Stéphane Moulin, fidèle Angevin

Agé de 49 ans, Stéphane Moulin a consacré 27 années de sa vie au SCO d’Angers. Une longue histoire seulement entrecoupée de passages à Châteauroux et à Châtellerault. Focusito du troisième entraineur le plus fidèle dans les cinq grands championnats européens.

Stéphane Moulin est né à Paris, le 4 août 1967. A sept ans, ses parents quittent la capitale pour s’installer à Angers. C’est dans le club de la ville qu’il commence à jouer au foot : l’Angers Sporting Club de l’Ouest. Il y fait toutes ses classes jusqu’à jouer son premier match en professionnel à seulement 17 ans.

Une carrière honnête de footballeur professionnel

Stéphane Moulin s’impose rapidement comme un joueur important du SCO, où il dispute environ une vingtaine de matchs par saison au poste de milieu de terrain. Ses performances lui permettent même d’être appelé en équipe de France de jeunes. « C’était un joueur très intéressant. Il était très fort techniquement, avec un gros volume de jeu. Il pouvait faire la différence à tous moments sur des gestes techniques » se remémore Michel Pageaud, gardien de but des Angevins à la même époque. Sa vocation d’entraineur commence à naitre tout doucement. A 18 ans, il passe le BEES1 – Brevet d’Etat d’Educateur Sportif 1er degré. « On avait un groupe assez jeune donc on prenait facilement la parole » poursuit son ancien coéquipier. Il dispute près de 140 matchs de D2 avec les Scoïstes et inscrit 6 buts.

Stéphane Moulin, à 21 ans, sous le maillot angevin

Après six saisons professionnelles, il quitte son club formateur et s’en va en National, à Châteauroux. Un an plus tard, il retrouve la D2 avec la Berrichonne mais part à la fin de sa deuxième saison. Il reste, malgré tout, dans la région puisqu’il signe au Stade Olympique de Châtellerault à 100 kilomètres de Châteauroux.

Il va jouer quatre saisons en National avec le SOC. Le milieu de terrain est un des relais de ses entraineurs Dominique Carlier puis Yves Herbet. Chez les Rouges et Blancs, il commence à réfléchir à sa reconversion. Rodolphe Levrault, son coéquipier à l’époque se souvient qu’il « pensait déjà à devenir entraineur. Quand il a commencé à moins jouer avec l’équipe première, il s’est mis à entrainer les juniors, puis l’équipe réserve ». Lors de la saison 1996-1997, le club descend de National en CFA. Jean Bernardeau, le président de Châtellerault souhaite alors changer de coach et demande à Stéphane Moulin s’il serait prêt à prendre le poste. Ce dernier accepte et décide d’annoncer sa retraite de joueur pour pouvoir se concentrer pleinement dans sa nouvelle tâche.

La reconversion à Châtellerault

En 1997, à seulement 30 ans, Stéphane Moulin devient donc l’entraineur de l’équipe première du SO Châtellerault. « Au début, il a fallu qu’il mette un peu de distance avec quelques joueurs qui avaient joué avec lui et qu’il avait conservé. Ce n’était pas évident » indique Rodolphe Levrault. De plus, suite à la descente, plusieurs éléments quittent le groupe. Mais le néo-entraineur arrive à sauver le SOC de la relégation et termine même 11ème du championnat. Avec le temps, la mayonnaise prend et le club joue la montée à plusieurs reprises. « Il a une capacité à bien s’entourer avec son staff et ses joueurs. Il a toujours 3/4 joueurs leaders » explique Rodolphe Levrault, qui est justement un des leaders de son coach, à l’époque. « Il me confiait des échauffements et des entrainements. On était 3 ou 4 dont Abdel Bouhazama, qui est aujourd’hui directeur du centre de formation à Angers » confie celui qui gère, actuellement, la réserve de Châtellerault. A la fin de la saison 2004-2005, il parvient à faire remonter son équipe en National, huit ans après l’avoir quitté. Mais le manager châtelleraudais prend alors une décision surprenante. « Il a décidé d’arrêter le foot et de retourner à Angers pour se rapprocher de sa famille » s’étonne encore son ancien partenaire.

L’équipe 2004-2005 du SO Châtellerault avec Stéphane Moulin (en bas à droite)

Départ à Angers pour se rapprocher de ses enfants

Stéphane Moulin prend donc une année sabbatique mais à l’été 2006 le foot le rattrape. Olivier Pickeu, fraichement nommé directeur sportif du SCO Angers, le contacte pour lui proposer d’entrainer l’équipe réserve. Les Angevins, qui évoluent alors en National et viennent d’éviter, de justesse, la relégation en CFA, sont dans un nouveau cycle. Willy Bernard a racheté le club et installé Jean-Louis Garcia au poste d’entraineur. Le natif de Paris accepte la proposition d’Olivier Pickeu et prend la tête de l’équipe B du SCO. En CFA2, il doit, comme à Châtellerault, partir de zéro ou presque. Le club concentre ses efforts sur l’équipe première pour la faire monter en Ligue 2 et laisse l’équipe réserve de côté. Il doit alors se débrouiller pour composer son effectif et trouver des terrains d’entrainements. « C’était compliqué car il n’y avait pas de centre d’entrainement pour la réserve. Le coach essayait, tout de même, de professionnaliser ce qu’il faisait » se rappelle Nabil Ouarguini, ancien joueur du coach angevin.

Stéphane Moulin, en 2007, avec trois recrues

Malgré cette situation compliquée, il parvient à obtenir de bons résultats. Une fois dixième, trois fois quatrième et enfin deuxième pour sa dernière saison à la tête de la CFA2. « On monte sportivement mais on ne pouvait pas accéder à la CFA car on n’avait pas de centre de formation » déclare celui qui est resté quatre ans au SCO. Au fil des saisons, il forme plusieurs jeunes joueurs qui signent ensuite professionnel comme Vincent Manceau, Jean-Pierre N’Samé ou encore Rayan Frikèche. Nabil Ouarguini fait partie de ceux-là : « en 2011, après avoir mis plus de vingt buts avec la réserve, j’ai signé pro ». Une réussite qui s’explique par la confiance que lui avait donné son entraineur. « Il sait comment obtenir le meilleur de chaque joueur. C’est ce qui est impressionnant avec lui. Il te pique positivement pour faire ressortir le meilleur de toi-même. Il arrive à galvaniser son groupe pour que l’on soit à 200% derrière lui ».

Promotion à la tête de l’équipe première

A l’été 2011, Jean-Louis Garcia rejoint le RC Lens. Le poste d’entraineur de l’équipe première est donc libre et Olivier Pickeu pense, une nouvelle fois, à Stéphane Moulin. Il se retrouve donc pour la première fois à la tête d’une équipe professionnelle qui évolue en Ligue 2. Il décide alors de s’entourer d’un nouveau staff et fait venir Serge Le Dizet, ancien joueur et entraineur du FC Nantes. « C’est quelqu’un qui écoute beaucoup ses adjoints. Il est le patron de l’équipe mais il donne une considération énorme à ses adjoints. C’est important car on ne peut pas réussir seul et c’est ce qui fait de Stéphane un entraineur hors pair » souligne Marc Zoro, arrivé au SCO en janvier 2012.

Stéphane Moulin en compagnie de son adjoint Serge Le Dizet

Avec les Angevins, il ne change pas sa façon d’entrainer et s’appuie toujours sur son staff et des joueurs leaders. « Coach Stéphane a le flair pour savoir qui peut être un leader dans le groupe et il le déniche tout de suite. Dans le groupe, c’était un savant mélange entre les joueurs d’expérience comme Malicki, Hénin, Gillet et les jeunes joueurs » remarque l’ancien international ivoirien. Après une première saison dans le ventre mou de la L2, conclue à la 11ème place, il commence à mettre en place ses principes de jeu. « Coach Stéphane travaille dans la continuité. Il a mis en place une équipe qui devait progresser. L’année d’après, on a failli monter en Ligue 1 – 5ème à huit points du podium. Et deux ans plus tard, ils ont obtenu la montée car ils ont continué de travailler » informe celui qui a joué 1 an et demi au feu stade Jean-Bouin.

La clé de la réussite angevine tient peut-être dans l’humilité des dirigeants, du staff et des joueurs du club. Pour exemple, en janvier 2013, Saïd Chabane, président du SCO depuis fin 2011, préfère construire son club dans la durée et investit dans un centre de formation et d’entrainement plutôt que dans un stade – comme a pu le faire le voisin Le Mans, qui avait ensuite dû être placé en liquidation judiciaire – ou des joueurs. Une humilité symbolisée par son coach. « Pour avoir de bons résultats, il faut être humble et il est très humble comme entraineur. Il garde la tête sur les épaules » assure Marc Zoro.

Stéphane Moulin, avec Olivier Pickeu et Saïd Chabane, lors de la montée du SCO Angers en Ligue 1

Une première saison exceptionnelle en Ligue 1

Le SCO Angers obtient sa montée en Ligue 1, lors de la dernière journée de la saison 2014-2015. Stéphane Moulin, qui a décroché son diplôme BEPF – Brevet d’Entraîneur Professionnel de Football – un an plus tôt, s’apprête donc à vivre sa première saison dans l’élite du foot français. Et quelle première saison ! Auteurs d’une première partie d’exercice exceptionnelle, les Angevins vont passer 14 journées sur le podium de la Ligue 1 grâce à un recrutement intelligent dans la division inférieur – Cheikh N’Doye, Romain Saïss, Billy Ketkeophomphone entre autres – et un style de jeu efficace. « Il est beaucoup porté sur le jeu de transition, la contre-attaque, la rapidité dans les actions » ajoute Marc Zoro. Une fois le maintien assuré, Angers termine sa saison en roue libre et se classe 9ème. Suite à cette belle année, l’entraineur scoïste est récompensé aux trophées UNFP. Il est nommé pour le titre de meilleur entraineur aux côtés de Laurent Blanc, Claude Puel et Thierry Laurey.

Cette saison, les Angevins, même s’ils ne sont pas aussi brillants que la précédente, sont quasiment assurer de se maintenir. Actuellement 12ème avec 39 points, ils vivront prochainement un troisième exercice de rang dans l’élite. Une première depuis 1978-1981. Cerise sur le gâteau, ils sont encore en course en Coupe de France. Opposés à Guingamp en demi-finale, le 25 avril prochain, ils pourraient retrouver la finale de la coupe centenaire pour la première fois depuis 1957. Stéphane Moulin est, lui, devenu l’entraineur ayant disputé le plus de matchs sur le banc angevin, le 2 avril dernier. Avec, aujourd’hui, 253 rencontres à son actif, son record risque de rester longtemps en place. Et à Angers, la relève est assurée. Son fils Kevin entraine, en ce moment, les U14 du SCO. Comme quoi, l’histoire d’amour entre les Moulin et le SCO Angers n’est pas prête de s’arrêter.

Stadito remercie Michel Pageaud, Rodolphe Levrault, Nabil Ouarguini et Marc Zoro pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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