales et techniques qui le caractérisent, il peut se tourner vers la saison prochaine sans douter de lui, comme il l’a toujours fait. Son ambition pourrait même, sur le long terme, le pousser plus haut, peut-être en Ligue des Champions. Une compétition qu’il ne s’imaginer peut-être pas jouer, il y a quelques années, lorsqu’avec Thomas et d’autres amis, en vacances, ils s’étaient « amusés à vivre l’hymne, au bord de la piscine ». Un petit jeu qui avait bien diverti Thomas, et qu’il espère prémonitoire : « je lui souhaite de vivre un jour ce moment depuis le terrain, pour un vrai match de Ligue des Champions, et d’avoir une petite pensée pour nous à ce moment-là ». 

Stadito remercie Thomas de Parmentier, Maxime Bourgeois, Maxime Colin et Steven Joseph-Monrose pour leur disponibilité et leur gentillesse.
Article rédigé par Jonito et Tolito.

 

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