Issiar Dia, garçon calme, joueur extraverti

Auteur ce samedi de ses septième et huitième buts de la saison, Issiar Dia est un joueur clé de Nancy. Le Sénégalais de 29 ans, qui a signé en juin passé son retour dans le club lorrain, se refait un nom après avoir longtemps disparu des radars, entre le Bosphore et le Golfe. Focusito d’un joueur extraverti qui cache le garçon calme et simple qu’il est réellement. 

Peut-être Issiar Dia sentait-il venir sa performance et celle de ses coéquipiers face à Rennes. Quand nous le rencontrons, jeudi passé, au sortir de l’entraînement, c’est avec le sourire aux lèvres et une évidente joie de vivre qu’il nous reçoit.

Très vite, il nous confie d’où vient la force de caractère qui transparaît chez lui : d’un quartier de Boulogne – son quartier -, Pont de Sèvres. « Je viens d’un milieu qui est assez difficile. Il ne faut pas se laisser faire, il faut avoir du caractère et du répondant. C’est ce qui m’anime aujourd’hui. » C’est également cette jeunesse au quartier qui lui fait découvrir le plaisir de taper dans un ballon. « On est en bas du quartier, on joue toute la journée, se remémore-t-il. On ne pense pas à devenir pro, juste à s’amuser. »

« Une claque » à Clairefontaine

L’envie de faire carrière germe peu à peu, notamment avec la perspective d’intégrer l’Institut national du Football à Clairefontaine. Après avoir, dans un premier temps, effectué un entraînement avec la génération 1986, il passe les tours de détection. Retenu, il quitte le domicile familial, à 12 ans, pour se lancer dans le cursus de l’INF.

Au sein de sa génération, il fait ses classes avec Blaise Matuidi et Mehdi Benatia. Mais les classes, justement, vont rendre compliqué son séjour à l’Institut. « Les cours sont très importants à Clairefontaine, et lui, il a eu de la peine à s’y faire, expose Mickaël Niçoise, qui rencontrera Dia quelques années plus tard. L’école, ça a jamais été son truc. » L’intéressé avance surtout une adaptation difficile, venant d’un quartier où peu de règles lui avaient été imposées.

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Issiar Dia (au deuxième plan) et Blaise Matuidi s’étaient côtoyés à Clairefontaine. (Photos : L’Équipe)

Au bout de la troisième et dernière année de formation, il est renvoyé pour problèmes comportementaux. L’adolescent est assez intelligent pour laisser passer l’amertume et tirer des leçons : « ça m’a mis une bonne claque, et ça m’a servi pour les années d’après ». Ces leçons, il les applique dès Amiens, où il rebondit à 16 ans. Il y retrouve Mickael Niçoise, d’un an son aîné, avec qui il jouera d’abord en U17.

« Je m’amusais » en L2

Dans une génération où « il n’y avait que des gars des quartiers » d’après Niçoise, Issiar se comporte de manière irréprochable. Il est bien aidé par ses entraîneurs, qui entretenaient avec leurs joueurs des relations bien différentes que celles des formateurs d’Issiar à Clairefontaine. « C’était comme des papas pour nous » assure Niçoise. Les deux jeunes seront tous deux rapidement intégrés à l’équipe première, sous les ordres de Manuel Pires, actuel entraîneur du Red Star. Leurs grands débuts tombent tous deux le même soir, un soir de Coupe de la Ligue à Troyes, en octobre 2004. « Censés ne jouer que quelques minutes » d’après Niçoise, ils contribuent à arracher la prolongation et s’offrir une demi-heure de jeu en plus.

Il faudra attendre février pour retrouver Dia sur des terrains professionnels. « Amiens n’avait plus rien à jouer, ni le maintien, ni la montée, donc ils ont fait jouer les jeunes » contextualise Niçoise. 14 matchs de Ligue 2, dont 9 titularisations. La carrière professionnelle d’Issiar est lancée. « Je m’amusais, j’étais content, j’étais heureux » simplifie-t-il, visiblement satisfait de son nouveau rôle.

L’épreuve parfois difficile de s’intégrer dans un vestiaire professionnel ne lui pose pas le moindre problème : « Issiar est quelqu’un de super simple, l’encense son coéquipier. Il a la chance d’avoir son talent qui parle pour lui. Il y a un paradoxe complet entre le garçon qu’il est, calme et simple, et le joueur extraverti qu’on voit sur le terrain. » Sa deuxième saison à Amiens lui permettra de s’exprimer totalement sur les terrains de Ligue 2. En une trentaine de matchs, il inscrit 8 buts. À 18 ans seulement.

Un nom en L1 avant ses 22 ans

À la fin de la saison, l’attaquant compte plusieurs clubs de Ligue 1 parmi ses prétendants. Alors qu’il vient d’avoir 19 ans, la priorité est avant tout de ne pas se brûler les ailes. Bordeaux, « avec qui les négociations étaient bien amorcées », et Lorient sont recalés au profit de l’AS Nancy-Lorraine. Alors que son objectif avoué est d’enchaîner les matchs à un niveau qu’il découvre, il décroche très vite une place de titulaire dans l’équipe entraînée par Pablo Correa. Il foule à 27 reprises les pelouses de l’élite, même s’il n’inscrit qu’un seul but.

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Youssouf Hadji et Issiar Dia, déjà meilleurs potes.

Pendant cette saison, il s’illustre également en Coupe UEFA, conséquence de la victoire de l’ASNL en Coupe de la Ligue 2006. En effet, il inscrit le but de la qualification face à Schalke en barrages (3-1), d’une chevauchée tout en puissance comme lui seul a le secret. Au fur et à mesure des quatre saisons qu’il passe dans le club au chardon, il s’impose comme un très bon joueur de Ligue 1, infligeant sa percussion aux défenseurs du championnat.

Sa progression lui permet de découvrir, en 2008, le football international avec l’équipe du Sénégal. « Un rêve accompli » pour celui qui avait connu quelques sélections en Équipe de France jeunes. « Ça a été un choix du cœur cette sélection. Aujourd’hui je ne le regrette pas du tout, ça a été des moments inoubliables. J’ai encore plus aimé mon pays, j’ai encore plus découvert mon pays. »

Arrêt sur image: Elhadj Diouf et Issiar Dia décontractés… Regardez
Comment savoir si on est bien accepté au Sénégal ? Jouer au foot en maillot de bain avec la légende Elhadji Diouf (au milieu) est en tout cas bon signe…

« En avance sur tout »

Alors que, lors de ses trois premières saisons en Lorraine, il avait surtout contribué en offrant des passes décisives, il inscrit 8 buts au cours de la saison 2009-2010. À 22 ans, il semble dans la forme de sa vie, et attire les convoitises, en France comme à l’étranger. Récent troisième du championnat turc, Fenerbahçe propose 5 millions d’euros à l’ASNL pour celui qu’on surnomme « la mobylette sénégalaise ». Attiré par la ferveur du public turc, celui-ci n’hésite pas, et quitte la France.

Sur place, tout est déployé pour qu’il s’y sente au mieux. « Des traducteurs étaient mis à notre disposition » rassure Dia, qui convaincra Mamadou Niang de le rejoindre, peu après son arrivée. Il découvre un environnement plus libre, moins contrôlé qu’en France, ce qui lui convient mieux. Sa première saison en Turquie le voit remporter le championnat, son premier titre, en disputant 25 matchs, dont 12 en tant que titulaire. « J’étais super heureux, super content, exulte-t-il. J’étais venu dans ce club pour gagner des trophées. »

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Il est rejoint par Henri Bienvenu Ntsama. Celui-ci se souvient que Dia était parfaitement intégré et « tout le temps titulaire ». Surtout, Dia a marqué Bienvenu sur deux points : son côté « moqueur » – « oui, ça fait partie de mon caractère » répond l’intéressé – et son addiction à son téléphone. « Il aimait trop son téléphone » rigole-t-il. Mickaël Niçoise confirme : « Issiar, il est en avance sur tout. Il a toutes les applications du monde. Je lui ai dit que j’avais pas Snapchat, il m’a pris pour un fou. » La parole de la défense ? « Je règle pas mal de choses en France, à l’étranger donc je dois être en contact avec les gens. »

« Envie de découvrir un nouveau championnat »

Malgré les souvenirs d’Henri Bienvenu, Issiar Dia n’est que rarement titularisé pendant sa deuxième saison, ce qui ne l’empêche pas d’inscrire 3 buts. À la fin de la saison, il participe au stage estival, durant lequel les deux Africains partagent une chambre. « Il n’avait pas prévu de transfert, mais un jour il m’a dit qu’il avait reçu une offre, et il est parti. »

L’offre en question est effectivement dure à refuser. Elle provient du Qatar, et plus précisément du club de Lekhwiya, qui appartient aux mêmes propriétaires que le PSG. Pour Dia, l’aspect financier a « bien sûr » été déterminant, mais il assure que son choix est avant tout dicté par « l’envie de découvrir un nouveau championnat ». 

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À Doha, il découvre un mode de vie dont tout le monde peut rêver : « il fait beau, tout est beau ». Sans compter que le club n’hésite pas à mettre ce qu’il faut à disposition des joueurs pour qu’ils bénéficient d’un confort maximal. « La plupart du temps, les joueurs vivent dans des superbes appartements ou des belles villas » explique Simon Dia, qui a rejoint Lekhwiya en prêt peu après son homonyme. D’ailleurs, Issiar héberge pendant deux mois le jeune Français, arrivé blessé, qu’il n’hésite pas à assister. « Une personne très agréable, un vrai grand frère pour moi » loue Simon.

« Eric Gerets est un bonhomme »

Malgré la qualité du rythme de vie et certains préavis sur le football des pays du Golfe, Issiar Dia n’est pas en vacances. Au sein du « plus grand club du Qatar », les exigences restent importantes. Simon Dia nous l’assure : « Il y avait un bon niveau dans l’effectif, mais on voyait qu’Issiar était au-dessus. »

Durant son expérience au Qatar, il a l’occasion d’évoluer sous certains coachs réputés, à l’image notamment d’Eric Gerets, nommé en remplacement de Djamel Belmadi. « Super entente, super mec, super coach, énumère le Sénégalais. C’est un bonhomme. »  Cependant, malgré son excellente entente Avec Gerets puis avec Michael Laudrup, Dia pense à changer d’air. Peut-être, à un moment, le manque de médiatisation du championnat qatari a-t-il commencé à l’affecter ? Pour Simon Dia, c’est surtout le fait de perdre sa place en équipe nationale qui l’a affecté. Issiar dément, assurant que « ça piquait un peu au début, mais maintenant… »

Toujours est-il qu’après avoir connu le premier prêt de sa carrière, à Al-Kharitiyat, un autre club qatari, il cherche sérieusement à revenir en Europe, que ce soit en France, en Turquie ou dans un nouveau championnat. C’est alors qu’il entend parler du projet du Gazélec Ajaccio, qui vit sa première montée en Ligue 1. L’ambiance du club lui paraît attrayante, mais tout ne se passe pas comme prévu. À court de forme, il ne retrouve pas de plaisir à jouer, sans aucune explication rationnelle particulière. Quand on l’interroge, sa réponse n’a d’égal que la brièveté de son passage en Corse : « Je ne m’y plaisais pas, tout simplement. » Après 6 mois et seulement 11 matchs joués, le voilà sur le départ.

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Le sauveur de Nancy ?

En attendant le début d’une nouvelle saison, il retourne en terre connue, à Al-Kharityat. « Pour jouer » se justifie-t-il. Pendant quelques mois, c’est un nouveau trou médiatique, jusqu’à ce que des vieilles connaissances reviennent le chercher. « Youssouf Hadji a commencé à me parler du projet de Nancy, après j’ai eu le coach au téléphone… » relate le Francilien. Après 6 ans à l’étranger, un retour aux sources est censé le « relancer », dans un club où tout est familier, voire famille : « Le projet, le staff, revenir avec des amis comme Michaël Chrétien, Youssouf Hadji… ». D’ailleurs, s’il revient à Nancy, c’est aussi pour fonder la sienne, puisqu’en octobre dernier, il est devenu papa.

Dia est bien chez lui en Forêt de Haye, nous avons pu le voir en lui rendant visite. D’ailleurs, juste après notre entretien, c’est Youssouf Hadji qui vient le récupérer en voiture, s’en allant comme deux frères. Maintenant qu’il est de retour chez lui, Issiar se concentre sur une tâche qu’il juge bien plus importante, à savoir prouver que l’AS Nancy Lorraine a sa place en Ligue 1. Il aborde d’ailleurs le sprint final avec le costume d’homme en forme, et espère pouvoir enfiler celui de héros. Sur les 4 derniers matchs, il a inscrit 4 buts, et son doublé de samedi soir a permis à Nancy de gagner pour la première fois depuis plus de deux mois. Encore plus impressionnant, il a marqué lors de chacune des cinq dernières victoires de son équipe en championnat.

Disparu des radars pendant tant d’années et désormais homme providentiel d’une équipe de Ligue 1… peu de joueurs seraient capable d’un tel exercice. C’est que Dia, même en excluant ses qualités athlétiques et techniques qui faisaient de lui un espoir de la Ligue 1, possède une force mentale au-dessus du commun. Probablement est-ce lié avec la « claque » donnée à Clairefontaine, sûrement cette force provient-il de son éducation dans les quartiers, certainement est-ce renforcé par son mot d’ordre :« on n’a rien sans rien ».

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Stadito remercie Issiar Dia, Simon Dia, Mickaël Niçoise, Henri Bienvenu Ntsama et surtout M. Emmanuel Lafrogne pour leur disponibilité et leur gentillesse.

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