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Steve Mounié, buteur sur le tard

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Cinquième meilleur buteur de Ligue 1, Steve Mounié s’illustre pour sa première saison en tant que titulaire dans l’élite. Formé à Montpellier, c’est chez les voisins nîmois qu’il s’est révélé l’année dernière. Focusito d’un attaquant qui allie puissance et efficacité dans la surface.

Les débuts dans la région perpignanaise

Steve Mounié commence le football à l’âge de six ans. Tout d’abord au Perpignan Football Catalan. Deux ans plus tard, il part dans le club de son quartier : le FC Saint-Assiscle Perpignan. Puis à l’ASC Las Cobas où il fait la rencontre Damien Graves. Son ancien gardien de but se souvient de ses principales qualités : « il était déjà très grand pour notre âge, puissant et avec un très bon jeu de tête ». Des qualités dont il fait encore bon usage aujourd’hui en Ligue 1. Son objectif était déjà d’atteindre le monde professionnel même s’il n’oubliait pas de garder la tête sur les épaules. « Il rêvait de devenir pro mais à côté il était très bon dans les études » ajoute l’actuel joueur d’Auch en DH. En 2008, l’ASC Las Cobas fusionne avec l’AS Portugaise et devient l’AS Perpignan Méditerranée.

Steve Mounié sous le maillot de l’AS Perpignan Méditerranée (deuxième en haut en partant de la gauche)

Le jeune perpignanais reste un an dans ce nouveau club. Une saison remarquable puisqu’il termine champion en 14 ans fédéraux – le plus haut niveau dans cette catégorie – devant des centres de formation comme celui du Toulouse FC. Des belles performances qui lui permettent d’intégrer l’équipe régionale et de participer à la coupe nationale à Clairefontaine. « On savait qu’il intéressait des clubs par son niveau et qu’il ne resterait pas longtemps à l’ASPM » assure Damien Graves. Lors de ce tournoi, il se fait repérer par Serge Delmas, directeur du centre de formation de Montpellier. L’AS Perpignan Méditerranée étant un club satellite du MHSC, le départ du jeune joueur dans l’Hérault fut facilité.

L’arrivée au centre de formation de Montpellier

En 2009, Steve Mounié débarque donc au centre de formation du MHSC. Le jeune joueur va passer par toutes les catégories de jeunes du club héraultais. « Il était travailleur, il voulait toujours progresser » indique Stéphane Hassane, arrivé à Montpellier la même année que lui. « A chaque fois qu’il y avait des montées dans les équipes supérieures ou des sélections en équipe de France, il était toujours dedans » se remémore l’actuel joueur du FC Carnoux, dans la région marseillaise.

Steve Mounié aux côtés de Stéphane Hassane (au milieu sur le rang du bas)

Sa taille et son physique font déjà des ravages dans les défenses adverses. « Quand on centrait, il ne fallait pas se casser la tête et juste tirer le plus haut possible. Il nous mettait tous en valeur » raconte son ancien coéquipier. En 2012, il vit au plus près le titre de champion de France de la bande à René Girard. Cette année-là, les U19 Nationaux, où évolue le Franco-Béninois, finissent également champions. La saison suivante, il suit la Ligue des Champions depuis les tribunes de la Mosson. Il voit alors évoluer des attaquants internationaux tels que Lukas Podolski, Klaas-Jan Huntelaar ou encore Olivier Giroud. Des exemples pour le jeune avant-centre montpelliérain. Pour Stéphane Hassane, il ne lui restait qu’un aspect de son jeu sur lequel il devait travailler : ses déplacements. Logique pour quelqu’un qui est arrivé au poste d’attaquant tardivement.

La reconversion en tant qu’attaquant

C’est Fabien Lefèvre, ancien entraîneur de la réserve montpelliéraine, qui a décidé de repositionner Steve Mounié sur le front de l’attaque. « Il avait toutes les qualités pour jouer numéro 9. Il était adroit devant le but et bon de la tête notamment sur les coups de pied arrêtés » affirme Stéphane Hassane. Pourtant le natif de Parakou n’était pas mauvais en numéro 6. D’ailleurs « de temps en temps, à l’entrainement ou en match, le coach le faisait repasser au milieu » se rappelle celui qui a quitté le MHSC en 2014. Mais en attaque, la génération 1994 manquait de guerriers. Le changement de poste du Perpignanais paraissait alors évident. « Lorsqu’il jouait milieu, il allait souvent dans la surface mais du coup il devait faire plus d’efforts et il était moins lucide ensuite. Alors qu’au poste d’attaquant, il était déjà dans la surface sur les centres » explique Stéphane Hassane.

Steve Mounié à l’entrainement avec le MHSC

Débuts professionnels avec Montpellier

La saison 2013-2014 est compliquée pour Steve Mounié. Une blessure au genou l’écarte pendant plusieurs mois. Il ne dispute que deux matchs avec la CFA2. Malgré cette période difficile, il ne perd pas son sourire et sa motivation. « Il allait aux soins mais il était toujours motivé et souriant. On sentait qu’il n’était pas inquiet. Il a travaillé et il revenu encore plus fort. C’est ça Steve, toujours généreux, toujours à rigoler, jamais dans son coin. Il a un très gros mental » confie Stéphane Hassane. Des efforts qui sont récompensés par la signature de son premier contrat professionnel. A l’été 2014, il découvre le groupe de Rolland Courbis en compagnie de Quentin Cornette et Gianni Seraf. Il fait ses débuts avec la Paillade, quelques mois plus tard, le 28 octobre, contre l’AC Ajaccio. Un rencontre de Coupe de la Ligue, à l’Altrad Stadium, où Montpellier va s’incliner suite à un match médiocre.

Steve Mounié lors de son premier match professionnel avec Montpellier

Il évoluera le reste de la saison avec la CFA. A l’été 2014, Rolland Courbis semble lui faire confiance puisqu’il lui offre deux entrées en jeu en Ligue 1 contre Rennes et Angers. Mais en fin de mercato, le club recrute Mustapha Yatabaré. L’arrivée de l’ancien guingampais lui barrant la route, le numéro 27 montpelliérain décide de partir en prêt. Cependant il fait un choix surprenant en partant chez le voisin ennemi : le Nîmes Olympique.

Prêt à Nîmes et révélation en Ligue 2

Steve Mounié est donc prêté en division inférieure par les dirigeants montpelliérains. « Ils l’ont prêté comme ils ont eu l’habitude de le faire avec des Rémy Cabella, Jonas Martin… Ils avaient déjà leurs joueurs en équipe première et ils ne voulaient pas lui faire sauter une étape » informe Stéphane Hassane. Mais le jeune attaquant se retrouve face à deux gros défis. En plus de devoir convaincre les supporters gardois opposés à sa venue, le Nîmes Olympique part avec huit points de retard, suite à l’affaire des matchs présumés truqués de la saison précédente. Mais le Franco-Béninois n’est pas du genre à se laisser impressionner et il va amplement participer au maintien relativement facile des Nîmois malgré leur handicap. En 33 matchs de Ligue 2, il va inscrire 11 buts et délivré 5 passes décisives.

Steve Mounié sous le maillot nîmois

Il est, tout simplement, le meilleur buteur et le deuxième meilleur passeur des Crocos. « Personne ne s’attendait à une aussi bonne saison si rapidement » admet son ancien coéquipier. Au stade des Costières, les insultes ont vite été remplacés par des applaudissements. A la fin de la saison, les supporters nîmois ont dû, à contrecoeur, le laisser parcourir les 54 kilomètres qui séparent Nîmes de Montpellier, afin de rentrer chez lui, à la Mosson.

La découverte des Ecureuils

Steve Mounié est arrivé en France à l’âge de quatre ans. Après avoir été sélectionné à quelques reprises avec les équipes de France de jeunes, il choisit de représenter le Bénin. Une évidence pour lui. Le 17 novembre 2015, il fait donc ses débuts contre le Burkina Faso. Puis il inscrit son premier but lors de sa deuxième apparition avec les Ecureuils contre le Soudan du Sud. En sélection, il retrouve son coéquipier à Montpellier, Stéphane Sessègnon mais aussi Rudy Gestede (Middlesbrough), Frédéric Gounongbe (Cardiff City) ou encore Mickaël Poté (Adana Demirspor). Des attaquants au profil similaire. Malgré cette concurrence, le natif de Parakou a réussi à faire son trou et compte déjà cinq sélections. Nul doute qu’avec cette belle génération, le Bénin pourrait se rapprocher d’une qualification pour la Coupe du Monde. Depuis 2002, le pays d’Afrique occidentale n’est jamais parvenu à atteindre les phases finales de la compétition créée par Jules Rimet.

Steve Mounié avec les Ecureuils du Bénin

Le renard des surfaces du MHSC

L’été dernier, Steve Mounié est revenu dans son club formateur avec un nouveau statut : celui de titulaire en puissance. Mais ses belles performances avec Nîmes ont aussi attisé des convoitises. Fulham a tenté sa chance avec une offre avoisinant les sept millions d’euros. Mais les dirigeants montpelliérains ne l’ont pas laissé partir et l’ont même prolongé jusqu’en juin 2019. Bien leur en a pris puisque le numéro 15 du MHSC est, en ce moment, le cinquième meilleur buteur de Ligue 1. Il a, déjà, dépassé son objectif de 10 buts en ayant inscrit 13 buts en 27 matchs. Stéphane Hassane est impressionné : « Avant il regardait les matchs de Montpellier dans les tribunes et aujourd’hui c’est le patron de cette équipe ». Celui qui a inscrit 100% de ses buts dans la surface a même été élu joueur du mois mars par les supporters de Montpellier.

Actuellement deuxième meilleur buteur africain d’Europe, il serait dans le viseur de l’OGC Nice, de Leicester City, Middlesbrough et West Bromwich Albion. En tout cas, son profil – 1m90 pour 82kg – semble parfait pour la Premier League. « Il a le même style que Giroud même si je trouve que Mounié est plus sauvage que Giroud. La Premier League se serait intéressant pour lui mais pas encore. Il ne faut pas sauter des étapes » fait remarquer Stéphane Hassane.

Steve Mounié semble faire l’unanimité partout où il passe. Sympathique, généreux et la tête sur les épaules, il n’oublie pas d’où il vient et rentre souvent dans la ville où il a grandi : Perpignan. Celui qui a pour idole Didier Drogba et Ronaldo – le Brésilien – a encore du travail pour atteindre le niveau de ses modèles mais ceux qui l’ont côtoyé estiment qu’il peut encore progresser. « En espérant que dans les années futures il atteigne le très haut niveau et je pense qu’il peut y arriver. C’est tout ce que je lui souhaite » conclut Damien Graves.

Stadito remercie Stéphane Hassane et Damien Graves pour leur gentillesse et leur disponibilité.

 

Clovis Canivenc

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