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Loïs Diony, « grande gueule » talentueuse

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Il y a quatre ans, Loïs Diony évoluait encore dans l’anonymat de la CFA avec Mont-de-Marsan. Passé par Bordeaux et Nantes durant sa formation, c’est avec Dijon qu’il a découvert la Ligue 1 cette saison. Focusito d’un attaquant talentueux qui ne manque pas de caractère.

Loïs Diony commence le football, à l’âge de quatre ans et demi, dans sa ville natale de Mont-de-Marsan. Encouragé par un père supporteur du Paris Saint-Germain et un grand-père fan du Real Madrid, le jeune joueur se révèle être doué. A seulement 12 ans, il est repéré par Guy Hillion, recruteur pour les Girondins de Bordeaux. L’adolescent quitte alors son quartier du Peyrouat pour partir 130 kilomètres plus au nord.

Le centre de formation des Girondins de Bordeaux

Loïs Diony va rester sept ans au centre de formation bordelais. Il fait la rencontre de Victor Fuchs deux ans après son arrivée. « Il avait une grosse qualité de percussion et était, physiquement, plus développé que les autres. Athlétiquement il était au-dessus mais il devait travailler sa finition » confie l’actuel joueur de Bergerac en CFA. Le Bordelais sort du lot et commence à se faire un nom dans la région. Valentin Delanys se souvient de lui : « je le connais depuis que l’on a 16 ans. On se connaissait de vue. Moi je jouais au Téfécé et lui aux Girondins donc on jouait l’un contre l’autre. Et puis il est de Mont-de-Marsan et je suis de Tarbes – 110 kilomètres de distance entre les deux villes ». « C’était un joueur qui nous faisaient mal à l’époque. Il faisait déjà partie des bons joueurs de sa génération » se remémore celui qui va retrouver son adversaire quelques années plus tard au centre de formation nantais. L’attaquant gravit les échelons jusqu’à arriver en CFA2 lors de la saison 2010-2011.

Il a même l’occasion de jouer un match amical avec l’équipe première de Bordeaux. Mais à l’été 2011, Guy Hillion, qui entretemps est devenu directeur sportif du FC Nantes le contacte pour qu’il vienne chez les jaunes et verts. Pour Victor Fuchs, « cela aurait très bien pu fonctionner avec Bordeaux ». Il pouvait, d’ailleurs, continuer sa deuxième année de stagiaire avec les Girondins. Il décide, pourtant, d’accepter la proposition du FCN.

La maladie d’Osgood-Schlatter

A douze ans, Loïs Diony contracte la maladie d’Osgood-Schlatter. Une affection bien connue des jeunes footballeurs. La surutilisation de leurs genoux combinée à un pic de croissance provoque une fragmentation du cartilage situé sous la rotule. Conséquence, l’apparition d’une bosse et de douleurs sous le genou. Le seul traitement possible est le repos. Or le jeune avant-centre n’écoute pas les conseils de son médecin et continue de jouer. A Bordeaux, sa situation s’aggrave. Enchainant les matchs et les entrainements, il force sur son genou. Il souffre alors d’un arrachement osseux. Lorsqu’il quitte les Girondins pour rejoindre le FC Nantes, son père le force à se faire opérer. Une opération qui rend difficile son adaptation dans son nouveau club. « Sa blessure l’a écartée des terrains pendant un petit moment » confirme Valentin Delanys. Mais cette intervention chirurgicale va permettre, ensuite, au Franco-Martiniquais de jouer plus libéré et de s’épanouir sur le terrain.

Un passage difficile au FC Nantes

En 2011, Loïs Diony signe donc pour deux ans avec le FC Nantes. Comme indiqué plus haut, sa première année en Loire-Atlantique ne se passe pas très bien. En plus de sa blessure au genou, il doit faire face à une rude concurrence. « Cette année-là, tous les nouveaux n’ont pas eu beaucoup de temps de jeu parce qu’il y avait des descentes de joueurs du groupe professionnel » explique Valentin Delanys. Le club lui demande donc de partir à la fin de la saison. Mais le Canari ne l’entend pas de cette oreille et souhaite aller au bout de son contrat. Un choix payant puisqu’après son opération, il revient en forme et gagne la confiance de son entraineur Loïc Amisse. « La deuxième année, il a joué plus régulièrement et il a mis une dizaine de buts en CFA2. Le coach lui a fait confiance. Cela a bien marché, il a eu un rôle important dans la montée en CFA » se rappelle son ancien coéquipier. De bonnes performances qui lui permettent de côtoyer le groupe professionnel. « Le coach de la réserve a fait en sorte qu’il intègre rapidement le groupe pro » poursuit l’actuel joueur du Tarbes Pyrénées Football en CFA.

Le 30 novembre 2012, avec le numéro 33 dans le dos, il entre en jeu contre Niort. Trois petites minutes puis huit le match suivant, en Coupe de France, contre Saint-Renan. Ce seront ses seules apparitions avec l’équipe première du FC Nantes. A la fin de la saison, le club ne lui propose pas de contrat professionnel. Il quitte donc le club suite à un imbroglio. Après lui avoir demandé de partir, les dirigeants nantais le rappellent pour qu’il continue avec la CFA. Le natif de Mont-de-Marsan accepte à contrecœur. Finalement les pensionnaires de la Beaujoire apprennent qu’ils peuvent de nouveau recruter après l’affaire Bangoura et lui indique la porte de sortie, cette fois-ci pour de bon. Une grosse déception dont il va se servir pour en faire une force.

Retour aux sources

Loïs Diony se retrouve donc à l’été 2013 sans club. De plus, il se blesse et ne parvient pas à convaincre des clubs de National de le recruter. Il hésite alors entre deux clubs de CFA : Vitré et le Stade Montois. Conseillé par sa mère, il décide de rentrer au bercail. Une décision difficile à prendre puisqu’après avoir effleuré le monde professionnel, il revenait à la case départ. Mais le nouvel attaquant stadiste ne baisse pas la tête. Aux côtés de ses amis et de sa famille, il retrouve la confiance et réalise une grosse première partie de saison. En 13 matchs, il inscrit 8 buts et se place en tête du classement des buteurs toutes CFA confondues. Des statistiques qui attirent des recruteurs de Ligue 2. Après des essais à Carquefou, Tours et Dijon, il s’engage finalement le 30 janvier avec le club bourguignon.

Direction la Ligue 2 avec Dijon

A 22 ans, Loïs Diony signe enfin son premier contrat professionnel d’une durée de deux ans et demi. Ses premiers mois lui permettent de s’adapter à son nouveau club et à son nouveau championnat. « Il apprenait ce que c’était la Ligue 2. Quand il est arrivé, tu sentais qu’il avait des énormes qualités de puissance. C’était un bulldozer. Mais il n’arrivait pas encore à tout mettre en œuvre pour être aussi performant qu’aujourd’hui » confie Brian Babit qui a joué avec le numéro neuf dijonnais pendant deux saisons. Petit à petit l’attaquant fait son trou. « La saison suivante, il s’est mis dans le bain. Il a inscrit des buts. Avec le temps, le fait qu’il joue et qu’il marque l’a fait prendre confiance en lui » continue l’actuel joueur de Sarreguemines en CFA2. En un an et demi, il va jouer 46 matchs, marquer 8 buts et délivrer 4 passes décisives. Brian Babit note les efforts entrepris par son ex-coéquipier : « au début c’était compliqué. Il ne jouait pas beaucoup. Le coach le mettait sur le côté droit mais malgré cela il n’a jamais rien lâché ». Des efforts qui vont finir par payer.

Son rôle clé dans la montée en Ligue 1

La saison 2015-2016 marque un déclic dans la progression de Loïs Diony. « En début de saison, le coach l’a associé à Julio Tavares et cela marche très bien depuis » constate Brian Babit. Ce dernier nous donne les clés de l’efficacité de ce duo : « c’est deux profils complémentaires. Julio est assez grand, il peut jouer en déviation alors que Loïs est plus dans la profondeur, à la recherche d’espaces et de vitesse. Tous les deux, ils se trouvent très bien. En plus, en dehors du terrain, ils s’entendent très bien donc cela facilite la chose sur le terrain ». Les deux participent amplement à la montée du Dijon FCO en Ligue 1. Avec 22 buts et 8 passes décisives en Ligue 2, ils sont impliqués dans près de 50% des réalisations dijonnaises. Alors que le Montois arrive en fin de contrat au terme de la saison, il trouve un accord avec son club pour prolonger jusqu’en 2019. Une récompense pour son apport dans le collectif et son total investissement dans le projet du club. En championnat, après avoir échoué à la quatrième place l’année précédente, les joueurs du DFCO parviennent à retrouver la Ligue 1 en terminant à la deuxième place derrière l’AS Nancy-Lorraine. Lors des trophées UNFP 2016, les joueurs dijonnais sont récompensés de leur belle saison. Baptiste Reynet, Christopher Jullien, Frédéric Sammaritano et Loïs Diony font partie de l’équipe-type de Ligue 2.

Un caractère bien trempé

Loïs Diony n’a pas sa langue dans sa poche. Un comportement étonnant dans un milieu où la communication de tous les acteurs est travaillée et contrôlée. Certains joueurs sont même des maîtres de la langue de bois. Ce n’est pas le cas de l’attaquant dijonnais. En novembre dernier, lors de la défaite 3-2 de son équipe à Bordeaux, il n’avait pas hésité à critiquer ouvertement ses défenseurs.

Lors de son premier match en Ligue 1 face Nantes, il était entré en jeu en boudant. Une attitude qui s’explique par le fait qu’il n’était pas titulaire et que son entraîneur Olivier Dall’Oglio l’avait replacé sur le côté droit. Pour Valentin Delanys, il souhaitait également prendre sa revanche sur le FC Nantes : « lorsqu’il est revenu jouer avec Dijon contre Nantes, il avait cette envie de prouver que les dirigeants nantais s’étaient trompés ». Il était alors parti jouer avec la réserve lors du match suivant. Suite à une explication avec son coach, il avait pu faire son retour. Une attitude qui n’étonne pas Brian Babit : « Loïs sur tous les jeux dès qu’il perd, il boude. Il n’aime vraiment pas perdre. Mais pour moi c’est une qualité. Il rejette la défaite. Il faut qu’il gagne à tous les coups. Peu importe ce qu’il fasse, qu’il joue au basket ou au ping-pong, il faut qu’il gagne ». Déjà à Bordeaux, « il avait un caractère de cochon » affirme Victor Fuchs.

La révélation en Ligue 1

Comme prévu, Dijon joue le maintien cette saison. Mais le club bourguignon séduit par la qualité de son jeu. Actuellement 17ème, le DFCO va devoir se battre avec Nancy, Bastia et Lorient pour jouer une deuxième saison consécutive en Ligue 1. Dans tous les cas, Loïs Diony ne devrait plus fouler la pelouse du stade Gaston-Gérard l’année prochaine. Déjà demandé cet hiver, son président Olivier Delcourt avait fermé la porte à un transfert de son avant-centre. Il serait dans le viseur de grosses écuries de Ligue 1 comme l’Olympique Lyonnais et les Girondins de Bordeaux. Pas étonnant lorsque l’on regarde ses statistiques dans l’élite – 8 buts et 6 passes décisives. Il est, tout simplement, aussi efficace en Ligue 1 qu’en Ligue 2. Il devrait remplir son objectif d’inscrire 10 buts d’ici la fin de saison. « Il a de belles statistiques, surtout pour une première année en Ligue 1 » souligne Valentin Delanys. Brian Babit est impressionné par sa puissance – 1m83 pour 82kg – et le voit évoluer encore plus haut : « je pense qu’il est dans la continuité de sa progression. Tous les qualités que l’on voyait à son arrivée, elles ressortent depuis deux ans. C’est quelqu’un de puissant, de généreux. Il fait beaucoup d’efforts, beaucoup d’appels. Je ne suis pas du tout surpris de le voir à ce niveau aujourd’hui. Et je pense qu’il a encore une belle marge de progression.

Celui qui a pour idole Nicolas Anelka et qui est fan du PSG semble avoir un bel avenir devant lui. Ses qualités collent à merveille avec la Premier League. D’ailleurs Guy Hillion, l’homme qui l’a fait venir à Bordeaux et à Nantes, est aujourd’hui recruteur pour Chelsea. Si Loïs Diony continue sa progression, nul doute qu’il devrait glisser le nom de son protégé aux dirigeants londoniens dans les prochains mois.

Stadito remercie Victor Fuchs, Valentin Delanys et Brian Babit pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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https://stadito.fr/2017/03/12/christopher-jullien-geant-grandi-allemagne/

Clovis Canivenc

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