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François Kamano, « gamin qui aime son travail »

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Élément clé de l’attaque bordelaise et membre de l’efficace trio « KLM », François Kamano vit la saison la plus aboutie de sa jeune carrière. Actuellement en sélection guinéenne – avec qui il a marqué vendredi soir face au Gabon -, l’attaquant de 20 ans jouit humblement des efforts répétés dans son pays natal puis à Bastia. Focusito d’un joueur discret et respectueux qui a toujours cru en ses forces.

« Très fort dans la tête »

De par sa voix hésitante et ses mots prudents face à la caméra, il est évident que la langue de bois de François Kamano n’est qu’un aveu de timidité. En 1er octobre 2016, le jeune Bordelais en fait preuve au micro d’un compatriote, journaliste pour Espace TV Guinée, après la défaite face au PSG au Parc des Princes. Questionné sur le fait qu’il ait vécu la rencontre depuis le banc, il admet que son temps de jeu – 51 minutes sur les 8 premières journées – le frustre, mais assure qu’il va se « remettre au boulot »  et que tout va « venir tout seul ». 

Ces mots d’ordres, tirés de son expérience personnelle, sont ceux qui lui ont permis de sortir du lot sur les terrains de sa terre natale, la Guinée. « Il était très fort dans la tête, se souvient son « deuxième papa » Souleymane « Abedi » Camara, fondateur et formateur de l’Académie Sainte-Marie. Un gamin très serein, toujours calme, dans le jeu comme en dehors du terrain. » 

Un pur produit de la formation guinéenne

Avant de faire ses gammes dans ce qu’Abedi présente comme « la première académie du pays », Kamano touche son premier ballon dans sa ville de Kindia, 5e ville du pays. Une passion pour le football déjà omniprésente mais qu’il est sommé de modérer car son père, un ancien instituteur, souhaite qu’il se concentre sur ses études. La légende raconte que, plusieurs fois, le jeune François troquera son cartable pour un ballon sur le chemin de l’école. En tout cas, Abedi, père affectif du jeune footballeur, nous assure que son protégé, a « toujours été très sérieux, n’a jamais blagué avec ses études ». 

« François m’a toujours respecté, il m’a toujours considéré comme son papa. Avant de faire quoi que ce soit, il me consulte toujours. » – Souleymane « Abedi » Camara

Pour que les parents prennent conscience de l’avenir qui attend leur gamin et le laissent partir faire sa formation à Conakry, capitale de la Guinée, il faudra attendre qu’il soit sélectionné pour participer au Tournoi de Montaigu, en France. Une fois à l’Académie Sainte-Marie, il montre toutes ses qualités de « vivacité, rapidité d’exécution, puissance et conduite de balle » à Souleymane et aux autres éducateurs. À l’époque, l’Académie ne dispose pas d’agréments et ne peut donc offrir un contrat aspirant à François. Abedi s’arrange donc pour qu’il joue en prêt au FC Séquence, club voisin de l’Académie dont il était également l’entraîneur.

De la Guinée à la Corse en passant par la Suède

Après avoir remporté la Coupe de Guinée dès sa première saison avec Séquence, il est « récupéré » par le Satellite FC, toujours à Conakry. C’est à cette période qu’il affrontera à plusieurs reprises Kabongo Kasongo, joueur du FC Kaloum avec qui il entretient une bonne relation. Kabongo encense le jeune Satellitaire, un « très bon joueur avec un très bon comportement ». 

« En Guinée, ils n’ont que des contrats, ou plutôt des licences, qui les lient d’année en année » nous explique Pierre-Paul Antonetti, recruteur à Bastia, qui entend parler du joueur en 2013. « Au départ, c’est une info que l’on a sur un rassemblement qui devait se passer au Sénégal. Ensuite, on a été assez réactifs et on a mis en place un réseau. »

Dans l’année de ses 18 ans, Kamano ne s’engage avec aucun club guinéen et part faire des tests en Europe. D’abord à Villarreal, puis à Rennes, où entraîne l’oncle de Pierre-Paul Antonetti… un certain Frédéric. Malheureusement, étant mineur, il ne peut pas signer de contrat en France. Il rentre donc en Guinée, où il garde la forme avec Abedi, le temps que Bastia passe à l’action. Cependant, les dirigeants corses se heurtent à un problème administratif : « un refus de visa ». Il est alors décidé que Kamano va aller réaliser des essais dans un autre pays européen afin de faciliter l’obtention de visa par la suite. Le pacte est réalisé avec l’AIK Solna, club de Stockholm, en Suède.

Bastia, bon club pour « mettre le pied à l’étrier »

Malgré le nouveau mode de vie, un climat bien différent de l’Afrique et la barrière de la langue, les essais de Kamano s’y passent très bien. Trop bien, même. Alors que Bastia s’apprête à faire venir le Guinéen, à la fin de l’hiver, les dirigeants de l’AIK tentent de court-circuiter les Français pour conserver le joueur qui les a épatés. Le club suédois lui propose un contrat professionnel, alors que le SCB ne peut lui assurer qu’un essai. « Il a fallu que François prenne son courage à deux mains » dit Antonetti. Pour convaincre la pépite, le recruteur avance « des exemples concrets de joueurs africains qui ont réussi chez nous, que c’est un bon petit club familial, bon club pour mettre le pied à l’étrier, qu’il aurait sa chance assez rapidement s’il faisait tout sérieusement ».

En effet, il faut peu de temps à Kamano pour s’intégrer à son nouveau club. Certes, il ne fait pas tout de suite l’unanimité – « il y avait des personnes qui ne voulaient pas le garder, en prétendant qu’on avait eu des profils similaires l’année d’avant et qu’on n’avait pas gardés » déplore Pierre-Paul Antonetti -, mais tout s’enchaînera très vite dès le début de sa première saison. Arrivé en mars, il fête sa majorité en mai, reçoit une prolongation de son visa en juin et le SCB en profite pour le faire signer pro, dérogeant à la procédure habituelle selon laquelle il devrait signer un contrat stagiaire avant un contrat pro. « En juillet, à la reprise, il a tout de suite intégré le groupe professionnel, et il ne l’a plus lâché » retrace Antonetti.

Si tout va très vite, c’est aussi parce que, comme le prédisait le Corse, l’adaptation de Kamano à la vie sur l’Île de Beauté se fait facilement. « Il n’y a « pas tellement » de changement que ça entre l’Afrique et Bastiale climat est quasiment similaire, il fait quasiment beau tous les jours, tous les mois de l’année, c’est un petit club familial, une petite île… lui se retrouvait dans tout ça, c’était pas comme si on le parachutait dans une grande ville. »

Trois mois pour devenir titulaire

Ses débuts en Ligue 1 sont néanmoins compliqués. Pour les deux premières journées de championnat, à Furiani face à l’OM de Bielsa et au Parc des Princes, il entre en jeu à dix minutes de la fin du match et se montre à la peine. « Il y avait un peu d’appréhension, le gamin était timoré… passer d’un stade d’Afrique avec 1000-2000 personnes au maximum à un Furiani plein avec pas mal d’ambiance et pas mal d’attentes… ».

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Suite à ces matchs, toujours en s’entraînant avec les pros, il glane du temps de jeu sur les terrains de CFA 2, apparaissant de temps à autres sur la feuille de match en L1. « Très travailleur », comme on l’a déjà vu, mais aussi « très têtu » comme nous l’apprend Antonetti, il s’accroche. Claude Makélélé lui refait confiance fin octobre, et l’aligne deux fois dans son onze de départ avant d’être remercié. Son successeur, Ghislain Printant, poursuit dans cette lancée en faisant du Guinéen de 18 ans un titulaire régulier.

Peu après avoir inscrit son premier but en professionnel, contre le SM Caen, il est appelé pour la première fois en sélection guinéenne, pour disputer la CAN 2015 en Guinée équatoriale. Il ne dispute qu’une dizaine de minutes sur deux matchs et la Guinée est éliminée en quarts de finale, mais il ressort bien évidemment grandi de l’expérience. Dès son retour, il inscrit d’ailleurs son deuxième but en L1, d’une superbe frappe de 30 mètres.

Un combo Cahuzac-Gourcuff

Il inscrit ses troisième et quatrième buts face à Evian, offrant la victoire au SCB dans un match crucial pour le maintien. Devenu un élément incontournable à Furiani, il conclut la saison avec ces 4 buts mais aussi 3 passes décisives en 24 matchs de L1. La saison 2015-2016 commence comme il a fini la précédente, par des titularisations tous les week-end et avec un but contre Rennes. Kamano va alors connaître la poisse pour la première fois de sa carrrière.

En l’occurence, cette poisse se concrétise par un mélange de contexte corse et de fragilité physique : expulsé sévèrement à Saint-Étienne, il écope de deux matchs de suspension. Tout juste de retour contre Lyon, il est à nouveau expulsé après 45 minutes. De quoi rendre fier Yannick Cahuzac. La malchance le poursuit, puisqu’il se blesse au pied pendant sa deuxième suspension, et est absent jusqu’à la fin de l’année.

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Photo : So Foot

De retour pour le deuxième tour, il retrouve vite sa place de titulaire. Cependant, il traverse une longue période de disette en Ligue 1 et ne signe ni but, ni passe décisive jusqu’à la 38ème journée, quand il inscrit un doublé au Roazhon Park. Ces deux buts seront ses derniers sous le maillot corse, son nom étant couramment lié à d’autres clubs plus huppés du championnat, et même de l’étranger. Rennes, contre qui il a inscrit ses trois buts de la saison, est notamment cité.

Bordeaux, des débuts compliqués

C’est finalement les Girondins de Bordeaux qui raflent la mise, en offrant une indemnité hors bonus de 2.5 millions d’euros au Sporting. Kamano arrive en Gironde fin juillet, lors de la fin de la préparation estivale. Peut-être Bordeaux était-il une trop grande ville pour lui, selon la théorie de Pierre-Paul Antonetti, en tout cas son adaptation n’est pas aussi efficace qu’à Bastia.

Dans un effectif plus étoffé, il peine un moment à bousculer la hiérarchie. Sur les dix premières journées, il ne joue même pas 60 minutes. Mais François Kamano n’est pas le genre de personne à se frustrer, ou du moins pas à l’exprimer. « Il est respectueux, l’encense son formateur Abedi. C’est un gamin qui aime trop son travail. » Toujours avec son travail, sa timidité mais aussi son entêtement, Kamano parvient à renverser la tendance. Et de manière spectaculaire.

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Le 30 octobre, il est titularisé pour la première fois de la saison, à Marseille. Une semaine plus tard, il inscrit son premier but avec Bordeaux, face à Lorient. Deux semaines après cette réalisation, il entre en jeu à la mi-temps alors que son équipe perd 1-0 face à Dijon. Impliqué sur l’égalisation de Diego Rolan, il remet à nouveau les siens à égalité d’une tête à la 88e. 5 minutes plus tard, il s’offre un doublé et offre la victoire à Bordeaux.

Depuis son premier but, Bordeaux est remonté de la 9e à la 6e place, et est l’une des équipes les plus performantes de l’année 2017. Grâce au trio offensif « KLM » que Kamano forme avec Laborde et Malcom, les Girondins ont inscrit 17 buts sur les 8 dernières journées. Le natif de Kindia est en train de devenir un chouchou du public, malgré sa timidité qui ne le quitte pas. Il est également bien parti pour devenir une idole dans son pays natal, lui qui a inscrit vendredi soir son deuxième but en 8 sélections, et qui n’oublie pas d’où il vient – « quand il rentre au pays, il va toujours voir sa famille, ses amis » nous assure Abedi.

Si l’actuel triomphe de François Kamano résulte – à quelques mauvais passages près – d’une progression si linéaire, ce n’est pas que son chemin a été facile. François Kamano a juste su maintenir la cadence, de la Guinée à la Gironde en passant par la Suède, avec des valeurs bien définies, tout comme ses priorités : « les études et le football ». Le résultat est prometteur : à 20 ans, il va achever sa troisième saison complète de Ligue 1. Avec l’Europe en ligne de mire.

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Stadito remercie Souleymane Abedi, Pierre-Paul Antonetti et Kabongo Kasongo pour leur disponibilité et leur gentillesse.

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https://stadito.fr/2017/03/19/lois-diony-grande-gueule-talentueuse/

Jonathan Tunik

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